‹ Lessing et le gout français en AllemagneChapitre 25 sur 32 · A. XXIX · texte numérisé non relu

A. XXIX

4)0801 à b tnqièdiei nout savom déjà que suivant la lettre de k PoéHqHê d'Amtote, il exigç qu'elle purge les passions, c'est à-dirc, suivant son interprélatioii, qu'elle les purifie et les transforme en dispositions vertueuses. Les deux passions qu'elle doit puritier sont la compassion et la craïute. On Towhnit, sur ce point, des éclairdssements qui Aissent autre chose qu'un commentaire de traducteur. . On entrevoit pourtant la pensée de Lessing.

<t L'une de ces deux passions, dit Aristote, se rapporte à » eslui qui est malheureux sans le mériter, l'autre à notre

• sswMahis; la pitié à cAm qui ne mérite pas son sort, la

• crainte à notre semblalde (i). »

La pilié est donc un sentiment relatif à autrui, et la ertinte un sentiment relatif à nous^éraes. La

crainte ne peut être provoquée que par le sort de notre semblable, parée que nous ne craignons pas pour nous-mêmes le sort d'un homme avec qui nous n'avons rien de commun. Et quant à la pitié, selon Âristote, nous ne la ressentons que pour des maux que nous pouvons craindre pour nous-mêmes ou pour les autres.

Nom n'examinerons pas si, d'après cette théorie, le théâtre même de Sophocle ne serait pas réprchensibie. Le chef-d'œuvre de la tragédie antique, l'Œdipe Bot, excite-t-il notre compassion et notre crainte au sens d'Aristote ? Œdipe est malheureux sans l'avoir mérité, il est vrai ; de plus, il est notre semblable, puisqu'il porte en lui les faiblesses de Thuma-

(i) Poét., c. XIIL

nité. Mais pouvons-nous craindre pour nous-mêmes les malbeur» doot k ialalité l'accable 2 Quel homme autre que lui s'est famais trouTé lumcide et inees* lueux par suite de 1 etlorl même de sa volonté pour échapper à des attenlats préditsî fit commeot amosnous touchés d'une destinée que nous ne saurions craindre pour nous-mêmes?

Maispeu importe le théâtre antique; il s'agit ici de

l'usage que le théâtre moderne doit faire de la théorie d'Aristote^ si elle est vraiei conuoe raiârine Lessing, On n'en peut tirer, si nous eomprmons bien noire auteur, d'autre enseignement que le suivant*

La tragédie, pour opérer la purification de la

crainte et de la pitié, doit se rapprocher le plus possiUe, dans le ehcii de ses béiôs, de la oonditioii moyenne, dar c'est là I que nous trouverons le plus de raisons de faire ce retour sur nous-mêmes, qui seul est propre à é?eiller ces deux passions. Ainsi la vraie tragédie, au moins pour les temps modernes, est la tragédie bom^eoise, c'estrè^-direy celle dont les héros sont de notre oondition.

Nous uous contenterons ici d indiquer cette conclusion, qui nous parait eonfiNme aux sentiments de Lessing. Nous reviendrons bientôt sur ce genre dramatique; il suffit pour le moment qu'on voie comment^ Lessing a pu lui prêter Tautorilé des ensei' gnements d'Aristote.

U n'entre pas dans notre dessein d'énuraérer tous les principes que le dramaturge- de Hambourg a pn puiser à cette source, ni toutes les questions qu'il a

Oigitized by Googit

soulevées sur la pratique du théâtre. Il a rappelé beaucoup de règles qu'on ne peut oublier tans don»

ger, provoqué beaucoup de discussions utiles. Mais ce qu'il nous importe de. connaitre, c'est sa part d'originalité dans l'bistoire du théâtre, et rinflnenee qu'il a pu exercer sur la génération qui dota T Allemagne d'une littérature dramatique*

Faisant litière des règles d'importation française, il a révélé à ses compatriotes le véritable Aristote^ et les a invités à ne pas reconnaître d'airfres règles que les siennes.

Il a placé les deux parties essentielles de la poésie dramatique dans Taction et dans les caractères , fi-* dèle sur le premier point à la pensée d'Aristote; sur le seeondy omettant un élément essentiel du drame, e*esMHdire les eirconstanees historiques ou mythi» ques. Il est vrai qu'elles ne sont pas de Tart, comme dirait le philosophe. Quoique cette théorie puisse pÊh raître incomplète, il est certain que le poète qui sait c. entretenir une action et dessiner des caractères est maître en &it de poésie dramatique. L'Allemagne u avait jusqu'alors produit aucun homme qui sût faire Tua ou l'autre.

Quant à la moralité du théâtre, se tenanl entre deux extrêmes, il exigeait du poêle un dessein moral, sans le confondre avec Tobjet propre de 1 art*

La passion partout répandue, habilement entrertenue, est la vraie tin de la tragédie ; encore celle-ci ne doit^e pas eiciter toute sorte de passiont, maie . seulement celles qui lui sont propres. Ici Aristote dicte les préceptes de Lessing. Les passions sympa-

ttiiques foot plaeeaux passions penonaelles. La liagédie éiiieat le «peetafeeur par un retour «or sa propre destinée, et non en vertu d'une compassion désintéreaiée. La tragédie française , toute pleine de

l'esprit chrétien, avait cru pouvoir fonder i'intérêl sur une disposition bieaveillanfe envers nos semblables, laquelle noua rend directenient sensibles à leurs maux. Lessing prétend le fonder sur raniour de soi, qui ne devient sensible aux maux des autres que par réflexion. Ce sont les sentimenls de la na*turc substitués aux sentiments chrétiens.

Par une conséquence de cette théorie, il devient nécessaire de rapprocher de nous les caractères et ks conditions. Plus de héros parfaits, qui régnent anr leors pMious : ce n'est pas là le earactère de l'humanité. Que les rangs aussi s'abaissent, afin que nous nous reconnaissions sur le théâtre, non-seulement dans notre condition humaine, mais encore dans notre condition sociale.

Le style même de la tragédie doit se rapprocher du langage de la nature. La pompe de la poMe pouvait être justifiée dans le drame antique par la présence du chœur. Devant un peuple tout entier , on s'exprime avec un certain appareil. Aujourd'hui, le héros parlant sans témoins ou dans l'intimité, doit me^ de côté tout ornement résméaux représentations publiques.

Quant à l'usage que la tragédie peut faire de l'his- • foire, Lessing croit tout dire en un mot : Respectes les caractères.

Il n'a dit nulle part : Cherrhez à renouveler la

tragédie par l'étude de l'histoire. 11 n'e^i donc pas le pnMDOteur de la tragédie bistorique ; au moins dnrecleraenf. Il tait peu de cas de la couleur locale. Le Ihéâtre est à ses yeux renseignement du genre humain. Dans le paAiculier, il n'attache de prix qu'aux traits généraux de l'humanifé. Peindre fidèlement les temps est Toeuvre deTbistorien ; le drame, selon Texpression d'Arislole, est quelque chose de plus philosophique que l'histoire.

Ennemi des réveriesy des longs discours, de la pompe du langage, épris de l'action, du palh(îli(|ue soutenu, du naturel ; il n'a rien dit qui pût encourager l'enflure et les dissertations creuses de la nouirelle école germanique.

« U en est enoH^ plus éloigné par son attachement aux règles, dont il déplore le discrédit à la fin même

de la Dramaturgie. Ainsi cet ouvrage entrepris pour affranchir l'esprit germanique, se termine par une

plainte amère sur les progrès de la licence.

Cette plainte suit immédiatement le passage où

Lessing s'exprime si durement sur le théâtre français,

11 avait cherché un moyen terme enlre la servitude

des règles françaises et le mépris de toutes les règles;

TAllemagne se partageait entre les deux extrêmes.

Il se trouvait seul dans la position qu'il s'était

choisie*

Page 1