‹ Lesthétique dAristoteChapitre 23 sur 35 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Qu'on nous permette, en terminant, d'ajouter quelques mots à ce qui a été dit au début de ce travail, sur la pensée qui l'a inspiré et sur la méthode qui a été suivie.

Nous croyons devoir protester contre toute intention de rabaisser en rien les mérites d'Aiistote dans cette partie de sa philosophie et de ses œuvres. Mais nous l'avouons sans détour; nous n'avons pu admettre qu'on lui attribuât une esthétique qui n'est point la sienne et qui est due à un développement ultérieur de la science, telle qu'elle a été cultivée de nos jours, selon l'esprit des plus récents systèmes.

< La vérité est fille du temps. » Cette maxime de Bacon, qui est notre devise, a inspiré toute notre critique. Il nous a semblé que, en ce qui concerne l'esthétique d'Aristote, dans le pays où la science du beau et la philosophie de l'art a été cultivée avec le plus de succès et a produit ses travaux les plus remarquables, on avait trop oublié cette maxime, et qu'on s'était trop écarté de cette régie. Nous avons essayé d'y ramener chez nous 1 histoire et la critique, en passant en revue les points principaux delà doctrine aristotélique sur l'art et la poésie. Pour nous, l'esthétique antique est de la science antique. A ses débuts, elle n'a pu découvrir ce que la science moderne a découvert à la suite de longs débats et de patientes recherches. Aussi croyons-nous qu'Aristote, malgré tout son génie, n'a pu trouver ni deviner

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ce qui était réservé très tard à ses successeurs. 11 pourrait répéter, s'il voyait sa pensée ainsi traduite, le mot qu'on a prêté à Socrate au sujet de Platon : < Que de choses ce jeune homme me fait dire auxquelles je n'ai point songé! » La langue qu'on a fait parler au philosophe du Lycée est celle de l'esthétique allemande, moins belle et moins précise que la sienne, qu'il ne comprendrait certainement pas, mais qui recèle dans sa mystérieuse profondeur des choses auxquelles il ne pouvait penser. On ne saurait trop se défier de cette méthode trop inventive d'interprétation qui, sous prétexte d"éciaircir un texte, en change la pensée. Il faut également prendre garde de vouloir trop préciser. Car, si cette méthode est moins dangereuse que l'autre, en ce qu'elle ne change pas la pensée, elle ne la traduit pas avec une rigoureuse fidélité. Claire ou obscure, vague ou incomplète, la pensée d'un auteur est sacrée pour le traducteur. Il n'est pas permis d'y toucher. N'oublions pas que la science antique n'est pas habituée à la rigueur de nos méthodes et de nos formules.

La diversité même des sens qu'un même mot comprend est souvent l'indice de la confusion réelle des idées, qui plus tard ont été laborieusement démêlées et distinguées. Il ne faut pas non plus vouloir tout accorder dans les contradictions apparentes ou réelles qu'ofire partout la pensée du philosophe ancien, prise à divers endroits de ses écrits. De même que l'obscurité ou le défaut de précision est l'indice de la complexité des problèmes non encore soumis à l'analyse, et qui le seront plus tard, de même la contradiction, qui nous apparaît à nous modernes, n'a pas toujours apparu à l'auteur, ou s'il l'a vue, il" ne s'est pas attaché à la résoudre. Le devoir de l'historien est de la signaler quand il ne se croit pas en état de la lever. Ceite divergence ou diversité de sens, ces contradictions même, ne sont pas rares chez les philosophes anciens. Il en est dans ArisLute, comme dans Platon et dans tous les philosophes.

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