Aesthetik, IV
2. Y03*. Bénard, Le problème de la division des arts {Revue philosophique, août et septembre 1883).
des chimères. En effet, une grande partie de l'art antique n'est pas conforme à ces théories. Cette sérénité, cette immobilité érigées en dogme par Winckelmann et acceptées par Lessing sont combattues aujourd'hui, quoiqu'on ne puisse nier que ce furent les caractères distinctifs d'une grande époque. Lessing va sans doute trop loin quand il veut imposer cette beauté idéale à toutes les œuvres d'art. La sculpture peut et doit l'accepter ; le caractéristique, l'expressif répugnent au marbre, mais il est probable que, pour la peinture, les deux grandes tendances, classique et réaliste, ont existé dès l'antiquité. Le nom de « rhiparographe » donné à Pauson n'indique-t-il pas simplement un peintre des choses banales de la vie commune ? Ce n'était, il est vrai, qu'une exception; mais elle témoigne tout de même de l'existence de ce côté réaliste de l'art. Le deuxième grand principe développé par le Laocoon, que l'artiste ne doit représenter que le beau, se trouve également dans Aristote, dont toute la Poétique, d'ailleurs, est basée sur ce principe f. Si Lessing admet le laid dans la poésie, il l'exclut de la peinture. Aristote conseille de ne pas montrer aux jeunes artistes les tableaux de Pauson parce que ce peintre se rapproche trop de la réalité et ne vise pas la beauté idéale. Il faut que les jeunes gens s'inspirent plutôt de Polygnote.
1. Voy. Gotschlich, op. cit.,\). 121 ; Bénard, L'Esthétique d' Aristote, ch. i-v. — 1890.
l'art et l'archéologie 169
Mais qu'est-ce que le beau selon Lessing ? Avant lui on l'a défini de différentes façons. Pour Aristote, c'est L'harmonie des parties et une certaine dimension dans la l'orme ; il faut que l'œil puisse embrasser l'objet, qu'il en voie le commencement et la fin l. La définition du beau donnée par Lessing après beaucoup de tâtonnements est tout à fait la même. La beauté matérielle, dit-il 2, naît de l'effet concordant de diverses parties que l'œil embrasse à la fois ; elle exige donc que ces parties soient placées les unes à côté des autres. Mais il va plus loin et conclut : puisque les choses dont les parties sont placées les unes à côté des autres sont l'objet propre de la peinture, celle-ci peut et peut seule imiter la beauté matérielle. C'est ici le respect d'Aristote plutôt que la logique qui dicte la conclusion. Il peut vouloir que la peinture ne représente que le beau ; mais le beau ne peut-il pas se trouver dans la peinture hollandaise aussi bien que dans la peinture italienne? Faut-il que l'idéal des peuples du Midi s'impose aussi à ceux du Nord % Téniers et van Ostade eussent été rangés par Aristote parmi les rhiparographes ; nos artistes devraient-ils donc s'interdire de s'en inspirer 3 ?