‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 67 sur 162 · Œuvres, XIII, 1, pp · texte numérisé non relu

Œuvres, XIII, 1, pp

cule : « Nous admirons l'homme de génie qui est assez habile pour commenter avec beaucoup de soin et d'érudition un versificateur sans génie. »

L'Anthologie grecque contient plusieurs épigrammes de ce Paul Silentiaire qui était secrétaire de Justinien; on lui doit également la description de l'église Sainte-Sophie. Plusieurs manuscrits lui attribuent un poème de 190 vers en mètre anacréontique sur les Thermes pythiques (EU xà èv nu- 6(oiç Oeppà). Lessing, dans un avant-propos, donne l'histoire curieuse de ce texte qui fut imprimé pour la première fois en 1503 dans l'Anthologie d'Aide. Par suite d'un arrangement typographique, ce poème a subi de singulières vicissitudes. L'édition princeps a donné le texte en deux colonnes, de telle sorte que, dans une colonne, se trouvaient les vers impairs et dans l'autre les vers pairs. A partir de 1519, Junta et les autres imprimeurs, comme Henri Estienne, croyant que les colonnes étaient divisées, imprimèrent d'abord tous les vers impairs et ensuite les vers pairs. On peut se faire une idée du « brouillamini » que cette impression occasionna. Quoique Volcanius (1591) et Morel (1598) eussent déjà remarqué la bévue et l'eussent corrigée, leur découverte fut complètement oubliée après cinquante ans. Les éditeurs continuaient à donner le texte sous une forme inintelligible '. II net, enfin, dé-

1. Hugo Grotius lui-mômc n'y voyait pas clair et dans su traduction latine do L'Anthologie il a laissé do cotô le poème,

couvrit do nouveau la faute. Il s'en vante dans son autobiographie. Lessing ne pouvait pas consulter les noies de Huet \ autrement il est probable qu'il n'aurait pas publié son édition. II a néanmoins le mérite d'avoir fait imprimer, pour la première fois, les scolies qui accompagnent ce poème inepte. Il ne l'a pas fait à cause de leur importance, mais parce qu'elles se trouvent aussi dans d'autres manuscrits de Florence. « Il faut éditer quelquefois ces sortes de notes, dit-il, pour montrer qu'elles auraient pu rester sans dommage non imprimées 2. » Après l'avant-propos Lessing donne le texte et les scolies, édition excellente en tout point3. Les notes critiques et exégétiques sont en allemand, ce qui ne s'était jamais vu en Allemagne dans une édition critique où, encore aujourd'hui, le latin domine. Ces notes sont sobres, mais elles montrent que Lessing aurait été un bon éditeur; il comparait les différentes leçons et choisissait la meilleure. Il croit que la source principale de l'écrivain byzantin est un ouvrage du pseudo-Aristote, intitulé ilspt {nryxz''.wi à/.ojTaâTcov 4, et le prouve par plusieurs

1. Heyne propose de lui envoyer : Huet, Notae in Paulum Silentiarum; Lettre du 28 janvier 1773, p. 656. Ces notes se trouvent dans : Notae ad Anthologiam Epigrammatum graecor<<„i, pp. 50-78. Utrecht, 1700.

2. P. 202. — Brunck les a éditées de nouveau d'après un manuscrit de Paris. Il trouve : Nonnulla tamen sunt non omnino negligenda » (Analecta, vol. III).

Page 1