‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 145 sur 162 · D'autres traduisent crochus; voy. plus loin · texte numérisé non relu

D'autres traduisent crochus; voy. plus loin

représenté la Mort sous la forme d'un squelette; leurs poètes eux-mêmes ne l'ont jamais imaginée sous cet aspect repoussant. Klotz a critiqué cette note dans la préface à la traduction allemande du deuxième volume des Mémoires de Caylus, en citant à Lessing force monuments antiques où l'on trouvait des squelettes. Lessing saisit cette occasion pour développer une pensée juste en ellemême et la corroborer avec des arguments très solides.

Dans une courte préface Lessing prie le lecteur de ne pas apprécier son travail d'après l'occasion qui l'a fait naitre. La postérité a exaucé ce vœu; elle a oublié la préface de Klotz et elle se souvient uniquement des résultats obtenus. Lessing divise son travail en trois parties qu'il intitule : Motif (Veranlassung), Recherche (Untersuchung) et Examen (Prùfung), de sorte que la dissertation présente l'unité requise dans ce genre de discussion. Après avoir exposé brièvement les objections de Klotz, il ajoute : J'ai dit que les anciens artistes n'ont pas représenté la Mort par un squelette et je le soutiens encore. Mais est-ce donc la même chose que d'affirmer qu'ils n'ont jamais fait de squelettes? Certes, on en trouve sur les anciens monuments, mais représentent-ils nécessairement la Mort, la divinité de la Mort? Et sans plus s'inquiéter de Klotz, il commence ses investigations et prouve d'abord que les anciens artistes ont représenté la Mort sous une autre forme que le

squelette, et ensuite qu'ils attachaient une autre idée que celle de la Mort à la représentation des squelettes.

Lessing revient sur la scène homérique et sur le coffre de Cypsélus. Il pose comme principe que les Anciens conservaient toujours la même figuration d'un être idéal ; ces représentations tout arbitraires, une fois acceptées, les artistes ne pouvaient plus s'en écarter sans danger de n'être pas compris. Ce principe est juste et la mythologie figurée l'atteste, mais justement pour l'image de la Mort, les archéologues, comme nous le verrons, ont trouvé quelques écarts à la règle générale '. Winckelmann, dans son essai sur l'allégorie, reconnut bien le Sommeil sur certains monuments, mais il ne s'est pas prononcé sur son frère jumeau, la Mort. Lessing, au contraire, croit voir dans les monuments funéraires où deux génies, ailés ou non, dorment appuyés sur un flambeau renversé, le Sommeil et la Mort. Cette dernière est souvent représentée seule, pressant d'une main le flambeau contre le cadavre et tenant dans l'autre une couronne et un papillon. Sur le titre de la dissertation de Lessing on voyait une telle représentation empruntée à Bellori ; celui-ci disait que c'était

1. Sur les représentations du Sommeil, voy. Winnefeld, Jlypnos; Ein archaeologischer Versuch, 1886. — La description du coffre de Cypsélus, dit l'auteur, ne peut pas compter dans les énurnérations do mythologie figurée. — Brunn , Griech. Kunstgeschichte, 1893, p. 171.

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l'Amour qui éteint le flambeau, c'est-à-dire les passions dans le cœur de l'homme ; mais tout jeune homme ailé, objecte Lessing, n'est pas l'Amour, et Klotz avait tort d'écrire l'histoire de ce dieu d'après les pierres gravées où il voyait un génie ailé *. Même l'arc ne prouve pas toujours qu'il s'agit d'Amour ; l'arc cassé était un symbole de la vie usée, tandis que la couronne mortuaire et le papillon, symbole de l'àme qui quitte le corps, indiquent suffisamment que c'est la Mort. Aucune autre divinité n'aurait pu rester à côté d'un mort, excepté le dieu de la Mort lui-même. Mais peut-être est-ce le génie de l'homme qui se tient à côté du cadavre ? Ce serait contraire à la manière de penser des Anciens. Ils croyaient que le génie quitte l'homme quelques moments avant sa mort ; de nombreux passages dans les auteurs prouvent cette opinion 2. Lessing voit dans la position de cette figure une confirmation de sa thèse. Elle a les jambes croisées. C'est ainsi qu'il avait traduit, dans son Lao-

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