‹ Lesthétique dAristoteChapitre 3 sur 35 · DIVISION DES ARTS · texte numérisé non relu

DIVISION DES ARTS

l'art {de Tari humain) est toujours Vimitaiion. Mais la différence est grande, elle vient de l'opposition des deux sys^ tèmes. Aux yeux de Platon, par cela même que l'imitation porte sur les objets sensibles, ceux-ci n'ayant pas de vérité, n'étant que de pures apparences yKVTà(7,:-t«Ta (v. Sophiste 2ô7), l'imitation n'est elle-même qu'un mensonge trompeur, une image vaine qui n'est créée que pour flatter les sens, émouvoir les passions et troubler l'âme {Rép., x). Elle est à trois degrés de la vérité [ibid.). Celle-ci, la vérité, ne réside que dans les idées ces fantômes divins, dont le type et l'essence première sont dans le Bien, Dieu, le bien à la fois et la beauté absolue {Rép., vu, Phèdre, Banquet).

Telle est la conception platonique de l'art et du beau. Aussi l'artiste véritable c'est Dieu. Le monde est l'œuvre de l'artiste divin. Aussi Platon dédaigne l'art humain; il le rejette et le condamne ou lui impose des règles qui lui Ôtent toute liberté. Il n'accorde à l'art une place que comme travaillant au but moral, au service de la morale sous l'œil sévère du législateur (Rép., x. Lois II, vu).

La différence des deux systèmes est surtout clairement marquée dans les conséquences. Aristote, loin de mépriser l'art, l'accueille volontiers; il reconnaît toute son importance. Il consacre à l'art dramatique, le premier et le plus complet des ans, en qui tous les arts se résument, une attention toute particulière. Il compose un traité qui, bien qu'il soit une ébauche, est devenu classique et la base de tous les traités du même genre. Il a pris son modèle sur le théâtre grec dont il avait les chefs-d'œuvre sous les yeux. Il a tracé des règles dont la plupart, avec raison, ont été regardées comme absolues et qui forment comme le code de Tart dramatique.

VIII. — Avant d'en examiner la partie esthétique ou philosophique, disons quelques mots de la Division des arts d'imitation, donnée par Aristote.

52 l'esthétique d'aristote.

Ce problème a pris chez les modernes, on le sait, une importance de plus en plus grande. Il figure aujourd'hui dans tous les traités d'esthétique sous le titre de : Système des arts. Selon nous, Arisiote n'a pas reconnu cette importance qui, d'ailleurs, nulle part ne lui est attribuée dans l'Esthétique ancienne. Sur ce point encore, la méthode que nous blâmons a été suivie et a produit le même abtts.

« Les arts, dit Aristote, ont tous cela de commun qu'ils sont des imitations (pi^/iaet?). {Poét. I) Mais ils diffèrent en trois points : 1" par les moyens dHmîiaiion. 2° par les objets qu'ils imitent, 3° par la 7nanière de les imiter. Les uns imitent par \2i:coix et le rythme, les autres par la forme, la couleur et le dessin. Les uns imitent les objets comme plus beaux, les autres comme moins beaux qu'ils ne sont, les autres tels qu'ils sont. Une troisième différence vient de ce que les uns représentent directement ou par le rea7,les autres en faisant agir les personnages. > Aristote, comme exemples dans cette division, cite la sculpture et la peinture, c est-à-dire les arts du dessin, puis la musique, la danse et la mimique, en dernier lieu la poésie avec ses espèces. Varchilectm^e est omise ou exclue comme n'imitant pas les objets et spécialement consacrée à l'utile.

Cette division au premier abord paraît assez claire et très précise. Elle fait honneur au sens profond et juste d'Aristote. Sa manière à la fois rationnelle et positive, sa supériorité de coup d'œil s'y révèlent, mais croire qu'il n'y a qu'à sappuyer sur cette base pour édifier un système des arts, est se faire illusion. Aristote n'a pas même l'air de soupçonner l'importance du sujet qu'il traite d'une façon incidente et en passant. Il en parle très brièvement, en quelques mots à propos de la poésie. Il ne songe nullement à distinguer et à séparer les arts, à en dresser la liste, à établir leurs rapports, à marquer leur place, à montrer leur gradation. Le principe lui-même dont il se sert, il ne

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