‹ Letellier de Saint-Just et son tempsChapitre 12 sur 24 · C.B. De BorcHEirviLLE · texte numérisé non relu

C.B. De BorcHEirviLLE

Il faudrait méconnaître le caractère sérieux et rérl 'chi de M. Letellier pour croire qu'une décision aussi grave dans ses conséquences pour le pays et pour lui-mêm -, n'ait pas été prise après une mûre réflexion de sa part, et après en avoir pesé attentivement les motifs. Nul doute qu'avec ses connaissances de la pratique et de la théorie du gouvernement constitutionnel, il n'ait compris toute la responsabilité de la démarche importante qu'il prenait. 11 voyait clairement qu'il mettait enjeu tout son avenir, sain retour possible sur ses pa . '. ssé à lui-même, n'ayant, vu sa position, personne qu'il pût consulter; aidé uniquement des lumières de quelq précédents, il prit seul sa détermination, en vue du bien public, et sans s'inquiéter de sa, propre personne, quitte à résigner sa charge si le peuple ne justifiai! 'pas son acte, ou mêm • si aucun ministre ne voulait en assum ir la, responsabilité.

pins tard, on a voulu l'accuser d'avoir été inspiré', dans cette démarche, par les ministres d'Ottawa, et l'on a prétendu que ceux-ci l'avaient même nomme dans

but, et qu'ils avaienl complote* avec lui le renversement

du ministère local pour y substituer leurs amis, afin d'exercer une plus grande influence à l'époque des prochaines élections fédérales.

Cette accusation est dénuée; de tout fondement ; elle a été niée personellement par tous et clvicun des ministres d'Ottawa, et n'a jamais été appuyée de la moindre preuve.

Sans vouloir anticiper sur les événements, nous désirons de suite affirmer qu'un tel complot n'a jamais existé. M. Letellier n'a jamais été mis en jugement sur cette accusation ; il a subi une condamnation, mais il n'a jamais subi un procès.

Nous exposerons en temps et lieu, et dans tous leurs détails, les circonstances qui ont engagé le gouvernement d'Ottawa à soumettre la question Letellier au gouvernement impérial. Pour le moment, nous ne voulons [tas laisser ceux qui vont lire l'histoire de M. Letellier, depuis le mois de mars 1878 jusqu'à sa destitution, sous la fausse impression qu'il a été reconnu coupable, parce qu'il a été condamné. Nous avons dit condamné, nous avons tort; il n'a pas été condarn né, il a été révoqué sans condamnation.

Les défenseurs de M. Letellier défient ses adversaires de citer un seul jugement qui le condamne. Ses adversaires eux-mêmes n'ont pas osé, passer un. jugement

pour le CDndamner; de plus le gouvernement impérial lui a donne' gain de cause.

En effet, la question constitutionnelle a été décidée en terre en sa faveur. Le secrétaire des Colonii Michael HicksBeach, daii3 sa dépêche du 3 juillet 1870, affirme le droit constitutionnel du Lieutenant-Gouverneur de renvoyer ses ministres, si, pour une cuise ou pour une autre, il croit de son devoir de le faire.

Les ennemis de 3M. Letellier ne peuvent pis ré le juge qu'ils ont eux-mêmes choisi ; ils admettent que iveruemeut impérial a décidé la question constitutionnelle contre eux.

Mais alors pourquoi M. I- a-t-il été destitué ?

La raison donnée par le gouvernement fédéral, que son utilité comme Lieutenant-Gouverneur avait casé, tint his usefalness was gone, n'en est pas une.

A-t-il été destitué pou ravoir conspiré avec le- i h -fs libéraux d'Ottawa contre le minist re conservateur de iec? Pourquoi ne pas le dire, si c'était là lu vrai motif de sa destitution ? Mais pour donn sr c ■ motif, il aurait fallu déclarer qlte l'on prenait comme admises, sans enquête, sans preuve, ni de la part des a icnsateurs, ni de celle de l'accusé, les imputations faites contre lui par Sir John A. Macdonald, dans son mémoire du 14 avril 1879 au gouvernement impérial.

Lorsque M. Joly se rendit en Angleterre, en mai 1879, le gouvernement impérial refusa, de la manière la

plus positive, d'entrer dans la question de la culpabilité ou de l'innocence de M. Letellier. Il déclara formellement qu'il ne voulait rien entendre, soit pour justifier, soit pour blâmer l'acte de M. Letellier.

La dernière lettre de M. Joly à Sir Michael Hicks, la veille de son départ de Londres pour retourner au Canada, résume clairement tous les points sur lesquels le gouvernement impérial considérait qu'il était appelé à se prononcer. On nous permettra de donner ici la traduction de cette lettre :

" Londres, 27 mai 1879.

" Au très Honorable

" Sir M. H. Beach, Barfc. et M. P.

" Secrétaire d'Etat pour les Colonies.

'■ Monsieur,

" Avant que je quitte l'Angleterre, permettez-moi d'exprimer ma - reconnaissance pour la cordialité et la courtoisie avec lesquelles '• vous m'avez reçu chaque fois que j'ai eu l'honneur de communiquer ' avec vous, soit personnellement, soit par lettre, au sujet de la ques " tion Letellier.

" Lorsque j'ai sollicité hier la permission d'entrer dans le mérite de " la cause, et d'établir la vérité de ce que j'ai toujours soutenu et de " ce que je soutiens encore : " que le renvoi de ses ministres par le Lieute- " nant-gouvemeur était un acte pleinement justifiable, et qu'il n'avait commis " aucun tort {wrong) en les renvoyant" vous m'avez arrêté, en déclarant " que vous ne vouliez pas entrer dans le mérite de la cause, maisque "vous vous borneriez à considérer comme questions purement ab- " straites, indépendamment des personnes et des faits, les deux points '• suivants :

" 1° Quelle est l'autorité qui a le pouvoir de destituer le Lieute- " nant-gouvemeur d'une des provinces du Dominion ?

•• 2° Le Lieutenant-gouverneur d'une Province peut-il être desti- '• tué pour un acte officie] qui affecte seulement sa Province."

u Votre promesse que vous ne permettriez pas qu'aucune accusa- " tion portée contre le Lieutenant-gouverneur de la province de

•« Québec poserait contre lui dans la balance, et que TOUR no prendriez i< nullement en considération soit le mérite, soit le d - n

i« acte, était strictement en accord avec ce que j'avais le droit d'at- " tendre de votre sentiment de justice, puisque vous ne voulu z " me permettre de réfuter les accusations portées contre lui, ni d'éta- '' blir mon assertion (repétée dans ma lettre du 22 courant , que le " Lieutenant-gouverneu no B'était rendu < oupable d'au une faute.

" Dans cette même lettre, sur laquelle je prends la liberté d'attirer " de nouveau votre attention, j'ai donné Let pour lesquelles

" la cause devrait être décidée ici et non renvoyée au gouvern :ment "fédéral, quiaadmis être l'une des parties intéressées dans i " du procès ; et j'ose espérer que ces raisons auront qu " auprès de vous.

" Je retourne maintenant au Canada, avec une entière confi " dans votre désir de rendre justice, et de plus, certain que vous " appréciez à sa juste valeur l'importance de cette question, dont le '« règlement influera si puissamment sur les rapports entre le gouver- " ment fédéral et les gouvernements provinciaux, et sur la stabilité « du système de gouvernement . derAméri-

" que Britannique du Nord de i~<>, a pour but d'assurer a chacune " des provinces du Dominion.

" J'ai l'honneur d'êi

•• Votre obéissant serviteur,

«H.-G. Jolt." Si cette lettre eût contenu quelque interprétation erronnée des promesses du secrétaire des Colonies, il aurait certainement protesté, lorsqu'il en a accusé réception par sa lettre du 28 mai 1879.

Il est donc évident que M. Letellier n'a jamais été* appelé à se défendre de l'accusation d'avoir cons avec les chefs libéraux d'Ottawa contre le miiiistèi Boucherville. Au reste, il y a 'les faits bien connus tous ceux qui suivaient alors de près les affaires publiques, qui doivent l'aire écarter tout soupçon de ration.

S'il y ;iv;iii eu conspiration entre M. Letellier et les chefs' libéraux d'Ottawa pour le renvoi de M. de Boucherville, ceux-ci n'en auraient-ils pas reçu la nouvelle comme chose attendue, et avec satisfaction? Tout au contraire, il est généralement connu qu'il l'ont reçue avec un profond étonnement, et n'ont pas hésité à qualifier l'acte de M. Letellier d'imprudence, " coup de fcête," etc., etc.

La froideur glaciale avec laquelle l'envoyé de M. Joly, M. Marchand, fut reçu lorsqu'il alla à Ottawa, où le Parlement siégeait alors, pour offrir le portefeuille des finances à M. Holton, le surprit péniblement, et il revint sans le moindre encouragement.

S'il y avait eu conspiration, les chefs libéraux ne se seraient-ils pas mis à l'ouvrage avec vigueur pour compléter l'œuvre de M. Letellier, en aidant de toutes leurs forces le nouveau gouvernement libéral de la Province de Québec à remporter les élections générales ? Car ces élections eussent été une conséquence inévitable de la conspiration, s'il y en avait eu une, et tout aurait dépendu de leur succès. Au lieu d'agir, les chefs libéraux d'Ottawa n'ont rien fait, et leur attitude froide et indifférente a beaucoup nui au parti libéral, lors de sa lutte dans la province de Québec.

De plus, ceux qui connaissent les vues de l'hon. M. Mackenzie peuvent affirmer que la détermination de M. Letellier de refuser la sanction au bill du Québec

Montréal, Ottawa et Occidental, aurait été désapprouvée par M. Mackenzie, s'il eût été consulté d'avance. Le fait est qu'à la nouvelle de l'acte du 2 mars, M. Mackenzie exprima son étonnement, et parut considérer que c'était pour le moins une imprudence que M. Letellier avait commise. Ce ne fut qu'après les explications données par celui-ci au Gouverneur-Général que M. Mackenzie changea son opinion, et la maintint hautement lorsqu'il la vit confirmée par le résultat des élections locales.

Pour notre part, nous n'hésitons pas à affirmer que M. Letellier a conçu et exécuté seul sa résolution, dans l'intérêt de l'Etat, et sans s'occuper du sien propre. Qu'il ait prévu qu'on le soupçonnerait de partisannerie, et qu'on l'accuserait d'avoir voulu servir par ce moyen ses amis politiques, nul doute : il avait trop de perspicacité et d'expérience pour ne pas le prévoir. Personnellement, il n'avait plus rien à gagner alors ; au contiaire il risquait tout, d'attendant à résigner sa position si le peuple ne ratifiait pas cet acte autoritaire. Quel motif pouvait donc l'engager à sortir du dolcê farniente, dont il jouissait en paix clans les frais bocages de Spencer-Wood ? Les devoirs de la charge de Lieutenant-Gouverneur sont si faciles quand on s'alnite derrière des ministres responsables. Il n'avait qu'à se laisser aller au courant d'une vie douce et tranquille, d'autant meilleure à goûter qu'elle succédait à un quart

de siècle d'orages. Mais, tout en respectant profondément le système du gouvernement responsable, M. Letellier n'envisageait pas sa charge comme une sinécure ; et, pour nous servir de l'expression de Lord Elgin, il ne voulait pas tomber dans le néant d'une ridicule représentation de la Couronne. Il crut qu'une occasion grave et solennelle l'obligeait de recourir à un moyen extrême. Il n'hésita pas à exercer l'autorité qui lui était confiée pour sauver les intérêts de sa province. .

Le peuple, pensait-il, avait besoin de lui : il voulut le servir en se jetant dans ses bras. De plus il le fit son juge, en suivant la voie constitutionnelle, et en usant de son droit indiscutable de dissoudre l'Assemblée Législative, après avoir destitué ses ministres.

Suivant le sentiment d'un certain nombre, M. Letellier aurait mieux fait de lâcher complètement la bride à ses ministres, et de les laisser courir d'euxmêmes à leur perte ; c'eût été suivre l'opinion d'un conservateur anglais, qui disait : " He ought to hâve " given them more rope, they would hâve hung them- " selves." Mais à ses yeux cette conduite eût été une lâcheté et une trahison de son devoir.

On ne peut guère douter qu'en attaquant les municipalités pour les forcer à payer ce qui n'était pas légalement exigible d'elles, et qu'en imposant la taxe des timbres, le ministère de Boucherville n'eût pu survivre longtemps à son impopularité.

Quoi qu'il en soit, l'effet produit par le coup d'Etat fut immense dans tout le Dominion. Discuté avec un acharnement incroyable, il fut violemment blâmé j ailes uns, et approuvé avec non moins de vigueur par les

antri

M. de Boucherville, au moment de son renvoi, avait, comme on l'a vu, décliné de suggérer le nom de son successeur. M. Lctellier jeta les yeux alors sur M. Joly, chef de l'opposition, et le chargea de former un ministère. L'attitude des partis ne lui laissait pas d'ailleurs d'autre choix. La tâche était difficile; néanmoins M. Joly y réussit au bout d'une semaine, en s'adjoignant les collègues suivants:

L'Hon. M. Bachand, Trésorier ;

" " Langelier, Commissaire des Terres ;

" " M. D.-A. Ross, Procureur Général ;

" " M. Marchand, Secrétaire Provincial;

" " M. Starnes, Président du Conseil;

" " M. A. Chauveau, Solliciteur Général

L'Honorable HenrPGustave Joly mérite une mention spéciale, à cause du rôle qu'il a rempli à cette époque.

M. Joly est h> type le puis parfait du gentilhomme canadien (pie nous connaissions dans la Province. Son père, d'origine française, s'était allié à la famille de Lotbiuière l'une des plus anciennes et des plus honorables

ET SON TRMPS 271

de no ■ ■ pays. Doué d'un caractère généreux et élevé, d'une nature franche et chevaleresque, il a eu l'avantage d'une éducation et d'une instruction supérieures. On se

plaît à reconnaître en lui une honorabilité à toute épreuve, et une délicatesse exquise de sentiments et de procédés ; avec ces qualités, il n'est pas surprenant que M. Joly ait le don de se faire respecter et aimer de tous ceux qui l'entourent. Sun nom est devenu des plus populaires par tout le Dominion, et il s'est fait remarquer, dans sa Province, par l'initiative qu'il prend, et par l'encouragement qu'il est toujours prêt à donner à toutes les œuvres patriotiques ou nationales. Possédant également bien les deux langues, il parle l'une ou l'autre avec une égale facilité, et avec un accent si pur qu'il est impossible de découvrir quelle est sa langue maternelle. Orateur agréable, toujours vrai, sincère et convaincu, il a parfois des mouvements oratoires entraînants. saillies spiiituelles et piquantes ne sont jamais blessantes.

Les nouveaux ministi cent le serment d'otrice

le 8 mars, et l'annonce en fut faite à la Chambre le même jour par M. Lafranbroise.

11 ne restait plus, après la vacance des sièges des nouveaux ministres, que treize libéraux sur les bancs ministériels, où ils venaient de s'asseoir.

Aussitôt après, M. Angers se leva pour donner des explications sur le renvoi d'office du ministère. Le

Lieutenant-Gouverneur l'accusa dans la suite d'avoir donné d'autres explications que celles convenues, et d'avoir précédemment annoncé le renvoi du ministère avant d'y être autorisé. Voici la déclaration que M.

Angers lut en Chambre :

■ Monsieur l'Orateur,

" L'honorable M. de Boucherville avait obtenu permission du Lieutenant-Gouverneur de donner des explicîitions relatives à son renvoi d'office, à la séance de lundi, 4 mars courant. Entre une heure et demie et deux heures de ce jour, 4 mars, il reçut de bon Kxi-cllence, une signification de ne point donner d'explications avant que le nouveau cabinet fût formé. Cet événement ayant été annoncé, l'ex-cabinet de Boucherville est en droit, en vertu de la permission obtenue, de donner à la Chambre et au pays des explications.

• .Mon devoir est d'annoncer à la Chambre que le cabinet de Boucherville n'a point résigné. Un gouvernement possédant la confiance de la grande majorité de l'Assemblée représentative et de la presque totalité du Conseil législatif, n'a pas le droit de résigner s'il a à cœur les intérêts du pays et le respect de son devoir. Ce gouvernement a reçu du Lieutenant-Gouverneur un renvoi d'office. Les faits qui ont précédé et suivi cet événement sont consignés dans un journal tenu de jour en jour et d'heure en heure, sous la dictée de l'ex-premier ministre, et en voici le récit exact et fidèle :

<; Le •.!•.> février 1 67 -. vers quatre heures et demie de l'après-midi) le premier ministre reçu! du Lieutenant-Gouverneur, par l'entremise de son aide-de-camp, la lettre suivante.''

(Suit cette lettre que nous avons rapportée plus haut, ainsi que la réponse de M. de Boucherville du 27 février, p. 253).

'• Aînés conversation, le Lieutenant-Gouverneur ayant entendu les explications de lf.de Boucherville, a reconnu que, s'il y avait eu malentendu, il y avait bonne foi de sa pari en autorisant ses collègu s à se dire auiorisés à soumettre la législation relative aux questions d'argent. Il lui dit ensuite, sur sa demande, que la Beule difficulté «pii restait était la question do chemin de fer de Qu4 bec, Montréal. Ottawa et Occidental, et qu'il lui donnerait une réponse le lendemain •> février.

« Le *23 février, vers sepl heures et demie du soir, M de Boucherville tut à Spencer-Wbod, porter au Lieutenant l les aandés dans sa lettre du ■.'."> (document - par Phonorabli provincial avec un sommaire). Il lui demanda s'il allait bientôt Fui donner sa réponse. Le Lieuten-mt-Gouverneur lui dit qu'il examin rait les docum 'iits. et la lui donnerait probablement le lendemain, 1er mars. En partant. M. de Boucherville lui dit: Is bien, vous hésitez pour savoir si vous soncfcionnerez le 1 > i 1 1 du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa Ojcidental, ou I /..'' Il lui dit Le 2 mus. ;'i un ■ heure midi, laide-decamp du Lieutenant-Gouverneur remit à M. de J: uchen lie la lettre qui va suivre Avant le départ de 1'. ide-de-eamp, il lui demanda commenl était Son Excellence. L'aide-de camp lui répondit qu'il n'était pas aussi bien, puis d manda •• quand nous pensions finir la ion." M de Boucherville lui répondit qu'il ne pouvait le dire, qu'il y avait plusieurs choses en retard.

"Voici la lettre en question. (Cette lettre est citée plus haut, p. 207).

" Le •.' mars, vers deux heuresde l'après-midi, M. de Boucherville se

rendit à Spencer-Wood. Eu arrivant, il tut introduit auprès du Lieu-

at-G-ouverneur, et lui dit " que, d'après le mémoire reçu de lui

ce jour-là même, il comprenait qu'il le démettait de sa position de

premier ministre " Le Lieutenant-gouverneur lui dit que c'était à lui

d'interpréter la lettre. Sur ce, M. de Boucherville lui remit la lettre

quivasuivre, comme étant sa réponse. Suis l'ouvrir devant lui, le

Lieutenant-gouverneur lui lit des observations sur les difficultés où la

dation le mettait. M. de Boucherville lui répondit que, dans sa

position actuelle, il croyait ne pas devoir se prononcer sur le sujet.

I; le salua et partit. Rendu à une petite distance de la maison, il lit

si'uer la voiture, ayant oublié de demander au Lieutenant-gou-

. ur la permission de donner des explications en Cl mbr Admis

. luveau en prés: nce du Lieutenant-gouverneur, il demanda la p r-

mission de donner des explications, et de faire connaît e>ires

du Lieutenant-gouverneur et les réponses qu'il y avait faites. .Le

tenant-gouverneur lui dit qu'il n'avait aucune objection, et lui

mda alors s'il voulait l'aviser sur le choix de celui qu'il devait

;! il ■ 1'. m liei-villc lui répondit qu'il se pensait, ayant été

démis—, dan- nu • | osition différente de celle d'un ministre qui, battu

dans la Chambre, cons a-vait encore la confiance d i souverain ; qu'il

avait eu une majorité de ving-oinq voix dans un des dei niera vutes;

que, dans ces circonstances, il ne pensait pas pouvoir l'aviser sur ce sujet.

" Il Je quitta alors. Rendu dans l'antichambre le Lieutenant-gouverneur le fit rappeler et lui dit :

" Veuillez retarder les explications jusqu'à lundi.

" Voici copie de la lettre que M. de Bouchervillc avait remis les mains du Lieutenant-gouverneur, lorsque ce dernier lui d.i c'était à lui d'interpréter son mémoire."

" Québte, 2 mais \i',8.

" A Son Excellence

" Le Lieutenant-gouverneur de la province de Québec.

l- Excellence.— J'ai l'honneur d'ac< user ré< epti< u de votre mém< ire " dans lequel vous concluez ne pouvoir me maintenir dans ma 1 1 >i- " tion de premier ministre. 11 ne me reste d'autre devoir à remplir "que de me soumettre au renvoi d'ifnce que Votre Excellence m'a "signifié, tout en protestant de mon prefend respect pour les droits " et privilèges de la Couionnc, et de mon dévouement aux intérêts " de notre province."

M. Angers continua, en rapportant l'entrevue de M.

de BoucherviUe avec le Lieutenant-Gouverneur, telle

qu'elle est relatée ci-dessus, et eu citant la lettre de M.

de BoucherviUe que nous avons vue, en date du 2 m

Puis il ajouta :

"Le 28 janvier 1878, M. de BoucherviUe avait envoyé à Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, alors à la Rivièrc-Oucllo, la dépêche télégraphique suivante :

" Pouvez-vous m'envoyer autorisation— résolution concernant finance ? "

" Le Lieutenant-Gouverneur, le lendemain, 29f télégraphia à M. de BoucherviUe :

" Blank mailed to-day. If présence necessary. — lui uni Friday.

" Les résolutions concernant le chemin de fer du Nord ne turent présentées à la Chambre que le ".29 janvier, après réception du télégramme du Lieutenant-Gouverneur disant qu'un 1>1 I été envoyé à SI. de BoucherviUe, en réponse à sa dépécli phique delà veilla, demandant: " Pouvea-vous menvo\ sation — résolution concernant finance?"

" Lo '.'.0 janvier, la p isolution fut rapportée du comité

général à la Chambre. Le :: I. elle fut adoptée par lu Chambre. Le 1er février, la Chambre se forma de nouveau eu comité général, lequel rapporta les autres résolutions sur le même sujet. Mais ce fut seulement le "> que l'adoption du rapport du comité fut votée, la Chambre repoussant un vote de non-confiance à, ce sujet par 28 contre vi i

'• Le ."> février, un bill basé sur ces résolutions fut introduit, la seconde lecture en fut retardée jusqu'au 1- février. La troisième lecture eut lieu le 11). Pendant tout ce temps, le Lieutenant-Gouverneur auquel, chaque jour les votes et délibérations étaient envoyés, resta silencieux.

"Le 1e.) février, M. de Bouchervillc rencontra le Lieutenant-Gouverneur, et dans l'entretien qu'ils eurent au sujet de cette mesure, crut l'avoir satisfait, sur sa. légalité et l'urgence qu'il y avait de l'adopter. Le Lieutenant-Gouverneur fut si peu explicite sur son intention, qu'il laissa partir M. dj Boueherville sous l'impression qu'il était autorisé.

" Le Lieutenan1>Gouverneur ne prétend pas, dans son mémoire du 1er mars I87>-', qu'il donna l'ordre de suspendre cette législation. Transmise au Conseil Législatif, elle y subit ses trois lectures avant la réception de la première lettre du Lieutenant Gouverneur datée du ''."> fjvrier, mais parvenu? seulement le vJti, à 1.30 p. m. Aussi le Lieutenant-G mverneur, dan-; sa lettre du 1er mars, reconnait-il qu'il n'a en au un ■ façon, dans sou mémoire du ''."> février, exprimé l'opinion qu il croyait que .M. le Premier ait j unais eu l'intention de s'arroger le droit de faire passer des mesures sans avoir sou approbation, ni de méconnaître les prérogatives du représentant de la Couronne.

" Le Lieutenant-Gouverneur constatant qu'il y avait malentendu sur l'interprétation de l'autorisation demandée par dépêche télégraphique, I'1 -J8 janvier, et. à laquelle il répondit qu'il envoyait un blan ision sous laquelle la conversation du 19

février lai— i M. de Buuehi avilie, le Lieutenant-Gouverneur devaitil attendre, pour faire connaître pour la première fois l'existence de ce malenten lu. au jo février, époque à laquelle toute la législation dont il se plaint avait été discuté ! et votée dans l'affirmative par les deux chamb " La marque d • confiance exprimée par le Lieutenant-Gouverneur M d ■ Bouchervillecn lui transmettant le blanc-seing, était bien propre à lui faire interpréter le silence du Lieutenant- Gouverneur, au moins comme ne signifiant pas un dissentiment.

" j\ i ■ i ■■ rrier, le silence gardé jusqu'au -Jf>

était en ci Dature à lui faire croire qu'il avait l'autorisi

généra i La Chambre toutes les mesures que n<

tait le

'•Lo:;i ier mémoire du Lieu-

tenani i ur, l'honorable trésorier fit son discours du budget,

dans lequel il annonçait les nouveaux impôts qu'il si d'établir pi m faire face aux obligations de la Province, obligations contractées il y a plusieurs années, et résultant de la politique inaugurée alors au sujet des chemins de fer, et qui reçut le concours de plusieurs des membres du parti opposé au gouvernement.

,( Ce discours, publié in extenso dans toute la presse du pays, a-t-il pu échapper ù l'attention du Lieutenant-Gouvem

"Le l'J ir' ésolutions demandant des impôts, mais à un

taux moiL celui dont le trésorier avait l'ait mention dans

son discours, fui atées, et le 2ti, elles furent adoptées par

un vote di 2'2.

" Lu Lieutenant Gouverneur, dans son mémoire du 1er m plaint que M. de Boucherville ne lui a. pas t'ait connaître qu vernement était dans un état de pénurie qui nécessitait une législalation spécial pour augmenter les impôts publics.

" Le premier ministre aurait erronêment apprécié la position s'il eût ainsi qualifié l'embarras temporaire occasionné par le mau vouloir des municipalités qui ont souscrit à la ((institution du chemin de fer provincial, en négligeant d'accomplir fidèlement leurs obligations. Il eûl mal apprécié la situation, en préseni e des résultats ob1 ijourd'hui sans qu'aucune charge ait été im] pour les obtenir.

■■ Le ^2 février, avis ç|es résolutions concernant les chemins de fer des townsliip.. de l'Est et de la rive sud du Saint-Laurent, fut d< nné.

•■ Le 2:1 du même mois, les résolutions furent présentées, etsubséquemmei : ir i de -41 contr

itenl en rien la dette actuelle de la Province.

« Le Lieutenant-Gouverneur dit. dans le même n émoire, •■ que la construction du chemin de fer de Québec à Ottawa doit primer la construction • ! a auti

«Lai on faite depuis plusieurs an : n'établit

aucum i reur du chemin de fer provincial, au (

des chemins de i r des townships de l'Est et de la rive Sud. I

aurait eu violation de la loi si 1 ment de Boucherville eût

adopté une autre manière de voir,

" Dans ce même mémoire, Le Lieutenant-gouverneur déclare qu'il ne peut accepter l'avis <l<- M. te premier uiuistr la Ban ■-

lion à donner au l>il! du chemin de fer intitulé : — ■• Acte concernant le chemin de fer Québec-Montréal-Ottawa-et-Occidental. " C déclaration est hâtive, le premier ministre n'ayant jamais (té appelé à aviser sur la sanction à être donnée, et l'eût-il été, il eût, dan circonstances, recommandé qu'elle fût réservée pour la décision du Gouverneur-général, dans le doute où il se trouve que le Lieutenantgouverneur ait, de son chef, ex proprio motu, droit d'exercer la prérogative du veto, etr ainsi, de décider finalement du sort d'une mesure adoptée par les Chambres, quand l'Acte de L'Amérique Britannique du Nord de l-<'>7 semble laisser ce pouvoir au Gouverneur-général.

"Le mémoire de Son Excellence l'ait allusion à des requi plusieurs corporations et de citoyens de divers endroits, adressées au Lieutenant-Gouverneur à rencontre des résolutions et du projet de loi du gouvernement, au sujet du chemin de fer Québec Montréal- Ottawa-et-Occidental.

" Il suffit de considérer que ces requêtes émanent des débiteurs ,111c la loi a en vue de contraindre à payer, pour arriver à la saine conclusion 411e l'opinion des chambres doit primer celle exprimée dans requêtes

" Le Lieutenant-Gouverneur, dans ce même mémoire, mentionne des actes d'administration antérieurs à la session, et auxquels il a donné son assentiment Comme il s'agit de faits pour lesquel gouvernement es1 responsable envers les chambres, comme aviseur de la Couronne, e1 comme ces faits sont étrangers à la question de prérogative soulevée par le Lieutenant-gouverneur, il ne peuvent se trouver dans son mémoire pour motiver la conclusion prise par Son Excellent e, de ne pouvoir continuer à maintenir M. de Boucherville dans sa position, à l'encontre des droits et des privilèges de la Couronne; partant, pour n ■ pas subir l'entraînement de ce hors-d'œuvre, il n'y a pas lieu de Les discuter.

i: Le Lieutenant-gouverneur exprime aussi l'opinion " que l'état de nos finances nous forçait à des emprunts disproportionnés . nos revenus.''

I: 11 est regrettable d'être forcé de répéter ici cette phrase : mais le crédit de la Province exign qu'elle soit contredite : la simple Lecture du discours du budget sutura pour rassurer les alarmistes.

" II résulte des faits ci-hant, des admissions I nsleder-

nier mémoire du Lieutenant-gouverneur, de la transmission du blan •seing envoyé par lui-même sur la demande de M d ville

sollicitant l'autorisation d'introduire '• R

finances,' el du silence du Lieutenant-gouverneur jusqu'au 2 i février dernier, qu'aucunes mesures n'ont été introduites en Chambre en lation dos prérogatives «lu représentant <lu souverain.

" Il ne reste plus maintenant qu'à terminer par la déclaration faite au commencement de ces explications: 1- cabinet de Bouchervillc n'a pas résigné; il a reçu un renvoi d'offi :edu Lii uverneur.

"Le parti conservateur n'est pins au pouvoir, mais cette chambre le pouvoir, le pouvoir qualitié. la majorité dans l'i sition, la majorité ici, la majorité dans le conseil, la majori pays.

•■ Le parti conservateur a reçu un renvoi d'offi :e, mais i! r sstc noncompromis, sans compromis, sans division, dévoué à la C institution et aux intérêts du pays.

'• Ex-Procureur-Général, M. comté de Montmoren y." Après ces explications, Af. Laframboise ayant pn la seconde lecture du bill des subsides, M. [,oran]g députe de Laval, proposa une adresse au Gouverneur- Général, exposant que, d'après les explications données, le cabinet de M. de Boucherville avait agi de bonne foi dans l'exercice de ses devoirs ; que le Lieutenantgouverneur avait permis de discuter et contre-ordre de sa part, les mesures du cabinet, I devant l'Assemblée que devant le Conseil Législatif, <iue le renvoi d'office ayant eu lieu sans raison, était un abus de pouvoir et une violation des d des

libertés du peuple. Cette adresse fut adoptée par 34 voix cintre 12, ainsi que deux autres vote^ de : confiance durs le nouveau ministère.

Le Conseil Législatif passa de son côté une adresse semblable à celle de l'Assemblée; tous deux devançaient ainsi le verdict que le peuple allait être appelé à rendre.

Le même soir, au sortir de la séance, la foule qui avait encombré les galeries delà Chambre pour entendre les explications, fit une ovation à M. Joly.

Le lendemain, le Lieutenant-gouverneur se rendit en grande pompe pour clore la session, et annoncer la dissolution prochaine du parlement. La garde d'honneur avec son brillant état-major, les sommités ecclésiastiques et civiles, les nouveaux ministres et une foule nombreuse, rehaussaient l'éclat et l'importance plus qu'ordinaire de la cérémonie. Cette dissolution avait pris les proportions d'un événement; elle était un sujet d'espoir pour les uns et d'alarmes pour les autres.

Lorsque le message du Lieutenant-gouverneur parvint à l'Assemblée Législative, celle-ci était engagée dans la discussion d'une adresse à présenter, cette fois, au Lieutenant-gouverneur lui-même, pour Je prier de ne pas dissoudre le parlement. Le vote, qui allait l'emporter, était sur le point d'être compté par le greffier, lorsque l'huissier de la verge-noire frappa a la porte. L'Orateur hésita un moment, et était à demi levé pour donner l'ordre d'admettre le messager, quand M. Ang ira se hâta de demander la conclusion du vote, insistant sur le droit de la Chambre de procéder sans interruption

sur une question de privilège. En ce moment l'huissier lit son apparition, et livra son message, qui requérait la présence immédiate de la Chambre auprès du Lieutenaut-gouverneur dans la salle du Conseil-Législatif. Une voix venant des rangs de l'opposition cria : non ! non ! L'Orateur obéit, et se rendit à la salle du Conseil, précédé de la masse, et suivi des députés libéraux. M. Arigers et ses amis, à l'exception de M. Mathieu, de Sorel, refusèrent de suivre l'Orateur, et restèrent sur le parquet de la Chambre.

La législation de la session fut sanctionnée, sauf le bill du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental, qui fut réservé pour la sanction du Gouverneur-Général, * et sauf le bill d'impôt de timbres, que les ministres venaient de rétirer.

Le Lieutenant-Gouverneur annonça sa détermination de dissoudre le Parlement pour connaître d'une manière constitutionnelle le sentiment du peuple sur l'état des affaires du pays, et sur les changements ministériels qui venaient d'avoir lieu.

En sortant, il fut salué par les acclamations de la l'unie (pii encombrail lords du palais législatif,

faible dédommagement pour la responsabilité qu'il venait d'assumer.

La dissolution du Parlement fut publiée le L'L' mars,

* Au lieu de réserver ce bill, 1'- Lieutenant <l mverneur i

l'user de le Banclionuer. 11 en avait le pouvoir.

et les brefs d'élections émis le lendemain pouï procéder au ])lus tôt. M. Joly lança son programme aux électeurs, approuvant l'acte d'autorité du Lieutenant-Gouverneur,

;i assumant toute la responsabilité. Il abandonna le projet des taxes, se proposant de suppléer par l'économie à l'imposition de nouveaux fardeaux.

i. !S élections qui allaient avoir lieu étaient d'une importance qu'on n'avait pas encore vue depuis la Confédération. Le parti conservateur était fort et nombreux, et comptait toujours sur l'influence du clergé. Chaque parti se disposa à faire la lutte chaudement. La constitutionnalité du renvoi des ministres partageait l'opinion en deux camps tranchés, et la presse la discutait à deux points de vue directement opposés, et avec une acrimonie qui ne contribuait pas à élucider la question. Chaque parti s'essayait plutôt à étayer d'autorités une opinion préconçue, qu'à rechercher la vérité.

Le Lieutenant-Gouverneur, quoique à couvert derrière ses ministres, était l'objet des atta pies les plus

lies et des diatribes les plus violentes des journaux conservateurs. Cependant, il y avait un point délicat sur lequel ils n'osèrent pas l'attaquer publiquement, c'était sur le choix qu'il avait fait d'un protestant dans la personne de AI. Joly. Mais un certain nombre de conservateurs employèrent sourdement cette arme contre lui. Toutefois il n'en fut guère question dans la polémique et sur les hustings, parce qu'on ne voulait er les électeurs pr< (testants.

Parmi les polémistes qui prirent une part active et raisonnée en faveur de l'acte administratif de M. Letellier, on remarque Sir Francis Hincks, un de nos hommes publics les mieux versés dans l'étude de ta constitution anglaise, et mûri par une longue expérience parlementaire, ayant été publiciste, premier ministre sous Lord Elgin, ministre dans divers cabinets, et ensuite Lieutenant-gouverneur des Barbades. Sans se prononcer sur l'opportunité de l'acte en lui-même, il le discuta et le défendit au point de vue constitutionnel. *

Son opinion fut confirmée plus tard par celle des autorités impériales.

M. Todd, bibliothécaire au Parlement Fédéral, fit paraître en même temps une brochure, A < 'onstitutional Govemor, où les droits et les devoirs des gouverneurs sont développés avec une science et une clarté qui lui attirèrent les suffrages des deux partis; si bien que l'un et l'autre s'efforcèrent d'en revendiquer l'appli tion chacun dans son sens.

Un publiciste canadien, M. Ernest Tremblay, publia aussi un opuscule pour démontrer que leg >uvernement fédéral n'avait ni le droit, ni le pouvoir de destituer le Lieutenant-gouverneur à raison de l'acte du 2 m

Plusieurs autres écrits et brochures furent également publiés dans le sens opposé. On pourrait taire ♦ Journal of Commerce, vol. 6. p. 103-142-174 27< BfiO.

des volumes avec tout ce qui a été publié sur cette

question.

Cependant M. Lstellier ae voulait pas laisser passer sous silence les explicitions données en Chambre par M. Angers, non plus que la plainte adressée par les deux chambres de la législature locile contre lui à

Ottawa, plainte qui était fondée sur les faits contenus

dans ces explications. Il adressa en conséquence au

Gouverneur-Général, Lord Dufferin, la lettre et le

mémoire qui suivent :

« Hôtel du Gouvernement, Québec, i'j mars 1878.

i; A Son Excellence le très honorable comte de Dctfferi.v, C.P. C.C B. G C.M.G., Gouverneur-général du Canada, Ottawa.

•'■ Mu, ohd, — Le factum d'explications ci-annexé.que j'adresse à Votre Excellence aujourd'hui, aura l'effet, j'en suis persuadé, de démontrer que j'ai toujours agi avec bienveillance et avec un sentiment d'assistanec loyale envers l'honorable M. de Boucherville et ses collègues, durant leur tenurc d'oflS ie,

" Ce q ni aurait pu produire des conflits regrettables entre moi et mon cabinet, a été invariablement aplani par le bon vouloir que j'ai constamment mis à passer par-dessus des actes irréguliers, que je signale dans ce mémoire.

•' J'espère, milord, que la position difficile qui m'a été faite ne sera pas justifiée seulement parce qu'elle est constitutionnelle, mais aussi parce que la con luitc d ■ mon cabinet mettait en péril, non seulement les i de la Couronne, mais les intérêts les plus sérieux du

peuple de cette province.

J'ai l'honneur d'être, milord,

Votre très obéissant serviteur,

Page 1