Literatur der deutschen Uebersrtzungen, Altenburg
de bon nombre de philologues dont la vie s'écoulait dans la recherche du détail et qui ne voyaient dans l'antiquité que le dehors, l'écorce, sans jamais pénétrer jusqu'au cœur, Lessing, tout en se basant sur une forte préparation philologique, introduisit les procédés de l'érudition dans ses œuvres esthétiques qui acquirent ainsi une solidité inébranlable. Avec lui, l'érudition quitte son cercle académique et pénètre dans le grand public. Sa pensée profonde, sa logique, sa faculté de combiner, appuyées par la philologie, le rendent apte non seulement à démolir l'édifice vermoulu de la critique contemporaine, mais aussi à jeter les bases d'une esthétique nouvelle. Il est philologue dans ce sens qu'il embrasse la vie antique tout entière. Jusqu'ici nous l'avons vu dans le domaine de la littérature, semant partout des idées fécondes ; un dernier chapitre nous le montrera dans celui de l'art antique, embrassant ainsi les deux manifestations les plus importantes de la vie antique. Quant aux Antiquités proprement dites, à l'aide desquelles on a reconstruit au xixc siècle la vie journalière des peuples anciens, Lessing était trop prisonnier des grands Thesauri, qui enregistraient sans méthode tout ce qu'on pouvait savoir sur ces questions, pour s'en occuper spécialement. La vie quotidienne, les us et coutumes, les cérémonies religieuses, la juridiction , en un mot la vie prosaïque l'intéressait beaucoup moins (pie la vie littéraire et artistique. Nous ne voulons pas nier que, pour bien comprendre
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l'une, il faut avoir dos notions exactes sur l'autre; niais doit-on absolument connaître à fond la procédure antique pour pouvoir juger d'un poète ou d'une œuvre d'art? L'exemple de Lessing nous montre que non. Certes, il eût été le premier à estimer à sa juste valeur tout travail propre à élucider une question litigieuse de l'antiquité; mais on ne demandait pas alors un savoir encyclopédique aux philologues. Quand l'explication d'un poète antique ou d'une œuvre d'art demandait ces sortes de connaissances, Lessing avait recours aux sources antiques elles-mêmes. Celles-là n'avaient pas de secret pour lui, et toutes les fois que ses querelles l'ont forcé à y revenir, il choisissait si bien ses arguments qu'il triomphait toujours de ses adversaires. C'est la connaissance approfondie des sources qui le fait triompher de Klotz, lorsque, malgré lui, il est entraîné dans le domaine de l'antiquaire; mais, une fois la lutte commencée, il fait des recherches si vastes et si minutieuses, il exprime des vues si justes et si sagaces qu'il devient immédiatement le digne émule du fondateur de l'archéologie, Winckelmann.