‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 7 sur 162 · Voy. t. I,p · texte numérisé non relu

Voy. t. I,p

3. Voy. sur cette question : 0. Keller, Untersuchimgen uber die Geschichte der griechischen Fabel, dans les Jahrbûcher fur Philologie. Supplément, vol. IV, pp. 307-418; Hertiberg,

Lessing, selon ses habitudes, remontait jusqu'à la source grecque dans ses études sur la fable, mais cette fois-ci la source elle-même n'était pas pure. S'il réussit à déduire la théorie du drame de Sophocle et des comiques latins, celle de l'épopée d'Homère, il n'en est pas de même de la fable. Cette collection connue sous le nom d'Ésope n'a pas d'unité. D'abord, on y voit réunies des fables de toute provenance, des apologues phrygiens, cariens, cypriens, lybiens et attiques, mêlés à ceux d'Egypte et de l'Orient ; tous ont été remaniés plusieurs fois. Il est prouvé aujourd'hui que les premiers fabulistes attachaient plus d'importance au récit qu'à la morale et que leurs fables n'avaient rien de cette brièveté et de cette sécheresse que Lessing vante dans le recueil ésopique et qui se trouvent également dans Phèdre. Au contraire, ces

Ueber den Begriff der Fàbel und ihre historische Entwicklung beiden Griechen (dans la traduction de Babrius, pp. 68- 200); Edélestand du Méril, Histoire de la fable ésopique, en tète des Poésies inédites du moyen âge ; Bernhardy, Grundriss der griechischen Literatur, II, 2, pp. 779-800 (3e éd.); Jacobs, The Fables of Aesop as flrst printed by Caxton, 1484 ; l'introduction contient une histoire approfondie de la fable (1890). Jacobs croit que les fables en prose grecque connues sous le nom d'Ésope sont récentes et ont été abrégées des fables grecques en vers de Babrius qui devait être un Romain de l'an 230 après J.-Chr. Il a été paraphrasé en latin par Avienus. Le mémoire de M. Denis : De la fable dans l'antiquité classique (1883) n'épuise pas le sujet. Grucker, Lessing, pp. 130 et suiv.

récits avaient beaucoup de ressemblance avec certaines parties des poèmes épiques où une composition assez large fait ressortir les beautés du détail et les traits principaux du récit. Plus la fable est ancienne, plus le ton en est naïf, plus elle s'approche du conte. Le règne animal dont les analogies avec les actions humaines sautaient aux yeux, en rehaussait encore le charme. Le but didactique n'était pas exclu, mais il n'était pas le principal. La Fontaine, guidé uniquement par son génie poétique qui découvrait le vrai sans s'en rendre compte, a donné les meilleurs échantillons qui peuvent être considérés comme des modèles du genre K Aucune discussion philosophique ne pourrait démontrer qu'il a faussé la fable en l'égayant trop, quoiqu'il dise l'avoir fait, ne pouvant pas atteindre à la concision des fables de Phèdre. Son originalité, sa puissance créatrice sont justement d'avoir écrit, avant la découverte de Babrius, des fables où la poésie exhale tout son parfum, au lieu de s'être attaché à cet herbier desséché qu'on appelle le recueil ésopique.

La riche moisson des apologues que le génie grec avait récoltés sur tous les points de sa domination eut un triste sort. Ne pouvant pas s'élever à un genre littéraire bien distinct du poème épique ou de la poésie lyrique, n'ayant pas de grand représentant en Attique, la fable devint bientôt un jeu

l. Voy. Keller, op. «7., p. 109.

l'espril et fut livrée ainsi en proie aux orateurs. Des anciens poètes comme Hésiode, Archiloque, Stésichore, en intercalent dans leurs poèmes. Au vi siècle, lorsque la poésie ljrrique atteint son apogée avec Pindare, que la tragédie sort de l'ancien dithyrambe, la fable trouve son Ésope dont on ne peut pas nier l'existence, mais dont la vie n'est qu'un tissu de légendes qui reflètent la condition du genre littéraire auquel son nom est attaché. Ésope a recueilli les anciennes fables ; ce recueil, nous ne le possédons plus ; il a subi des transformations multiples à travers lesquelles la critique reconnaît à peine les qualités exquises d'une poésie qui dut servir de champ d'exercices dans les écoles des rhéteurs. Tantôt les élèves les remaniaient, tantôt ils les raccourcissaient, tantôt ils les mettaient en prose. Ainsi disparurent les beautés poétiques, le ton naïf du récit, et il n'en restait que des extraits arides qui mettent la morale en première ligne ; c'est elle qui dominait aussi dans les fables inventées au ive et au me siècles avant J.-Chr. L'élément fictif fut remplacé par la réalité, les bétes de la forêt par les animaux domestiques, la poésie par la prose de la vie quotidienne. Enfin, toutes les fables connues furent réunies par Démétrius de Phalère, grand orateur athénien, et ce corpus devint la base de toute la littérature ésopique *.

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