Ibid., p
détaillées qui, peut-être, ne donneraient pas les mêmes idées à tout le monde, on s'est borné à la petite sphère de ces êtres dont le nom seul réveille la même idée, même chez les plus ignorants. Mais plus on descend à des êtres d'une nature inférieure, plus il sera rare d'y rencontrer de pareils caractères généralement connus. C'est pour cette raison que le fabuliste prend rarement ses acteurs dans le règne des plantes, plus rarement encore parmi les pierres et le moins qu'il est possible parmi les ouvrages de l'art. Enfin, une autre utilité, tirée non pas du raisonnement, mais du sentiment seul, se présente quand on emploie les animaux. Puisque le but de la fable est de nous donner la connaissance claire et vive d'une proposition morale, le fabuliste doit s'abstenir d'exciter les passions qui obscurciraient notre connaissance. Le meilleur moyen, pour éviter d'émouvoir la compassion, c'est de prendre, au lieu des hommes, des animaux ou des êtres inférieurs ' .
1. On reconnaît facilement, dans cet argument, l'influence de Mendelssohn dont la théorie des sensations et des passions occupait alors Lessing. Dans sa correspondance avec le philosophe, il établissait également que le but de la tragédie était d'exciter les passions, ce qui doit être évité dans les fables (voy. la lettre du 18 décembre 1750 à Mendelssohn, p. 83). En général, la partie théorique des dissertations se rattache à rechange; des idées avec Nicolaï et Mendelssohn sur la tragédie. Dans une lettre il leur promet l'explication du mot icp&Çi( chez Aristotc; c'est dans la première dissertation sur la fable qu'il a tenu sa promesse. — On peut voir
Lessing a raison contre Breitinger, quand il soutient que los animaux no furent pas introduits dans la table à cause du merveilleux; mais lui-même n'a pas remarqué que l'origine de la fable est justenu Mit la comparaison du monde moral avec la nature qui nous environne ; les animaux ne sont pas seulement aptes à figurer dans la fable, ils sont uniques créatures qu'on puisse faire parler ; -ans eux la fable n'eût jamais été inventée. C'est ce que Herder a mieux senti que le philosophe Lessing. Dans son traité i il accorde un grain de vérité à la théorie de Breitinger, puisque le merveilleux excite l'imagination ; mais il ne peut pas être considéré comme cause unique de l'emploi des animaux; de même, leur caractère immuable n'est pas la raison exclusive non plus. C'est l'analogie entre la vie humaine et la vie des animaux qui l'environnaient qui ont inspiré au poète ces comparaisons, mais cela se passait aux temps où l'homme était encore plus près de la nature et non à l'époque où les philosophes voulaient tout classer.
Ce classement des fables devient ennuyeux dans
en même temps, dans la seconde dissertation, le germe de ses idées sur les caractères dramatiques. Ici Lessing les indique brièvement en parlant de l'immobilité des caractères des animaux ; il les développe dans la Dramaturgie (art. 89- 91), en s'appuyant sur le chapitre ix de la Poétique, à propos des caractères généraux de la tragédie et de la comédie. — Voy. Prosch., op. cit., pp. 111 et 111, et t. I, p. 178. 1. Op. cit., p. 96 ; comp. Hertzberg, p. 97.
la troisième dissertation ', la plus faible de toutes. Ce sont des querelles de mots où Lessing paye son tribut à la philosophie de Wolf dont l'ouvrage Philosophia practica universalis, d'ailleurs, a inspiré, en partie, sa définition de la fable. Lessing distingue des fables rationnelles, où l'événement individuel est absolument possible ; des fables morales, où il ne l'est que d'après certaines suppositions ; des fables mythiques, où l'on donne au sujet la réalité qu'il n'a pas ; des fables hyperphysiques, où l'on suppose à des sujets réels des propriétés plus parfaites que celles qu'ils ont. Cette classification ne doit pas nous étonner. La composition d'une fable n'est-elle pas pour Lessing plutôt une opération philosophique qu'un acte spontané du génie poétique 2 ? Ainsi, il se demande comment tous ces êtres doivent agir ; jusqu'à quel point le fabuliste peut élever la nature des animaux et la rapprocher de la nature humaine. Autant qu'il voudra, répond-il ; qu'il observe seulement de ne
2. Lessing sentait lui-même l'esprit scolastique de la troisième dissertation. Dans la soixante-dixième lettre sur la littérature contemporaine, où il donne un résumé de ses théories, il dit, à propos de cette division : « Welche Wœrter werden Sic ausrufcn. Welche unniitze scholastische Griibclei! Und fast sollte ich Ihnen Rcchtgcbcn. Da doch aber einmal die Frage von der Kintheilung der Fabel war, so war es ihm auch nicht so ganz zu verdenken, dass er die Subtilii.il in dieser Kleinijurkeit so wcit trieb, als sie sich treiben Lœsst » (Œuvres, IX, p. 217).
tes Caire penser, parler ou agir que conformément au caractère en vertu duquel il les a trouvés plus propres à son but que tous les autres individus. On peut leur donner, quoi qu'en dise Bodmer, une suite de desseins liés les uns aux autres et disposés de loin pour une même fin. Aussi n'est-ce pas à cause de cette raison que la fable ésopique ne peut pas être étendue en poème épique, mais parce qu'il n'y aurait plus d'unité dans la proposition morale et que les parties de la fable ayant reçu une étendue démesurée, il ne serait plus possible de connaître intuitivement cette proposition dans la fable. Comme le remarque J. Grimm *, Lessing connaissait trop peu l'épopée des animaux, autrement il n'aurait pas douté de la possibilité d'un poème épique qui, selon Grimm, était l'origine des fables détachées. — Les essais de Lessing pour faire un apologue d'une certaine longueur ont échoué 2. C'est dans la quatrième dissertation 3 que Lessing pose la question sur le style de la fable. Doiton l'écrire comme Ésope, ou comme Phèdre, ou comme La Fontaine ? Quoiqu'il croie que les fables d'Ésope ne sont pas parvenues jusqu'à nous sans des changements considérables dans l'expression, il considère néanmoins le recueil des Byzantins