‹ Lessing et le goût français en Allemagne (volume 2)Chapitre 17 sur 33 · A. XLV · texte numérisé non relu

A. XLV

(2) Poét.y ch. VI, Irad. E. Ëgger.

» aotioii Bérieuse...^ employant la terreur et la pitié pour » purger les passions de ce genre. »

Telle est la traduction que le dernier et le plus fidèle interprète de la Poétique donne de ce texte, qui a provoqué tant de discussions. Dans son exactitude, elle renferme encore un terme qu'y voudrait changer Lessing. Le mot de terreur, consacré par Tusage de la critique française, est*il l'exact équivalent du mot grec <p<Sêoç, dont se sert Âristote? Non, répond Lessing» Âristote a dit et voulu dire crainte.

Le mot de terreur avait prévalu en France, malgré l'exemple de Corneille, qui se sert de celui de crainte {i). La version allemande de ]^ Poétique, par Curtius (2), n'étant guère qu'une retraduction de la traduction de Dacier (comme Lessing le prouve eu maint endroit), se servait d'un terme équivalent à celui de terreur^ lequel était passé aussi dans l'usage général en Allemagne. Leseing le premier, dans , la Dramaturgie, releva cette erreur, en apparence légère.

Ce n'était pas pourtant une simple querelle de mots, car, à prendre le terme français dans sa rigueur, nous devrions avouer que nos tragédies classiques ne sont guère tragiques. Il en est peu où règne la terreur. Rodogune serait le chef-d'œuvre de Corneille, et Crébillon le plus tragique de nos poètes.

(!) 2* Disc, sur la tragédie.

(2) Suscitée par Gottsched, elle parut en 1753 ; Y. Lessing, Journal de Berlin, août 1753.

On se formerait ainsi une idée fausse de la tragédie, de Tavis même de Lessiug :

<x Chez les Français^ dit-il^ Grébillon porte le surnom de » Terrible : mais je crains bien qu'il n'excite un genre de » terreur qui ne devrait pas se trouver dans la tragédie (1). »

Tel est l'inconvénient d'un terme qu'on emploie, non parce qu'il est juste, mais parce que l'usage l'a consacré. On peut dire, il est vrai, que cet abus même du mot constitue une acception particulière et relative à la tragédie seule, où il exprime des degrés variables des sentiments craintifs ; et qu'en définitive, il ne signifie pas autre chose que le mot crainte^ employé par Corneille.

En admettant cette interprétation, il reste encore à savoir si nos commentateurs d'Âristote entendent de la même manière que lui l'emploi des passions craintives dans la tragédie. C'est le second point sur lequel Lessing attaque les interprètes français du philosophe. Son argumentation devient pénible à suivre : la difficulté en elle-même est trè&-subf ile ; et l'on ne sait pas toujours à quel adversaire il s'en prend. On voit bien qu'il cherche querelle à Corneille ; mais il lui arrive de réfuter des opinions qui ne sont pas celles de ce grand homme, ou d'insister, comme pour redresser quelqu'un sur des interprétations toutes conformes à celles de Corneille luimême.

Si, abstraction faite du dessein d'Aristote, on considère en elle-même cette proposition : « La tragédie

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