Trente-huitiùinc lettre à Herder
l'êpigramme 97
Douze ans après la mort de Lessing, un épigrammatiste assez habile, Haug, voulut prouver dans un article du Nouveau Mercure allemand *, que l'originalité de Lessing comme épigrammatiste n'était pas grande, qu'il s'était inspiré très souvent de poètes qu'il ne nomme pas. Haug a démontré que dix épigrammes de Lessing sont traduites de Cordus, savant médecin qui avait accompagné Luther à la diète de Worms; douze trouvent leurs modèles dans l'Anthologie grecque; trente sont imitées de Martial; seize ont leur source dans une douzaine de poètes de la Renaissance, l'un plus inconnu que l'autre ; dix sont des traductions d'épigrammes françaises ; six autres ne sont que des dictons, proverbes et anecdotes. Haug, avec une pointe malicieuse, conclut que Lessing n'est que traducteur dans ce domaine ; que d'autres jugent si c'est à dessein qu'il n'a pas nommé ses sources, ou bien parce qu'il supposait que ses lecteurs étaient aussi savants que lui. Haug était de Wittemberg ; cette
1. Cordus und Lessing, 1793, III, p. 275. Voy. la réimpression des trois premiers livres d'Épigrammes de Cordus oar K. Krause dans les Lateinische Litteratur — Denkmse- 'er des XV u. XVI. Jahrh., fasc. 5., Introd., p. 29. — Nous croyons inutile d'insister sur les libelles de Albrecht : Lesiing's Plagiate.
08 LESSING ET i/ ANTIQUITÉ
ville n'a jamais pu pardonner à Lessing ses épigrammes. Quoiqu'il nommât Martial, l'Anthologie grecque et J.-B. Rousseau comme sources où il avait puisé, l'épigrammatiste wittembergeois, blessé peut-être dans son amour-propre, n'a fait que répéter, avec un étalage érudit, ce que les Dusch et d'autres ennemis de Lessing avaient dit avant lui. Il est vrai que sur les deux cents épigrammes, quatrevingts ne sont que des traductions ; mais outre que le nombre des pièces originales est encore assez respectable pour un poète qui n'était pas uniquement épigrammatiste et qui considérait cette occupation plutôt comme amusement et comme exercice, l'accusation de plagiat ne peut pas être maintenue quand il s'agit d'épigrammes. Lessing traduit rarement mot à mot, ce qui est, du reste, presque impossible . Souvent il donne un tour nouveau à une pensée exprimée par d'autres, et c'est justement ce tour, ce mot heureux qui rendent l'épigramme originale. N'a-t-on pas fait le même reproche à l'épigrammatiste Kaestner, un des maîtres de Lessing à l'Université de Leipzig, qui plus tard, àGôttiûgue, avait à lutter contre toute la Faculté à cause de ses pointes mordantes? Celui-ci répondit souvent qu'il avait lu la pièce originale dix ans après avoir fait la sienne '. En effet, le cercle de ces mots heureux qui tournent autour des faiblesses et des ridicules de notre pauvre huma*