‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 82 sur 162 · Du 2 avril 1757, p · texte numérisé non relu

Du 2 avril 1757, p

constaté la supériorité de la traduction attribuée faussement à Lessing l. J. Bernays a découvert enfin la source où Lessing avait pris sa traduction 2. C'est l'édition des Sentences des comiques grecs, traduites par Henri Estienne en 1569 3. Lessing avait sans doute ce volume sous la main à Leipzig, d'où il écrivait sa lettre.

Scrupuleux et minutieux dans le détail, Lessing avait en horreur les traducteurs superficiels des œuvres antiques. Le temps des bons traducteurs qui, doués de beaucoup de sens poétique, et philologues exercés en même temps, ont rendu si célèbres les traductions allemandes, n'était pas encore arrivé alors. Wieland à Weimar et surtout l'École romantique firent les premières traductions, fidèles et poétiques tout à la fois ; mais vers le milieu du xvinc siècle, tout rimailleur se croyait capable de rendre un poète grec ou latin. Les auteurs grecs, peu compris, furent traduits ordinairement d'après les traductions latines; ceux qui comprenaient les textes grecs, comme Damm et Reiske, les ont rendus dans une prose souvent lourde et indigeste.

1. Voy. Danzel-Guhrauer, Lessing, I,p. 113; Kùster, op. cit., p. 17; la Correspondo-nce de Lessing où la bévue est corrigée dans les Nachtrœge, p. 866.

2. Voy. Timokles und Lessing, dans lieinisches Muséum fur Philologie, vol. XXXIV, (1879), p. 615.

3. Comicorum Graecorum sententiae, id est yvd)ij.ai, latinii versibus ab Henr. Stephano redditae et annotationibui illustrât ao, p. 150.

Los poètes furent encore plus maltraités. Or, Lessing demandai beaucoup aux traducteurs. 11 exigeait d'abord de la clarté. La fidélité d'un traducteur, dit-il, devient infidélité s'il rend son original obscur. Il faut que le traducteur soit un érudit, qu'il ait du goût et qu'il possède surtout à un haut degré sa propre langue; ce n'est qu'alors qu'il réussira à transplanter l'esprit antique en allemand. Il croyait qu'une bonne traduction était digne du plus grand savant; ainsi il engage Heyne à traduire Apollonius de Rhodes en lui disant : « Je suis reconnaissant au critique qui commente les beautés des Anciens, mais celui qui en est pénétré au point de pouvoir les confier à sa langue maternelle, je le remercie et je l'admire à la fois; je ne le vois plus derrière son auteur, mais à côté de lui 1 . » Aussi avec quelle sévérité jugeait-il ceux qui maltraitaient ses chers auteurs. « Je suis un vrai chevalier errant, s'écrie-t-il, quand il s'agit des Anciens ; la bile me monte quand je les vois tellement estropier 2. »

On compte quatre victimes des croisades de notre fier chevalier. Nous savons que sa première escarmouche, la première exécution capitale, se fit à propos d'une traduction d'Horace par le poète anacréontique Lange 3. Le pasteur de Laublingen avait

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