‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 37 sur 162 · Aujourd'hui, après bien des vicissitudes, à Heidelberg · texte numérisé non relu

Aujourd'hui, après bien des vicissitudes, à Heidelberg

2. Vorrede zu den Schriften, I. Theil, 1753. Œuvres, XII, p. 408.

1771, en établissant sa théorie, il la déduit uniquement de l'épigrammatiste romain qui, du reste, était considéré, depuis la Renaissance, comme le modèle du genre. Aussi, parmi les cinq chapitres dont il accompagne la nouvelle édition de ses épigrammes, celui qui traite de Martial est-il le plus important et le plus approfondi.

Quand on parcourt les Observations sur VÊpigramme \ on y sent quelque chose de la poussière des bibliothèques. En effet, les premières recherches sur ce genre littéraire et les nombreuses lectures sur les épigrammatistes du xvie et du xvir siècles, Lessing les fit à Wittemberg, au moment où il s'enterrait dans les livres pour étudier tantôt la théologie, tantôt la littérature, et se préparait ainsi à son grade de licencié ; les Observations ellesmêmes furent écrites à Wolfenbuttel dans cette bibliothèque d'où il a exhumé tant de trésors. Là, il pouvait manier à son aise les grands in-folio et dénicher même dans les manuscrits quelques épi-j grammes inédites de l'Anthologie grecque 2.

La première dissertation s'occupe de la théorie

1. Zerstreute Antnerkungen ûber das Epigramm und einigê der vornehmsten Epigrammatist&n. Œuvres, X, pp. 91-196.

2. Voy. Zur griechischen Anthologie. Œuvres, XIII, 1, ]>. 2 i>.

l'épigramme 65

et de la définition du genre. « La théorie d'une leur », dit Démodore àThéano, dans le dialogue mis par Herder en guise de préface à ses traductions et les remarques sur rÉpigramme '. Mais l'esprit critique de Lessing dissèque et analyse même une leur. Il est vrai qu'il n'en cherche pas l'origine, ses différents changements à travers les époques ; toutes questions qui captivent l'esprit de Herder et par lesquelles il complète à merveille les raisonnements de Lessing. Celui-ci ne s'occupe que de la fleur; elle existe, il faut voir ce qu'elle est. L'érudition cependant ne devient jamais fastidieuse chez lui; elle se présente toujours sous une forme claire et précise : deux qualités d'autant plus nécessaires ici qu'il parlait de l'épigramme. Selon le procédé habituel, il combat et tâche d'anéantir les théoriciens qui ont écrit avant lui sur l'épigramme. Les définitions que De La Motte, Richer, Batteux et Breitinger avaient données de la fable lui semblaient insuffisantes ; cette fois-ci, c'est le jésuite Vavasseur 2, J. César Scaliger dont la Poétique a servi de base a tant de manuels, Boileau et de nouveau Batteux que Lessing fait défiler, pour démontrer qu'ils n'ont pas dit le dernier mot sur ce genre littéraire. Nous voyons presque toujours que Les-

1. Iilumen ans der griechischen Anthologie. Œuvres, VII, p. 18 (éd. Hempel).

2. 1605-1681. Son traité De Epigrammate liber parut en 1669; édit. auctior, 1672.

sing ne combat que les théoriciens français; à peine s'occupe-t-il de Gottsched et de Breitinger. Il sait qu'en attaquant et réfutant les critiques français, il fera taire ceux de Leipzig et de Zurich. C'est surtout Batteux qui lui inspire une haine mêlée de crainte. Il n'était pas, en effet, facile à détrôner ce critique dont les adeptes étaient tout-puissants, surtout à Berlin. Ramier l'avait traduit, Sulzer l'avait pillé ; ce dernier, dans sa Théorie des Beaux-Arts, feint même d'ignorer le Laocoon '. Lessing ne voulait pas se brouiller avec Ramier qui s'occupait alors de l'impression des Épigrammes. C'est seulement dans ses lettres qu'il donne libre cours à sa mauvaise humeur contre ce camp hostile à ses théories 2. La définition que Lessing donne de l'épigramme semble remonter à l'origine de ce genre et pourtant ce n'est qu'une application ingénieuse du sens primitif du mot à l'idée que doit éveiller toute épigramme. Vavasseur est aussi remonté à l'étymologie du mot qui veut dire inscrijriion, mais il disait que la dénomination était restée bien que le sens eût changé. Nullement, réplique Lessing; l'emploi

1. Voy. Danzel-Guhrauer, Lessing, II, p. 79; Blùmner, Introduction à la grande édition du Laocoon, p. 17, note 2.

2. Voy. Lettre à son frère Charles du 22 avril 1772, p. 499. La théorie mal comprise de l'imitation que Batteux érigeait en dogme fut combattue par Lessing, dès sa jeunesse. Voy. Œuvres, XVI II, pp. 264 et 270. — Il a donné une analyse de la Lettre de Diderot sur les sourds et les muets (Œuvres, VIII, p. 65) qui démontrait la fausseté de cet « Évangile demi-vrai de limitation », comme l'appelait Goethe.

constant du terme montre qu'il y avait toujours un certain rapport entre l'inscription et l'épigramme. Il ne suffit donc pas de dire, comme Scaliger le fait, que tout petit poème est une épigramme, ou comme Boileau que l'épigramme n'est souvent qu' « un bon mot de deux rimes orné ». Boileau, il est vrai, ne pouvait pas donner une définition exacte dans son Art poétique, dit Lessing, mais Batteux! Pourquoi dit-il que « l'épigramme est une pensée intéressante exprimée heureusement en peu de mots »? N'est ce pas trop vague? Sa définition ne s'applique-t-elle pas aussi au gnome? Or, il y a des qualités qui distinguent l'épigramme de tout autre petit poème. Ce sont les deux parties essentielles sans lesquelles on ne peut pas la concevoir : à savoir l'excitation de l'intérêt, de l'attente, ce qui forme la première partie, et ensuite le tour heureux et original qui satisfait cette attente. Ces deux éléments font du petit poème un tout dont les parties se succèdent ; il aura ainsi une action, comme toute autre poésie. L'épigramme est donc un poème dans lequel notre attention et notre curiosité sont excitées et dirigées, comme par une inscription, sur un objet quelconque en les tenant plus ou moins en suspens, pour les satisfaire ensuite d'un seul trait * . Par le mot Inscription, la définition tient compte de l'origine le l'épigramme qui, comme on sait, était destinée i. orner les édifices, les statues et d'autres œuvres

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