L. Lrtklubs, Lit ut -Gouvernor
Le 26 avril, ; ire du Bureau Colonial tel
j hiuit que la présence, de M.Joly n'était pas requisi . qu'étant au fait île tonte la question, il n'entendait ; qu'on plaidât la cause devant lui.
Mais M. Joly était déjà parti, et en mer. Di arrivée à Londres le 5 mai), il se fit annoi Bu-
reau Colonial, où le ministre ne put lui vu qu'il avi : moment même pour recevoir
MM. Langevin et Abbott, et il le remit au lendemain.
Sir Michael Hincks Beach, ministre des Colonies, malgré son télégramme, parut écouter volontiers la pro- ] osition de M. Joly de renvoyer l'affaire au comité du Conseil Privé de la Reine. 11 exprima son regret qu'on eût soumis au Gouvernement Impérial une question entièrement du ressort du Canada. Il ajouta qu'il doutait de la possibilité de saisir le Conseil Privé de L'affaire. Knfin, il fut convenu que M. Jôly préparerait un mémoire qui serait soumis le jour même au Conseil.
Cependant, à Québec, on faisait des vœux pour le succès de la cause de .M. Letellier, où il était devenu plus populaire (pie jamais. On en avait eu une preuve à la réception officielle du jour de l'an, où jamais on n'avait vu une affluence aussi nombreuse de visiteurs de toutes les nationalités et de toutes les classes de la société.
L'inquiétude et l'anxiété constante de M. Letellier sur l'issue des démarches de ses adversaires pour le faire destituer, avaient à la longue miné sa santé. La maladie de cœur dont il souffrait depuis une année s'en était beaucoup aggravée.
11 eut, le 14: mai, une crise qui faillit l'emporter au
milieu des plus cruelles souffrances. Il fît venir le
prêtre, qui dut lui administrer les derniers sacrements.
enfants furent mandés en toute hâte pour assister
s derniers moments, et ses parents furent appelés
pour l'aider à mettre ordre à ses affaires.
De toutes les parties du pays on demandait des bulletins de sa santé. Le Marquis de Lomé et la princesse Louise, témoignèrent leur intérêt, en envoyant des messages fréquents à la famille, et en demandant
qu'on le envoyât chaque jour des bulletins. Pendant tout le séjour qu'ils firent alors à Québec, ils continuèrent à lui donner des marques de sympathie.
Peu à peu le malade revint de cette crise, quoiqu'il demeurât d'une faiblesse extrême, pouvant à peine marcher. Sa grande préoccupation était de pouvoir présider à l'ouverture des chambres fixée pour le 19 juin. Il se leva de son lit pour y assister, ayant refusé de demander un remplaçant. Il y parut pâle, exténué, obligé de se faire soutenir, d'un côté par son aid camp, le Capitaine Gautier, de l'autre par le Colonel Strange, commandant de la garnison. Il ne parvint qu'après des efforts réitérés, à lire le discours d'ouverture. L'auditoire nombreux fut ému de eett il y eut un élan de sympathie en >;i faveur. Ses enuemis mêmes ne purent s'empêcher d'admirer cette énerde fer, qui avait trenpé l'attente générale.
Après la censure passée sur lui aux Communes, et la détermination de ses ennemis de le faire disparaître, il ne restait plus d'esp >ir à M. Letellier que daus le Marquis de Lomé, sur La fermeté duquel il comptait, et
dans l'attitude de l'Assemblée Législative de sa provinee, où décidément le ministère de M. Joly avait refait une majorité, peu nombreuse il est vrai, mais sure et compacte.
Le trésorier, M. Bachand, ayant succombé, au mois de novembre précédent, à une maladie de poitrine, sou portefeuille était demeuré vacant jusqu'au printemps suivant. M. Joly opéra alors quelques changements dans le personnel du cabinet. M. Langelier devint Trésorier, M. Marchand Commissaire des Terres, M. Chauveau Secrétaire provincial, et M. Mercier, avocat, fut appelé à entrer dans le ministère comme Solliciteur général. Ce dernier fut élu pour le comté de Saint- Hyacinthe, à la place de l'honorable M. Bachand.
Vers cette époque, les tribunaux ayant annulé les élections de Chambly et de Rou ville, ces deux comtés élurent des libéraux, enlevant ainsi deux voix à l'opposition, et les donnant à M. Joly, ce qui lui assurait une majorité de quatre voix.
Mais d'un autre côté, à la veille de la session, l'élection de Verchères fut annulée. M. Brousseau, député libéral élu dans ce comté, perdit son mandat parce qu'il n'avait pas le cens foncier requis alors pour être candidat. C'était une voix de moins pour M. Joly. Elle fut reprise par l'élection d'un autre libéral, M. Larose, qui, un mois après, remplaçait M. Brousseau Le ministère se trouva donc à avoir une majorité réelle de -A
voix. La Province, après les élections générales, avait réaffirmé, à quatre reprises différentes, qu'elle soutenait l'administration, et donnait ion approbation à l'acte du 2 mais.
Le 9 juillet, M. Joly, ainsi appuyé, proposa des lutions à l'Assemblée Législative, afin de baser une adresse au Gouverneur- Général, pour le prier poser à la tentative de destituer le Lieu tenant- G mverneur, et de vouloir bien respecter les droits île la Province, qui s'était prononcée en sa faveur. Ces ré lutions exposaient 'pie, depuis les élections récentes de Saint-Hyacinthe, Rouville et Chambly, il ne pouvait plus y avoir désormais aucun doute sur une opinion aussi fortement exprimée. Elles terminaient en rei ciant le Gouverneur -Général d'avoir sauvegardé les droits de la Province, et exprimaient l'espoir qu'il continuerait à le faire.
Les membres de l'opposition ne manquèrent pas de s'élever cintre ces résolutions, el rent d'abord
que la législature de la Province n'avait pas le droit de censurer le gouvernement fédéral. L'Orateur décida, sur un point d'ordre, que les résolutions ne contenaient rien contre le respect dû à la Couronne ou aux autorités fédérales, et que la Province avait le droit incon-
ibledepi ;ontre l'envahissement de ses di
Cette décision, sur appel à la Chambre, fut ma ainsi que divers autres appels, par une majoriu 4 voix.
M. Chaplean, chef de l'opposition, après un long débat, essaya, par divers amendements, de repousser toute intervention de la Législature provinciale dans l'exercice des droits du gouvernement fédéral et du parlement d'Ottawa, au sujet de la destitution du Lieutenant-Gouverneur. Il invoqua, contre M. Letellier, la déclaration des deux branches de la législature locale du 8 mars 1878, et celles des 11 et 14 juin suivants; il ajouta que les élections partielles qui avaient eu lieu depuis la référence à l'Angleterre, avaient été faites sur des incidents de politique locale, et termina un de ses amendements aux résolutions par une prière à Son Excellence de se rendre aux votes de la Chambre des Communes et du Sénat. Cet amendement fut rejeté, et les résolutions de M. Joly passées par 32 voix contre 29. L'élection de Verchères n'avait pas encore eu lieu ; elle allait donner une voix de plus au ministère. L'importance de l'adresse basée sur ces résolutions mérite qu'elle soit citée en entier; elle est comme suit : " A Son Excellence le Très Honorable Sir John Douglas Sutherland Campbell (communément appelé le Marquis of Lorne), Chevalier du Très Ancien et Très Noble Ordre du Chardon, Chevalier Grand-Croix de l'Ordre Très Distingué de Saint-Michel et Saint-George, Gouverneur-Général du Canada et Vice- Amiral d'icelui, etc., etc., etc.
" La province de Québec, par les députés qu'elle a réélus pour la représenter dans l'Assemblée Législative, proteste de son attachement inaltérable à la Couronne et à la Personne de Sa Majesté.
" La Province est satisfaite de la forme de gouvernement dont elle jouit en vertu de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord, qui lui son autonomie et le- droit de se gouverner elle-même.
" La Province, qui ne cherche pas à empiéter sur la juridi ti< n du gouvernement fédéral, doit s'attendre à ce qu>- ce gouvernement ne cherche pas à empiéter sur ses droits ; et c'est le devoir de ses repiésentants, auxquels < lie en a toi, lié la défense, de protester quand ses droits soni menacés.
" La tentative, de la part du gouvernement fédéral, de démettre s. .h Honneur le Lient nunt-Gi uv< rueur de la Province de Québec, se basant sur un vote de parti de la Chambre dus Ci m m unes 1 1 du Sénat, est, sous les circonstances, un empiétement sur les d oits de la Pn vince.
" C'est à la province de Québec, directement intéressée comme elle
as lt résultats de la démission du ministère de Boucherville,
à juger de l'a-proposet de la sagesse de l'a te par leque le Lienti uant-
Gouverneur a retiré l'administration des affaires de la Provin e des
mains de ce ministère, pour la confier à d autres nain-'.
" Conformément aux principes du gouvem nient resp nsable, la Province à été appelée à juger de cet acte, en jugeant les nouveaux ministres, qui en ont jais toute la responsabilité
" Le résultat des élections générales a été un verdict en faveur des nouveaux ministres, qui. dans la session convoquée à la suite de ces élections, ont réussi à faire adopter par cette Chambre toutes les mesures introduites par eux.
'■ Depuis la session, trois des divisions électorales de la Pn vinee, celles de Saint Hyac nth , de Rouville et de ( lhambly, eut été appelées à se prononcer île nouveau, et toutes trois ont appro v ■'■, . ar de grandes major. tés, l'acte de Si n Honneur le Lieutenant-Gouvcrn -ur.
M Que ce qui donne cm ore plus de poids à cette expression léitérée de l'opinion publique, c'est que deux de ces trois divisions, appelées; à remplacer des députés dent les cours de justice avaient annu I l'élection, ont renversa le verdict qu'elles paraissaient avoir a odu le premier mai 1-7-, et ont remplacé des adversaires du gouvernement par des députés ministériels.
u L'approbation, par la province de Qu ibec, de l'acte du Lieutenant! Qouvemi ur, a été trop cla renient expr niée, pour qu'il soit po BÏbM de la mettre en doute plus longtem s. etgcttxCh mbre, repré l'opinion du corps électoral de la Pn vin e, remercie Son K\ le Gouverneur-Général di la fermeté et de la sages» avw lesqucllal Son Excellence a agi en arrêtant la I ni tive d'empiélume par le | ar ■•!•! nt et le g< uvern n
vince, et e e a pleine c nfi inc< qn i m ra, ara
la même f rmeté et la môme Bag Bse, à re onnaitre et à droits incontestables."
La législature profita en même temps de la présence à Québec du Marquis et de la Princesse (11 juillet), pour leur présenter une adresse de bienvenue. La population de la ville y prit part, et fit une magnifique démonstration à Ces augustes personnages. Ces démonstrations avaient une signification particulière en ce moment. Elles témoignaient au Gouverneur une reconnaissance publique de ses efforts pour sauver M. Letellier.
Deux jours après, M. Langevin arrivait d'Angleterre, porteur d'une dépêche du secrétaire Colonial au Marquis de Lorne. C'était la réponse qui allait décider du sort de M. Letellier. Nous la donnons textuellement, vu son importance, nous réservaut de la commenter ciaprès :
( Traduction, officielle)
Downing Stkeet, :i juillet 1879.
" Milohd, — ! . Le gouvernement de Sa Majesté s'est occupé de votre requête demandant fies instructions au sujet de la recommandation faite par vos ministres, que M Letellier. Lieutenant-Gouverneur de Québec, soit révoqué
" •>. En taisant cette demande, il n'a pas dû échapper à votre observation que la question constitutionnelle à laquelle elle a trait touche aux affaires intéiieures de la Confédération, et tombe complètement dan- le domaine du gouvernement et du Pari cm * nt du Canada, .le remarque avec satisfaction que. grâce à l'habileté et à la patience avec lesquelles le peuple Canadien a jusqu'à présent su appliquer sa constitution aux tins qu'on avait en vue eu la créant, il a rarement été trouvé nécessaire d'avoir recours à l'autorité impériale, dans aucune des complications qui devaient naturellement se présent :t dans le coure des premières années de la Confédération, et je n'ai pas besoin de vous dire que ce n'est que dans des circonstances d'une nature tout à f it exceptionnelle qu'il doit en être appelé au gouvernement de Sa Majesté.
" 3. Je suis néanmoins prêt à admettre que les questions en j'en dans le cas particulier qui nous occupe, sont d'une importance plus qu'ordinaire. On a beaucoup discuté la véritable portée d tions de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord de 1867 qui s'y rapportent, et comme cette affaire est la première qui tombe l'effet de ces dispositions, il n'existe pas de précédent pouvant guider. C'est pourquoi, tout en regrettant que cette i soit
présentée pour vous d'avoir recours au gouvernement de Sa Ma celui-ci approuve la mesure que vous avez prise sous la responsabilité et du consentement de vos ministres, et je vais vous exposer 1 opinii n qu'il s'est formée sur la question qui lui est soumise.
" -4. Les diverses circonstances qui se rattachent à l'affaire de 11. Letellier ont été pleinement exposées dans le mémoire de sir John A. Macdonald en date du il avril, dans la lettre du Lieutenant-Gouverneur Letellier en date du 18 avril, et dans les communicatii us que j'ai reçues depuis, de M. Langevin, venu ici en compagnie de M. Abbott pour appuyer l'avis soumis par le gouvernement dont il fait partie, et de M Joly, également revêtu du pouvoir de fournir de la part de M. Letellier les explications qui pourraient être demani S'il eût été du devoir du gouvernement de Sa Majesté de décii M. Letellier doit ou non être révoqué, je suis convaincu que MM. Langevin, Abbott et Joly eussent habilement fait valoir tout raisons militant pour ou contre sa révocation. Mais je n'ai eu à faire plaider ni l'un ni l'autre côté de la cause. La loi ne donne pas au gouvernement de Sa Majesté le pouvoir de la juger, et il n'a i quemment pas L'intention de se prononcer sur son mérite. Vous savez que, par l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord de !-< ■?, le pouvoir de révi quer un Lieutenant-Gouverneur est donné non pas au g< uverncmenl de Sa Majesté, mais au Gouverneur-Général, et si je n trompe, ce n'est qu'à cause de l'importance du précédent que va votre conduite en cette affaire, et ;\ cause des doutes que vous avez 6ur le sens du statut, que vous avez démande au gouvernement • Majesté une expression d'opinion faisant autorité sur la question abstraite de la responsabilité et des fonctions du Gouverneur-Gcn relativement à un Lieutenant- Gouverneur provincial, sous l'empire de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord de !
«5. Les principes généraux qui déterminent le rôle du Li Gouverneur dans un eus comme celui qui nous occupe, sont cîaii - Il n'y a pas de doute qu'il a constitutionnellemenl le droit de renvoyer ses ministres provinciaux, si, par une cause OU par une autre, il croit
de son devoir de le faire. Dans l'exercice de ce droit, comme dans celui de toutes ses autres fonctions, il va sans dire qu'il doit se conduire, vis-à-vis des partis rivaux, avec toute l'impartialité essentielle à l'exécution de sis devoirs d'office ; et il est, en vertu de l'article .V.» de, l'Acte, directement responsable au Gouverneur-Général de toute mesure qu'il pourra prendre.
" 6. Ceci m'amène au seul point que j'aie à examiner, c'est-à-dire a la question de savoir si, en décidant si un Lieutenant-Gouverneur mérite ou non d'être révoqué, le Gouverneur-Général doit ou peut se contenter de suivre simplement l'avis de ses ministres, comme dans toute affaire ordinaire d'administration, ou si, par les dispositions du statut, il est spécialement tenu d'agir suivant son jugement A ce sujet, on a remarqué que. tandis qu'en vertu de l'article iîH de l'Acte, la nomination d'un Lieutenant-Gouverneur est faite par " le Gouverneurgén< rai eu Conseil, par instrument sous le grand sceau du Canada," l'article 59 décrète que u le Lieutenant-Gouverneur restera en charge durant le bon plaisir du Gouverneur-Général," et l'on a beaucoup appuyé sur l'intention que l'on suppose avoir eue la législature en variant ainsi le langage des deux articles. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a d'autres pouvoirs conférés, de la même manière, au " Gouverneur-Général,'' qu'il était clairement dans l'intention de la législature de faire exercer par le Gouverneur aide de ses ministres, et qui, de fait, sont ainsi exercés en pratique ; et, bien que la position d'un Gouverneur-Général doive donner un poids particulier à son opinion sur un sujet comme celui-ci, le gouvernement de Sa Majesté ne voit cependant rien, dans les circonstances, qui le justifie de se départir en cette affaire de la règle générale, et de refuser de suivre l'avis bien arrêté de ses ministres, qui sont responsables de la paix et de la bonne administration du paysan Parlement, auquel, selon l'article ',:' du statut, ils ont à communiquer les causes qu'ils assignent à la révocation d'un Lieutenant-Gouverneur.
" 7. Le gouvernement de Sa, Majesté ne peut donc que désirer vous voir demander à vos ministres de considérer de nouveau les mesures à prendre dans l'affaire Letellier. Il serait lion que vous les invitiez d'abord à vous informer si leur opinion, exprimée dans le mémoire de Sir John A. Macdonald, n'aura aucunement été modifiée par l'étude de la présente dépêche, et l'examen des circonstances, qui peuvent avoir, depuis la date de ce mémoire, suffisamment changé pour qu'ils ne croient plus nécessaire, dans l'intérêt du bon gouvernement et pour le contentement de la Province, d'avoir recours à une mesure aussi sérieuse que la révocation d'uu Lieutenant-Gouverneur. Je n'ai pas
de doute que l'on ne perdra pas de vue que, dans l'esprit de l'Acte de l'Amérique Br.tannique du Nord de i-*;;. les hantes fonctions de Lieutenant-Gouverneur doivent en général être remplies pendant la période qui y est spécifiquement mentionnée, et que non senlemi ni
le pouvoir de révocation ue devrait être exercé «pie pour de graves raisons, m-iis qu'il ne saurait exister de motifs de révocation dans le fait que les opinions politiques d un Lieutenant Gouverneur n'ont pas été, dans sa carrière antérieure, cel es des ministres fédéraux qui ont pu monter au pouvoir depuis qu'il exerce sa change.
" - Les antécédents politiques et la position actuelle de tous les Lieutenants-Gouverneurs aujourd'hui en exercice, démontrent que la justesse de cette opinion a été jusqu'ici reconnue en pratique, et, sur la foi de leur profession, je ne puis douter (pie vos conseillers soient aussi disposés que l'ont été leurs prédécesseurs, à apprécier les objections que peut présenter toute mesure tendant à porter atteint principe.
" !). J'ai attiré votre attention sur ce point d une façon toute particulière, parée qu'il me parait important que, dans le traitement de cette affaire, que l'on pourra regard r dans 1 avenir comme constituant un-précédent, on doive bien déterminer quelle est la véritable condition faite à un Lieutenant-Gouverneur par la Constitution. Je suis convaincu que toute laqnestion peut maintenant gagner à être remise à l'étude, et ne puis m'empôcher de croire que les délais qui ont eu lieu, et qui pour différentes raisons étaient inévitables, auront eu leur utilité, en permettant à plus de lumière de se faire sur une qu ffl si pleine de complications, et en donnant à l'acrimonie qu'elle a créée de part et d'autre i et (pu. je regrett ■ «le le lire, n'es! souvent traduite en un langage trop amer) le temps de disparaître.
J'ai l'h mneur d'être, monsieur.
Votre obéissant serviteur,
ME. BICKS-BEACH.
Au G lUverneur-Général,
Le Très honorable Marqu h de Lomé, U.C., C G M.G . etc . et • ,
Le Lendemain, le Gouverneur transmit cette dépêche à 9on Conseil, accompagné; d' m mémoire par Lequel il le priait de d iclarer ai l'avn déj i expriin ' r ^commandant la révocation él lit en îore l'opin m arrêtée du Cabinet, et s'il y persistait après avoir mûrement pris eu c msid
tion l'appui que la Tiovince de Québec avait donné à M. Joly, le ministre responsable de l'action du Lieutenant- Gouverneur, selon la pratique constitutionnelle. Il demandait en même temps à son Cabinet de reconsidérer l'avis donné, ainsi que le comportait la dépêche; et il attirait particulièrement son attention sur les paragraphes 5, 7, 8 et 9 de cette dépêche. Il ne désirait, écrivait-il, rien ajouter de son chef à la dépêche du Gouvernement de Sa Majesté, le Cabinet ayant déjà été informé confidentiellement de son opinion. 11 terminait en exigeant que l'avis que le Cabinet allait adopter, après reconsidération, fût approuvé par tous ses membres, et que l'on obtînt, au moyen du télégraphe, l'assentiment des deux ministres absents, Sir Charles Tupper et Sir Léonard Tilley, alors en Angleterre.
Le 21, Sir John Macdonald communiqua au Gouverneur la décision finale du Conseil, qui persistait dans son même avis, auquel les deux ministres absents avaient déjà concouru, disait-il, avant leur départ, et que c'était par conséquent le sentiment unanime du Cabinet.
Le Secrétaire des Colonies, en requérant le marquis de Lorne de demander à ses ministres de reprendre en considération toute l'affaire Letellier, dans l'espérance de les voir revenir sur leur décision, aurait dû prévoir qu'ils n'y consentiraient jamais. Ils s'étaient déjà prononcés, et bien peu de juges reviennent sur leur décision. Et si ces
juges sont intéressés et partisans déclarés, on peut dire qu'en ce cas, la confirmation de leur sentence est assurée d'avance, surtout lorsque leur existence en dépend. C'est ce qui arriva à la suite de la dépêche. On fit semblant de délibérer de nouveau, et d'examiner les instructions reçues. Mais la détermination de persister dans la même voie était déjà arrêtée, et même elle l'était avant que la dépêche du Gouvernement Impérial n'eût été envoyée et connue, comme on le voit par la déclaration de Sir John en parlant pour ses deux collègues absents, Sir S.-L. Tilley et Sir Charles Tupper. Ceux-ci ne sachant pas ce que pourraient contenir les instructions, s'étaient cependant prononcés, lors de leur départ, pour la destitution, quel que fût l'avis du Cabinet de Londres. Sur ce, leur avis passa en leur absence comme s'ils eussent connu la dépêche. Certainement ce n'était pas là la délibération que requéraient ces instructions et que demandait le Marquis, en attirant l'attention spéciale de ses ministres sur des points particuliers de la dépêche, sur lesquels il voulait leur avis wnanvm .
Sir John ne télégraphia pas à ses Collègues pour leur communiquer le contenu de la dépêche, ainsi que le demandait le Gouverneur-Général, et obtenir d'eux leur avis, après nouvelle considération, il se hâta d'en finir, avec une précipitation que le Marquis aurait pu empêcher, laquelle était plus qu'an manque de convenance envers lui, et était une injustice vis-à-vis M. Letellier.
Le 23, le Gouverneur, par un messnge télégraphique
d'Ottawa, intima à Sir John qu'il consentirait à agir suivant l'avis ainsi confirmé, mais que l'arrêté du Conseil devait être rédigé de manière à laisser reposer sur le Cabinet seul toute la reponsabilité de la destitution.
En conséquence, un arrêté fut passé le 25, révoquant M. Luc Letellier de Saint-Just de ses fonctions de Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.
La cause déterminante donnée pour cette révocation était "qu'après le vote de la Chambre des Communes " lors de la dernière session, et celui du Sénat pendant " l'année précédente, son utilité comme Lieutenant- " Gouverneur' avait cessé."
Le même jour, le sous-secrétaire d'Etat, M. Edouard Langevin, lui en signifia l'avis, dans les termes ci-dessus, par un message spécial.
Lorsque ce message fut apporté à M. Letellier dans le cours de l'après-midi, il était alors moins souffrant, et se reposait en fumant tranquillement sur la véranda de Spencer- Wood, en compagnie de celui qui écrit ces lignes. Il jouissait du bon air qui ravivait ses forces, et se plaisait à admirer le beau paysage qui se déroulait devant ses yeux. Après avoir lu le message, il le passa à son ami sans témoigner aucune émotion visible. "Je m'y attendais, dit-il, et si c'était à refaire je recommencerais." Il continua à fumer en discourant sur la uou-
velle existence qui s'ouvrait pour lui, regrettant si ulenient le mauvais état de sa santé, autrefois si robuste.
Son premier soin fut d'apaiser l'émotion et le chagrin de ses enfants, que ce coup frappait de tant de mai: puis il fit télégraphier aux journaux amisde ne rien dire qui pût en aucune manière rejaillir défavorablement sur le marquis de Lorne.
Il manda ensuite M. Joly pour l'informer de la révocation de sa charge de Lieutenant- Gouverneur, et lui dire de la communiquera législature. Celle-ci s'ajourna en conséquence, à la reprise de la séance du soir.
Aussitôt après, la députation libérale vint en corps à Spencer-Wood, témoigner à M. Letellier ses condoléances, son respect et son dévouement. Comme marque de sincère sympathie, plusieurs députés lui offrirent spontanément de résigner leur mandat en sa faveur.
Avant de leur dire adieu, il exposa, dans une allocution calme et pleine de dignité, ■ ni lit une profonde impression, et même arracha des larmes à plusieui sacrifices que l'homme public est appelé à faire pour ses concitoyens. 11 avait pesé d'avance et calculé, dit-il, les suites de la détermination qu'il avait prise et l'éventualité qui venait de se réaliser ; il s'y soumettait, car il n'avait pas hésité un seul instant, dès lors, à sacrifier sa position pour accomplir un devoir qu'il croyait être pour le plus grand bien de sa province. 11 était vaincu que le peuple était avec lui, que le peuple avait
répondu à son appel et l'avait approuvé, ainsi qu'il venait de le déclarer par la voix de l'Assemblée Législative.
Cette scène affecta M. Letellier plus qu'il ne l'aurait laissé voir dans un autre état de santé.
Les ministres fédéraux qui étaient venus à Québec exprès pour effectuer cette destitution, étaient loin d'être aussi calmes et rassurés que le simple citoyen qui allait sortir de Spencer-Wood.
La populition de Québec était, depuis plusieurs jours, dans une grande fermentation, causée par les rumeurs contradictoires au sujet de la destitution. Elle ne voulait pas y croire, car, autant M. Letellier était haï par ses ennemis, autant il était aimé de ses amis, et du peuple en général. A peine l'arrêté du Conseil était-il passé, que le bruit s'en répandit par la ville comme une traînée de poudre, et il se produisit aussitôt une manisfestation hostile aux ministres, particulièrement à Sir John. Les plus exaltés voulaient leur faire un mauvais parti. Sir John, qui avait retenu son passage pour l'Angleterre le lendemain, crut prudent de ne pas s'exposer à se rencontrer avec une population indignée. Il s'esquiva secrètement, en se réfugiant, dit-on, à bord du steamer en partance dans le port.
M. Letellier eut vent des desseins des principaux exaltés, et il se hâta de les prévenir. Son intervention calma immédiatement les esprits, en faisant savoir coin-
bien il désapprouverait tous actes de violences et de voies de fait. On ne préméditait rien moins, dit-on, que de s'emparer de Sir John, et de le jeter dans le fleuve. Ce que nous donnons sous toute réserve.
Les protestations contre l'intervention du pouvoir fédéral dans la gouverne des affaires de la Province ne se firent pas attendre, et démontrèrent combien l'indignation publique était soulevée. Elles furent contenues néanmoins dans les limites de la légalité, quoiqu'on eût offert à M. Letellier de le maintenir à Spencer- Wood par la résistance à la tyrannie et à l'attentat des ministres d'Ottawa.
La première protestation vint d'une assemblée tenue à Montréal sous les auspices du Club National.
Peu de jours après, éclata une manifestation qui fait voir la grande popularité du citoyen dont la carrière officielle venait de se clore. Cette manif station ne fut que le prélude d'une suite d'autres qui se renouvelèrent sur divers points du pays, et qui recommencèrent un an et demi après, à l'époque de sa mort.
Les citoyens de Québec se réunirent en assemblée nombreuse sur l'Esplanade, où une grande estrade avait été préparée. M. Letellier y tut invité, et un lui présenta une adresse ' dans les deux langues, faisant l'éloge
* Cetb : tune expression du sentiment populaire, mérite
d'être citée < n entier. Elle est ainsi conçue : A L'honorable Luc Letellier de Saint-Just. Monsieur,— Avant votre départ de cette ville, nous, citoyen e
sa conduite, le remerciant des sacrifices qu'il avait faits pour son pays. Cette adresse lui exprimait l'espoir des citoyens que sa santé lui permettrait de rentrer bientôt dans l'arène politique. M. Letellier retrouva pour quel- Québec, désirons vous témoigner le respect, l'estime et la reconnaissance que vous nous avez inspirés.
Nous exprimons en même temps les sentiments de la majorité des habitants de cette province, déjà manifestés au sein de l'Assemblé gislalive de Québec, en vous disant que nous ressentons vivement le Bervice signalé que vous ave/ rendu à notre province, en empêchant l'imposition d ■ nouvelles taxes sur le p ;uple ; — en consacrant le principe de la division complè e des attributions judiciaires et exécutiv — en taisant respecter le droit des contribuables de rec >urir aux tribunaux ordinaires ; — el en mettant un frein à une politique financière désastreuse pour nos ressources.
L'appel que vous avez fait au peuple, pour approuver ce grand et noble but. a répondu à votre attent-. et à celle de tous les citoyens animés d'un vrai dé>i. de servir les intérêts du pays.
Vous pouvez, vous glorifier d'avoir sacrifié, dans la réussite d' une entreprise aussi difficile, votre repos, votre santé, et le \ oste éniinent que vous occupiez, pour n'écouter que voire patriotisme et votre dévouement à la cause du peuple et de son bon gouvernement.
si, d'un côté vous suce >mb ■/.. pour le moment, sous 1 ■ poids de l'injustice, comme victime d'un parti, et au détriment de notre autonomie pobtique.de l'autre vous avez pour vous relever l'appui du peuple ds cett • Provinc ■. qui comprend ses intérêts, et qui en est le véritable et le meilleur juge.
Non » que la Piovidencs vois rendra la santé, afin de vous
permettre de con-acrer, comme ci-devant, au service de notre patrie, les tilents distingués, l'indomptable énergie, la constance et la > d'âme donl /, toujours fait preuve dans votre 1 ngue, utile
et illustre carrière politique.
7e illez agréer, Monsieur, comme marque d'approbation, nos sinremerciem snts, :t nos meilleurs souhaits pour votre prospérité et celle de votre famille.
R.-F. RiNPRET,
Président,
W.-D. Campbru, taire.
Québec, 2 août 1ST0.
ques instants ses forces, et fit un discours qui éleetrisa l'assemblée.
Quelques ennemis voulurent tenter peu «après une démonstration en sens inverse, et essayèrent de brûler l'ex-lieutenant-gouverneur en effigie près de l'Hôpital de la Marine. Ses amis accoururent en toute hâte, i persèrent l'attroupement, et célébrèrent leur triomphe par une grande procession, qui monta en chantant jusqu'aux édifices du Parlement, alors en séance. Là ils se formèrent en cercle devant le portique, acclamèrent chaleureusement M. Letellier et M. Joly, et huèrent leurs adversaires. M. Chapleau se trouvait eo ce moment à avoir la parole. Il reprit son siège en plaignant que le terrain delà Chambre était envahi par la populace, qu'il qualifia, dit-on, d'une bande de communards. La séance fut interrompue peu- huit quelq temps. Enfio, la multitude reforma ses rangs en bon ordre, et se rendit sur la terrasse Dufferin, d'où elle coula tranquillement, satisfaite d'avoir empêché ce qu'elle considérait comme une insulte envers un citoyen qu'elle voulait, faire respecter.
Quelques jours après la destitution, des amis plus - qu'éclair [lièrent à M. Letellier de ne pas
abandonner son po3te, el de faire décider par les tribunaux la légalité de son renvoi d'o8i3e. Il s'y oppi et sortit de Spencer - Wo 1 1, pour y par l'honorable Louis-Thiodore Robitaille, le seul •
anciens ministres resté en dehors du nouveau cabinet Macdonald.
M. Letellier rentrait dans la vie privée pauvre, mais le creur toujours liant. Il était plus que jamais convaincu de la parfaite légalité de sa conduite, depuis la dépêche du Ministre Colonial.
Accoutumé à subir des défaites, il se consolait de sa chute, l'attribuant à la force du parti dominant, entraîné par la passion du pouvoir. Ce parti avait renversé un jugement qui l'exonérait ; lui, il espérait voir un autre Parlement lui rendre justice quand le calme des passions politiques serait fait autour de son nom. En sacrifiant sa personne, il avait sauvé les droits populaires dans un moment critique, où il croyait les intérêts les plus chers de sa province clans un éminent danger. Il récapitulait les approbations qu'il avait reçues, et qui serviraient à le réhabiliter dans l'avenir. Au premier rans il mettait la sanction que le peuple de sa province avait donnée à sa conduite; puis celle des Commanes en 1878; ensuite celle de l'Assemblée Législative en 187'.). L'opinion tacite de Lord Dufferin et de son gouverneient, qui l'avaient maintenu en charge ; celle exprimée et défendue si courageusement par le Marquis de Lorne irmaient ses vues et ses espérances. Enfin, après une étude sérieuse, il s'était pleinement confirmé dans la légalité et la, force de sa position. Il avait pour lui la Constitution et les précédents, ainsi que nos meilleures
autorités constitutionnelles sur le sujet. Sir Francis Hincks, après avoir approfondi la question, avait écrit que le renvoi des ministres était non seulement clans les attributions du Lieutenant-Gouverneur, mais que ce renvoi était devenu un devoir pour lui. M. Todd, M. Cauchon, Lieutenant-Gouverneur de Manitoba, le juge en chef Duval, alors en retraite, et qui avait été député de l'Assemblée Législative du Bas-Canada, etc. fortifiaient sa position.
Se voyant aussi fortement appuyé, il s'étudia à mettre le calme en lui-même, et à supporter courageusement l'injustice de son sort. Il y parvint, en montrant une grandeur d'âme et une résignation qui ne se sont pas démenties.
Ici se termine l'historique du coup d'Etat du 2 mars. Il ne nous reste plus qu'à en faire connaître les quences. Mais auparavant, nous allons examiner les questions constitutionnelles qu'il a soulevée-, en nous appuyant sur la meilleure autorité connue en ce pays, celle de M. Todd, qui a traité la matière ex profe880.
M. Todd, notre écrivain distingué en droit constitutionnel, et dont la supériorité est reconnue même à l'étranger, a publié depuis, sur ces événements, un ouvrage qui restera: " Parliamentary Government inthe British Colonies" Il y a traité à fond l'affaire Letellier, qui entrait dans le cadre des études dont il a fait une spécialité pendant vingt-cinq ans. Son appréciation saine, raisonnes el impartiale, des diverses phases
de ce drame, l'un des plus remarquables dans nos annales parlementaires, mérite d'être mentionnée tout particulièrement. Car il en a examiné, avec soin et sans préjugés, les divers détails, en y appliquant les vrais principes du droit constitutionnel, afin quVucune des deux parties en présence ne puisse en tirer des conséquences erronnées, et afin que ce précédent ne serve pas, par la suite, à justifier une ingérence non permise du pouvoir fédéral dans les attributions exclusives du
» pouvoir provincial.
Il démontre d'abord et avec raison que le Lieutenant- Gouverneur Letellier était dans l'erreur, en prétendant n'encourir aucune responsabilité personnelle pour les actes qu'il avait à accomplir dans la splière légitime des devoirs prescrits par l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord. Il le déclare clairement responsable envers le pouvoir fédéral, qui l'a nommé, et qui a droit de le destituer, mais nullement responsable comme tel devant aucun autre tribunal.
Il rejette également l'interprétation donnée par M. Joly et d'autres à la clause 59e de cet Acte, sur la distinction à faire entre le pouvoir accordé au Gouverneur- Général en Conseil, de nommer les Lieutenants-Gouverneurs, et le pouvoir de les destituer, comme confié au Gouverneur en personne. L'omission de la répétition des mots " en Conseil " dans cette clause n'est pas intentionnelle et attributive d'un pouvoir spécial,
dans le but d'assurer plus particulièrement la durée des cinq années d'office accordées aux Lieutenants- Gouverneurs.
Le ministre des Colonies, Sir Michael Hicks Beach, a confirmé cette dernière interprétation, comme on l'a vu dans sa dépêche.
D'où l'écrivain conclut qu'un Lieutenant-Gouverneur est responsable directement à l'autorité qui l'a nommé, et est révocable par la même autorité, qui le maintient dans ses fonctions durant bon plaisir.
D'un autre côté, on doit s'abstenir, s'il est possible, de révoquer sa commission ; elle ne doit être révoquée qu'avec une extrême précaution, et de manière à ne pas violer ou affecter les droits des Provinces dans le plein exercice de leurs attributions, soit législatives, soit executives.
Quoique ce haut fonctionnaire ne tienne son office que durant bon plaisir, néanmoins le Statut, en vertu duquel il est nommé, lui garantit, afin de le proti plus efficacement, un terme de cinq années, à moins d'une cause suffisante pour motiver le contraire. Cette cause, qui entraîne le destitution, doit être soumise au prochain Parlement, et recevoir 3a sanction, s'il est appelé à se prononcer.
Mais quelle que soit la cause <le la révocation, qu'elle soit suffisante ou non, il est clair qu'en premier lieu il n'est pas permis au ministère d'en éviter la respon-
sabilité, et qu'elle retombe tout entière sur le Gouverneur-Général en Conseil. C'est lui, par conséquent, qui doit faire le premier pas pour arriver à démettre cet officier.
Permettre l'initiative d'une démarche aussi importante à l'une ou l'autre des deux Chambres fédérales, serait laisser enlever au pouvoir exécutif sa responsabilité ministérielle.
Sur ce point, il est évident, dit l'auteur, que le ministère du jour est complètement dans son tort en permettant la procédure prise par M. Mousseau contre M. Letellier, pour arriver à un résultat dont la responsabilité ne tombait sur personne.
Le ministère s'était abstenu de prendre aucune action contre M. Letellier. Mais après que les deux Chambres eurent passé les résolutions pour le faire distituer, le premier ministre soumit au Gouverneur l'étrange proposition que, suivant l'opinion du Conseil, "il n'était " nullement nécessaire, pour justifier cette opinion, d'aller
" au delà du vote du Parlement que, même si l'o-
" pinion des ministres était à l'encontre de celle du " Parlement, il semble qu'ils sont obligés de respecter " cette décision, et d'agir en conséquence, comme ils " l'ont fait en recommandant la destitution."
Un tel énoncé implique, continue l'auteur, une abdication complète de la responsabilité ministérielle, et est
404 LETELL1EK DE SAIKT-JL'ST
un abandon de la garantie des droits privés que cette responsabilité est destinée à sauvegarder,
Todd démontre ensuite que "toute résolution j " par les Chambres, comportant la tentative d'adjuger " sur aucune chose du ressort du gouvernement, doit " être considérée comme n'ayant aucune valeur ni effet. "
En examinant les résolutions du Sénat et des Communes, il les trouve extrêmement vagues et ambiguës. Elles n'expliquent pas en quoi consistait lu " manque de sagesse " dans le renvoi du ministère de Boucherville, ni sous quel rapport ce renvoi " était subversif " de la position des ministres sous le gouvernement " ponsable."
C'est pourquoi il se voit forcé de conclure que la marche suivie pour arriver à la destitution de M. I. tellier est en contravention avec le droit constitutionnel et les précédents ; qu'elle est contraire aussi à L'esprit et à l'intention de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord, en tant que le parlement a pris l'initiative que le pouvoir exécutif n'a pas voulu prendre ; et que l'on aurait du indiquer spécifiquement les faits à ch i pour lesquels on jugeait cette révocation nécessaire.
En regardant sous la lettre des résolutions (lookiog behind thèse resolutions), telles qu'elles sont formulées, et en examinant les raisons données à leur appui, on voit qu'un des premiers mot ifs invoqués, dans le c ■ du débat, contre M. Letellier, était d'avoir fait ua
dans le renvoi de ses ministres, d'un pouvoir arbitraire, tombé en désuétude, et incompatible avec le régime actuel du gouvernement responsable ; et que Sir John Macdonald a avancé, sur ce point, " qu'en Angleterre " le pouvoir de destituer un ministère ayant la confiance " du Parlement est perdu pour toujours, et que, s'il est " perdu là, on n'aurait jamais dû tenter de le faire " revivre dans une Colonie qui en dépend."
Todd blâme sévèrement cette doctrine comme lancée à la légère et sans réflexion ; il la déclare insoutenable en théorie et en pratique.
" Ce pouvoir, dit-il, existe toujours à l'état latent dans Ja Couronne, et les Gouverneurs Coloniaux peuvent être appelés à l'exercer. Sir Michael H. Beach déclare hors de doute la faculté des Gouverneurs d'en user."
Todd va plus loin : il impose aux Gouverneurs l'obligation et le devoir de destituer les ministres, si leur politique est nuisible à l'intérêt public, ou si, dans leurs rapports officiels ensemble, il règne si peu d'entente et d'harmonie que le bien de l'Etat en souffre.
Mais, avant d'en venir à cette extrémité, ils doivent s'assurer de pouvoir les remplacer par d'autres ministres appuyés par le peuple et les chambres, qui veuillent bien se charger de la responsabilité encourue par le changement de ministère. Au moyen d'une dissolution de la Chambre qui s'ensuit, le corps électoral est alors appelé à se prononcer, comme c'est le cas, dit-il, dans
l'affaire Letellier, où M. Joly, qu'il a appelé, a reçu l'approbation de la province de Québec, et est devenu, par la Constitution, le chef responsable du renvoi du ministère.
Todd fait une autre remarque importante : c'est qu'invariablement les divers votes donnés sur cet acte étaient des votes tranchés de parti. Ce qui l'oblige encore, ditil, à se prononcer contre la procédure adoptée en ce cas, et enlève à cette procédure tout son poids et sa valeur comme précédent pour l'avenir.
Au sujet de l'accusation de partialité portée par Sir John A. Macdonald dans son mémoire contre M. Letellier, il observe, avec raison, que si c'était là l'accusation à porter contre lui, pourquoi ne pas l'avoir formulée distinctement, et baser sa destitution sur la preuve du fait, qui, s'il existait, eût été facile cà prouver. Loin de là, l'arrêté du Conseil est aussi vague et indéfini que les résolutions elles-mêmes, et se réduit au simple énoncé "qu'aux yeux des amis politiques des ministres " déchus et de leurs alliés du jour, l'utilité du Lii " nant-Gouverneur avait cessé ! ! "
Il est contraire, ajoute-t-il, aux principes les plus élémentaires de la justice et à l'usage en Parlement^ de prêter l'oreille à aucune plainte récriminatoire contre qui que ce soit, sans qu'elle soit nettement expos
ulin que, si le sujet de cette plainte est prouvé, il pu
montrer à sa face un motif suffisant pour appuyer une condamnation.
A part ces diverses considérations, et laissant de côté, pour le moment, le plus ou moins de reproches qu'on a adressés à M. Letellier, il examine le cas sous un autre point de vue ; c'est à savoir si en soi l'acte de M. Letellier était tellement dépourvu de sagesse et si peu nécessité par les circonstances, qu'il justifiât l'intervention du pouvoir fédéral.
Il est clair, dit-il, que si les règles parlementaires l'eussent permis, la majorité, lors du vote du 1-4 avril 1878, n'aurait pas manqué d'affirmer, à l'encontre de la proposition de Sir John Macdonald, le principe indéniable que le gouvernement fédéral ne doit pas intervenir dans les affaires du domaine provincial, principe qu'aucun homme d'Etat en chambre n'eût osé répudier.
Au Sénat, où une semblable entrave ne pouvait être mise, la minorité, ne pouvant faire rejeter la motion, parvint du moins à affirmer ce principe, comme nous l'avons vu par l'amendement proposé par M. Haythorne.
Todd approuve cette conduite de la minorité. 11 la trouve conséquente et de saine politique.
Elle ne méconnaît pas la convenance qu'il peut y avoir, de la part du Secrétaire d'Etat d'Ottawa, de faire, dans un cas particulier, une remontrance opportune aux lieutenants-gouverneurs, pour leur conseiller la prudence et la discrétion ; mais elle réprouve toute i;
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rence coercitive dans les attributions qui sont exclusivement du domaine du pouvoir local.
Il remarque de plus que, en supposant bien fondée la plainte contre M. Letellier, l'Assemblée Législative de Québec offrait un recours immédiat pour y faire droit. L'administration de M. Joly était là pour y répondre ; et si cette administration eût été forcée de i gner le pouvoir, soit sur le vote populaire, soit sur celui de l'Assemblée, le Lieutenant-Gouverneur aurait été obligé de rappeler ses anciens ministres, et le gouvernement constitutionnel aurait suivi sa marche normale et régulière.
Sur le tout, il conclut que la révocation d'un Lieutenant-Gouverneur ne doit avoir lieu que dans des cas extrêmes, en dehors de toutes considérations des partis ou de leurs tendances politiques; qu'elle doit être fondée sur des causes claires et non équivoques, dont le poids soit suffisant pour attirer l'approbation calme et réfléchie de tous les partis, soit en parlement, soit daus le pays.
Ces observations de M. Tood sont sages et judicieuses; elles découlent des sources mêmes de notre constitution. Elles peuvent être étudiées avec profit, et nous en recommandons la lecture, l'analyse succincte que nous venons d'en donner étant nécessairement incomplète.
M. J.-E. Collins, dans l'ouvrage que nous avons déjà
cité, a écrit une relation de l'affaire Letellier. Ses appn'dations sont plutôt des sarcasmes contre les deux partis que le jugement d'un observateur éclairé. Tantôt il penche du côté de M. Letellier, tantôt il donne raison à ses adversaires, et il se moque de l'opinion de M. Todd.
Suivant M. Collins, la cause de M. Letellier était avariée, et la défense de ses anciens ministres ne valait pas mieux. D'un côté M. Letellier, dit-il, avait le droit et de bonnes raisons pour congédier ses ministres ; de l'autre ses ministres devaient être meilleurs juges que lui des intérêts de leur Province. Enfin, il conclut que M. Letellier est tombé victime d'un accident, et que la seule conclusion à tirer de sa destitution, est que Migld is R'njht, c'est-à-dire, que la force prime le droit.
On doit remarquer que les vues de M. Todd sont conformes aux opinions émises par le Secrétaire des Colonies dans la dépêche déjà citée.
Le sens et la portée diplomatique de cette dépêche, rédigée avec une extrême réserve et une grande circonspection, ne sauraient échapper à aucun esprit droit et attentif. On ne ne peut inviter en termes plus conciliants les ministres à revenir sur une démarche dont ceux-ci demandent l'approbation, que l'a viseur pris pour arbitre s'abstient de donner. L'intimation de commencer de nouveau la considération de toute l'affaire était en elle-même une désapprobation. Toutes les pré-
cautions oratoires sont prises afin de faire envisager la cause sous un point de vue différent de celui des ministres, dans l'espérance de les faire revenir sur leurs pas.
La bonne foi du gouvernement fédéral, qui s'était soumis à un arbitre aussi impartial, était engagée à se soumettre à l'esprit de la sentence qu'il avait provoquée ; car il est évident que le but du gouvernement Impérial était d'apaiser la difficulté au lieu de l'aggraver, et d'empêcher la destitution.
Nous avons lieu de croire que le point de vue sous lequel on a réussi à faire envisager la question au Bureau Colonial, de manière à l'empêcher de donner carrément une décision demandée par tous les partis, était que la révocation de M. Letellier était devenue nécessaire pour le bon fonctionnement du gouvernement fédéral ou local du Canada.
Au fonds, il y avait plus que de l'exagération dans cette crainte anticipée. En essayant d'effrayer le gouvernement Impérial par an danger imaginaire, les conservateurs cachaient leui motif réel, qui était de saisir le pouvoir à Québec.
Il n'y avait pas de crainte que M. Letellier, dont le gouvernement fonctionnait paisiblement depuis dix-huit mois, en troublât la paix et l'harmonie. Au reste, si M. Letellier était incapable de remplir ses devoirs comme Lieutenant-Gouverneur avec avantage pour
l'intérêt publie, comment expliquer le fait qu'il ait été manifestement et courageusement soutenu par le Gouverneur-Général ?
L'autorité et l'impartialité de celui-ci exonèrent son subalterne de toute idée d'insubordination envers le gouvernement fédéral.
Nous croyons qu'il serait avantageux pour les différentes provinces du Dominion, de voir reviser, par une chambre nouvelle et impartiale, toute cette affaire Letellier, en suivant la suggestion du ministre des Colonies. Cette revision, faite en dehors de tout esprit de parti, réglerait définitivement, pour l'avenir, la valeur du précédent posé devant le pays.
Passons à la dernière phase de cette affaire, qui revint devant le Parlement fédéral le 27 avril 1880, après que le ministère lui eut soumis la cause de la révocation du Lieutenant-Gouverneur.
M. Mackenzie fit une motion, en amendement à celle pour former la Chambre en comité des subsides, par laquelle, après avoir relaté les faits se rattachant à la destitution, il censurait l'avis donné par le ministère au Gouverneur-Général, de renvoyer la question au Cabinet Anglais. Il employa les mêmes termes dont M. Mousseau s'était servi dans sa motion pour atteindre le même but l'année précédente. Mais les conservateurs, satisfaits du résultat qu'ils avaient obtenu, rejetèrent l'amendement de M. Mackenzie, par un vote de 119
contre 49, lequel était encore strictement un vote de parti.
Ce fut la dernière fois que l'affaire Letellier vint devant le Parlement Fédéral.
Nous ne saurions mieux clore ce chapitre qu'en citant le passage suivant du journal La Concorde, en date du 31 janvier 1881 :
" M. Letellier a eu pour le justifier :
" La Constitution,
" Les précédents,
" Le peuple de la Province,
" Le Parlement fédéral,
" La Législature provinciale,
" Les autorités constitutionnelles,
" Des écrivains conservateurs,
" Sir Francis Hincks, ancien ministre conservateur et Gouverneur aux Barbades,
" Son Excellence le Marquis de Lorne, *
* On s'est souvent demandé si le Marquis de Lorne a été à même de connaître l'opinion de son prédécesseur, Lord Duffenn, sur l'affaire Letellier, et quelle étail cette opinion. Dans leur position respec ii est très présumable qu'ils ont dû échanger 1 nra vues à ce sujet 11 est certain que l'acte du 2 mars causa une grande surprise à Lord Dufierin. l'eu après, à Ridean-Hall, Lord Dufierin prit à l'écart. . diuer, un député aux Communes, qu'on lui avait in liqué c mine étant au courant, si quelqu'un pouvait l'être, «le la démarche que M. Letellier s'était décidé de prendre. Il voulait avoir (les détails sur le renvoi du
ministère de Boucherville, et surtout désirait savoir si M. Letellier avait consulté quelqu'un à ce sujet. Mais ce député n'en connaissait absolument rien, pas plus que les autres.
Après les explications de M. Letellier. Lord Dufierin en parut l'ait, et le fait que M. Letellier est demeuré en charge sous lui, jusqu'après son départ, n'a pas besoin de commentaire.
" Le gouvernement conservateur anglais, parlant par " l'organe de Sir Michael Hicks Beacli. "
Nous pourrions y ajouter une autre autorité, d'un poids à l'emporter, si la discrétion ne nous obligeait à la taire.
Nous dirons de plus qu'il a trouvé un ministre pour le justifier, en assumant toute la responsabilité de son acte, et qu'en nommant l'honorable M. Joly comme ce ministre, ce n'est pas ajouter peu à la justification de M. Letellier.
" Tout a été pour M. Letellier, excepté la passion politique."
Sa destitution, disons-le, a été le résultat d'un accident dû à l'ascendant d'un parti sur l'autre dans un temps donné.