LES ARTS LIBÉRAUX
Cela étant, quelle place est assignée à l'art dans la vie pratique publique ou privée, et, par suite^ dans l'éducation libérale? On l'a déjà vu pour la musique; elle est le délassement des hommes libres, elle sert aussi, comme jouissance noble et pure à la vertu {supra). Il en est de même des autres arts dont l'agrément est le but immédiat, et l'imitatation le principe. Aussi, les mêmes règles doivent leur être appliquées dans l'éducation de la jeunesse. Les arts du dessin y sont soumis comme la musique et la poésie. On l'a vu aussi pour la peinture dont les œuvres ne sont offertes aux regards des jeunes gens qu'autant qu'elles ont un caractère moral {Polit., NIW). De même pour la poésie et ses genres. La tragédie, celle qui épure les passions qu'elle excite, leur sera donnée au spectacle. Ils apprendront aussi les vers d'Homère, le poète qui embrasse tous les genres. La comédie sera réservée à l'âge mur, plus capable de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal, et ce qui n'est que ridicule. Ainsi du reste.
Quoiqu'il en soit, voici comment s'exprime Aristote luimême, sur les arts libéraux opposés aux arts serviles :
« Toutes les occupations pouvant se distinguer en libé- < raies et en serviles, la jeunesse n'apprendra parmi les « choses utiles que celles qui ne tendront point à faire des « artisans de ceux qui les pratiquent. On appelle occupa- « lions d'artisans toutes les occupations, arts ou sciences, •« qui sont complètement inutiles pour former le corps, « l'âme ou l'esprit d'un homme libre aux actes et à la pra- « tique de la vertu. On donne aussi le même nom à tous les « métiers qui peuvent déformer le corps et à tous les labeurs « dont un salaire est le prix ; car ils ôtent à la pensée toute « activité et toute élévation {Polit., viii, ii, i). »
Dans le gouvernement parfait dont lui même a tracé l'idéal, celui qui assure au corps social la plus large part de bonheur, il est dit de même : 1° d'abord du bonheur et de
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la vertu qu'ils sont inséparables : 2° ensuite que, en conséquence, « dans cette république parfaite où la vertu des « citoyens sera réelle, ils s'abstiendront de toute profession « mécanique, de toute spéculation mercantile, travaux « dégradés et contraires à la vertu. Ils ne se livreront pas « davantage à l'agriculture. Il faut du loisir pour acquérir < la vertu et pour s'occuper de la chose publique (Liv. IV, * ch. VIII, p. 2). >
Aristote, on le voit, comme Platon {Rep., ii), ne s'occupe que de cette classe d'hommes qui sont les citoyens. La vraie éducation a pour objet de leur assurer ce qui, selon lui est la libre activité du corps et de l'esprit réglée dans une juste mesure. Tous ses préceptes tendent à ce but, on l'a déjà vu pour la Musique. On en peut dire autant du dessin. « On apprend le dessin bien moins pour éviter les erreurs « et les mécomptes dans les achats et les ventes de meubles « ou d'ustensiles que pour se former une intelligence plus « exquise de la beauté du corps. Cette préoccupation « exclusive de l'utilité ne convient ni aux âmes nobles, ni « aux hommes libres {Polit., viii, m, i) »
Ceci s'appliquera également aux exercices du corps. L'éducation libérale doit sans doute songer à former le corps avant l'esprit. Il suit de là qu'il faut soumettre les enfants à la gymnastique ; celle-ci doit assurer au corps la santé, lui procurer de l'adresse, mais il ne faut pas aller au delà, car on nuit également à la grâce et à la croissance du corps. Il ne s'agit pas de former des athlètes. Les Spartiates ont commis cette faute ; à force d'endurcir les enfants on les rend féroces, sous prétexte de les rendre courageux. Rien de plus sage que les réflexions ici du philosophe. Le courage véritable n'est pas la férocité. « Braver noblement le danger « n'est le partage ni du loup ni d'une bête fauve ; c'est le « partage exclusif de Ihomme courageux : En donnant « trop d'importance à cette partie toute secondaire de l'édu-