‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 35 sur 162 · Abhandlungen, IV, p · texte numérisé non relu

Abhandlungen, IV, p

partout où Phèdre s'écartait d'Ésope, il fait un faux pas. Ce sont souvent des arguties, des vétilles qu'il lui reproche, mais qui témoignent d'une étude très approfondie de l'auteur. Les comparaisons entre certains passages de Phèdre, d'Ésope et de La Fontaine y abondent. Lorsque, en 1773, il publia Eomulus et Rimicius, il pouvait dire avec raison qu'il fut un temps où il étudia Phèdre plus que n'importe quel autre écrivain *. — Les douze fragments d'une esquisse historique de la fable ésopique 2 donnent les noms des fabulistes depuis Jotham jusqu'au xvie siècle. Lessing mentionne les fabulistes proprement dits et ceux qui, comme Hésiode, ont inséré des fables dans leurs œuvres. La liste est loin d'être complète ; le canevas montre cependant la tâche ardue que Lessing voulait entreprendre. Il n'a écrit que quelques fragments sur les recueils du moyen âge, sur les éditions incunables de Romulus dont l'Allemagne est la terre classique 3. Ces quelques feuilles volantes, que son ami Eschenburg a arrachées à l'oubli, montrent l'érudition bibliographique de Lessing.

Toutes ces études savantes n'offrent pas le même intérêt que les cinq dissertations qui accompagnent les Fables ; mais elles sont une preuve des vastes études que Lessing s'imposa quand il s'agissait pour

2. Ib'uL, pp. 1022-1040. — Les Noies sur Ésope, sur Phèdre et sur Tllistoire de la fable sont des publications posthumes.

\\. Hervieux, op. cit., I, p. 351.

lui d'établir la théorie d'un genre littéraire. Les fabulistes allemands de son temps ne songeaient nullement à remonter si haut. On pourrait dire que c'est inutile pour le vrai poète ; mais quand on puise, comme Lessing, toutes ses forces dans la critique, ces recherches consciencieuses soutenues par un esprit philosophique peuvent néanmoins produire des œuvres qui restent. Quoique les études de ce genre ne lui servent ordinairement que de travail préliminaire, celles sur la fable avaient aussi leur valeur intrinsèque. Schwabe, le premier éditeur scientifique de Phèdre (1806) ', a suivi les indications données par Lessing pour la reconstitution du texte ; il a ajouté à son édition les fables de Romulus d'après le texte du manuscrit de Dijon et de l'ancienne édition d'Ulm et il disait que le travail sur Roi/iulus et Rimicius était « praeclarus et eruditus 2 ». Reiske a également exprimé sa joie de ce que Lessing avait débrouillé de main de maître tout le chaos que l'édition de Nevelet avait causé si longtemps. Outre l'importance des résultats il admirait la forme de la discussion où le poète dramatique perce à chaque page. « D'abord, écrit-il, vous liez le nœud d'une manière à faire peur ; vous poussez le lecteur qui croit qu'un tel nœud ne pourra jamas se délier jusqu'au désespoir. Ensuite,

1. Son édition fut réimprimée dans la collection Lemaire, E. II, p. 411.

vous venez comme réclair avec la catastrophe, mais c'est une catastrophe heureuse, douce, naturelle et qui sort du fond de la question. Vous ne rompez pas le nœud, non il se dissout sans contrainte, sans force. Vraiment, c'est de l'art *. » Toutes les dissertations de Lessing sont remarquables sous ce rapport; elles forment un contraste heureux avec le lourd bagage des citations dont se servent ses contemporains érudits. Nous nous réjouissons d'assister à la joute, les résultats étant obtenus devant nos yeux. Si l'exégèse de cent ans a laissé bien derrière elle certaines parties de ces recherches, la manière dont elles furent conduites est souvent plus instructive que les résultats qui en sont issus.

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