‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 6 sur 162 · Voy. t. I, p · texte numérisé non relu

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l'humaniste Perotti (1430-1480), archevêque de Siponte. Lessing, sous le charme de cette hypothèse, s'était occupé beaucoup du fabuliste latin, mais il ai tondit les loisirs que lui procuraient ses fonctions de bibliothécaire à Wolfenbiittel et les richesses bibliographiques du dépôt confié à sa garde, pour publier ses études sur l'histoire de la fable. On peut remarquer que toutes les fois qu'un genre littéraire attire Lessing, il se propose immédiatement d'en écrire l'histoire depuis les origines grecques jusqu'au xvnr siècle. Aucun de ces ouvrages ne fut achevé, mais les travaux préparatoires montrent que Lessing ne se contentait pas des données de quelques Poétiques à la mode ; son esprit aussi vaste que profond embrasse tout l'ensemble de la question qui l'occupe. De même qu'il veut donner une édition de la Poétique d'Aristote, il veut faire celle de Phèdre ; on a trouvé dans ses manuscrits des notes éparses sur plusieurs fables K Mais à Leipzig aussi bien qu'à Berlin, Lessing ne fait d'abord qu'imiter La Fontaine, Gellert, Gleim et d'autres fabulistes. Il écrit ses Fables et contes en vers, en égayant son récit autant que sa verve poétique le lui permet ; quelquefois, les licences et les allusions équivoques remplacent l'inspiration. En 1757, il traduit les fables morales de Richardson que l'auteur de Clarisse Harlowe avait tirées des

1. Voy. Ueber den Phœder, Œuvres, XI, 2, pp. 1014-1021 (Hernpel).

apologues de l'Estrange, au grand profit du monde corrompu l. Les années suivantes, nous voyons le jeune critique s'occuper sérieusement d'Aristote, et il est probable que cette étude, de même que celle du recueil ésopique, lui a suggéré les idées exposées dans sa théorie de l'apologue. En 1759 paraissent, enfin, les trois livres de Fables en prose précédées de cinq dissertations sur l'apologue ; le tout traduit, en 1764, par d'Antelmy en français. L'importance de ce travail consiste d'abord dans les dissertations où se manifestent les premières traces do l'influence d'Aristote, ensuite dans le style des fables. Comme la tragédie Philotas, parue la même année 2, elles offrent des échantillons d'une forme concise, qui exclue tout superflu ; comme poèmes elles ne renferment rien autre que l'action. Mais pour faire comprendre la théorie de Lessing sur la fable, il faut que nous disions quelques mots du recueil ésopique. L'erreur de Lessing, la fausseté de sa théorie ne peuvent s'expliquer que par les notions vagues que les érudits avaient sur l'œuvre du fabuliste grec. On considérait Ésope comme auteur unique de ce recueil tant de fois remanié et contenant des éléments si divers 3.

1. Voy. la préface de cette traduction [Sittenïehre fur die Jugend), Œuvres, XVIII, p. 234.

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