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CHAPITRE II

lâWÊMMÈwmrmkté.

làem maîtres de I^essing et «es amis.

Après avoir gardé leur fils auprès d'eux pendant deux mois, les parents de Lessing l'envoyèrent, non sans inquiétude, à Leipzig (sept. 1 746). Pour former un théologien, Wittenberg eût été préférable : c'était là que» depuis Luther, la théologie protestante avait concentré ses lumières. Mais à Leipzig, par une libéralité du fondateur de YAfraneum, il pouvait jouir d'une pension pour ses études (1). Celte considération dut emporter la balance.

La liberté absolue de la vie d'université n'était pas sans danger pour un étudiant de dix-sept ans, dans une ville comme Leipzig, qui se vantait d'être à la fois l'Athènes et le Paris de l'Allemagne, et que lui-même, dans son expérience précoce, appelle « un monde en petit. » Il paraît d'abord en avoir eu peur.

(1) Danzel^ p. 49.

a Pendant les premiers mois^ écrit-il à sa pieuse nière^ je » vécus plus retiré que je n'avais vécu à Meiszen. Toujours » au milieu des livres^ exclusivement occupé de moi- même, x) je pensais aussi rarement aux autres hommes^ que peutx> être à Dieu (1). »

Cependant^ il ne fréquentait guère les cours. L'université de Leipzig comptait alors peu d'hommes remarquables. Deux professeurs seulement, par leur talent et leurs doctrines, frappèrent son imagination : mais ce n'étaient pas des théologiens.

Ernesti (2), s' écartant des routines où se traînait l'étude des textes antiques, avait publié, en 1736, sous le titre pompeux d' Initia doctrinœ solidioris^ une sorte de manifeste et de plan d'études, où il annonçait une réforme de la philologie, et proclamait que <K c'était une entreprise plus grande et plus utile de compnmdre les auteurs latins, que d'écrire dans un latin irréprochable. » Il excellait à faire pénétrer ses élèves dans l'esprit de la littérature antique. Il en tirait des principes de goût, des leçons de sagesse, des enseignements de tout genre sur la religion et sur les sociétés de Tanliquité. En un mot, il transformait une étude de langue en étude de pensées. Plus tard (\ 768), entraîné par le mouvement de la critique contemporaine, à la suite de Winckelmann et de Lessing, il aborda, comme par émulation, le domaine de l'archéologie, dans son Archœologia liUeraria; mais tandis que les vrais archéo-

(1) L. 20 janv. 1747.

(2) Danzel^ p. 64-68.

logues cherchaient dans les textes écrits Fhistoire et l'explication des monuments des arts; Ernesti, prenant les lettres pour fin» voulut réduire les études archéologiques à l'éclaircissement des textes.

Le vrai fondateur de V Archéologie de Vart^w Allemagne est Jean-Fréd. Christ (1), le maître de Lessing, de Kloiz et de Winckelmann. Réunissant tous les avantages qu'exige l'étude des monuments plastiques de l'antiquité : vaste lecture, profonde mtelligence des textes, collection d'objets d'art, connaissances recueillies dans des voyages, talent personnel dans le dessin et la gravure, Christ était l'homme né pour poser les principes de cette science nouvelle. A en juger par le programme de ses leçons, qui furent imprimées en 1776, sous le litre de Dissertations sur la littérature et les œuvres d' art particulièrement dans Vantiquité, Christ embrassait toutes les parties de l'archéologie : arts du dessin, numismatique, épigraphie, paléographie, etc. ^ Il indiquait tout au moins les sources où -devaient ' puiser ses successeurs, et traçait le cadre de la science.

C'était d'ailleurs, dans la philologie, un esprit ^ aventureux, mais bien armé pour se tirer honorablement des aventures ; le vrai père en un mot de cette critique allemande, qui, en secouant une foule de préjugés sur l'authenticité des textes anciens, s'est trop souvent aussi jouée de la vérité la plus manifeste.

(l) Danzel, p. 68-79. M

Les bonnes et les mauvaises qualités de ce mattre

firent impression sur le jeune Lessing, que la nature

fr- avait doué aussi d'un esprit subtil et paradoxal^ et

d'une humeur guerroyante, mais en même temps des plus hautes facultés du critique et de Térudit. Â celte école, il apprit à faire peu de cas des opinions établies, à mettre aunlessus de Tautorité son sens propre, appuyé d'une érudition toute personnelle et d'arguments imprévus ; en un mot, à substi* .'^' . tuer le libre examen à la foi dans l'étude de Tantî- * ^ quité. Avec Tindépendante sagacité de Christ, il' sut fondre le goût sûr d'Ernesli, et sa fine intelligence des textes anciens. De ce mélange sortirent tant de remarquables écrits sur l'antiquité, qui l'auraient immortalisé parmi les savants, s'il n'avait lui-même atïecté une sorte d'aversion pour ce genre de travaux, et recherché de préférence la gloire qui s'acquiert au grand jour de la société générale.

- C'était en effet au dehors qu'il regardait, bien plus

que dans l'université. Mais par une singulière rencontre, à Leipzig comme à Meiszen, il eut pour introducteur dans le monde contemporain, l'un de ses professeurs, et un professeur de mathématiques. Kâstner était un savant et un philosophe, et en même temps un esprit très-lettré, auteur d'épigrammes spirituelles. Il aimait à réunir chez lui les meilleures '' têtes de l'université, non-seulement parmi les étu-

diants actuels, mais encore parmi ceux qui déjà s'étaient aventurés dans la carrière des lettres. Lessing fut admis à ces conférences (1). On y discutait, avec

(i) Danzel^ p. 80-84.

la philoBophie de Wolff, qui régnait alors, et^ dont Kâstner était un libre disciple, toutes les questions de science et de littérature qui pouvaient s'élever dans un cercle d'esprits jeunes, ardents, et chez qui les divers enseignements de l'université remuaient tout un monde d'idées. Sous la présidence du bienveillant et jovial professeur, la discussion jouissait de toutes les franchises que pouvait réclamer un caractère aussi ennemi de la contrainte dans la forme que dans le fond. C'était le champ qui convenait au jeune Lessing pour se donner carrière. Là, il put développer les qualités d'un esprit né pour la con-r troverse et l'improvisation, dont les pensées jaillissaient au choc des opinion)^ fausses, et qui, sans avoir lui-même de doctrines fixes, réglait sa position sur celle que prenait son adversaire. Le feu de sa parole, l'énergique familiarité de son expression,; l'originalité souvent paradoxale de ses idées, présentaient un contraste frappant avec les conventions d'opinions et de style qui obtenaient force de loi entre les savants allemands. Il se faisait déjà une place à part dans cette société académique, comme il devait se la faire de jour en jour dans les lettres. En même temps il prenait confiance dans ses forces d'écrivain, par les encouragements que recevaient ses essais d'écolier, apportés de Meiszen.

Le moment lui paraissait venu de s'adresser au grand public, et de sortir du demi-jour des réunions savantes. Il avait été introduit près de Kâstner par son compatriote Mylius, qui prenait part aux recherches du professeur dans les sciences physiques et

naturelles. Le même personnage lui ouvrit les voies de la publicité dans les recueils périodiques dont il était le rédacteur. Lessing lui a largement payé cette dette plus tard, en publiant, après la mort de Mylius, les œuvres de Fami qui avait publié ses essais de jeunesse, et en prenant hautement sous sa protection une mémoire décriée, non sans juste cause (1).

Mylius était arrivé à Leipzig sans ressources, avec une passion sincère pour la ^ience, et une extrême facilité à écrire en vers et en prose. Son dénûment et son désordre plus grand encore, l'obligèrent à tirer parti de cette facilité, qui lui devint funeste. Il mit d'abord sa plume au service du régent de la poésie allemande, du vain et pédant Gottsched, doyen de la faculté de philosophie. Celui-ci l'employa à des usages dont Mylius rougit plus tard (2). Â ce prix, il lui fit place dans les publications périodiques dont il disposait, et qui, donnant le mot d'ordre dans toutes les sociétés littéraires qui juraient par Gottsched, assuraient à l'initié un nombreux public.

Mylius crut enfin pouvoir entreprendre de son chef des publications du même genre, qu'il alimenterait, seul par la fécondité de sa plume, et qui le nourriraient. Ainsi, l'un de^ premiers en Allemagne, il transforma en profession la dignité de l'homme de lettres. Exemple remarquable,, puisque aujourd'hui encore, Lessing parait avoir besoin d'apologistes, pour l'avoir suivi (,^). Mais celui-ci érigea en une

(\)Forrede z, d, verm, Schrift. d, U, Mylius.

(2) y. Lessing, /. cit,

(3) Daniel^ p. 87-97.

sorte de magistrature ce dont Mylius avait fait un métier. Il fut pendant la plus grande partie de sa vie simplement journaliste ; mais nul ne peut dire que jamais la pauvreté lui ait arraché une ligne qui fût, non pas une trahison envers sa conscience, mais une simple complaisance contre la vérité.

Ses premiers ossais, insérés dans les recueils de Mylius, n'ont rien de grave. Hors une comédie, Damotij ou la Véritable amitié^ ce sont en général de petites pièces de poésie, qu'il a réunies et publiées en 175'i , sous le titre de Bagatelles.

La majeure partie se compose de chansons dont le sujet ordinaire est la louange du vin et de l'amour. Quelques-unes dataient déjà de Meiszen. Quoique le genre fût éminemment français, Lessing avait bien plutôt suivi ses modèles allemands, Hagedorn et les poètes de Halle. Son style n'est ni varié ni léger, mais sec et tendu : tout est sacrifié au trait final. Car le plaisir, chez lui, est ironique et épigrammatique. Anacréon sert souvent de texte au jeune poète : il l'arrange, il le corrige. Mais qu'est devenue la grâce voluptueuse et la brûlante passion? L'auteur a bien raison d'écrire à son père, en parlant de ces essais :

a Je ne crois pas que le plus rigide moraliste puisse m^en

» faire un crime En réalité, la cause de leur existence

» n^est autre que mon désir de m^exercer dans tous les genres Mf de la poésie. »

Ces maigres épigrammes suffirent pourtant pour faire prendre rang à leur auteur parmi les poètes anacréonliques du temps, Gleim, Uz, Lange, Gôlz,

et autres honnêtes gens, qui s'étaient donné la tâche d'égayer l'Allemagne malgré elle^ et de la distraive des extases mystiques de KIopstock et de ses amis, qu'ils appelaient les poètes séraphiques. Malgré leurs bonnes intentions et leur innocence^ on ne les pre«naît pas toujours en bonne part : la dévotion protestante du nord de l'Allemagne était alors plus rigide que le catholicisme français : les Bergerieê de GIcim furent brûlées publiquement à Hambourg, vers 1 740 (^ ). C'était donc braver tout au moins Topinion, que de s'annoncer comme poète anacréoïKtique ; et Lessing entrait dans la carrière des lettres par la voie du scandale.

Il paraissait encore plus téméraire de s'y avancer sous le patronage de Mylius, et de se laisser passer pour le second d'un homme qui avait acquis le sur* nom de Freigeist. non moins odieux alors en Allemagne que celui de libertin en France, ou de free thinker en Angleterre. Mylius le devait à une feuille périodique qu'il avait fondée en 1745, sous ce titre, le Libre penseur. Laissons ici parler Lessing, son apologiste :

a Quant à la rédaction du Libre Penseur y la censure la plus » vétilleuse et la plus acharnée n'y trouvera pas le moindre » trait qui puisse nuire à la morale chrétienne et à la reli- » gion. Néamoins, il devint préjudiciable à la réputation de » Mylius de Favoir rédigé. Depuis ce temps, il reçut pour » surnom le titre de son livre. »

Lessing écrivait ceci en >I754, après avoir vu l'in-

(i) Gerv., t. IV, p. 184.

crédulité sur le trône de Prusse, occupé par Frédéric II ; dans l'Académie, où le roi faisait lire par son secrétaire d'Arget son Ëloge du matérialiste la Mettrie {i ) ; enfin dans les discours de la noblesse, qui n'avait garde de penser autrement que le roi. Dans une telle société, les plus grandes hardiesses de Mylius pouvaient paraître timides; néanmoins, il fallait beaucoup d'indulgence pour le trouver irréprochable dans la foi, quand il mettait en doute la révélation immédiate des Évangiles, et voulait que la composition des Écritures saintes eût été réglée par la Providence dès le commencement, dans Tordre des événements naturels, comme la composition d'un livre profane (2).

Mais la religion, à l'époque où Lessing écrit ce jugement, n'est déjà plus pour lui l'orthodoxie, mais simplement la pratique des vertus évangéliques , parmi lesquelles il ne compte pas la foi au sens étroit. Il est plus que probable qu'il avait déjà fait cette distinction au temps de son intime liaison avec Mylius, à Leipzig. «

Il mettait donc l'exercice des vertus chrétiennes au-dessus de la stricte orthodoxie, et quant aux vertus, il les ramenait toutes à la charité. De là, une grande indulgence pour les autres et pour lui-même. Rien ne lui paraissait plus opposé au véritable esprit du christianisme que le rigorisme. II rompit donc

(i) Phil. Damiron, Mém. sur la^PhiL duXVIII» s., t. i, p. 12. (2) Mylius^ ap. Danzel^ p. 93-94.

avec les principes austères de son éducation, et voulut vivre de la vie du monde.

Mais quand il se hasarda dans la société de ses semblables, il fut, dit-il, honteux de la comparaison qu'il fit de lui aux autres.

(( Une timidité villageoise^ un extérieur sauvage et inculte^ » une ignorance absolue des usages et des manières^ des grix> maces maussades où chacun croyait lire le mépris de soi, » Yoilà^ dit-il, quel me parut être mon partage (1). »

Il résolut d'effacer à tout prix ce désavantage : il apprit la danse, Tescrime, la voltige ; il y réussit au delà de son espérance. Quel usage fit-il de ces grâces nouvellement acquises? Selon Tapparence, elks lui servireirt de passeport dans la société des comédiens, où il fut introduit par son ffdèle guide Mylius. Celui-ci, comme auteur dramatique représenté, avait ses entrées dans les coulisses, il y conduisit Lcssing. Et voici que le fils du respectable premier pasteur se lia d'amitié avec des acteurs ; que dis-je? s'éprit d'une actrice, et même songea, puisqu'il faut l'avouer, à suivre l'exemple de tant d'étudiants pauvres, qui se faisaient comédiens (2).

(2) Danzel, p. 112-115. Cf. Goethe, Wilh. MeisL, 1. 5, ch. iv, (trad. de M""* de Carlowitz). « La naissance m*a placé dans une » sphère où le perfectionnement de Tindividu paraît impossible^ et » cependant j*y aspire toujours. Depuis que je t'ai quitté, j'ai d«5- » veloppë mon corps par la danse, l'escrime, l'ëquitaiion et autres » exercices semblables; mes allures n'ont plus rien de gauche ni » d'embarrassé, et je me présente assez bien... Je dois te l'avouer

Il fit des études sur l'art dramatique, et ces études le conduisirent, non à monter lui-même sur la scène, mais à comprendre l'intime liaison de la poésie dra* niatique et de l'art du comédien, à les associer tou-jours dans sa pensée, et à se persuader que l'un ne pouvait faire de progrès que par la réforme de l'autre. Ainsi, dès le début, les circonstances lui indiquèrent la voie qu'il a suivie dans toute sa carrière dramatique.

En même temps qu'il apprenait l'art du comédien» où il devint maître de bonne heure, il gagnait ses éperons comme auteur dramatique. C'était peu d'avoir inséré dans un des journaux de Mylius une comédie en un acte, qui ne fut pas jouée : il falEait obtenir les honneurs de la représentation. La troupe qui occupait alors le théâtre de Leipzig, était celle de la fameuse Neuber. Cette jfemme, en qui Lessing trouvait des traits de caractère viril, avait, soit par sa propre inspiration, soit par les conseils de Gottsched, tiré la scène allemande d'un état de véritable barbarie : elle est la vraie fondatrice du théâtre en Allemagne. Un jour, la Neuber reçut communication d'une comédie écrite, disait-on, par un étudiant de dix-huit ans. A peine l'eut-elle lue, qu'elle pro-

» cnfln^ je me sens chaque jour plus disposé à paraifre en public^ » à plaire et à impressionner dans ce cercle illimité. Ajoute à cette » disposition mon penchant pour la poésie et la littérature en gé- » néral^ etc...^ et tu comprendi^as que le théâtre est Tunique élé- » ment où je pourrais me mouvoir au gré de mes désirs. Sur les p planches^ le rotmler qui sent sa valeur individuelle parait avec » autant d*éclat que le noble dans sa sphère^ etc.. »

clama Tauteur un « génie dramatique, un mieil du théâtre national naissant. » Et sans retard ^ au mois de janvier 1748, sa troupe représenta, au milieu des applaudissements, le Jeune érudii, de Gotth<rfd- Ephraïm Lessing.

Qu'était-ce donc que ce chef-d'œuvre qui révélait un génie nouveau? En lui-même, un ouvrage bien imparfait; en comparaison du répertoire actuel, une révolution. Ce n'était ni une traduction, ni une imi* tation, ni une pièce retouchée ; mais bien une œuvre allemande originale, tirée de la vie allemande, composée pour un pijblic allemand. Qu'importe la faiblesse réelle de l'œuvre, si pour trouver mieux, il fallait avoir recours aux scènes étrangères?

La pièce devait le jour à une gageure. Lessing, un certain soir, qualifia de pauvre et de maigre une comédie soi-disant originale de l'école de Gottached, qui avait bien réussi : mis au défi de faire mieux, il retoucha sa comédie d'écolier ; le succès justifia fion assurance. Mais l'un des grands mérites de Lessing est de ne jamais s'être fait illusion sur lui-même, plus que sur les autres : la représentation de son ouvrage lui révéla sa propre faiblesse, autant que celle de ses rivaux. Il songeait donc, dit*il, nuit et jour, comment il pourrait faire preuve de force dans un genre où, croyait-il, aucun Allemand encore ne s'était très-fort signalé (1); quand il fut soudain rappelé à Camenz par une lettre de son père.

Aux yeux de la pieuse famille, l'enfant prodigué

(1)L. SOjanv. 1747.

avait comblé la mesure. Envoyé à Leipzig pour devenir théologien, il s'était fait auteur anacréontique et comique, presque comédien. Il avait pour amis des auteurs et un esprit fort. Il s'était endetté; il perdait son iemps, son honneur et son ân>e; il fal*« lait le sauver à tout prix. Son père le menaçait de la suppression de la pension que lui accordait la villo de Camenz pour étudier la théologie à Leipzig. Le fils, furieux du rappel, ne tint aucun compte des menaces. On eut recours à un pieux mensonge, on lui dit que sa mère était mortellement malade, et voulait le voir avant de mourir. Il accourut à pied, malgré la rigueur de la saison, et arriva demi-gelé dans la maison paternelle. On peut lire, dans le récit de son jeune frère et de son biographe, Ch. Lessing^ tout le piquant détail de cette aventure. La réconci-»liation faite, on le somma de choisir une carrière; à ceUe seule condition, il pourrait retourner à l'université. Il ne se sentait pas de vocation pour la théologie, il proposa la médecine. Au fond, l'esprit déjà complètement émancipé du jeune Lessing, se souciait fort peu de lelle ou telle faculté de l'université ; c'était vers le suffrage du public, libre que se tournait toute son ambition. De retour à Leipzig, au bout de quelques mois, il prit, pour satisfaire ses parents, le titre d'étudiant en médecine, qu'il a porté plusieurs années ; mais il se remit aussitôt à vivre selon son goût.

Il était toujours au théâtre : le matin aux répétitions, le soir aux représentations. Il poussait le zèle pour ses amis les comédiens jusqu'à les couvrir de

son crédit. Mal lui en prit, car une parlic de la (roupe de la Ncuber ayant clé engagée à Vienne, où Ton voulait imiter les réformes de Leipzig, lui laissa ses créanciers en héritage. Lessing poursuivi, et hors d'état de payer, s'enfuit, comptant rejoindre à Berlin son fidèle Mylius, qui s'y était fait des amis parmi les savants. Malheureusement, la maladie îarréta en route, à Wittenberg. Â bout de ressources, il se (it inscrire comme étudiant à l'université de cette ville (août 1748), avec le consentement de sa famille. Mais ses créanciers de Leipzig l'y relancèrent. Il n'espérait plus de salut qu'à Berlin : là, pensait-il, il trouverait moyen de vivre de sa plume, et de consacrer sa pension à l'extinction de ses dettes. Il renonça donc aux universités, et sans avertir ses (larents, il quitta Wittenberg (nov. 1748) pour se rendre à Berlin.

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