Nous verrons que ce n'est pas tout à fait exact
de L'épigramme et qui soit resté fidèle à cette idée. Si nombreuses que soient ses poésies, quelque différente qu'en soit la valeur, elles se ressemblent pourtant par un signe caractéristique qui frappe tout le monde. Martial n'est pas seulement le premier en date, il est aussi le premier quant au mérite. Peu de poètes ont fait autant d'épigrammes que lui et aucun n'en a fait d'aussi bonnes. Ceux qui l'ont imité n'ont jamais su l'égaler. Lessing cite, comme exemple, l'épigramme sur Porcia, épouse de Brutus 4. Casanova, Faustus Sabaeus, Nicolas Grudius et Wernicke ont traité le même sujet, mais aucun d'eux n'est arrivé à rendre la précision des paroles de Porcia :
Dixit et ardentes avido bibit ore favillas : I, nimc et ferrum, turba molesta, nega.
Il est étonnant, dit-il, que sous la main de tous ces beaux esprits « les charbons ardents » se soient éteints et que Porcia eût avalé, au lieu du feu, de la poussière 2.
Lessing reconnaît le mérite des épigrammatistes en général, mais il n'est pas dupe des exagérations de Martial qui voudrait se placer au-dessus des grands poètes. Il est vrai, dit-il, que quelque petit que soit le genre auquel on s'applique, il faut de l'enthousiasme, de la foi, sans lesquels on ne pro-
2, Anmerkungen, III, p. 111.
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duit rien de bon, mais le lecteur impartial jugera facilement ce qu'il faut retenir de ces hyperboles poétiques. Lessing ne dit rien de la valeur littéraire de l'œuvre de Martial; il ne voit pas que cette recherche incessante de l'effet est la mort de toute imagination, et combien est pénible l'impression produite par une telle œuvre qui repose uniquement sur la faiblesse humaine. Défauts physiques ou intellectuels, envie, avarice, gloutonnerie, misères conjugales, tout cela peut divertir un instant; mais des centaines d'épigrammes sur les mêmes sujets fatiguent à la longue. Le procédé remplace peu à peu l'imagination et le plus grand épigrammatiste devient fort ennuyeux, surtout s'il étale autant d'obscénités que le fait le poète romain.
Selon Lessing, ce sont les pièces immorales qui ont le plus nui à la renommée de Martial. 11 avait beau dire :
Lasciva est nobis pagina? vita proba est *.
on ne l'a pas cru. Lessing entreprend ici une réhabilitation dans le genre de celle où il justifie, Horace 2; mais cette fois-ci, il n'a pas aussi bien réussi. Le caractère moral de Martial n'était pas très noble ; bassesse, arrogance et platitude en sont les traits dominants. Quant à ses mœurs, elles n'étaient probablement ni meilleures ni pires que
1. I, 4, v. 8. « Mes vers sont libres, mais ma vie est exempte de reproches. » Comp. XI, 15.