‹ Lessing et le gout français en AllemagneChapitre 6 sur 32 · L-'iyili^oo by GoOglc · texte numérisé non relu

L-'iyili^oo by GoOglc

Les reproobes et \m leçons que lui adressait ost ipfttie de Kiopsiock, méritent d'être citéa :

cfoo mtê fMiQs oooto sur de ilMilsB lanbes, tn nmèiMS

• encore à Toreille du lecteur le son accoutumé de la con- » sonnance pareille; tu penses encore comme on pense avant

> d'avoir habitué son esprit dédaigneux à ne plus goûter que

• des images étranges ; tu parles encore comme on parle avant » d'avoir rompu sa langue à parler latin en allemand avec i on nM» li^^aianrant,... tu dmmes enoom à ehaque trait

• liinsaière qui lui confient; la pavole et h pensée ne por- » tent pas eneore chez toi les chaînes nouvdles; qui fa lu fa » aussitôt compris;... et tu veux être poêle I... » — a Et dans » sa compassion, reprend Lessing, il voulait m'enssigner les

> chemins hardis^ par où le monde présent ne nous entend

• pas^ mais les mondes à venir nous entendent. »

Cette ironie un peu lourde est du moins transparente. La coterie de Zurich| en adoptant Klopstock pour son poëte^ était tombée dans l'excès du noble

campagnard de Boileau, partisan fanatique de Quioaultî elle aurait dit volontiers :

le ne pnto plus louffiir ce que les autres font

n s'agissait de réformer, d'après l'exemple du

maître, la versification avec le goût poétique. Et d'abord, on ne pouvait plus soulBùrir le vers alexandrin (composé de six ïambes et à peu près semhtaUe au nôtre), ni surtout la rime, vainement affermie par les exemples de Canitz, Hagedoru, ûroilinger, Gel-* lert, Halleri Uz. Le chantre du Jfesaie y ayait sobfr» titué l'hexamètre épique d'Homère et de Virgile : il fallait désormais faire comme lui. Cette innovation pourtant ne ftit pas d'abord goûtée de tout le monde.

Nous lisons dans les Mémoires de Goollic (1), qu*aux yeux du père du jeune poète, les vers du Mesrie n'élaient pahul des yers. Beaneoup d'esprits, babi-

tués à une autre prosodie, pensaient, comme le père de Goethe, que la langue allemande ne se prêtait pas à rimitation des mètres antiques : tout au moins les oreilles germaniques n'étaienl-ellcs pas encore façonnées à un rbythme dont les élémeata mêmes n'étaient pas suffisimoMiit fixés. Les gens de Leipzig prirent la défense de l'ancien système, les Suisses se mirent en campagne pour le nouveau. Une vive polémique s'engagea. Lessing, qui devait plus tard re- • noncer à la rime, ne se senlit pas disposé à le faire sur la sommation des nouveaux réformateurs (2). Il n'avait pas jusqu'alors, dit-il, écrit uu seul vers sans rime, et il lui serait plus difficile de Tcviler que de la chercher. Il la défend par des considérations qui n'ont rien de très-neuf, mais qui témoignent de l'éducation française de son esprit : on les croirait traduites de boileau et de Voltaire. Cependant il se garde bien de proscrire les vers sans rimes. € Tenir y>\d rime pour une pièce nécessaire de la poésie alle- V mande, c'est, dit-il, trahir un goût trop gothique. » En définitive, il demande sur ce point, « iine égalité républicaine, qu'il voudrait établir partout, s'il le pouvait. » Malheureusement il se trouve entouré de gens de Leipzig et de Suisses, qui, dit-il, ne sesup-portent pas plus les uns les autres, qu'en Angleterre

(1) Aus mein. Leben. Stuttg. et Tûb„ t. i« p. 94.

(2) An d.H.F.BeiiiD^ 1751.

les partmiia éa PirélaDdanf et ciu de k ntitOD

régnante.

Ainsi, sur celte queslioD particulière de l'usage de la rime, Leasing se place en dehors des deax partis. Il fait de même dans les questions de goût. 11 se moque de la passion des Suisses pour le nouveau à fout prix, pour le style mystique, pour la profondeur obscure ; comme il se moque de la platilude, de la pauvreté prétentieuse, des imitations senriles de Gotlsehed. H défend cimtre les uns les mérites de la raison et de la elarté| contre T autre ceux de 1 imi^ (pnation libre ; ravenir contre la coterie de Leipzig, qui ne connatt rien hors du passé ; le passé contre celle de Zuricti| qui n'estime que Tavenir (1).

k tout prendre, cependant, et si Ton mrt à part le mérite respectif des écrivains, Lessing est peutêtre moins éloigné de Gottsched, tant maltraité par lui et par tous les historiens allemands, que des Suisses, qui remportèrent la victoire. Nous avons dit son peu de goût pour les genres qui obtinrent la prédilection des critiques de Zurich. Au contraire, il tient avec Gottsched pour le drame et pour Tode. Il fait, il est vrai, peu de cas des travaux dramatiques de Gottsched, qui sont des imitations ou des traductions du thé&tre français (2); mais il puise aux mêmes

(1) Au*. 9. BeàieMe md.B. M.

(2) Eneore n'a4^il attaqué celte partie des écrits de CSottscfaed que plus tard. A Tépoque oii nous ndus plaçons, il voit encore du» le proliBssair de Leipzig rhoaune qui cherche à relever le ttrfUre aUemand et rmitiateur de la Neiiber. Oaiia la préfiice des Értklet pour thiitaire du tkià^ (od. 1749), ks auteurs mad-

sources que lui. Il estime à vil prix les odes du philosophe de Leipzig, il se moque à plaisir de ses intentions pindariques (1) ; mais au fond, il est, comme lui, disciple de lantiquité et de la poésie française. Le style net et ironique de ses propret poésies lyriques, chansons et odes (1751), et leur inspiration peu chrétienne, sont plus conformes au goût méticuleux, mais nuBement austère de Gottsched, qu'à Texaltalion chrétienne des Suisses. Ceux-ci ont reconnu leur idéal dans le sublime laborieux et le mvsticisme continu de Klopstock. Le jeune critique de Berlin (2) montre d'un mot le défaut de mesure de cette poésie, et c'est là tout son jugement.

Chose étrange I il repousse ici Tinfluence anglaise, qu'il cherche pourtant à faire prévaloir au théâtre. £n effet, c'est en traduisant Milton (1732) que Bodmer avait introduit en Allemagne le goût de la. poésie biblique. Excité par ce modèle, il s'était mis à écrire des ébauches d'épopées patriarcales, longtemps avant que Klopstock donnât les premier chants 4e son poëme du Messie. Dès que cette œuvre parut, elle rallia sur-le-champ les Suisses, comme née de leurs

festcnt la plus grande estime pour les connaissances et le talent de Gottsched. Le savant professeur, disent-ils, avait promis de faire l'histoire du tht'àtre : il ne l'a pas encore donnée, on lui offre des matériaujt, rien de plus. 11 faut dire que cette préface ne porte pas la signature de Lcssing, quoiqu'elle paraisse sortie de sa plume. Il est possible que Mylius, obligé de Gottsched^ ait imposé des tempéraments son collaborateur.

(1) J. de Vosz, 27 mars 1751.

(2) Idm, 7 déc. 1752.

doctrines (1). En effet, elle en provient immédiatement. Des cli«cipt€ft des Suitten, établis à Leipsig, fimdèrmi la feuille eoinrae sout le nom d*Anichf

de Brème (2), dont Klopslock fut Tun des principaux collaborateur. Cette revue suivit sur plusieurs points FinipiiilsioD donnée par l'école de Zarieh. Elle pré-, tendait de même faire naître la poésie du fond des mœurs et des croyances nationales, et pensait que, ponr eiilmdnileamiesioîesdu génie aUemaad^ il fallait d'abord s'inspirer des œuvres d'une nation d'origine germanique et de religion protestante.

Ce sont eiaetement les o|iînions que Leasing soutenait dans le domaine dramatique. D'oii vienl donc la froideur avec laquelle il accueillit les poésies de l'école de Klopstock? C'est qu'au fond la nabine de son esprit était rebelle à l'inspiration biblique. 1! aimait trop l'antiquité pour ne pas prélerer à toute cboie la niesure dans les eoneeptkmSy el la puMié

dans la forme. Ajoutons Tabus que Klopstock et ses amis faisaient du sublime. Ils ont gardé dansl his* teîie TépiliièÉe dérisoire de séraphiquea. Tropd'am* . bilion chez eux; et chez le critique, un goût peu favorable aux beautés du genre et très-sévère pour ses défisiils^ telles sonl lee raisons qui tinrenl tm^oim Lessing éloigné de l'école de Klopslock.

Cependant il se garde bien d'attaquer le maitre à la manière de Goltsched et des- siens, comne-de le louer à la manière des Suisses. Tous les emporte-

(1) Genrim», t IV, p. 54, 141.

(2) Brm0r heitraege (1744-1745). Cm., t. IV, p. 70.

mente oè TenUMiMiMM €t It bdne f mwal s'égarer

au sujet d'une œuvre qui représente une révolution litÉâmiret te dooBent carrièfe autour do poiaw du JfMte. Afee M Ttiaon déjà n ferme, Lemnf Mtieiil éloigué de tous les excès (1). Ce qu'il admire dans • les premiers chants du Jfaiste, c'est un onvrage que rAllemagne peut enfin montrer à eenx qui lut reprochent do manquer de génies créateurs. Ce qu'il y bUune, ce sont des fsutes féntaMes, et qu'il iait toucher du doigt : irague dam la pensée, déferllance ou enflure dans le style, défaut de mesure et de jnstame, U salua dans KlofMÉock un poêla de génie, mais ne lui épargne pas la critique. Il est (Mieux pour ses contemporains qu'il se soit trouvé seul à prendre ee rôle.

Si maintenant nous résumons ce que neas avon^ dit de ses premiers essais dans la critique, nous verrons ce jeune homme de vingt-deux ans déjà ferme et ealme entre deux partis aveuglés par la passion ; les jugeant déjà tous deux à peu près comme la critique moderne» qui déclare que nette brujanleqne» relie de Gottsdied et des Suisses est demeurée à peu près stérile (2) ; prenant seul le tou d'une critique aériettae à l'^rd d*ttne grande œutrr, qui, sans appartenir en propre à aucun des deux partis, est adoptée par l'un et repoussée par l'auire sans di»eamement; ne tenant enfin ni pour Zurich, ni peur Leipzig, qui se disputent vàinement la supériorité

(0 Briefe ma d. s». Th, d, Sckrift, xv-m.

(2) Gerffmtt, t. iV, p. SS^.

littéraire, mais apporlanl à iaPnmeel à BtrHii eelle pbunû qui sera celle du premier critique du siècle.

11 faut noter ici un iait capital dans l'histoire Jit- Uxmn àd rAlkfflMgne. Le Nord ffôsail aiort fon aténement dans le» leltm. Aotoor du grand roi, dans ce royaume qui n'était pis plus vieux que le lîàcie^ ei qui en màml tons les noufemeiito, s'U ne le§ iroprimaii pes, un nouveau oentre de enitore inteUecluelle .allait se former. Leipzig allait être éfllipié ; lea écrivains ùriiômirm delà Saxe, hmâmg à toiir tète, eotratnéa; rAttemagiie du Nord tifitéa ; h Sud et ÏEé&i éteints; la Suisse reléguée au rang de province lointaine. Mais pour que le génie aUemand aa dévrioppât dam tonte aom originalité, il Miatt que la Prusse cessât d'appartenir à l'esprit français. C'est Laaaîng qui défait le plus contanbnar à eetle révolu^ lion, mais il n'était pas enoerv mtlrr pour rentra* prendre ; il avait encore trop de respect pour les écrivains firancaia»

On le voit bien par ses artidea de cette époque. Il annonce, dans le Journal de Yosz, une tragédie de Ydiaire, avec un enthousiasme qui peut panUtro eiagéré, quand on songe qu'il s'agit à*Jméiiê m la Duc de Foix, Il applique à Tauteur de cet ouvrage sa définition dcjà citée du génie :

€ Ce qui J» tonehs» ènsnt, es gai lai plait, aa sa ai a ti ié»

» plaire; son goût fortuné est le goût de tout le inonde. »

C'est une sorte de dithyrambe en Thonoeur de Voltaire. On ne peut a'empécbery à ce propos, de

remarquer que Fartîde est daté du 14 déc. 1751, c'est-à-dire^ aaiérieur de quelques joursjau brusque départ de Leiaing pour Wittenberg, et par cornéquent à l'aigre correspondance qui s'engagea alors antre lui et Voltaire. On ne retrouvera plus en lui oatte UflnireUkuicef nième qiian^ chefs-d'œuvre du grand poète français.

Ea général, sa critique est favorable à nos ècriiraias. A4-il k parler d'une traduetioii de ïlémnémée de Grébillon, il ne troim pas même nécessaire de donner un jugement sur la pièce, comme si l'éloge alkUt de toi; tt sè eontante de dèfodre eoetre le traducteur Fusage de la rime au théâtre. C'est en-* core une marque de fidélité envers le système Iran-

S'il juge le discoure de Jeen-Jacques Rousseau sur ï Influence des aris et des sciences, il faut voir vtm qael ve^ect.et qfuSk edmiratioii il le réfute, quoiqu'il leréftile bien. « En un mot, dit-il, pour eunclure, M. Rousseau a tort, mais je ne sache personne qui ait eu tort avec plus de rûott (f )« »

Il n'est dur que pour Diderot, avec qui il devait, quelques ^aonées plus tard, se trouver si parfaite^ neni d'acooid. U est mi qu'il a'agit dn philosophe, et non du dramaturge. Son écrit sur les sourdsmuets parait au jeune Lessing l'ceuvre d'un a théoricien à courtes vues, et d'im de ees philosophes «qoi se donnent plus do peines pour assembler des nuages

(1) J. r./l9 décembre 1151.

fl) Brigf as d. fl. Q, Bdriin, I7SI. •

que pour les dissiper (1). )> Il faut avouer qu'on né pomtit guère toodier plus juste.

Nous avons longuement passé en revue ces premiers essais dramatiques et criliques du jeune Lessing, quoiqu'ils n'aient en aucune influence sur la litféralure allemande, et que l'âge de l'auteur se trahisse encore par quelques incertitudes d'opinions et de styie; mais ee que nom cherdions* c'est là

manière dont ce vaillant lutteur s'est formé. Dans cette étude, rien de caractéristique ne nous a paru à dédaigner. Nous passerons plus rapidement sur des œuvres plus considérables, mais beaucoup plus connues, et qui sont des fruits dont nous aurons expliqué la eroissanee.

arUique. — Horace et Martial.

Au milieu de cette activité extraordinaire qu'A déployait à Berlin, Lessing était mécontent de l'emptoi ÔB son temps; il hii semblait qu'il gasjâhdt son frads de connaissances, sans rien acquérir. H y avait en lui deux hommes qui se tirent toujours la guerre : Térudit, avide d'études solitaires; l'homme du monde extérieur, amoureux d'observations, d'action, de lutte. Les combats entre ces deux hommes éclataient et se décidaient d'ordinaire soudainwient.

(i) Bf. and. H, fi. Berlin, mi.

Getimuùqmf âm ks àtmàem pm de Tannée 17Si, rérndit remporte vne bnnque tkloire » i fai

suite de laquelle, sans avertir personne, Lessing coiinit s'enfenner à Wiltenbeig. Là il reprit la TÎe d'étediant eonune il l'enlendait, c*ett-èr-dire, sam suivre les cours. Il se confina dans une niodesle chamlNre qu'il parUgoail avec son frèret ou dans la biUiotbèqiie de f univenilé. Durant Tetpaee d'une année, il s enrichit de vastes et profondes con naissances iauchant l'biilnûre des savants, celle de la réforme et des réfomatenrt, et Tantiquité dae* sique.

A mesure qu'il s'instniissit, il produisait*. Pour lui ce n'était qu'une même ehoee de penser et d'écrire, de concevoir et d'entreprendre, d'acquérir des connaissances et d'engager une polémique. Souvent il dépassait sa pensée, sauvent il abandonnait l'en* (reprise à peine commencée, souvent il se retournait contre la cause qu'il avait paru défendre; mais, chemin faisant, il semait des idées, quelquefois des vérités, redressait des erreurs, l'uinait des réputations usurpées, et m^it les esprits des autres en mouvement à la suite du sien. C'est ainsi qu'il «hirait d'un domaine à l'autre, réveillant partout la critique assoupie, ce qui &it loiiuottrs le plus vif de ses fîaisirs.

Doué d'une telle humeur, il reconnut tout d'abord son véritable maitre dans la personne de Pierre

Btyle< Nul éorifsin n*m«i«rrtfiir toi une plus grande influence. On la retrouve dans ses travaux d'érucU-

4k)n et de eootiovme Uiéokigiqae, 4m klwiMM daiw le SMid.

Dès qu'il lut (1) le Dictionnaire historique ei cri-

iifMe^ il «e Bdit à tiavaiiler suroe modèle. En éerî-

Tept cei oumge, Bayle i'éfaût pvoposé, disait-A :

« De compiler le phis gmTeonett qifa poumlt des finttei 9 ^ ee tiovfaieat du» lee dielloiiBairas^ et de frire einei » des eomes sur toutes sortes d'auteurs^ quand roccabion » s'en piéseiiterait. »

n afaif ipm en quelque sorte pour point de départ de ses ejxursions le dictionnaire de Moréri. Lessing s'en prit à via didiounaire rédigé parion dodeor de Leipzig, nommé Jôcher. A peine arrivé à Wittenberg, il en commença une critique générale dont il fit impriiner quelques feuilles. Jôcher arM^U, prévint la publication de ce trayail par un accommodement. Lessing n'en publia pas moins, en 1753, quelques fragments de ses recherches (2). Sa critique ne consistait qu'en un relevé minutieux d'erreurs de ISifts sur la vie ei les ouvrages de savants très-peu connus. IViiiit de jugements, ni de pensées géoératet ; e'eside rérudition pure avec quelques duretés à Fadreese de Jôcher, imitateur et plagiaire maladroit de Bayle.

(I) Le Ncuoeau JHdimurife kM. H erU. CbÊxOefké, qpà psrat en 1750^ sous le titre ds CbnfûMMKM m INef. * d« ir. Pierre itayfe, oontrOiia à rsoieiier 1* attentfoa mr eiÉ dccMe (Jemel de Vm, i" vnû mi).

WBrkf$mmd. m. Th. d. Mr#l.

Le mattre à nm tour de^it épmifer k nriewt

éè son disciple. Il avait oublié ISophocle dans son dielioBiiaire. En Lewag dénoDoe cette la-* ctine dans les termes les plus durs, et, pour la combler, publie une Vie de Sophocle, Sans aucune néeeMléy elde parti |Nn% il l'écrit abaolnsuot dym la forme des « r t i cl e e du ÊHeêkmmirê mtàfÊB. La biographie eile-mème a e&t en quelque sorte qu'un piétexte aiDL noteafohnmiieMea qui Veecompignept» lesquellee doQmnt à iénr towaiatière à des mtee nouvelles, en sorte que l'ouvrage consiste vérilable- •neiit diiia lea notée» U eat inumaiblB de nouner plus loin rimitatioii malArtelle.

• Un ne retrouve pas dans ces écrits l'esprit jphiloleiiliiqve de Bayle. Cependant il s'était comme in<camé pour la seconde fois dans Lessing. Pour preuve de la sympathie siuguUère qulTunit au grand dour tenr fiiy(i(iiiay je ne voodraie que k et do Veau (1)| dont voici la conclusion :

« Tel est le langage des petits philosophes : « Le maudit )» Bayle î disent-ils; combien d'âmes honnêtes n'a-t-il pas » scandalisées avec ses doutes téméraim! » Abl Mei- » WÊmn \ que tfétie'veos dte Jjsjkth pe ur mm i wu i ttl iwi t »

« Gomme Bayle (2), Leseing paraît au premier abord

n'èlre qu'un éruditqiii devient philosophe seulement par occasion. Mais cette érudition minutieuse fournit

(«) Tabeln, 1. U, ^ ».

(2) V. le beau jogoMot de X. WmIb w a^lei m «e

des argumeats aux opinions les plus libres. En ré- Ibniiant des erreurs consafirése wt des fiute fort petits et snr des personmiges ouUiée, Lessing trouve occasion de poser des principes de critique de la plus liauie portée et de provoquer de véritttUes Té?olulioii8 dans les croyances. U sait aussi « à rexeiiiple de Bayle, et comme l'a fait si souvent Voltaire, œetlre ses sorties les plus témânùrei sous le nom d*autnit; soit au moyen de dtationa mdicieuses qu'il laisse sans réponse, soit en créant à la cause qu'il épouse secrètement des avocaia imagînaires* Toutefois il agit plus k déoouvert que les deux critiques français, et c'est là un des traits distinctifs de sa polémique en matière religieuse»

iTillT?

J^ÊÊ^ÊmÀ

à deux causes principales dont nous verrons le dévelopi^ement dam la suite. La ponséc était plus libre en Allemagne qu'en Fiance, et» partant, moins obligée de se déguiser dans ses hardiesses. D'autre part, Lessingp tout libre penseur qu'il était, prétendait plutôt ramener fe protestantisme à son véritable esprit, que détruire une religion et renverser une puissance établie. .

On peut objecter, sur le premier point, que la censure des écrits n'était nullement inconnue en Almagne. Mais pn y échappait plus facilement qu'en France, grâce à la division des états, à la constitution des pouvoirs, au caractère divers des princes. Ainsi, Frédéric II et la Prusse offraient un refuge à l'in- Cfédulilé. A Berlin, Leasing put toujours passer pour un esprit prudent.

Ën recoud lieu. Ton ne peut nier qu'il se montni souireiit trèMgresiif €onlre les membres de Téglise élaMie. Il est certain povHant que sa critique, plus hardie dans la forme que celle de Voltaire, est au fond moins sabtersi^e, aux yeux du moins du protestantisme (i).

Il faut rattacher à l'intluence de Bayle quelques monograptiies de Lessiog sur divers personnages qui tonebent à Thistoirc de la Réforme. Elles ne parurent pas à Wittenbcrg, quoiqu'elles y aient été rédigées ou conçues. Mais dans cette ville , l'auteur avait à redouter ht censure de Tuniversité. tin de ses poèmes mutilé à Leipzig, le tenait en garde contre les rigueurs des jugements académiques. U ne fit donc imprimer ses R^MUtiti&nê {ReOungen) qu'à Berlin, après son retour dans cette ville, en 1753.

Le titre même de ces dissertations en laisse deviner la pensée novatrice , sinon paradoxale. L'une d'elles, la Réhabililation de Jérôme Cardan, est présentée par Tauleur comme «une bonne addition m à rartide que Bayle dans son dictionnaire consacre t>à ce savant. «C'est en effet une révision d'un jugement de ce grand réviseur de jugements (2).

(1) Schwari, Lessing ah Thêofog; J. Schmidt^ Gesch, d. Homm- Uk, t. U, p. 23; Hageobach^ Die Kirchengesch. d. iS'*» u. Jahrh, t. I, p. 270.

(2) Déjà i ancicn maître de Lessing à Leipzig, le paradoxal Christ, avait écrit un petit plaidoyer pour la mémoire de Cardan, «maltraité, disait-il, par la censure de Bayle, » qui cependant ne le maltraite guère (V. l'art. Cardan) . Celte apologie fut composée absolument dans la forme des articles du. Dk tionmiire critique (Danael, p. 229). On voit par là que Lessing n'était pas le premier en Allemagne

Si lesaulres MiàUliuuiens^ celles de Simon Lem-

nius, deCochlaeus et de ranonyme désigné sousl épitbèie du Sot religieux^ ne procèdent pas aussi directement que celle de Cardan du JHetimnaiire critique; elles son l du moins inspirées du même esprit. Les deux plus importantes sont celles de Cardan etdeLemnius.

Lemniu8<» poète latin, auteur d'épigrammes et de poésies grossièrement diffamatoires, où il déchire les chefs et les protecteurs de la Réforme , est par lui-même un personnage assez peu digne d'intérêt. Mais Lessing voit en lui une des victimes des violences de Laither. C'en est assez pour qu'il le prenne sous sa protection. Il s'agit moins pour lui d'absoudre Lemoius que d'enlever à Luther le caractère d'infaillibilité dont le zèle protestant voudrait le couvrir. Lessing combat cette superstition en mettant à nu les faiblesses, les emportements, la grossièreté d'inveçtives de l'auteur de la Réforme. S'agit-il de ses pamphlets contre rarchevéque. de Hayence : « Grand Dieu I s'écrie Lessing, quelle terrible leçon «pour notre orgueil 1 Combien la colère et la vesH »geanoe ne. dégradent-dles pas l'homme le plus

qui eût pris Bayle pour modèle. En effet, le scepticisme critique de cet éiudit philosophe avait fait son chemin parmi les libres pen- ^f^urs allemands , comme parmi ceux de l'Angleterre et de la France. Gottsched avait entrons de foire traduire sous ses yeux tout le Dictionnaire critique en alfemand^ ainsi que hs suppléments de Chauffepié ; et il y avait travaillé avec sa fenmie (Danzel, note - la p. 223). M. vaitiDain dit qa*U fiuidnit dater le ITIII* siècle de Bayle. Lessing ne faisait donc que remonter à la source com-> mime d'oùTflnaît eei esprit d'eumen, dont il a été le plus îliualre . représentant eo AUemagoe» comme Voltaire en France.

» loyal et le plus saint! » Il proteste néanmoins de sa vénération pour le chef de l'Eglise luthérienne, mais il n'est pas tkehé de reconnaître en lui quelques petits défauts; autrement il se verrait en danger de le diviniser. « Les traces d'humanité que je trouve »en lui, ajoute-t-tl, me sont aussi précieuses que ses » plusbrillantes perfections.» La conclusion se devine : si Luther n'est qu'un homme, il n'y a pas de raison pour que le protestantisme s'arrête au point où il l'a laissé.

Dans la Réhabilitation de Cardan^ Lessing va plus loin. Sous prétexte de défendre ce bizarre esprit

du reproche d'alliéisme , fondé sur une seule ligne abusivement interprétée, il cite tout au long une comparaison que Cardan avait instituée entre les religions chrétienne, juive, païenne et musulmane. On soupçonne aisément que chacune d'elles est assez maltraitée par les avocats des autres. Mais Cardan a sacrifié la religion musulmane, au dire de Lessing. Celui-ci croit donc utile de refaire l'apologie du mahométisme. Où en veulent-ils venir l'un etl'aulre? Cardan se tire d'affaire par une transition évasive ; Lessing ne conclut pas davantage.

Cependant son dessein est assez transparent. Il veut que la critique demeure libre d'engager de pareilles discussions. Car pourquoi soustraire les rein gionsà l'examen contradictoire?

« C'est avoir une bien faible confianoe dans kt véiiléB s étemelles du Sauveur, que de ne pas oser les mtdmoit» D avec le mensonge. Rien ne peut être plus vrai que le vnd; a et le dénigrement même ne trouve point de place, là où Je

» ne Tûis d'un cdté que lolie^ et de l'autre que raifloa. »

Ce sont là de fières paroles ; raais peut-êfre Lessing témoigne-t-il une confiance trop absolue dans la force persuanve de la irérité , surtout quand il se plait àéfayerdefortes raisons la croyance de ses adversaires, sans prendre le même soin pour la sienne.

Il est parfaitement sincère , lorsqu'il revendique la Kberté de la critique. Peut-être a-t-il moins de zèle pour la religion eile-mème ; il atténue si fort le prix des croyances qu^on peut soupçonner, sans lui faire injure, que toutes les religions sont égales à ses yeux, si les actes sont les mêmes. Ces sentiments . se manifesterout plus ouYertement dans ses éerils de : controverse, et dans Nathan le Sage (1). 11 ne faut I voir ici qu'un manifeste en faveur du droit d'examen. ! Nous ne trouvons rien de semblable dans les écrits I des philosophes en France, au xvni* siècle : on cher- ; cbe à écraser IHnfàme à Taide d'une érudition plus ou moins sérieuse, par la moquerie ou par le raisont nement; mais jamais on n'ose défendre la liberté de I la discussion pour elle-même. Lessing avait donc déjà trouvé, dans ce domaine des questions religieuses, sa voie propre, et l'on peut ajouter celle de la critique allemande. C'était précisément le temps où Voltaire en personne aiguillonnait par sa présence I les incrédules de la cour de Prusse (2). Non loin de

(1) N*oiiblioDS pas pourtant qu'ils percent déjà dans les Juifs, I drame qui efiteoaimeun premier essai de Nathan le Sage.

(2) Voltaire, arrivé à Potsdam le 10 juillet 1750, quiUa cette résidence le 26 mars 1756 ; — v. Frietkrich d, Gros$e u. Volkm, V. J. Veneikif, im, p. 107-136.

— es —

ce cercle de railleurs se formait un vrai philosophe ; la science allemande naissait dans l'obscurité, à côté

de la muquerie française triomphante. Un jeune étudiant de Leipzig et de Wittenberg, disciple à la fois de la malice française et de la gravité germanique, concevait l'idée et donna/t l'exemple d'une critique hardie saos être irréligieuse.

Lessing d'ailleurs suit, comme Voltaire, la méthode de Bayle. C'est lui qui avait transporté l'attaque et la défense du christianisme sur le terrain de la critique historique. U pose très-nettement la question :

et PerBonne, dit-il, ne doit être reçu à examiner sUl faut

» cruiie ce que Dieu ordonne de croire U ne s'agit donc

» plus que de la question de fait, savoir si Dieu veut que nous

» croyions ceci ou cela Toute la dispute donc que les

» chrétiens peuvent admettre avec les philosophes est sur » cette question de lait, si rËcriture a été composée par des » auteurs inspirés de Dieu (1). »

. Lessing, ^ns la RéhabUiêaiion de Cardan^ ap* plique aux autres religions ce que Bayle dit des philosophes ; il loue Cardan de u'avoir invoqué contre elles que les preuves historiques du ehristianisme, qui sont, dit-il, les plus fortes. Un jour viendra où il provoquera l'examen de ces preuves mêmes, dont il n'apprécie pas ici la valeur intrinsèque, et où il ap-* pellera la discussion sur la question posée, mais non discutée par Bayle, savoir : « Si rËcriiui'e a été composée par des auteurs inspirés de Dkn. »

(1) Diel. hi9t. et critique^ édit. de im, U Vf, p. 3001.

B afieclera, il est ▼rai, de ne soalever des doutes

sur ces fondemeals du christianisme que dans l'intérêt delà saine critiquCé Mais on poonU' lui reprocher de préfSftrer la critique à la scienee, et la rê-« cherche de la vérité à la possession même de la vérité. U ne s -en défendra pas ; que dis*-je ? il fiera pn^sskm de cette préférence :

c Si Dieu^ dit* il, tenait dans sa main droite toutes les vé- • rités, et dans sa main gauche Teffort infatigable vers la » vérité, même sous la condition de me tfomper toujoars et t éternellement; et qu'il me dît : « Choisis! » je m'indiiie- » rais avec désespoir vers sa main gauche, en disant : « F^;re, » donne l la pure vérité n'est donc que pour toi seul i (1) »

Certes, un tel désintéressement dans la recherche de la vérité n'est pas d'un sceptique du commun. Or c'est précisément, quoique avec beaucoup plus de netteté et de décision, ce qu'on appelle d'ordinaire ie seepticisme de Bayle (2). Tous deux y furent con-

(t) Duplik, 1778.

(2) a Bien des gens ont demandé à quoi bon cet étalage de difficultés... Je ne vois pas trop de quoi ils pourraient se plaindre raisonnablernent, si je me contentais de leur demander : à quoi servent tant de détails que nous donnent les historiens ? N'est>U pas stir quMls en donnent dont toute rulilité consiste à faire plaisir aux lecteurs^ et qui peuvent même nuire entre les mains de cen qui abusent des meiUeares choses ? Cela dispense-t-il les historiens de robligation de rapporter la vérité dans toute Texactitude posnble? Ne tant^ diHie pas qu'un histoirien des opinions en fasse Tsir «ctement-et amplement le fbrt et le fidUe> en dût-il naître par accident quelque désordre? n'en dût-il nailre. antre bien ramnsement des lecteurs^ et un exemple de l'yard qu'on M àfoir poor les lois de Fart historique? (IKc^. m. et orU.,!» ^ake. sur .l'ait Purrhm) i'm, i. Vf, p. SOM.

dtiHs par la paation de la critique, et -par le parti pris

de s'enfermer dans les discussions historiques (J).

Tous deux en effet proclament également rincompétence de la philosophie dans Texamen des preuves du christianisme. Mais ils le font à des points de , vue différents. Bayle prétend que la philosophie n'a rien à faire dans la démonstration des vérités de la religion, parce que les fondements historiques du christianisme une fois étabhs, tout le reste est article de foi. Il s'ensuit une absolue incompatibilité entre la philosophie et la religion (2). Le divorce est proclamé, arrive que pourra ! Lessing sépare aussi le domaine de la raison de celui de la religion, dans un fragment qui parait dater à péu près de cette époque (3). Mais c'est que, selon lui, « le secours que la philosophie prétend donner à la religion, ne peut que l'atï'aiblir et la gâter. » Les buts, en effet, sont I différents; Tobjet delà raison, ce sont les idées; , celui de la religion, ce sont les œuvres. La métar physique, en se mêlant au christianisme, l'a écarté de sa simplicité première et de sa véritable tin, qui

(1) « La sience de l'histoire n'est que celle de rinconstance, et j tout ce que nous savons bien certainemeot^ c'est que tout estiocer- | tain. » (Voltaire, Hist. du Pari, de Paris, avant-propos).

^) « U iaut nécettairement opter entre la philosophie et I'ëts»gile : d vous ne Tovlez rien croire que ce qpn est évident et cod» { forme aux notions ooimmmei» prenez k philosophie, et quittes le Christianisme : Si vous Teniez croire les mystères incompréhensi- Mes de kreligion» ^nenei le chriitianiane, et quittes laPhiloiophie.» (Bayle, loe. e. I.)

.(S) Gedmkeniaf. d. fliotnMer. » Dsmél, p. 298, note, èimoe I raisons tiè8H|ilanglMe> en Ikreur de cette opinion.

est la ciiurité portée jusqu'à 1 amour de nos ennemis*

De ces deux manières de prononcer le divorce de

la philosophie et tfe la religion, l'on voit ressortir des conséquences tout opposées. D'après la' doctrine de Bayle, si les preuves historiques du christianisme se trouvent ébranlées, la religion succombe, et il ne reste à sa place que la philosoptue. D'après Lessing, supposez la même ruine accomplie, la religion se trouve, il est vrai, dépouillée de son caractère divin ; mais elle conserve sa raison d'être dans cet enseignement et cette pratii[ue de la charité, où réside, suivant Lessing, son essence aième. D'un côté donc, l'anéantissement delà religion, de l'autre sa transformation.

Lessing expliquera, vers la fin de sa vie, dans V Education du genre humain^ ses idées sur la perfectibilité de la religion ; mais on peut déjà entrevoir son sentiment dans les Pensées sur les Herrnliiiles. U est vrai que, dans ce fragment, il ne conclut pas, et ne dit point ce qu'il approuve chez ces nouveaux chrétiens. Mais la conlexture de l'écrit et la suite du raisonnement font clairement entendre ce qu'il n'exprime pas. A ses yeux, le mérite du comte de Zinzendorf est d'avoir séparé la religion de la théologie, et de Tavcnr tournée tout entière vers la pratique... ff L'homme a été créé pour agir et non pour raison- »ner. » Dans les dt?voirs religieux eux-raéraes, on sent que, tout en évitant d'attaquer 1^ sacrements, Lessing les tient pour chose indifférente, et n'estime que l'exercice des vertus qui se proposent nos sem-

blabies pour objet. Rendre la religion toujours plus simple et plus intérieure, c'est là pour lui le progrès. Les hommes de la Réforme, à son a\is, sont entrés dans cette voie, mais se sont arrêtés trop tôt : le comte de Zinzendorf mériterait des éloges pour être allé plus loin qu'eux. L'esprit de Lessing va plus loin encore, comme nous le verrons plus tard (4).

Nous a'vons rassemblé ici les essais de jeunesse de Lessing dans la critique religieuse : il ne reviendra plus sur ce terrain que vers la fin de sa vie ; mais alors, avec une ardeur de polémique et un talent de controverse, qui le mettront au premier rang des écrivains de lÀllemagne en ce genre. Dans cet invalle, il se* nourrira d'études philosopbicpies et théologiques nouvelles, il acquerra plus de netteté et de résolution; il s'éloignera davantage de ses modèles français. Hais dés Tépoque oii nous sommés, il a

(1) On est frappé d'une certaine conformité des sentiments de Lessing sur les Hermhutcs avec ceux de Voltaire sur les quakers (a). C'est la même estime pour les vertus, et le même goût secret pour la simplicilé des croyances, avec un mélange de raillerie ou de mépris pour les ridicules ou les folies des sectaires. Chez Voltaire, c'est la moquerie qui domine; chez Lessing, c'est la bienveillance; mais tous deux se montrent portés à justifier par les mêmes considérations une petite église dont les bizarreries n'attaquent nullement la puissance civile. Rien, il est vrai, n'établit positivement que Lessing eût à cette époque lu les Lettres anglaises; mais comme aucune production importante de la littérature française ne lui était étrangère, on peut se permettre de conjecturer que cette ressemblance n'est ni puremeQt.foriuite^ ni seiUfiment un eAet de l'eaprit générai du siècle. .

(a) OEuvretf édit. Beuchot, Mélanga, t. i; l. phiioto^ûqiui, L-IV.

pris sa position daos ce siècle de libre examen. Il n'est ni libre penseur à la manière des Anglais, ni philosophe à la manière des Français; il répudie l'esprit d'irréligion qui, en Allemagne, règne surtout à Berlin, sons le nom de progrès des lumières {Âufkhrereî). Il ne renonce pas à la qualité de chrétien, il jne lance jamais nne raillerie contrée la religion; mais son ehrisfitinisme estsi large, quMI peut embrasser même le déisme, si le déisme professe la charité; il repousse rorthodoxie prolestante et tout dogmalisnie; la critique historique sans Emite et sans trêve est toute sa théologie.

Les études sur Bayle et sur l'histoire de la Réforme

n'avaient pas pris tout le temps de Lessing à Wittenherg. Il en donna une partie aux lettres antiques. Mais là aussi, son humeur guerroyante trouva matière à s'exercer. Horace lui fournit Toccasion d'une querelle qui se prolongea pendant plus de deux ans; l'étude de Martial développa son penchant à écri^ des épigrammes.

La querelle de Lessing avec le pasteur Lange nous parait offrir peu d'intérêt, malgré l'importance que lui attribuent les biographes de notre auteur. Une traduction en vers des Odes d'Horace, pleine de bévues étranges, nttira une rude leçon de latinité à Lange ; le poète traducteur s'étant vengé par des insinuations ditlamatoires, Lessing écrasa son adversaire dans un libelle insultant, où il le flagelle avec

une grosse gatté, dant ses panégyristes YMlent faire un chef-d'œuvre de critique négative (1). Telle esdy en résumé, toute Taflaire, curieuae peut-être pour donner une idée des controverses littéraires de ce temps-là en Allemagne, mais dont la portée n'a rieu que de personnel. Lange ne se releva pat de ce coup : poète jusqu'alors estimé pour ses œuvres originales, il demeura enseveli sous le ridicule pour sa traduction d'Horace. Leasing pouvait dire que aes pareik é deux ûùups ne se font pas conwUtre ; il avait détruit la première réputation qu'il avait attaquée (2),

Détruire les renommées usurpées, relever celles qui sont calomniées ; telle est sa plus chère passion. Son Fade mecum pour le pasteur Lange^ était déjà une réhabilitation indirecte d'Horace ; il en écrivit une directe sous le titre de Be^ungen des Heraz. Il y a, dit-il, des calomnies qui restent attachées à certains noms jusque dans la postérité. Mais la Providence « suscite de temps en temps desliommes qui » se font un plaisir de tenir tète aux préjugée, et de » rendre à chacun sa véritable physiouomie. ■ Horace est un de ces noms calomniés. Il entreprend donc de le relever des reproches qui se sont le plus communément adressés à sa mémoire : licence de mceurs^ lâcheté, irréligion, superstition* C'est une

(I) Çtahr, 1. 1, p. 125. — Daniél^ p. 154.

{I}. Les écrits de Lesdng qui se rapportent à cehe querelle sont t« Une lettre à H. P** datée de V7itteid>erg, im, et puUiée dans le Cofmponâaat de Hambcwrg; Ola réimprima dans la deuxième partis de Ms œums (1753); V SmwU às Foas t1 dde. 1753; 3^ Yodê îMcum pour Jf. 5. Q. Lange, eic, 1754.

dissertation érudite, ingénieuse, et généralement solide, quoique parfois paradoxale. Elle nous parait dîfi|ne de l'aHeiitioii dm anm d'floraoe, quoiqu'elle n'ait pas été écrite uniquement dans riniérét des études antiques.

Horace était à cette époque, ai Ton peut parier ainsi, le chef d'une école poétique en Allemagne, et le rivai de Kiopstock. Aux poètes séraphiqueê, et à une éeole de poésie religieme et anetère, aouteirae par une critique intolérante, tenait tête une pléiade de poètes amis de la gaité et des plaisirs de la vie, qui voulaient "rivre sur la terre, et non chi» le ciel. C'étaient les anciens poètes de Halle, devenus les poètes de Berlin, Gleim, Utz et plusieurs autres ; et enfin Leasing loinsiéine. Ennemis de tout mysticisme, partisans de la sagesse pratique et modérée, ils s'étaient donné Horace pour modèle : ils l'imitaient OQ le traduisaient (1). Là-dessns, les rigoristes les censuraient, et avec eux leur modèle. Il fallait donc défendre le maître, pour couvrir les disciples. Tel est le dessein de Lessing (2). Aussi sa défense d'Horace a-t-elle des retours sur lui-même, et par exemple, il veut qu'on sache bien qu'on ne doit pas jii^ de ses moeurs d'après ses poésies, et que sa

(1)GerT.,t IV,.p. iS2.

(S) H saisit m passant roccasion de frapper sur les disciples tmçtàB d*floace» Gittpela et aatass^ qol ontconbilHié à discréditer les nuBors du poète latin. 11 les réfote gravement par les moyens de réroditlon, et lenr applique cette note d*infiume : « Qud mi le genre defoHe, oli les Fl»i||tis n'aient tougoors emporté la yiis?»

P&yttji, m I/mra et m Ccrkma ne mnt que des

êtres d'imagioatiûD. C'est sagement fait à lui de défendre ses moBura. Mais c'est dire du mèoie coup que ses poésies légères ne sont guère que des poé- ' sies de collège.

EUes ont cependant une véritable originalité : c'est ce tour épigramraatique que nous avons déjà signalé. Ëmpnnier une pensée en forme d'épigramnie, est une ficulté naturelle de Leasings et qn'il a toujours cultivée avec le plus grand soin. Sa prose en porte le sceau non moins que ses vers : la brièveté acérée de ses pensées, l'intention souvent multiple de ses traits, le singulier talent qu'il possède de frapper de plusieurs côtés à la fois» ce sooi bien là les canietàresd'un esprit né pour Tépi gramme. Aussi, à Wiltenberg, fit-il une revue générale des écrivains de ce genre. Simon Lemnius attira probablement son attention comme auteur d'épigrammes, avant deiui apparaître comme victime de la persécution. Auteurs anciens et modernes. Allemands ou Français, il lut tout ce qu'il put ; Martial surtout fut l'objet de ses éludes* Dans ce vaste domaine, il butina de. son mieux^ s'appliquaiit à âtire passer en allemand la malice, l'ironie, les finesses de style des écrivains les plus divers. Ainsi se forma le recueil de ses Epi^ grammes, composé presque tout entier d'imitations originales, auxquelles s'ajoutèrent quelques pièces dé circonstance. On y trouve la vivacité, l'imprévu,

(i) Publié en 4753 ; accru en 1771 de pièces qui sont pntqpie (ouïes é|;«lemait de F^poque de son s^our à WiOenbeif.

la vigueur et la finesse du trait ; mais on regrelle de n'y rencontrer presque jamais d'autre intention que le persiflage, assairâmé d'un sel qui n'est pas toujours attique. Ses épigrammes ont d'ailleurs peu de portée, parce que l'inspiration n'en est pas assez personnelle et particulière : celles qui ont ce mérite sont les moins heureuses par le tour. Je ne vois guère encore dans ce recoeil que des exprciceflf de stjle(l).

C'est le dmiier ouyrage de Lessing dont on puisse porter ce jugement : son éducation se trouve désormais achevée ; son style est formé comme ses idées. Il est passé maître, même par devant runiversilé de Wittenberg. A la fin d'avril 1 752, il avait obtenu, dans la faculté de philosophie, le titre de tnagister. A la fin de Tannée, il disait adieu à Wittenberg, et pour jamais aux universités. 11 retournait à Berlin pour y prendre rang parmi les hommes d'action de rAliemagne, c'est-à-dire parmi ses écrivains.

(I) n finit sans doute comidérer oomme un Ihitt tardif des dtodes i^ue Lessing fit à Wittenberg vusr les aoteors d'ëpigrainmes le choix iitÉjpisramm de Frédéric de Logau, qu*il publia en I789j aràc k eolUKHfatkm de Ramier^ les deu édReurs y ajoutèniil M» préftuîe et un dictioppaige nisonné de k tagie de ranlear. Ce soin pris pour un écrivain allenoand qui datait du siècle précèdent (1604-1655), prouve combien Lessing tenait aux titres littéraii'cs de sa nation.

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