CHAPITRE HUITIÈME
Goûts littéraires de M. Letellier, —-Correspondance au sujet de doeuments historiques.—La presse française au sujet du Canada, — La société de Géographie de Paris.—Démolition du vieux collège des Jésuites à Québec.—Relations commerciales avec la France.—Troubles à Québec.—Lord Dufferin.
Au milieu des occupations graves et complexes qui semblaient devoir absorber toute l’attention de M. Letellier, on pourrait croire qu’il n'aurait pas trouvé de loisirs pour se livrer à des études spéculatives, soit littiraires ou historiques, soit scientifiques.
Mais l’activité de son esprit avait besoin de cette diversion, qui pour lui était un délassement,.
Sans être ce qu'on peut appeler un homme versé en littérature, il avait pour cette paitie des connaissances humaines un goût prononcé ; il aimait la lecture des bons auteurs, et savait en discourir avec une sûreté d'appréciation qui semblait lui venir d’instinct. ;
Parmi les auteurs, nous lui avons souvent entendu nommer les modernes, Dumas, Alphonse Karr et Paul
Louis Courrier: le premier, qu’il jugeait incomparable comme dialogiste ; le second, dont il admirait les saillies mordantes et la verve; le troisième, dont la correction et la pureté classique lui semblaient rivaliser avec les bons auteurs du dix-septième siècle. Son admiration pour la belle langue francaise le portait souvent à en approfondir les difficultés, et plus d’une fois, en conversation, il a étonné nos auteurs par ses observations et ses critiques. Il ovait fait, du dictionnaire de Littré et des glossaires français, une étude à laquelle peu d’hommes en
ce pays se sou livrés.
Toutes les grandes lignes de l’histoire du Canada lui étaient familières, et il avait fait une étude spéciale de quelques-uns de nos anciens historiens, tels que Charlevoix, La Hontau, La Potherie. Tout ce qui pouvait contribuer à enrichir nos annales était sûr d’avoir ses sympathies et son encouragement. Il en donna entre autres une preuve qui fait bien voir l'intérêt qu’il portait à nos
sources historiques.
Une des plus précieuses de ces sources se trouve à
e s les archi où sont conservés Rome dans les archives du Gesu, où sont rvés un certain nombre d'anciens documents, provenant des missionnaires jésuites qui se sont succédé dans la Nouvelle- France, pendant les deux derniers siècles. Quelques
, Ÿ l fragments de ces manuscrits ont été copiés et en partie
publiés. M. Letellier prit lui-même l'initiative et vou-
lut en obtenir des copies complètes ; dans ce but il entra en correspondance par l'entremise de Mgr Pâquet, alors à Rome, avec le T. KR. P. Beckx, général de la compaguie de Jésus.
Il reçut d'abord de Mgr Pâquet la réponse suivante, que nous reproduisons, avec celle du T. R. P. Beckx, parce que toutes deux ne sont pas sans intérêt pour nos antiquaires,
4 Roue, Séminaire français, 21 janvier 1878.
“ À Sox EXCELLENCE, L’HoNoRABLE L. LETELLIER, LIEUTENANT-GouvER-