Poètes latins de la décadence, I, 327 (4e éd
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sing sur le grand critique français. Après avoir démontré le caractère candide et bon du poète, N isard se demande comment on peut concilier ce caractère avec les impuretés qui salissent le recueil de Martial. Il trouve, comme Lessing, que ces épigrammes ressemblent à un cabinet anatomique qui excite plutôt l'horreur et la crainte que les sens et l'imagination. Pour expliquer ces obscénités il faut croire, dit-il, que beaucoup d'expressions dont la malhonnêteté nous choque, n'avaient pas la même portée chez les contemporains et ne paraissaient pas si brutales. Ce qui nous semble des ordures coupables pouvait bien passer, dans cette société qui avait le génie de la débauche, pour des licences permises. D'ailleurs, presque toutes les épigrammes erotiques de Martial ne sont, en réalité, que des satires au petit pied; c'étaient des propos libres tenus par des hommes d'esprit du temps, le poète en recueillait un bon nombre, imaginait le reste et s'appropriait le tout par le style. Ce qui prouve que Martial n'était pas tout à fait dépravé, c'est qu'il trouvait des accents honnêtes et un certain dégoût digne de la haute satire, mais cette indignation finit par une pointe ; sa colère expire dans un jeu de mots. Il avait cependant assez de courage pour faire rire de ceux qu'il n'avait pas le pouvoir de déshonorer. Mais Nisard trouve tout de même que la justification du poète devient très difficile à cause de trois ou quatre pièces où Martial parle de lui-même. Lessing croyait que l'emploi de la première personne s'im-
posait par la concision du style et par une nécessité métrique, explication plus ingénieuse que vraie. Ces pièces infâmes, dit Nisard », donnent une triste idée de celui qui se livre à ce libertinage et surtout qui s'en vante ; mais ces indiscrétions n'étonnent pas quand on sait que la vanité de Martial ne connaissait pas de limites 2. Il est souvent moins coupable par ce qu'il fait que par ce qu'il dit ; c'est de la franchise fort grossière et fort déplacée. Notre poète valait mieux que certains de ses amis, hommes impurs, mais cachés, qui riaient entre eux de ce pauvre caractère frivole et vaniteux, ne pouvant garder aucun secret et se mettant tout nu pour attirer les yeux.
L'opinion des deux grands critiques dogmatiques sur la moralité de Martial approche plus de la vérité que celle qui condamne le poète sans pitié s. Du reste, comme dit Leasing, ce qui nous intéresse dans un poète ancien ce sont ses œuvres ; tout ce qui n'aide pas à les apprécier et à les comprendre a peu d'importance 4. Et il continue ses savantes recherches sans s'occuper des autres circonstances de la vie de Martial. En compulsant les différentes éditions de son auteur, il trouve qu'un de ses éditeurs, Scryver, le même qui avait mis en doute
2. Nisard le compare sous ce rapport avec J.-J. Rousseau. !'.. Friedlaender, son dernier éditeur, n'est pas trop sévère
pour lui non plus. Voy. l'Introduction à son édition, 1. Anmerkungen, III, p. 151.
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l'authenticité dos fables de Phèdre, avait le nez trop fin en rejetant, dans son édition de 1619, huit épigrammes que Junius, le célèbre médecin hollandais ', avait <locouvertes à la Bodléienne. Dans les manuscrits de Gude conservés à Wolfenbùttel il découvre une épigramme inédite 2 ; puis il disserte sur les trois éditeurs de Martial : Valerianus, Atrectus et Tryphon, et assène un coup bien mérité à ces fameux « Dodsley et Comp. », qui avaient réimprimé la Dramaturgie au grand détriment de Lessing et de Bode, associés à Hambourg pour l'édition de leurs œuvres \
Le commentaire aussi juste qu'ingénieux de quelques épigrammes 4, surtout de celles qui concernent l'art ou quelques coutumes de la vie publique et privée, est encore apprécié aujourd'hui par les savants exégètes. Ainsi Lessing a sans doute bien compris que dans les deux épigrammes « Au buveur Sextilianus 3 », les « quinque numismata » ne signifient pas Y argent, mais les cinq jetons qu'on distribuait au théâtre pour les rafraîchissements : « quinque tesserae vinariae ». L'érudit versé dans les questions de l'art antique se montre dans l'explication de l'épigramme sur la fiole d'Instantius