Il
2. Quoique A. Th. Christ déclare (Serta Ilarteliana, p. 181) que Lessing- a mal compris le texte grec.
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G. Il, 13; II, 1 ; II,:'..
Quelquefois, une légende grecque est mise au service d'une idée chère au fabuliste allemand; ainsi le mythe sur les deux sexes de Tirésias, où les commentateurs voient exprimées les opinions de Lessing sur la tolérance ' ; ou bien Minerve 2 lançant le dragon au firmament, allégorie des victimes clouées au pilori qui vivent grâce à leurs célèbres écorcheurs, comme vivent Lange, Klotz et Goetze, grâce aux attaques de Lessing. Deux fois, un mot grec à double sens lui suffit pour en tirer une fable ; celle qu'il intitule « Merops » 3, qui signifie en grec le guêpier et en langage poétique Yhomme; la spirituelle boutade « les Furies » 4 lui fut inspirée par une simple épithète de ces déesses chez Suidas (à£'-àpO£vo;) ; elle montre les conversations entre dieux et déesses qu'un esprit railleur peut inventer 5 . En tête de beaucoup de fables, se trouve une phrase d'Élien dont les Histoires variées contiennent des particularités curieuses qui servent à
1. II, 29. Voy. Baumgart, Handbuch der Poetik, p. 177. Si l'opinion de Baumgart est juste, cette fable serait une nouvelle preuve qu'en 1759 l'idée du Nathan avait pris forme dans l'esprit de Lessing. Voy. notre édition des Fables, Appendice 8, p. 131.
5. Nous trouvons une traduction en vers de cette fable dans un volume intitulé : Fables allemandes et Contes français en vers, paru en 1770 ; l'auteur anonyme a mis en vers un bon nombre de fables de Lessing, mais en les égayant un peu.
Lessing de point de départ. La donnée est souvent fausse; mais, comme le fabuliste le dit, on ne doit pas étudier l'histoire naturelle dans un livre d'apologues ; lorsque les traits fabuleux sont généralement connus, que les naturalistes les admettent ou ne les admettent pas, on peut les introduire dans la fable ».
Nous pouvons considérer le recueil de Lessing comme le fruit délicat des vastes lectures dont il ne se dispensait jamais, quand il abordait un genre littéraire. Son esprit sagace lui fait découvrir des sources que ses contemporains ne songent même pas à utiliser. Il renouvela ainsi l'apologue qui suivait trop servilement les traces des fabulistes français.
Les dissertations et le recueil de fables publiés (1759), Lessing songeait à donner d'abord une édition de Phèdre et ensuite une histoire de la fable ésopique ; mais il avait bientôt abandonné ces projets. Plus tard, retiré à la bibliothèque de Wolfenbuttel, il trouva plusieurs éditions des fables remaniées de Phèdre et crut que ses ressources bibliographiques suffiraient pour reprendre le second de ses anciens projets. Seulement il n'avait pas bien mesuré ses forces pour une telle entreprise. Au-
J. Abhandlungen, II, p. <V2.
jourd'hui même, cette histoire n'est que commencée et loin d'être achevée. Rien de plus difficile, en effet, que de suivre la filiation de la fable ésopique dans tous les pays et à travers tous les âges. L'apologue étant le patrimoine commun de la race aryenne, nous en trouvons les trésors dispersés en Orient et en Occident. L'histoire de la fable dans un seul pays serait déjà une tâche suffisante pour remplir la vie d'un érudit. Lorsque, il y a quelques années, Léopold Hervieux, après avoir parcouru les bibliothèques de l'Europe, d'Oxford à Naples et de Leyde à Vienne, pour voir et copier les textes des fabulistes latins, eut publié en deux gros volumes le fruit de ses recherches, il avoua modestement, à la fin de son ouvrage, qu'il n'avait soulevé qu'un coin du voile qui, malgré d'admirables travaux, recouvre encore aujourd'hui la fable ésopique '.
Lessing, par ses articles savants sur ce sujet, a démontré l'intérêt d'une telle étude comparative ; il fit même plusieurs trouvailles qui sont appréciées encore aujourd'hui. Ce sont quelques pierres qui contribuent à un vaste édifice, mais celui qui les apportait était, en Allemagne, le premier à en voir l'utilité. L'intérêt pour la fable, comme nous l'avons vu, fut éveillé de bonne heure en Lessing par son maître Christ qui, dans ses cours à l'Uni-
1. Les Fabulistes latins. Phèdre et ses anciens imitateurs. I, p. 715.
versité de Leipzig comme dans ses ouvrages, s'occupait de Phèdre. En 1746, reprenant l'opinion hardie du philologue hollandais Schryver (1576- 1660), il mit en doute l'authenticité des fables de Phèdre. Son ouvrage intitulé : De Phaedro eiusque fabulis prolusio est plein d'érudition et d'imagination. En s'appuyant sur le silence qu'ont gardé à l'égard des fables de Phèdre tous les écrivains latins; en contestant l'âge des manuscrits; en démontrant que la langue de Phèdre n'est pas celle d'un auteur du premier siècle après J.-C, il concluait que les fables attribuées à ce poète étaient l'œuvre de l'humaniste Perotti. Phèdre ne manqua pas de défenseurs, et, dès Tannée suivante, le professeur Funck de Rinteln i publia, sous le titre : Apologiapro Phaedro eiusque fabulis, une dissertation à laquelle Christ répondit sur un ton qui rappelle celui que Lessing prit plus tard contre le fameux traducteur d'Horace, Lange 2. Pour mieux prouver que les fables étaient l'œuvre d'un faussaire, Christ se mit aussitôt à tirer du « Romulus » deux livres de fables, les mit en vers et montra, en cinquante-trois fables 3, comment un écrivain du premier siècle aurait dû écrire. Lessing, alors jeune journaliste à Berlin, annonça cette publication avec beaucoup d'éloges, disant de leur auteur qu'il unis-