‹ Lessing et le gout français en AllemagneChapitre 11 sur 32 · IM · texte numérisé non relu

IM

raKgieiHes. U'éUât là le nouveau efaainp qu'il allait

remuer. Lui parlait-on de théâtre , il disait qu'il s'apprêtait à donner une comédie nouvelle aux dépens des théologteua. La £ameu9e ijtoerelle des Fro^ments était près d'éclater.

De cruels événements domestiques ne firent qu'enflammer son humeur guerroyante. Il goûtait depuis quinze mois le bonheur d'une uniou longtemps désirée, lorsque sa femme lui donna un fils. L'enfant mourut quelques heures après. Le malheureux père eut le courage de plaisanter sur cette perte, mais quelles plaisanteries I

« J'ai eu tant de chagrin de le perdre, ce fils ! Car il avait » tant d'esprit, tant d'esprit 1... N'était-ce pas de l'esprit, de » se faire tirer aves des pinoes de to po«r Tenir au mondel » M'éUût-«e pas de Tesprit, de saisir la pramièn oceanou • pour s'en échapper (i) ! »

La mère paraissait elleiméme dans un état désespéré. Après un court retour d'espérance, il la fil

partir pour rejoindre son enfant*

« Ma taune est morte, écrit-il^ et J'ai encore subi cette » épreore. le me réjouis de n'en avoir plus beaucoup à snlNr » de ce genre, et nie sens tout à fait soula^jé (i). o

C'est le stoïcisme d'un homme frappé du eoup

mortel, et qui brave maintenant le destin.

« Si j'avais pu^ dit-il, i^ter an prix de la moitié de ce » qu'il me reste de Jeun le iKmheiir de passer FaatfeniMlîé » avec cette femme, que je Teiisse liît Tdonliera ! Mais eels

» ue va pas ainsi; et il faut que je recommence à marcher

(1) L. à Eschenb., 3 janv. 1778.

(2) L. àEscbeob., 10 janv. i77S.

» seul dans mou chemin. Une bonne provision de laudanum B de diâtractions littéraires et théologiques^ m'aidera à sup- » porter les Jours Tan après l'autre^ au inilieu de ladou- ».Ieur (I).»

LuUant donc avec une terrible énergie coutre un ehagrin mortel, il ne fit qu'une même afiaire d'étouffer sa douleur et d'écraser un adversaire. Il porta dans la controverse une gailé qui parait lugubre, quand on en connaît la souree.

§ U. — Querellé des Fragmente. Nathan U

Sage» — Christianisme de Lessing. — Saphilo^ $ofhie. — Entretiens sur les francs-maçons^ — • Mort de t/sesing. — (1778-1781.)

Quatre ans s'étaient écoulés depuis la publication

î du premier des Fragments d un anonyme (1774).

I Ce petit écrit fit peu d'impression. Le bénéfice de la (ol^aiiee y était rédtmé au profit des déistes, c'està-dire des simples-partisans de la religion naturelle. Mais apparemment ces idées n'offraient plus guère

' (le nouveauté vers la fin du xvui* siècle, et les plus intolérants n'auraient osé livrer bataille pour une cause perdue.

Trois ans plus tard, Lessing fit paraître cinq nouveaux Fragments. Les titres en sont assez significa-

(1) L. à Ëschenb. 44 janv.

iifi pour Doat ditpeiMer de toute analyse, dès qo*oii connatt le deMein de Tautear.

1* Des déclamations de la chaire contre la raison;

ir Imposribiliié d'unê révéUuian à laquelle um les hommes puissent accorder une foi solide ;

3* Que les livres de V Ancien Testament n'ont pas été écrits pour révéler une religion ;

4* Du passaije de la mer Rouge par les Israélites;

5* De t histoire de la résurrection.

Enfin, en 1778, au plus fort de sa querelle avec les Ihéologiens, I^essiug publia le dernier fragment» et le plus hardi, Des desseins de Jésus et de ses disciples.

On aperçoit assez, sans entrer dans le détail, que les conclusions de Tauleur allaient à nier tout le divin du christianisme, et faisaient de rétablissement de la religion Tœuvre d'une habileté tout humaioe. La discussion portait nécessaiTement sur les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament. La question de rautheuticité et de la concordance des Evangiies était posée.

Les Fragments, dit un savant monographe (1\ sont aujourd'hui plus méprisés que connus. QueMe qu*en pût être la valeur, ils donnèrent naissance à une controverse mémorable pour l'histoire du pro^ •testantisme et de la science allemande. L'éditeur joignait au texte ses observations : sur le fond des questions, il se dérobait; mais il cherchait du moios à établir la légitimité de la discus«on et la gravité

(I) SchwaHi» Lessing ah Theoilog»

du controversistc. Jus(|u'à ce jour, il lui semblait que la religioD avait été aussi mal attaquée que Indue ; tes défenteurs et ses adversaireB amient pris, sans s'en douter, les arguments les uns des aulrat. Rofio, Tauteur des Fragtmntê lui poraissaH « approcher de l'idéal d'un digne adversaire de la Dreligioo.PiùtàDieu qu'il suscitât bientôt un homme »qui n'approohàt pas moins de l'idéal, d'uq digne «défenseur de la religion ! »

Lui repiwliaitroa d'avoir soulevé de telles queiH tionsy il rièpondait que tontes ces difficultés pouvaient inquiéter le théologien, mais non le chrétien*

« La letèt, Muïk, n'est pas l'siprit, si la Bil^ n^sst pas la » religion. Par eonséquent^ des objectioDS contre la lettre et

» contre la Bible ne sont pas des objections contre Tesprit et » contre la religion. D'aillenrs, la religion existait avant qu'il » y eût un livre. Le christianisme existait avnnt que des t évangélistes et des apôtres eussent écrit. La religion n'est * pas irale^ paies que les évangéltEtes et tes ap6ties l'unt » aasaîgiito; mais ils TensaigiièseDt, paies qu'elle est » vraie, »

Aiosit LeseÎDg ne s'inqpiète pas de Tisane de la discussion. Lareligîon^ selon lui, est à part.

De telles attaques, accompagnées d'un tel commeotaire, ne pouvaient laisser insensibles les doe-

teurs dv l'Eglise établie. En trois années, le nombre des réponses s'éleva à plus de trente, pour ne parler que desfNriDcipales (1). Mais les adversaires de Leasing ne se placèrent pas sur le terrain ou il prétendait les amener. Us adœeitaient ce qui était mis en

(i) SchwarU^ p. 125.

question, la solidité des fondenenli hi itoriipwi de

cbristianisme, et ne s occupaieut guère que du dan- Ifer que pouvait courir k foi, par soito d'une atta» que qui leur paraissait un acte de témérité. Par là, lia prôUiieat le flanc à la dialectique vigoureuse de Leseing, qui, se substituant insenaiblemeiit à son auteur, finit par entrer dans le fond même du débat.

Avec ses premiers adversaires, il garda des ména* gemenls ; mais ses égards pour les personnes n'arrêtèrent point les hardiesses de sa critique. Dans une première réplique intitulée : iSiir la prtme de V Esprit et de la Force^ il pose avec une fermeté et une précision remarquables ses principes sur les raisons nie croire tirées des miracles. Quand même, selon lui, les miracles seraient prouvés historiquement d'une manière incontestable, on n'en pourrait tirer logiquement aucune conclusion hors du domaine de r histoire. La vérité historique n'a aucune portée au delà du fait établi. Ainsi, la résurrodîtm du Christ fût-elle prouvée, il ne s*ensuivTait pas qu'on fût obligé de croire que le Christ est fils de Dieu, si cette idée est contraire à toutes les idées fondamentales que nous avons sur l'essence divine : car ce sejait passer de la preuve historique à la preuve métaphysique, et faire une sorte de paralogisme prévue par Aristote.

Lessing allait donc plus loin encore que TAnonyme, puisque, non content d*ébranler les preuves historiques du christianisme, il posait en principe que, ces preuves fussent-elles solidement établies, il ne s'ensuivrait aucune raison de croire ce qui paraît

contraire à la raison. La raison se trouve donc, en dernière analyse» seule juge de oe qu'il âiul eroire ou rejeter.

A ces principes de critique, il ajoutait immédiatemeot son Credo, dans le Tu i Ê t nmu de mmêJmm. Ce qu'il appelle de ce nom n'est pas YEmngile sekm saint Jean, mais bien celte parole que, suivant saint Jérôme^ Tapôtre accablé d'ans admsait pour tout enseignement à ses disciples : « Enfants, aimez- Youa les uns les autres! » Lessing s'attache à celle perde, et Ton peul deviner avec quel tom H inaiale sur la recommandation que Tapôtre y ajouta : «C'ert k précepte du Seigneur, et quand on ne ferait que cela, cela enlRt. » Voilà donc, selon Lessing, fovte la religion, et son unique article de foi est un principe de morale.

Assuré sur ce terrain, quel qu'il soit, le controversisle ne craint plus de lâcher les rênes à tous les doutes sur la divinité de la religion* G'eet dans Técrit intitulé : Duplique (1778), qu'il ose formuler ce que noua avons appelé, faute d'un autre nom, sou scepticisme; ce scepticisme qui n'est ni le désespoir d'atteindre à la vérité, ni la paresse d'une intelligence qui aime mieux joner avec les cootradicliooa que s'eflbrcer de les résoudre; mais au contraire la fierlé d'une âme active, qui trouve qu'il y a plus de dignité à chercher toujours le vrai, qu*à ae reposer dans la possession de la vérité acquise (1). Scepti-

(I) « Ce qui fait la dignilé de l'homme, ccnVsl pas la vi rik' en » ^Kisscssion de laquelle un hoiiinic est ou ciiiit Hn^, mais

MiM qui pmit, M iNMinicr abovd, him pmdnd

ou bien exceptionnel, puisque la nature humaine esl en général si avide do croire et de s arrêter dans la ctrtitadt, ma» qui n'eUy lorsqu'on y réfléchit bien, qu'une vue claire, et vraiment virile, de la loi impotée à la science humaÎDe, de marcher toujours en ayant, sans atteindra jamais rboriaon qui fuit deraot elle : lialiam sequimur fugientem. Quant à la religion, qui Tit d'affirmation et de foi, nous ne aanrions dire si elle peut tenir contre cette enquête sans fin : prononcer sur ce point est uu soin que nous Iaksons à TAilemagiie et au protestantisme modeiw

nés, qui, sur les traces de Lessing, ont fait de la croyance religieuse un obiiet toujours fuyant, coouoe les sciences iprùtmts.

Au milieu de ses plus grandes hardiesses, Lessing s*âait montré respectueux pour les peivonoes; mais un nouvel adversaire entra en scène au moment où Tâme de Tindomptabie lutteur était ulcérée par ses malheurs domestiques. Peut-être rantagoniste étaitpil choisi pour [ exaspérer davantage (1). C'était le pas-

» l'effort loyal pour se mettre sur la trace de la véritë. Car ce » n'est point par la possession, mais par la recherche de la vérité, » que ses (orces s'étendent, et c est en cela seul que consiste sa » perfection toujours croissante. La possession rend rhomme Iran* » quille, indolent, orgueiUeuz... » Cf. la citation» p. 69.

(t) Nous n'exaniiiamis pas, si dans la querelle qui suivit, les plua grands torts penonneU furent du côté de G^yUe ou de Us* tàagm CesA un sujet encore livré aux discusnons très-pasdennéoi de r Allemagne^ et qui ne nous inh^resse guère. Les biographe de ' Leiiing : son Mre» UM QafaiiiMr, Stsiu', éponssat m asnse ssns discusskn» et les deraim «oplenl Isa pisotes. Dst tetta^

leur CkMie^ de Himhcnirg. Leasing s'apprêta sur-lechamp à le joindre au nombre de ses victimes» Alors commmça réellement celle comédie aux dépens dee théologiens qu'il avait annoncée.

On aperçoit Timitation de Voltaire dans la variété des fefmet de cette polémique. Pour le ton et Je ael de la plaisanterie, on sait que le goûf germanique diffère du nôtre ; cependant un étranger même ne peut méconnaître la ferve et la vigueur du oontfo» versiste.

Le prologue de la comédie contre GMie fot une Parabole^ où la religion était comparée à un palais, les théologiens à des architectes, dont chacun veut aeheiver ce palais à aa façon ; tout à coup on crie : kn

feu ! le palais brûle ! Chacun des architectes court sauver son plan, déposé dans rédiiice, et laisse brûler le palais, ifeureusement, le prétendu incendie n'était qu'une aurore boréale.

L'interprétation de la parabole est facile : la pu^ Uieatioa des Fmgmeuis n'était pour la religion qu'un daoger imaginaire ; mais les théologiens, au lieu de songer à la dtfendre, n'ont pensé qu'à sauver leurs propres idées.

éenvioit avoir moàm de pnrtialtté, MM. Gervîaus» Julien ScbioSilt» Schvrarts, puisent à la même source. M. Hageobacb a le coun^ de trouver quelque témérité dam la polémique de Lesdng, où . GOtut voyait avec raison un danger pour lésâmes. Le pasteur infortuné a trouvé récemment un défenseur^ qui à son tour trouve -

* un eontnidlcteor (Aug. Boden, Lming u. Q&hê, etc., 1862). GelAi-

* ci du moins ne juge pas sur parole. Pour nous, laissant de oélé les questions de personnes^ nous nous attachons aux opinions de Lessing, tirées exclusivement de son texte.

Cette psivlMle «il miiie d'une PrMre adressée à

Gôize, prière ironiquci pour Tengagerà rendre plus de justice ayx intentioiis de réditeur des Fragm$»ts. Elle commence par une curieuse distinction entre . un pasteur et un bibliothécaire. L'un est un berger i|ui ne doit estime que les herbes bienfaisantes poor son troupeau, l'autre est un botaniste qui recueille avec le plus grand soin les plantes qui ont échappé à Unnée, fussent-elles des |>oisons.

Cette prière n'ayant pas, comme on le pense, été bien accueillie de Gotie, une DéohrêiUm de rupliwv surtint, puis des Axiomes^ s'il y mû m pa-^ veille malièrej lesquels peuvent être résumés par cette pensée déjà citée et expliquée, que l'Ecriture n'est pas la religion, et que, par conséquent, on peut combattre Tune sans attaquer l'autre.

Après cette exposition, finreitf les onie Ami- Gôtzej qu'on peut considérer comme les Pliilippifueê allemandes; phili|^iques conformes au génie d'une nation savante, pour qui la liberté de penser est ce que fut pour Athènes et pour Home la liberté politique. Lui contester le droit de maidier librement dans la voie de la critique, c'était lui ordonner de renoncer à son génie. Et c'était un pasteur luthérien qui prétendait interdire Texamen de la tradition religieuse !

(( Le vrai luthérien^ lui répond Ijessing, veut s'appuyer de » Tespril <le Luther et non de ses écrils; et Tesprit de Lutlier a esige absolument qu*on n'empèobe aueun lM»nme de s*»- » t sa sst dans la eonnaisssnee de la férilé selon son propre » sens. »

On reproche à Lessing de scandaliser les laibles :

il s'écrie dans les termes mêmes de Luther :

« Scandale par-ei, scandale par-là ! La nécessité brise le » fer et n'a pas de scandale, le dois songer à mon âme; que s la mcHide tout entier^ ou la moitié seulement se scandalise. »

^ « Mais du moins, que n ecrivait-il pour les savants seuls, c'est-à-dire en latin? • Pauvre ménagement, en vérité, et dont il a raison de se moquer I Nous savons d'ailleurs qu'il n'est pas de ceux qui distinguent leur cause de celle du peuple.

«Mais il met le feu à l'Eglise ! » — a Quand le feu couYe, pour l'éteindre, il faut lui donner de l'air, n

En somme, il ne tient pas à lui qu'on ne le prenne pour plus chrétien que les défenseurs mêmes du christianisme, pour meilleur luthérien que l'Eglise luthérienne. 11 est vrai qu'en même temps il paraît donner la préférence au catholicisme ; mais ce n'est qu^ine position de combat contre l'intolérance lu* thérienue, ou une tactique pour s'assurer au moins l'indulgence de TËglise romaine dans TËmpiro.

Il était en elTet prudent de la ménager. Gotze tn- , voquait contre son adversaire l'aide du bras séculier. B avait prononcé le mot de Conseil aulique d'Empire. Mais Joseph II occupait le trône des Céî^ars: Lessing eut soin de louer adroitement l'empereur ; et celte précaution même n'était peut-être pas nécessaire.

En vérité, Ton ne peut s'émouvoir, avec les biographes de Lessing, des persécutions suscitées contre lui par Gètze, quand on voit à ({uoi elles se réduisis» rent en réalité. Condamné par un rescrit du duc de BrunswidL à d^^r le manuscrit de l'auteiur des

FraqmmUê , avec lei «riidei qu*il y avait jointe ; prWé de Teiemptioii de censure doot il avait joni^

Lessiitg se vit, de plus, interdire par le Consistoire tout écht sur de§ matièm dejreligioa. U n'en fit pas moins imprimer encore à Hambourg d'autres faetums contre Gôtze; le Consistoire se tut, et le prince bàrèditaii'6 continua de couvrir Leasing de sa protection silencieuse. La victime n'était donc pas fort à plaindre.

Cependant le polémiste, qui ne se tenait pas pour

salisfait, chercha d'autres moyens de continuer la lutte* U avait depuis longtemps en portefeuille un projet de comédie, dont le sujet lui parut offrir une sorte d'analogie avec la querelle où il se trouvai! engagé. Il le reprit, et n'espérant plus pouvoir le publier aux frais du due de Brunswick, il ouvrit une souscription. C'est ainsi que fut achevé et publié

Nous reviendrons sur le mérile littéraire de ce drame» Ici, nou&a'en vouions apprécier que les tendances religieuses. Nous n'hésitons pu à le dire : cette œuvre de polémique respire rinjustice de la ^passion* Trois religions sont misea en présence) maie le choix de leurs représentants n*est nuUement équitable. L'islamisme est personnifié dans un héros à qui Tauteur donne toutes les vertus chevaleresques; le judaïsme en un sage accompli, qui pratique seul cette vertu de la charité| dout Les-

sing fait rcssence luème de la religion; enfin le cbritlianiame ea trois ou quatre personnaget, dont le zèle religieux, sont des visages divers, présente toujours quelque caractère odieux. Le Templier, en tant que ohevalier, semble metlre la religien dans Texlerminaiion des infidèles ; le patriarche dans les bûchers ; la servante, dans un prosélytisme qui parait « une noire ingratitude entera son bienfaiteur. Est-ce là peindre les caractères propres des diverses religions? Et si Ton fait le procès aux entrainements hunmins, pourquoi charger une religion, et absoudre les autres ; pourquoi donner tous les torts à la sîeaney.et tous les mérites aux étrangères? Les pa-* négyrisles de Lessing disent après lui, que le caractère de Sakdin est historique ; je ne sais, mais quand il serait vrai» qu'importe 7 D'autre part Lessing a en pour ami un juif, qui était la douceur et la tolérance même; qu'importe encore ? Est-ce en vertu de la religion qu'ils professaient qu'un Saladin et un liendeissohn ont pratiqué ces vertus ? Qui oserait soutenir que le mahométisme et le mosaïs m e enseignent la dmrtté envers les seetaleurs des religions étrangères ? Ët si ces personnages sont d'heureuses exceptions dans leurs religions respectives, pourquoi ne pas choisir des exceptions pareilles, si ce sont des exceptions, pour représenter le christianisme? De quel droit attribuer les vertus cjhurétiennes à un musulman et à un juif, et les refuser aux chrétiens? N'esi-ce pas 1à noircir arbitrairement et de propos délibéré la religion à laquelle on appartient? Cependant Lessing eut pu répondre, s'il eût osé

|)Ousser la franchise jusqu'à ses dernières limites. Les veriuë de Saiadin et de Nathan, aurait-il dit, dément, au fond, de leur indiflérenoe religieuse. L'uo et Tautre sont de belles âmes, qui, enfermées par la naissance dans des religions positives^ s'y tiennent, non parce qu'elles y croient, mais paroe qn*dles ne croient à aucune. Âu contraire, les personnages chrétiens de la pièce sont des natures communes,

aveuglées par un enseignement qu'elles ont adopté sans examen ; d'autant plus violentes, d'autant plus iniques, qu'elles sont plus fortement attachées à une religion positive. Les religions positives inspirent rorgneil et la haine : la religion naturelle enseigne la douceur et Famour.

Tel est le sens, telle est la conclusion de JSalhan te Sage. On y retnHrre l'esprit de ces paroles, que nous avons déjà cilées : « La possession de la vci ité • rend indolent, orgueilleux.. • »

Il ne nous appartient pas de discuter la valeur morale de cette théorie ; il nous suffit de F exposer. Nous rapporterons seulement un jugement que répèlent plusieurs critiques allemands (1). Naikm k Sage, disent-ils, va de pair avec Faust pour la partie philosophique et pour l'originalité nationale. Certes, un étranger n'est guère compétent pour contrôler un pareil jugement; il est plus sage à lui de l'enregistrer simplement. Que l'Allemagne donc reconnaisse son génie dans ce drame si radical de Nathan-le-Sage, libre à elle 1 — C'est, à coup sAr, un exemple de

(i) (^imu» U IV^ p. 375. Stahr, t. il, p. 2^9^ ss.

graudt» Jiardi^iBey ai uu mouuixient de graïule liberté.

Caria pièce ne fut pas seulement imprimée sans obstacle : elle fut jouée ; après la mori de Lessing, il est rrsiij mais bien peu de temps après. En 1783, elle fut représentée à Berlin ; en 4 785 à Presbourg, eu tSOl à Weimar, après avoir été arrangée par SchillM*. Quelques interdietkms en Autriche et en SaiLO ne firent qu'en relever T importance. L'auteur settlemeDtnejouit pasdesontrioRipl^. D ne connut guère que les colères suscitées par une provocation sî attdâcieBte, et elles enqpcMsonnèrent la &n de ses jours.

Rieu ne prouve qu'il ne crût pas sincèrement, ooninie il Taffirme mainte et mainte fois, avmr rendu un éclatant service à ce qu'il prenait pour le vrai christianisme. Nous n avous guère jusqu'ici montré que le côté négatif de sa eritîqiie : cm n'aurait pis ^ une idée complèle de ses opinions sur la religion, I si nous n'ajoutions quelques mots sur ses doctrines positives^ si tant est qu'ib en ait professé de pareilles.

Pow la pratique, comme nous, l'avons dit, la ret Ugkm se résume, à ses yeux, dans le précepte de

saint Jean : et c'est pour cela qu'il est également prêt I à admettre et à repousser tiHiles les religions poaî--

tives, selon qu'elles se subordonnent ou s'opposent ' à l'observation de cette loi. Cependant il veut con-

•Érver pour son compte personnel le nom de chrétien ; Don-seuieiueQt parce qu'il est né dans la reiigion ehfétieDiie ; miM nom psm que ce nom est la profession même de la loi de charité.

Haia ne^reeooiiitUl ancoa ctogme, aucune règle de foi? Regarde-Ml, aim que eon ami Ifendelsaoba, toute discussion sur ces matières comme une vaine iubtiUlé ï Nullement* 11 admet une tradition do^uici{i(jutî ; mais il donne à la règle de foi la l^ui grande élasticité, et n'aoce|ite les dogmes que sous le bénéfiee d'une intarprélatioii phUoaoplrique. Aux luthériens, qui ne veulent admettre d autre règle de foi que les livres de TAucien et du Noweau Testament, il répond qu'il entend par religion chrétienne toutes les professions de foi contenues dans les symboles des quatre premiers siècles de TEglise chrétienne ; et il parait se rapprocher du catholicisme, en adoptant le Symbole des Apôtres (1). Mais comment l'adople^t^-il ^ En Tinterprétant àsa guîse, et en rejetant ce que bon lui semble, c'est-à-dtrc qu'il admet historiquement ce qui s'f Irouve, eomiue l'expression de k foi chrétienne : el, philosophiquement) ce qu'il approuve, comme règle de sa croyance

• personndîe.

On peut voir un exemple de sa manière d'interpréter les dogmes dans l'écrit intitulé le ChrùUanisme de èa rokm. Il y expose son ofttnion sur la Trinité. Dieu, dit-il, pense de toute éternité ses

• perleetiona : ee représenter, vouloir et créer, en Dieu,

(i) JMk* Ankowt m m* vnm. 9imgê.

— tH *

B*eft qu'uiu La repréBiMifeitkMi de les perfectMM»

est donc une création. Cet être qu'il crée ainsi, absolument semblable à lui-môme, est-ce que Tlik^ri-. bire appeUe hi Fils ck Dieu, oa pour mieux parler, le Fils-Dieu. L'harmonie nécessaire qui est entre le Père ei le Fik muai, conçu eit VE$prU Mml, qui, contenant toutet iet periaetlont eompmet dansTun ! et dans Tautre, est Dieu lui-môme.

Cet idées ne sont autre choie que oeUee qu'il aiaii

déjà énoncées à propos de la doctrine de Leibniz sur la Trinité. L'imitation de ce grand philosophe I «t «eosible dans toutet iet interprèlationt que Le^ sing donne aux dogmes religieux. Elle Test nonseulement dant celte manière ingénieuse de ramener la foi à det déduetiont philoiophjquet, mait eneote dans les principes adoptés ; et jusque dans la forme de l'expotîtiont qui ett, comme dent la Jfoftadolo|fie

' et autres écrits de Leibniz, une suite d'aphorismes, àlafois détachés par article», et enchaînés par le sens. Ceat de Leitmia aniti que procède Técrit le plut

* important de Lessing sur la religion, V Education du (ftnre humain* La préface indique la hauteur sereine oii te place Tauteur : edila doeêrina^ etc. Gomme Descartes, il ne conseille à personne de rimiten II exprime un vceu : que les rdigions poiitifes, au lieu d'être traitées avec raillerie ou colère, soient considérées comme la voie dans laquelle la raison humaine en chaque pays a pu se développer toute seule,

ou peut se développer encore. Rien, dit-il d'après Leibniz, dans le meilleur des mondes* ne mérite laillerie ou colère ; pourquoi nos erreurs seules mfr-

riteraient-elles ce Uaitemenl? Est-ce que le doigt de Dieu n'est pas là, eomine partoutt

L'idée dominante du morceau est celle-ci : « La » révélation est pour l'humaaité ce qu'est Téduca- » rion pour Findividu. » Dieu est oousidéré eoraine le précepteur de Thumanité; la révélation progressive, Gomme l'éducation du genre humain, proportionnée à l'état mccessif de son intelligence ; TAncien Testament, comme le livre élémentaire, qui doit l'initier à un plus haut enseignement (1).

A l'aide de cette hypothèse ingénieuse, Lessing trouve des solutions à toutes les dif ficullés de la tbéo» * logie, relativement à la révélation. 8i PAnden Testament présente des lacunes frappantes sur les questions les plus graves, c'est que le disciple n'était pas encore à la hauteur d'un tel enseignement. Les mystères du christianisme reçoivent à leur tour les plus ingénieuses interprélatioDS. \

Mais les deux époques de l'éducation du genre j humain par la rév^tion sont accomplies. Il n'y a plus de véritables mystères. Les vérités de révélation sont devenues des vérités de raison, et n'ont été ré- j vélées que pour cette fin. Elles ont fait faire à l'humanité des progrès qui lui permettent maintenautde marcher seule.

Un troif»ème Age de la religion s'approche, âge du nouvel Evangile éternel. Les rêveurs du xin* et du XIV* siècle n'ont été des rêveurs que pour avoir

(I) Cr. saint Angostin, COë (fe IH^^ tnid. de M. SaM»

t. p. aiL '

cru oei ifjt trop (irocbe. Ailleurs (1), Leasing jrap* pelle une tingiili^ prophétie de Cudan, qui aniie»-

çail qu'en Tan 1800 un très-grand changement s aceompliniît dans la religkm chrétieniie. N'estr-il pas incontestable, ajoute-i-il, que cette prophétie est lÛjà accomplie ?

Nous ne rdefons pas ce qu'il y a d'arbitraire dans

celte histoire de la révéhtion. Mais qui ne serait frappé de la nouveauté, de la hardiesse et de la profondeur de cette hypothèse? Indiquer les oommen* taires qu'elle a reçus depuis Lessing jusqu'à nos jours, ce serait faire Thistoire même de Texégèse libre au xix' siècle.

Pour nous résumer, aux yeux de Leasing, le chrifrlîanisme est éternel; il existait avant qu'il y eût une Ecriture, avant qu'il y eût des Apôtres et une Eglise.

I Dîeu Ta révélé pour hâter la marche de l'esprit hu-main, qui l'anrait pu trouver de lui-même, mais plus lentement. Il est progressif dans son histoire, progressif dans ses destinées* Son essence est la char

I rité, sa doctrine n'est autre chose que la vérité apei^ çue par Tœil de l'homme avec une clarté toujours croissante.

I Par cette théorie du christianisme progressif, et par les exemples de critique des Evangiles qu'il a donnés (l), Lessing a. lancé TAllemagne danseetle

voie hardie et savante où elle ne devait plus reculer.

{\) Sur une propîiétie de Cardan, t. XI, 2, p. 249, (2) V. entre autres écrits^ Nimoelle ïïypotkàêe sur ies JSiMmgOiitm (171^.

11 i ?aiiu»i l'immobilité de l'Eglise luthérienne, et fereé le {mteilantinne à ponsBar tovteB ses comfi*

quences jusqu'aux dernières limites.

Son rMe n'est guère moins hnfiorlant dans This-

loire de la philosophie allemande. Il n'y a presque pas une des grandes doctrines postérieures dont on n'ait aperçu le germe dans quelque passage de Les- 8ing(i). C'est que dans sa prodigieuse fécondité, non-seulement d^éerits, mais de pensées, il sème les idées à pleines mains, sans s occuper jamais de les coordonner en système, ni même de les concilier. Aum\ pour les dernières années de sa fie, les uns voient-ils en lui un spinoziste, et les autres un leibnitien. J&cobi, dans un entretien qu'il eut avec lui peu de temps avant sa mort, crut Tavoir convainen de spinozisme, et l'annonça d'un ton triomphant.

Mendelssohn, qui connaissait mieux son ami^ défendit sa mémoire d*une impulation qu'il regardait comme injurieuse pour lui, et y mit tant de zèle qu'il en mourut. Cependant on ne peut juger des véritables opinions de Lessing par un enirelien : il aimait trop à prendre une position de combat^ qui n'était pas toujours exactement conforme à la vraie

situation de son esprit.

il y a certainement dans ses écrits quelques traces de spinozisme. Ainsi» il avance que le monde n^est

(I) Lemng d. j^nUmph., v. IK Johann lacoby, 1S6S, p. 8. -

aotra ctMMe qM la série des pentées de Diett pensant ses perfections séparées : or, ainsi que nous ravoQs déjà dit, il admet, comme un axiome, que toute pensée en Dieu est une eréstion. U n'y a donc

entre les personnes de la Trinité et le monde d'autre difiérence que celle - ci : Dieu pensant toutes ses [terfecKons à la fois, donne naissance à h Trinité; les pensant séparemeut, il crée le monde (1). Certes cette doctrine sur le monde confine de prè» à celle de Spinoza. 11 en est de même d'une opinion qu'il exprime quelque part sur la liberté, où il aboutit presque à la supprimer dans l'intérêt du bien :« Je » rends grâce, dit-il, au Créateur, du m'avoir cou- 1» traint^ contraint pour le bien. »

Hais il serait plus facile encore de montrer en quoi il se rattache à Leibniz, dont il s'était plus particulièrement épris depuis que les Nouveaux Essais sur V entendement humain avaient été découverts et publiés (4765); et que Duteus avait donné une éditioa de ses œuvres (1768) ; publications qui l'avaient, comme nous l'avons vu, piqué d'émulation. L'esprit de Leibniz règne sur les emprunts que Lessing fait à la philosophie de Spinoza. Il y a entre les deux philosophes allemands une singulière sympathie* Lessing, ainsi que Leibniz, croit avant tout à Tètre individuel; point de vue absolument contraire à celui de Spinoza. Aussi ne se sert-il des idées du philosophe panthéiste que pour donner une explication

(I) Ckmtianùim de la ftoiwn, g 43, 88.

qui lui parait plua salis&isanley de rharmooie préé- ItkUe Mira Im ètm (Mrtieaiim.

« 0iatt, dit-il^ ne cite qna des êtres aimpies^ et Je compoeé • MeauMoee à'èmqsiit imom qm wila ds sa oréalioii. » Goime dMom 4a «es éCnt iiiaplas a qMl^ flhM

» les autrei, et qa'aneim ae peut rien aroir que n*anraiaDt

» point les autres, il y a nécessairement entre ces êtres sim- » pies une harmonie qui explique tout ce qui se passe entre » eux, c'est-à-dire dans le monde. »

On le Toit, cette création du monde par Tacte de

la pensée divine, qui pense ses perfections séparées, n'est au fond rien autre chose qu*une. manière particulière il Lessing d'entendre la Monadoloyie et Tharmonie préétablie de Leibniz. Ët il croit si bien à l'existence propre de l'individu, laquelle entraîne sa liberté, qu'il formule ainsi la loi morale : « Agis » conformément à tes perfections individuelles (t ). » n dit même ailleurs, comme pour donner un démenti à la négation de la liberté que nous avons lue plus haut : « Il est nécessaire que personne ne soit

» nécessité (2). »

Comment concilier ces contradictions ? Nous rivons déjà dit : Lessing est un penseur qui n*a pas de système» et un combattant qui vit au jour le jour, n ne faut pas lui demander ce qu*il n'a ni pu ni voulu donner, de l'unité à ses pensées : il a semé ses idées, après en avoir prodigieusement récolté par une incroyable lecture ; à d'autres à récdter et à

{i)ChritLd. l.SLii^,QD.

SMMT «pièt lui 1 Voilà pourquoi kmttm Im doetrinoi

philosophiques peuvent trouver en lui un prédécesseur,

Il en est de même des doctrines politiques nouvelles. M. Siahr voit en lui un républicain, un démocrate, un cosmopolite, un esprit historiquemeni conservateur y et théoriquetnent radical (1). Il y a en lui de tout cela; car, à quelles idées n*a-t-il pas louché? En réalité, cependant, (ous ses travaux politiques sont restés en projet.

Le seul monument qui subsiste de ses méditations sur la société, porte le titre d'Entretiens sur la francmaçonnerie* Qui connaît les idées de Lessing sur la religion, connaît d'avance ces entretiens. La francmaçonnerie est éternelle, comme le cbristianisme; elle est antérieure à toutes les loges de francs-ma^ çons ; elle existe en dehors de celles-ci. Il n'est guère question, en eûet, de ce qu'est la franc-maçpnneriei mais de ce qu'elle devrait être. Ce serait Fanéaiitissement de toutes les distinctions de castes, de fortunCi de nationalité, de religion, qui se perdraient dans une fraternité universelle, appliquée à guérir tous les maux inévitables des sociétés humaines, sans les . bouleverser. Pensée généreuse et excellente! Les francs>maçons seuls peuvent dire si c'est encore une utopie» ou tt ce n'est [dus qu'un fait accompli* ' Les Enireêien»snr la franc-maçonnerie ne paru-

(1) T.U>p. 31^^ is.

reot pas sans quelque difficulté. Lessing avait dédié Im trois pranim au due FenUoeiid de Bngumkk^

grand-maître de la maçonnerie allemande, avec cette préfiice éloqueote :

« Et moi aussi, je suis allé à la source de la vérité, et j'ai » puisé ! Combien profondément, c'est ce dont peut juger » celui-là seul, de qui j'attends la permission de puiser ens coie plus profondément — Le peuple depuis liMigtemps est » hsleisnt et 'périt de soif ! s

Peu sensible à cet appel passionné, le prince jugea que Lessing avait déjà trop puisé, et lui donna avis

de s en tenir là. Néaumoiiis, deux autres Entretiens parurent deux ans plus tard : Fauteur allégua que des copies furtives de son manuscrit avaient déjà vu le jour.

Le duc Ferdinand ne manifesta aucun ressentiment. Lessing, malgré toutes ses hardiesses, n'avait rien perdu de la confiance de son prince, puisque c«lui-ci lui demanda encore un travail sur les mouvements religieux du temps. Ainsi, c'est en vain qu'on voudrait donner à Lessing un air de victime de la persécution Sauf quelques rigueurs, quin*ont . nullement nui à l'expression de sa pensée, il n'a guère eu à subir d'autres maux que ceux àuxquek doit s'attendre et se résigner tout homme qui de propos délibéré déclare la guerre aux idées établies* Il a rencontré des adversaires, il s'est fait des ennemis ; sa pensée a été défigurée, ses intentions ca- * lomniées. Mais sa plume était encore une arme su& flsante contre la puissance des écrits et des paroles; et il a toujours eu le dernier mot.

AttMi ne iroiif84<iii pas dieat lui de Iftebee piainles.

Si ses dernières lettres sont d'une amertume profiNdcle, c'eet que las. maux du corps se joigoeot aux maux de Tàme paur Taccabler. Il surtéeut trois ans à son bonbfiur domestique. Dans l'année 1778| qui s'était ouverte pour lui par Ja mort de cette feanae qu'il arait tant aimée, il accumula avec une activité qu j[>a ne peut comprendre^ presque tous les travaux de controverse ibéologique que nous avons énu*^ mérés, et une multitude d autres qu'il nous faut bien pisser aous silence. Cette ardeur furieuse de production épuisa ses forces, si profondément entamées par le grand coup qui Tavail frappé. Des symptômes d'aflaîbUssement trâbireui bientôt le mal caché : sa.

robuste constitution surmonta quelque temps encore les causes de mort prématurée qui la travaillaient. Quelques voyages, quelques distractions lui rendirent une apparence de jeunesse à laquelle ses amis furent trompés, ainsi queiuÏHmàme» Dans un de ces retours de vigueur, son ancienne passion pour le théâtre se réveilla. Il conclut un traité avec une troupe de co* médiens de Uambouig, et s'engagea k lui fournir deux pièces par an : le besoin d'argent le pressait toujours. Mais il ne put remplir ses engagements. De maladie en maladie, sans se reposer jamais, il arriva au dernier moment. La mort le surprit à Brunswick, taudis qu'kl s'apprêtait à retourner ^

WotfenbQttel. Il expira le 15 fémer 1781, à l'âge

de cinquante-deux ans.

Le duc de Brunswick âi les frais de ses funérailles; aucun monument ne dAeora ta tombe. Va» la plupart des troupes de Ihéàire de l'Allemagne, sentant k perte qu'elles prenaient de faire» honorèrent sa mémoire par des solennités funèbres.

Aujourd'hui» Lessing est un des écrivains dent r Allemagne ae montre le phis fière, et atee raison': car il n'en est pas qui ait plus contribué àTaffranchissement de la pensée moderne ; et la liberté ab=solue de la crttique est un des titres de gloire les plus incontestables de la nation germanique. Aussi, depuis quelques années, les travaux s'accumuleul-ils sur Lessing ; il est étudié sous toutes ses faces, et presque toujours avec enthousiasme. On s'étonne de tout ce qu'il y avait en lui ; on y voit même peut-être ptusqu*fl n'y avait (1), mais certainement son esprit renfermait plus de connaissances et plus d'idées qu'il n'a eu le temps d'en développer, et plus qu'il n'eat nécessaire pour illustrer plusieurs hommes.

La piété nationale, un peu tardive, semble vouloir réparer le temps perdu. Un comité s'est formé pour ériger à Berlin un monument à la mémoire de Lessing (2). Parmi les plus chaleureux souscripteurs, il ikmt compter l'asiociaifon israéHte universelle, qui

(1) Stahr, l.U, p. 3tO.

(2j Le gûuvernemeiU de Saxe s'apprête aussi à lui élever une sUtue à Cameuz.

paie un juste tribut de reconnaissance à l'auteur do Naihan le Saqe (1). Les bénédictions d'un peuple . dispersé par toute l Europc, et relevé par Lessing d'un injuste mépris, telle est l'image sur laquelle nous aimons à dore le récit d'une vie, remplie par tant de combats.

(i) L. du 16 mars

^ed by Googlej

Page 1