THÉÂTRE DE LESSING
Nous avons fait connaître T histoire des ouvrages dramatiques de Lessing, et les principes qui prési^ dèreht à leur composition : il nous reste à les ap^ précier en eu&-mémes. C'est trop tôt fait de dire que l'auteur a manqué du génie poétique et que ses pièces de théâtre sont le fruit de la critique et de rimila* tion. Il croit lui-même avoir atteint à quelque chose qui touche de près au génie, et il ne se fait pas entièrement illusion. C'est ce que nous essaierons de montrer, sans dissimuler ses inégalités. Le propre du talent qui fait effort pour s'élever au-dessus de lui-même , est de retomber quelquefois au-dessous.
Nous nous attacherons moins, dans cette revue du théâtre de Lessing, à l'ordre chronologique^ qu'aux analogies que ses ouvrages présentent entre eux. On en peut former plusieurs classes. D'abord se pré* sentent ses comédies de jeunesse ; puis ses tentatives de genres divers, imitations de modèles étrangers, gageures, pièces nées de quelque rivalité ; ensuite
d'emprunls , d'imitations et de réminiscences. M- Danzel s'est donné la peine de faire quelques rapprochements qui ne manquent pas d'intérêt (1). Il serait facile d'en augnaenler le nombre, et l'on serait encore convaincu qu'on en a laissé beaucoup échapper. Ici l'on retrouverait un souvenir du poète danois Holberg, là une rencontre avec une farce ita-
lienne ; ailleurs un Irait emprunlé à Marivaux, à la Chaussée, à Desiouches. Tantôt c'est une analogie de caraclère, tantôt un bon mot, tantôt un expédient de mise en scène, ou une intrigue, ou un moyen de dénoûment. Et cependant Lessing n'est pas un plagiaire : il n'imite rien sans le modifier. Il sait déjà, ce qu'il a fait presque toute sa vie, s'enrichir des idées d'autrui en leur donnant sa marque, et transformer l'éclectisme en invention.
Son secret est facile à saisir. Il conçoit un sujet par lui-même, et il emprunte le cadre et les développements en différents lieux. C'est ainsi que les inventions d'autrui lui servent à donner du corps à sa propre idée.
Dans Damon ou la Véritable amitié, il suppose deux amis rivaux en amours. Lequel des deux demeurera le plus fidèle à l'amitié? C'est celui qui doute de lui-même. Léandre fait de magnifiques professions de sentiments en s'apprêtant à trahir soii ami. Damon craint d'être mis à l'épreuve, et cependant, trahi par Léandre, pardonne de telle sorte, que la veuve qui lui accorde sa main craint pour elle-même un rival.
Cette pièce est une thèse en action sur la vraie et la fausse vertu. Il n'est pas besoin de dire que ce dessein philosophique, traité avec une grande inexpérience, rend l'ouvrage extrêmement froid. Et pourtant dans les premières scènes, on croit entrevoir une inirigue piquante. Que va devenir l'amitié aux prises avec l'amour î Une adroite soubrette invente un stratagème pour rompre l'accord des deux amis :
qui atteste plus d'observation ; mais là aussi le dessein est irop simpte, en ce sens que l'idée abstraite ne prend pas corps dans une réalilé complexe.
Le personnage principal es( une demoiselle d'un deint-^iècle, qui veut à toute force se marier, et se marie en dépil de tout. L'auteur n'a pas su rendre comique cette opiniâtreté intrépide, mais il a multiplié les moyens accessoires pour faire rire. Il a ressuscité le bouffon favoià du peufde allemnnd, le
fameux Hanswurst, sous la figure d'un marchand de gâteaux. On ne peut méconnaître dans cette pièce uo cerlaîo comique trivial qui parait bien être de source germanique. Avec plus de goût et de maturité, Lessing aurait pu tirer du sujet et des personnages une bonne comédie d*intrigue. Ce n'est pas la matière qui manque, c'est l'art. Lessing sait mieux concevoir un plan que l'exécuter.
Le Jeune Ei^udit, qui frappa 'si fort la Neuber, comme l'annonce d'un grand génie dramatique, nous parait d'une invention moins intéressante que la Vieille fille. Damis, le jeune érudit, est si pédant, si plat, si absurde, qu'il dépasse l'intention de l'auteur. Lessing a voulu peindre un personnage in^ supportable dans la société : il l'a rendu insupportable sur la scène. Le père de Damis, un marchand qui ne parle jamais sans citation latine, n est pas moins insipide. Les autres caractères ne sont guère que des ombres fugitives, à l'exception des deux intrigants de la pièce, une Lisette, personnage commun à ces trois comédies, et un valet qui est un autre Hanswurst. Le vide de l'action est égal à l'insipidité des personnages. Cinq longs actes et d'interminables discours, pour mettre en lumière, à l'aide d'une intrigue banale, le caractère d'un pédant, c'est un étrange abus de l'amplification. Mais à Leipzig il parait qu'on reconnaissait l'original du portrait, et l'on sait d'ailleurs que, les Allemands sont patients. On trouvait dans la pièce tant de vérité, qu'on lui passait d'en avoir trop.
Nous l'avons dit dans la première partie, le
valet Aiit(»ne regrette de s'avoir pas été uu ëradit, daae le temps
ou son père le baita
tant que pëie, mais
Vive l'érudition', s't
CDCore Ituaglemps a
leote et démesurée,
d'Aristophane, où le
par le Taisonnemetil
L'imitation est d'aill
ne soit pas uissi vivement jécrite qu^^ est beurenwmonl confue.
il n'y aurait pas d'action. Les personnages secondaires, jeunes veuves, dissipateurs, amoureux, valets, et leurs mœurs de convention, viennent de cetle même source inépuisable, la comédie française issue des temps de la Régence, et enrichie elle-même des anciennes fables italiennes. C'est sur ce fond étran* gerque Lessing peint ses portraits allemands. Aussi tout son esprit ne peut-il sauver les disparates de ses tableaux.
Avec la lenteur du style, ce qu'un lecteur français a le plus de peine à supporter est la grossièreté de la plaisanterie, et la trivialité des injures. Lessing est sur ce point intrépide : le temps n'y changera rien ; c'est une protestation nationale contre les bienséances françaises. On trouve sa profession de principes dans les écrits posthumes, sous le titre de Délicatesse {l). « On m'a reproché, dit-il, d'avoir y> employé le mot Hure dans ma Minna. Le coméx> dien n'a jamais voulu se hasarder à le prononcer. » Soit ! Je ne l'effacerai pas, et je continuerai à » m'en servir partout où je le croirai à sa place. »
On est surpris, malgré tant de défauts, de lire sans peine ces premières comédies. C'est que l'auteur a de l'esprit et un tour de pensée original. Sa prose âpre et mordante vaut souvent mieux que les vers monotones du commun de nos poètes dramatiques. Elle commande du moins l'attention ; et l'on s'attache aux idées de l'auteur, lors même qu'on s'intéresse médiocrement au sort de ses personnages.
(1) CEuvres, éd. de Maltzahn^ t. XI, %, p. 204.
trop habitué au mélange des deux sexes sur le lh«4' tre; l'abseuce des femmes y laisse un grand vide (2).
,., X9I est lu désiniéressemeiit avec lequel^ Lessii^ pftrle d'ordinaire de ses ouvrages- U «iifrend lui-
(1) Au reste, au XVIII' siècle, il se liiil beaucoup d'échauges entre l'Angletene, la France et l'Alleaiagne.
(2) Iframat., A. X. ï
même au lecteur que cette même comédiQ de Plaute avait été déjà mise sur lu scène par Cecchi en italien, et par Destouches en français. Tous deux eTi avaient fait des pièces en cinq actes, dont il raconte le succès. La première invention, ajoute-t-il, n'est pas de Plaute, mais de Polémon, qui avait donné à sa pièce le simple titre qui a été reproduit dans la pièce allemande.
La comédie de Plaute a gagné au remaniement que lui a fait subir Lessing. Plus rapide et mieux liée, elle conserve tout son comique, débarrassé des scènes épisodiques, qui ralentissent presque toujours l'action chez le poète latin. Lessing a su en même temps modifier les noms et le costume, autant qu'il le fallait pour donner une couleur moderne a une fable antique. Son style; pressé par le dessein d'accélérer le mouvement général de la pièce , s'est corrigé de ses longueurs. On croirait souvent lire des scènes traduites de Molière. C'est que Lessing a su parfois dérober au grand comique français son secret pour rajeunir Plaute. 11 lui manque seulement un autre secret plus rare : celui de créer à nouveau ce qu'il eo^prunte. 11 ne sait que restaurer et abréger.
La pièce inachevée, que Lessing a intitulée Les femmes sont toujours femmes^ est une refonte moins heureuse du Stichus de Plaute. Peut-être y avait-il peu de chose à tirer de la pièce latine, en la transportant hors des mœurs romaines. La fable en est si mince, qu'on ne s'y intéresserait guère sans un peu de curiosité archéologique. Qu'on retire l'étrange et
insuffisaiife pour soutenir toute une pièce.
Que dire encore de tant d'essais inachevés ou de sim^es plans ? On en a déjà vu ItAiste dans la première partie, et l'examen en sérail fa^lGÉeui. Ik ne
(I] Le maître Ae musique du Bourgeois gentilkona»e. [2) Le double déguisement, et Arkqam au sérail. Cf. Molière^ Le Dépit amoureux, (râle d'Ascagne).
sauraient servir qu'à montrer par quelles études Lessing s'est préparé à des œuvres plus originales. En général, ce sont des pièces d'intrigue, composées suivant la manière française ou italienne, avec quelques demi-caractères de sots bourçeois, dont la bêtise parait un peu trop forte et tout d'une pièce.
Homme d'improvisation et de lutte, Lessing a encore écrit quelques ouvrages par gageure ou par émulation. Dans une société d'amis, il soutenait un soir qu'on peut tirer des moindres choses des sujets de comédies. On le défia d'en faire une sur le Coup du soir {der Schlaftrunk). Il se mil à l'œuvre, et présenta bientôt à ses amis une petite pièce sous ce titre. Elle ne paraît guère intelligible que pour des Allemands. I^s mœurs en sont évidemment nationales, comme la jurisprudence, qui forme le nœud de l'action. Le comique n'y manque pas, mais ce n'est pas du comique délicat.
La Matrone d'Ephèse^ tirée du fameux conte de Pétrone, doit le jour à la rivalité de Lessing avec Weisze. Le même sujet avait été traité par Houdard de la Motte en français. Lessing y attachait beaucoup de prix, puisqu'il a écrit sur la transformation de ce conte en comédie tout un article, d'ailleurs spirituel et juste, et qu'il reste de lui jusqu'à trois esquisses de comédies. sur ce fond frivole et licencieux. On ne peut nier qu'il n'ait dépensé beaucoup d'esprit et de réflexion dans la conduite de ce malheureux ouvrage. Tout ce travail n'aboutit qu'à gâler le conte de Pétrone. Voltaire Ta mieux compris, lorsqu'il en a tiré, dansZadtg, te chapitre du nez. You-
lion pour l'habileté du lenlateur.
Le prologue seul assez son moyen âge. Les mauvais esprits assemblés dans une vieille cathédrale, rendent compte à leur chef de leurs travaux. On parlede Faust, que personne n'a pu séduire. Un démon s'en cttN'ge, et se £ait fort de le perjjre à l'aide de sa curiosité. ^
Mais Lessing, s'il faut en croire % témoignage de deux de ses amis, Blankenbuig et Engel, avait
(1) Félix Btanchct, le Faust -i^f^fl^, p. 17. as.
pris une sage précaution pour rassurer son public sur le sort de Faust. Un ange annonçait, à la fin du Prologue, que les démons triompheraient seulement d'un fantôme, que la Providence leur abandonnait. Qu^nt au véritable Faust, endormi par Tange, il voyait en songe toute la pièce, et se réveillait au dénoûment pour rendre grâce à Dieu de la leçon.
La pièce en elle-même n'était donc qu'une vaine fantasmagorie, ,un spectacle que la Divinité donnait à un homme, en mystifiant le Tentateur. La leçon n'était pas moins vaine que le spectacle, puisque nul être réel n'était puni, et qu'au contraire Dieu prenait le savant sous sa protection pour le sauver des pièges du démon. La conclusion morale qu'on en devait tirer, est que Dieu veille sur l'homme trop avide de savoir, pendant que le diable cherche à le surprendre : conclusion contraire à la tradition et au dessein apparent de l'auteur.
Que Lessing n'ait pas voulu représenter l'efTort vers la science comme désagréable à Dieu, qu'il en ait même fait un titre à la faveur divine, contrairement à l'opinion superstitieuse du moyen âge ; ce n'est p$is nous qui le lui reprocherons Mais pourquoi donner le change sur son dessein ? Pourquoi surtout détruire d'avance la terreur salutaire qu'il parait vouloir inspirer? Ce seraient là des fautes in^iM^Usables chez un poêle dramatique, si l'ouvrage eût été exécuté suivant ce plan.
Il parait que Lessing conçut un nouveau Faust, d'où le surnaturel était banni. Le héros échappait à la tentation par les seules forces de la nature hu-
quoi faut-il que nous soyons réduits à des conjectures sur des débris ? 11 est probable que l'auleur aontil mis dans cet ouvrage joule sa personne el
(1] Dans les papieis rdunts après sa mort, on trouve desnotd pour son ifxoaàFaust. Elles priuivcnt qu'il rc cueillait jusque dUË l'antiquilé des idées sur ce sujet. Las thaumaturges de tous les temps y auraient apporté quelque chose. [(Ewêres, Halliaho, L XI, i, p. 376.) f •'■
toutes ses pensées, comme Goethe s'est résumé tout entier dans ses deux Faust. Nous aurions eu le Faust de la critique, comme nous avons celui de la sym-^ pathie universelle. Mais à quoi bon s'aitarder sur drs regrets inutiles ?
§ in, — PIÈCES DE TENDANCE.
Lessing a souvent transformé le théâtre en une chaire de philosophie. C'est un abus assez commun au xvui* siècle. Voltaire n'est pas exempt de ce reproche, et son exemple a pu autoriser une erreur où les imitateurs le laissent loin derrière eux. Les ouvrages dramatiques composés pour soutenir une thèse ont un vice radical qu'il n'est pas besoin de faire sentir. Mais quand ils sont d'ailleurs médités avec soin, ils peuvent regagner à la lecture l'avantage qu'ils perdent à la scène. De ce nombre sont les trois drames de Lessing, que nous réunissons sous le nom de pièces de tendance, le Libre Penseur^ les Juifs et Nathan le Sage.
Le Libre Penseur, plusieurs fois remanié par Les* sing, fut longtemps pour lui un sujet de prédilection. Il contient une thèse et une comédie.
La thèse peut être Tésuraée en ces termes. Un esprit fort est un esprit fourvoyé. 11 voit la religion à travers ses passions. Son aversion pour elle n'est qu'une haine aveugle pour les prêtres en général. Une fois hors de la vérité, il n'est plus en repos. Mécontent de lui-même, il voit tout d'un œil cha-
suadé qu(.> ses futurs gendres sont à peu près d'accord, malgré l'âpreté de hv/h discussions. Il faut noter un mot de lui, qui ne manque pas de portée, quoique placé dans sa bouche. Il dit ft'Théophane : « Vous prcHivez la faiblesse de la raison par de forts » arguments ; » et à Adrasfe : « Vous prouvez sa fora' n par de faibles' raisons. Donc vous ëteifd'acord :
» faiblesse et force, force et faiblesse, c'est tout un. » Âdraste à la fin est converti moins par la foi de Théophane que par sa charité. Les discussions, bien conduites, épuisent le sujet. La première scène où Lessing, selon son usage, pose ses caractères principaux avec une intention trop marquée, paraît difficile à supporter au théâtre (1). Mais la suite est plus animée et plus originale. Nous sommes étonné de la hardiesse avec laquelle les objections des libres penseurs contre la rehgion sont développées sur la scène. Cette liberté peint l'Allemagne.
La comédie des Juifs ne forme pas un contraste, avec le Libre Penseur^ quoique Tune se termine à la gloire du prêtre chrétien, et l'autre à Thoniieurdu juif persécuté. Des deux parts c'est la charité qui remporte la victoire sur le préjugé.
U y a du comique dans les Juifs; mais Lessing ne sait jamais le faire sortir du caractère principal. C'est aux subalternes qu'appartient la fonction d'amuser le public. Lisette, l'éternelle Lisette de Marivaux, la soubrette provoquante et friponne, joue son rôle comme dans toutes les précédentes comédies de Lessing. Mais déjà d'autres créations plus originales annoncent Minna de Bamhelm. C'est le valet grossier et dur à son maîlre, qui le souffre ; c'est la jeune baronne ingénue, qui par bonté d'âme veut qu'on l'épouse. Caractères qui nous paraissent
{\) La pièce fui jouée à Hambourg sous le titre de Y Esprit fort confondu, pour la distinguer d*une pièce de même titi*e, dont l'auteur était de Brawe.
remet :
« Ohl que les juifs seruient estimables, s'ils vous » ressemblaient tous ! » s' tuerie le baron.
« Que les chrétiens seraient aimables, s'ils avaient » tous vus qualités! » répond le juif.
Il arrive souvent que le persécnlé vaut mieux que le persécuteur. Cependant il eût été pféférable,
même dans l'intérêt des juifs, que le héros parût moins parfait. L'enseignement aurait été plus persuasif et plus touchant, si par des peintures plus fidèles, Lessing avait fait sentir à ses contemporains comment les juifs devaient être aigris et corrompus par l'opinion qu'on avait d'eux, et comment les chrétiens, en les avilissant, se chargeaient de la responsabilité de leurs vices. Au contraire, un héros accompli comme il le suppose, avait trop l'air d'un personnage de fantaisie, d'une création arbitraire, qui ne témoignait que de la bienveillance de l'auteur en faveur d'une race proscrite.
Il est retombé dans le même défaut, en créant le personnage principal de Nathan le Sage. Nathan n'est pasunjuif, c'est un apôtre de Thumanité. Mais ici le dessein de réhabilitation se combine avec une autre thèse que nous avons déjà fait connaître, et sur laquelle il est utile de revenir.
La pièce de iVa/Aan le Sage est connue en France. Traduite trois fois (4), imitée par Joseph Chénier, appréciée par M"* de Staël (2) et par M. de Barante, elle n'offre plus guère d'aperçus nouveaux.
On convient généralement que l'inlérêt dramatique y est sacrifié au dessein philosophique. Cependant M. de Barante, d'ailleurs justement sévère pour les défauts de cet ouvrage, semble approuver une remarque de M. Schlegel, qui dit que « Lessing n'a
(1) En 1783^ avec des coupures faites par la censure; en 1827, dans les Chef^-cfcBuvre des Théâtres étrangars, avec une notice de M. de Barante; en 5863^ chez Dentu.
(2) De r Allemagne, l* p., ch. XVI.
juif et le noble Allemand sonl frère el sœur, et tous deux neveux du sultan Saladin.
Il n'est pas besoin d'indiquer les ressemblances -et les. différences de cette fable avec celle de Vollaire ((].
(1) On pourrait encore comparer Nathan 4e Sage avec AEiire. « J'ai essajé, dit Voltaire {Epitre à M"' dn^OhUelell, de peindre ce
L'emprunt est sensible, mais la vraisemblance a diminué autant que le romanesque s'est accru. Peutêtre aussi, comme Lessing met des intentions dans tout, cette rencontre bizarre n'est-elle pas étrangère au dessein de l'ouvrage. Il s'agit de faire rougir l'homme des haines que lui inspirent les différences de religion. Or il se trouve, dans ce dénouement, qu'un templier est le fils d'un frère deSalàdin et d'une baronne allemande, que sa sœur, née demimusulmane, demi-chrétienne, est devenue la pupille d'un juif et ^'est crue juive elle-même. Qu'y a-t-iî de plus propre à faire sentirque les croyances n'élèvent pas entre les hommes d'aussi hautes barrières que l'on pense? Soit, mais il faudrait, pour produire la conviction, que cette combinaison parût vraisemblable, nécessaire même; autrement ce n'est toujours qu'une hypothèse philosophique.
» sentiment généreux^ cette, humanité^ cette grandeur d*âme qui )) fait le bien et qui pardonne le mal, ces sentiments tant recom- » mandés par les sages de l'antiquité, et épurés dans notre reli- » gion; ces vraies lois de la nature, toujours si mfil suivies.)» C'est en grande partie le même dessein que celui de Lessing; seulement Alzire se termine à la gloire de la religion chrétienne, qui, trop longtemps mal entendue par Gusman, lui inspire à la fin ces belles paroles.
Des dieux que nous servons connils la différenee ; eto.
Dans Nathan, le meilleur chrétien se trouve être le juif; et la conclusion n'est favorable à la religion chrétienne qu'autant qu'on Tentend comme les philosophes. Lessing (L. à Mendelss., 28 nov. 1756] blâme la fin de Gusman. 11 s'étonne de voir un barbare chrélien devenir si vite un homme. » C'est pourquoi il a fondu tpus ses personnages d'une seule pièce. Il ne croit pas qu'un caractère digne de ce nom puisse changer. C'est méconnaître un fiedt prouvé par de nombreux exemples.
chrétien aime la jui^ et le chevalier consacré se Bent tenté de fouler aux pieds ses vœux et sa foi, pour suivre le penchant de la nature. Il selnMe que toutes \ei haines de race et de religion vont se fondre •a pied même du Sainl-Sépulcre.
D'autre part, les gardiens fidèles et les exécuteurs aveugles de la loi d'int6lérance troublent cet heu-
reux concert. Une servante chrétienne, chère â la fille adoptive de Nathan , comblée des bienfaits du juif, n'a d'autre souci que de dérober la jeune Recha à leur commun bienfaiteur pour la rendre aux chrétiens. Elle rallume chez le (emplier le zèle religieux, qui se retrouve d'accord avec l'amour. Le patriarche de Jérusalem apprend par lui qu'un juif a recueilli une enfant chrétienne, et l'a élevée dans l'ignorance de toute religion positive. Aussitôt le mot de bûcher est prononcé. Il faudra que le sultan prête le secours du bras musulman au prélat chrétien pour brûler le juif. Heureusement, tout s'arrange par la merveilleuse découverte dont nous avons parlé.
À ces combinaisons savantes, ajoutez des caractères accessoires propres à intéresser l'imagination : la sœur de Saladin, digne amie d'un tel frère, savante, sensible, généreuse; le derviche Al-Hafi, mendiant devenu ministre des aumônes du sultan, et qui fuit lorsque la caisse est vide; le moine, instrument mécanique des desseins du patriarche, malfaisant par devoir, et bienveillant par instinct; qui remplit sans hésiter les ordres odieux de son prélat, et se réjouit de son insuccès par honnêteté naturelle.
Ces personnages, d'une physionomie si originale, se meuvent sur un théâtre splendide, autour des palmiers qui ombragent les abords du Saint-Sépulcre; dans la maison du juif, où sont étalées les plus riches marchandises de TOrient; sous les arceaux du palais de Saladin, ou dans les galeries d'un cloître
de Saladin, se compose le caractère du major <fe Tellheim, dans Minna ; et c'est évidemment la créar tion favorite el la plus originale de l'auteur.
Nous ne parlerons pas des personnages en qui le zèle chrétien n'a pas été entamé. Ce sont des types satiriques composés avec esprit ; mais on y sent trop la passion qui agitait l'auteur quand il écrivait ^othan.
On a signalé avec raison une certaine grâce, dans le caractère de Recha, la fille adoptive de Nathan. Mais le meilleur caractère est certainement celui qui donne son nom à la pièce. «L'on s'étonne, dit M""* de »Slaël, de l'attendrissement qu'il cause, quoiqu'il ne Dsoil agité ni par des passions vives, ni par des cir- » constances fortes. » C'est l'attendrissement qu'inspire une bonté angélique jointe à la clairrbyance et à la sagesse, et qui parait héroïque chez un membre d'une race persécutée. L'illustre écrivain que nous venons de citer n'a pas manqué de rappeler le plus bel endroit de la pièce, celui oii Nathan raconte comment la jeune Recha fut remise entre ses mains. Il y a du sublime dans la simplicité de ce récit. Le moine qui l'entend, s'écrie : a Nathan, Nathan, vous êtes » chrétien ! Jamais on ne vit meilleur chrétien ! »
C'est dans ce mot qu'est le véritable dessein de la pièce. Selon Lessing, les œuvres, et non la croyance, sont la marque sûre du chrétien. Le conte des Trois anneaux, raconté et commenté par Nathan àSaladin, prépare celte conclusion.
Le poëme dramatique de Nathan le Sage est une oeuvre mixte. La première partie, qui se compose
§ IV. — MOfflA DE BARNHELM. — PHILOTAS.
Lessing n'a écrit qu'une seule pièce sans aucune préoccupation de controverse, d'imitation ou de système. C'est Minna de Bamhelm. On peut ne pas goûter les caractères et le comique de cette pièce, si l'on a l'esprit trop français pour approuver chez les étrangers la peinture exacte de leurs mœurs ; mais l'auteur doit paraître irréprochable aux yeux de ses juges naturels, qui sont ses compatriotes.
Le major de Tellheim est un modèle accompli de fierté ombrageuse et de désintéressement chevaleresque. Officier volontaire, mutilé dans la guerre de Sept ans, il a reçu pour remerciment un congé humiliant. Venu à Berlin pour obtenir justice, mais ruiné par une libéralité prodigue, sa pauvreté l'expose aux outrages même de l'aubergiste qui le loge. Victime de son imprévoyante générosité, il se dépouille encore, pour ne pas laisser dans l'embarras la veuve d'un ancien officier. Mais il se forme autour de lui comme une conspiration de dévouement. On veut l'obliger malgré lui. Ne pouvant se résigner à descendre de son rôle accoutumé de bienfaiteur, il repousse même les restitutions. Une jeune baronne, sa fiancée, veut l'arracher par le mariage à un sort indigne de ses verJlus. Il ne peut plus accepter une alliance où il n'entrerait pas la tête«haute. Une lutte opiniâtre s'engage entre sa fierté exaspérée et le zèle de ceux qui prétendent le remettre en son rang.
^voir comment s'y prendre. H place de l'argent entre ses mains, croyant que le major comprendra et l'emploiera comme sien. Il ne soupçonne pas que les bonnes intentions ne suffisent pas pour sauver une ofire d^arçent faite à une pauvreté fière. Son caractère pourrait nous paraître d'un bon et honnête lourdaud. En Allemagne, il a paru tout à fait national.
Le domestique Just est une sorte de sacripant, qui possède pour toute vertu la fidélité de caniche proverbiale du peuple allemand. L'aubergiste, type assez comique, se retrouve dans Misz Sara. Le personnage sacrifié est le français Riccaut, chevalier d'industrie, qui ne craint pas de se vanter devant une jeune baronne de savoir faire sauter la coupe. Son jargon demi-français, demi-allemand, nous paraît d'un comique un peu vulgaire.
En général, les caractères sont naturels et bien soutenus. On ne peut leur reprocher qu'un peu de monotonie : générosité, dévouement et brusquerie, c'est une joute de verlus mêlées de rudesse. Cependant Weisze trouvait qu'il n'y avait pas assez de générosité dans la pièce, et faisait des projets pour y en mettre davantage. Ainsi certains critiques de VAlexandre de Racine, disaient :
Ce n*est qu'un glorieux, qui ne dit rîen de tendre.
Rochon de Chabannes a presque fait la critique de la pièce, en l'arrangeant pour la scène française, sous ce titre : Les Amants généreux (1).
(j) « La pièce, bien jouëe dans le temps par Préville et Mole,
considéré comme le vrai pendant de Minna de Bamhelm. Les mêmes circonstances Font inspiré. C'est le sacrifice volontaire pour la patrie, opposé à la disgrâce du soldat après la guerre. L'intérêt dans PhilotaSy plus encore que dans Minna^ se trouve concentré sur une seule tête d'une indomptable opiniâtreté.
T^ssing a voulu s'essayer dans Philotas à imiter la simplicité du Philoctèie de Sophocle, mais il n'a pu faire sortir de son plan qu'une tragédie en un acte et en prose. Encore paraît-elle trop longue, parce qu'elle ne renferme ni combats ni péripéties, et qu'on ne peut se sentir ému du sort d'un jeune homme qui se donne la mort par grandeur d'âme sans aucune nécessité. Le style d'ailleurs n'est pas à la hauteur d'un sujet qui n'a d'autre ressort que l'admiration. Lessing aurait bien fait d'étudier Corneille, au lieu de l'insulter.
§ V. — MISZ SARA SAMPSON. — EMILIA GALOTTl.
Dans la tragédie, le génie de Lessing n'a pu s'élever au-dessus de la tragédie bourgeoise. Mais du moins il a donné dans ce genre inférieur deux modèles qu'il semble difficile de surpasser.
Misz Sara Sampson doit en partie son cadre au Marchand de Londres, et ses développements au roman de Richardson, Clarisse Harlove.
Nous avons déjà signalé le parallélisme des caractères entre la tragédie de Lillo et celle de Lessing.
due (1).
Le style même a ta letiteur du roman : longues analyses où le romancier peut se mettre à l'aise, mais que l'auteur dramatique devrait abréger; réflexions subtiles sur les devoirs-, pathétique plus soutenu que pressé.
Après avoir Tait la part de l'imitation, il reste à exposer et à juger la tra^die en elle-même. Le dessein, il faut bien le dire encore, est emprunté à Rictiardson. L'auteur se propose de montrer dans
[1] Ces rapprochements n'ont pas échappé à H. Danzel, Lessing, l. I, p. 388, BB.
quels malheurs les parents peuvent précipiter leurs enfants en les violentant dans leurs inclinations. Sir Sampson n'a pas à se reprocher, comme les parents de Clarisse, d'avoir voulu contraindre sa fille à recevoir un époux odieux. C'est une modification de la fable qui ne compte pas à l'avantage de Lessing. Car Clarisse ne tombe dans les pièges de Lovelace que par l'indiscret acharnement de sa famille à lui faire accepter M, Solmes. Sir Sampson s'est borné à repousser l'homme qui plaisait à sa fille, et il l'a fait sur de justes motifs : la suite ne prouve que trop qu'il*avait bien jugé Mellefont. Lors donc qu'il vient s'accuser devant sa fille ravie, et ouvrir ses bras au ravisseur, il ne manifeste sa tendresse paternelle qu'aux dépens de sa dignité.
Quoi qu'il en soit, Sara s'est enfuie avec son amant. Elle le presse en vain d'accomplir la réparation promise. Mellefont, comme Lovelace , éprouve une grande aversion pour le mariage. Mais il n'a pas le courage des grandes trahisons. Il ne peut se séparer de Tamante qu'il a séduite, ni satisfaire à ses légitimes réclamations. La misère , fruit du désordre, augmente ses perplexités.
Soudain une ancienne maîtresse, plusieurs fois abandonnée et reprise par lui, découvre sa retraite, et s'efforce de ressaisir sa poie. C'est Marwood, la copie du démon féminin de Lillo. Furieuse d'avoir épuisé en vain toutes ses coquetteries, elle jure de se venger, et trouve moyen d'empoisonner l'innocente Sara. Sir Sampson ne revoit sa fille que dans les
adresse aucun reproche, elle lui renvoie sa lettre. Est-ce là l'excès du repentir, ou n'est-ce pas uneÎDvention sophistique et glaciale , et d'autant plus que celle fantaisie dure longtemps ? Il est difficile à Lessing de ne pas dépasser les bornes de la nature dans la délicatesse.
Il a introduit aussi dans sa pièce une jeune enfant, fille naturelle de Mellefont, dont le babillage sentimental s'éloigne d'autant plus du naturel, qu'il
(1) Celle peinture de l'empoisonnement est empruntée au Joueur d'Edward Moore.
Taffecte davantage. Quant à l'honnête serviteur de sir Sampson^ il appartient à la classe de ces domestiques du théâtre allemand, dont les vertus et le style nous semblent également étrangers à leur condition. Honneur à l'Allemagne, si dans leur pays ce sont des portraits !
Si Lessing n'avait fait que Misz Sata Sampsotij on aurait eu le droit de douter qu'il pût atteindre au pathétique sans le secours des auteurs anglais. Mais Emilia Galotti répond à ce doute (1). C'est un ouvrage original (2), et nous croyons que c'est le meilleur que Lessing ait composé pour le théâtre.
« Emilia Galotti, dit M"* de Staël, n'est que le sujet de Ftr- » ginie transporté dans une circonstance moderne et parti- » culière; ce sont des sentiments trop forts pour le cadre; j» c'est une action trop énergique pour qu'on puisse l'attribuer » â un nom inconnu. »
Qu'il nous soit permis d'opposer à l'autorité de M- de Staël celle d'Aristote.
a Dans la tragédie^ dit l'auteur de la Poétique, on s'attache f> aux noms connus. La raison en est que le croyable^ c'est le » possible. Les choses qui ne sont pas arrivées^ nous ne » sommes pas encore sûrs qu'elles soient possibles. Et néan- » moins^ même parmi les tragédies, il y en a où l'on trouve un » ou deux noms connus, et le reste inventé; dans quelques- » unes, pas un : comme dans la Fleur d'Àgathon. Dans cette
(i) La pièce a été traduite dans les Théâtres étrangers.
(2) Cependant Lessing a puisé la première idée de ce sujet dans un auteur espagnol, dom Aug. de Montiano y Luyando. (V. Bibl. théâtr.,i.\, 1754; Fréron, Année littéimrCy inin 1754). Montiano avait traité sa Virginie d'après Tite-Live, et cependant on reconnaissait dans les personnages un air tout à fait bmirgeois.
terres, hors de l'état de Guastaila. Son désespoir éclate; mais il trouve près de lui un de ces funestes amis des princes absolus, qui aspirent à leur faveur par d'infâmes services. Marinelli invente un stratagème. On peut charger le comte Appiani d'une mission d'honneur à remplir sans délai. S'il la refuse, la voiture qui doit emporter les deux fiancés passe forcément devant une villa du prince. On peut amener un accident en ce lieu. Appiani refuse la mission, et, insulté par Marinelli, le provoque. Cependant il part avec sa fiancée. Devant la villa, la Yoiture est attaquée : le comte est tué. Emilia, enlevée au milieu du tumulte par de prétendus défenseurs, est transportée dans les appartements du prince, qui se trouve là pour la recevoir. Sa mère, qu'ion a égarée à dessein, la rejoint enfin, et ne comprend que trop ce qui se passe. Sa conscience l'accuse. C'est elle qui, flattée secrètement des attentions du prince, n'a pas su garder sa fille, et décourager le redoutable séducteur, en lui cachant l'objet de son amour. Mais en vain se désole-t-elle ; elle se sent précipitée dans un abîme.
Enfin son défenseur naturel et celui d'Emilia survient. C'est l'inflexible Odoardo Galotti , que le prince croyait à son poste de Sabionetta. Il s'est absenté secrètement pour assister aux fiançailles de sa fille, et la trouve dans la maison de son souverain, et près de lui. Tout lui est révélé par une ancienne maîtresse du prince, Orsina, qu'un malentendu amène au même moment dans celte funeste demeure. Elle anime le malheureux pèreà la vengeance,
» fille, s'écrie Odoardo, soit !» Et il la frappe du poignard d'Orsiria. Le prince accourt : « Qu'y a-t-il, ■ Ëmilia ne se trouve pas bien ?» — > Très- bien, « très-bien, » répond le père, et il jette le poignard aux. pieds du prince. «Qu'on me mène en prison, » dit -il. Je vous attends pour juge, et ensuite, je vous » attends devant notre juge commun ! »
Peut-être le renvoi de Marinelli , prononcé par le prince désolé, ne parait-il pas une solution satisfaisante dans une si étrange situation. Mais que faire T Un prince ne s''humilie pas, et le mal est irréparable.
Nous sommes bien trompé, si l'événement n'a pas
été habilement préparé, et rendu nécessaire. Les caractères, profondément médités, amènent d'une manière vraisemblable chaque progrès de l'action. Le prince, sans énergie, mais plein de désirs et habitué à satisfaire tous ses caprices, n'ordonne pas le crime, mais le souffre et en jouit ; toujours prêt à en rejeter l'odieux sur un contUient, dont il accuse tantôt l'indifférence et tantôt l'excès de zèle, sans avoir le courage ni de l'approuver, ni de se passer de lui.
Marinelli parait à M"* de Staël « presque trop vil »pour la vraisemblance. » C'est un Narcisse de bas étage ; peut-on marquer la litnite de l'abjection dans un pareil caractère ? 11 est fait pour son rôle ; et tel ' maître tel valet. D'ailleurs il ne manque pas d'un certain esprit : il 9. une aisance de roué, qui ne lui messied point.
Odoardo est le rude soldat qui pouvait seul avoir cet affreux courage. 11 n'était que sévère et vigilant, avant de se voir réduit à cette extrémité. Il aimait trop sa fille pour la souffrir déshonorée : cependant il ne l'aurait pas frappée, s'il l'eût trouvée coupable, seulement de consentement. C'est elle-même qui arme son bras. Rien chez lui de déclamatoire, rien d'un fanatique d'honneur. Couvert du sang de sa fille, il n'inspire que la compassion : tant'rauleui* a su ménager ce difficile caractère !
La mère d'Emilia n'est qu'une mère comme les' autres, vaine de la beauté de sa fille, imprévoyante, et accablée en présence des suites de sa légèreté. Elle est ce qu'elle devait être dans la pièce.
Ëmilia n'est que l'esquisse de ce qu'elle aurait
qu'il en blâme l^exagération. Il veut seulement être libre de se soumettre aux règles par goût, et non par nécessité. Les règles n'en demandent pas plus. Car si elles sont la véritablàiiBxpression du bon sens, tout écrivain sensé les observera par goût. Si elle» deviennent trop minutieuses el trop gênantes, le bon goût même les rejettera. Si elles s'appellent françaises, TAUemand se révoltera contre elles.
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