A. XCVI
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le progrès des années. On faisait en Allemagne trop peu (lo cas de la profession de poëte dramatique. Les travaux consacrés au théâtre n'étaient considérés en général ((ue comme un exercice des jeunes années, qui devait faire place ensuite à des occupations plus sérieuses. Un auteur qui, dans Tadolescence, avait écrit des comédies et ^es tragédies, se hâtait d'o^ dinaire, quand son esprit mûrissait, de passer du théâtre dans une chaire de prédicateur ou de professeur; ou bien il recherchait quelque charge publique. Lessing est un exemple presque unique dans sou temps, par sa persévérance à demander aux lettres seules l'emploi de son activité. Nous savons quelles déceptions et quelles douleurs il trouva dans cette carrière.
Des essais de débutants, voilà ce que Lessing trouvait avant lui, lorsque, débutant lui-même, il éclipsa par son coup d'essai tous ses rivaux. Nous avons vu avec quel enlliousiasme la Neuber accueillit le Jeune Erudit, œuvre d'un poëte comique de dixsept ans. Il est donc inutile de s'étendre sur la faiblesse des drames réguliers de ses prédécesseurs, tels qu'Elias Schlegel, fondateur d'un théâtre allemand à Kopenhague, vers 1745 ; Gellerl, que nous retrouverons plus loin ; Weisze, qui devint bientôt le disciple de Lessing lui-même, et d autres écrivains moins connus. Nous ne dirons rien non plus des drames pastoraux que la mode multiplia durant quelques années (1). Les critiques allemands s'accordent
(1) Gervinus, t. IV, p. 332 ss.
à reconnaître que tout était à faire, lorsque Lessing conçut l'ambition de provoquer dans son pays un essor nouveau de la littérature dramatique. Cette entreprise, que nous allons considérer de plus près, présente deux faces : les doctrines et les œuvres de Lessing.
Il a lui-même déclaré que chez lui la critique devance toujours l'invention, et que s'il est devenu poëte, c'est à la réflexion et à l'imitation qu'il le doit (1). Ses œuvres veulent donc être jugées à la lumière de ses théories, et par comparaison avec ses modèles. Aussi discuterons-nous d'abord les principes de ses jugements et de ses créations, et ensuite les œuvres originales qu'il a produites. Telle sera la division de .cette seconde partie de notre étude.
(1) Dramat., fin.