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aux nombreux symboles qui formaient le langage mystique des premiers chrétiens.
D'abord retenez bien que c'est Jésus-Christ qpi est l'alpha et l'oméga de cet idiome emblématique ; il en est l'âme, la vie, l'unique pensée ; tout Tient de lui, tout retourne à lui. Il est connu aux catacombes sous les noms de : Espérance, Voie, Vie, Salut, Raison, Sagesse, Lumière, Juge, Porte, Géant, Roi, Perle, Prophète, Prêtre, Messie, Maître, Époux, Médiateur, Verge, Colonne, Main, Rocher, Fils, Emmanuel, Vigne, Pasteur, Brebis, Paix, Racine, Cep, Olivier, Fontaine, Mur, Agneau, Veau, Lion, Propitiateur, Verbe, Homme, Filet, Pierre, Maison.
« Tous ces noms, dit le saint pape Damase, se rapportent au « Christ Jésus. » Le poëte-pontife a réuni toutes ces figures symboliques dans les sept vers latins qui suivent :
« Spes, via, vita, salus, ratio, sapientia, lumen,
« Judex, porta, gigas, rex, gemma, propheta, sacerdos,
« Messias, Zeboot, Rabbi, sponsus, mediator,
« Virga, columna, manus, petra, ûlius, Emraanuelque,
« Vinea, pastor, ovis, pax, radix, vitis, oliva,
« Fons, paries, agnus, vitulus, leo, propitiator,
« Verbum, homo, rele, lapis, domus, omniaChristus Jésus (1). »
Tout en représentant les principaux dogmes de leur foi, ces mots mystérieux révélaient les sentiments intimes des chrétiens de la primitive Eglise. Dans son Evangile, le Fils de l'Homme s'était servi de paraboles ; ses disciples persécutés se servaient d'emblèmes, pour expliquer les croyances de ce même Evangile. Us les ciselaient, ils les gravaient, ils les peignaient sur le marbre, la pierre et la pouzzolane de leur retraites souterraines. C'était pour eux une langue muette, incomprise de leurs bourreaux, qui, par conséquent, ne pouvaient point la profaner.
Le premier de tous ces signes sacrés est le monogramme du
(i) Biblioth. vet. PP., carm. xu, t. VIII. .
Christ, qui se compose des deux premières lettres du mot grée XPI2T02 (Christ) . Ces deux lettres sont entrelacées ; le P occupe le milieu du X, qui prend la forme d'une croix grecque» vers le milieu du quatrième siècle. 11 appartenait seul à l'art chrétien de trouver le secret de représenter dans un même signe et la Croix qui sauva le monde et le nom de l'auguste Victime qui y fut clouée par le marteau des Juifs. Le monogramme du Christ remonte aux temps apostoliques ; on le retrouve des millions de fois dans les catacombes. Il orne et consacre les fresques, les coupes, les inscriptions, les lampes et les bas-reliefs. Les chrétiens avaient besoin de voir et de baiser souvent ce nom adorable qui faisait leur force et leur plus douce consolation. Tertullien nous dit que les fidèles de cette époque ne faisaient pas la moindre action sans imprimer sur leur front ce signe trois fois saint, sans prononcer ce nom puissant devant lequel tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers (1). Aussi Constantin le fit-il graver sur tous les principaux monuments de Rome devenue chrétienne. Ses successeurs imitèrent son exemple, et presque toutes les médailles de ' ce temps nous montrent à leur revers le monogramme du Christ vainqueur.
L'A et VQ se voient assez fréquemment dans les peintures et les inscriptions des catacombes. Vous savez, Edouard, que Jésus- Christ lui-même, dans l'Apocalypse, se donne le nom d'alpha et d'oméga, de principe et de fin ; il était donc tout naturel à nos pères de diviniser ces deux lettres, en les prenant pour l'un des symboles qui lçur représentait le nom du Fils de Dieu.
Le poisson, en grec IX0Y2, était encore un des emblèmes du nom divin, et l'un des plus significatifs, des plus ingénieux, puisqu'il a le bonheur de représenter tout à la fois et le Christ et les chrétiens. C'est l'enfer lui-même qui, par la bouche de la sibylle d'Erythrée, dont les oracles retentissaient dans tout l'Orient et
(1) Tertullien, De Coron.- milit., c. m.
l'Occident, nous a révélé cet admirable symbole. En effet, si Ton réunit les lettres initiales des vers acrostiches de la sibylle, on obtient le nom et la qualité du Fils de Dieu, puis le mot grec ixerz, poisson.
I naouc JeSUS Jésus
X pt(iro;, Christus, Christ,
e eou Dei de Dieu
rîoç, Filius, Fils,
2 «TTip. Salvator. Sauveur.
Saint Augustin et les autres Pères de l'Eglise parlent de cette heureuse rencontre de lettres qui, dans le mot fyftk, nous donne les initiales du nom et de la dignité du Fils de Dieu.
ce Le nom du poisson, en grec, disent-ils, tous présente, en un « seul mot et par chaque lettre, une foule de saints noms ; car « tyôuç, veut dire en latin : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauce veur (1). »
Jésus-Christ avait fait saint Pierre et ses Apôtres pêcheurs d'hommes : les premiers chrétiens pouvaient donc, avec raison, se désigner sous le nom de petits poissons, pisciculi; « car, de même, dit Terlullien, que' les poissons ne peuvent « vivre hors de Peau, de même nous ne pouvons vivre de « la vie de la grâce et nous sauver qu'en demeurant dans « les ondes du baptême, où nous avons reçu la vie par Jésus- « Christ (2). »
ce Si vous voulez avoir des signes qui vous rappellent et votre a origine et les devoirs que vous devez remplir, ajoute Clément
(1) « Cujus piscis nomen, secundum appellationem grsecam, in uno no- « mine per singulas litteras turbam sanctorum nominum continet, fctôc» « quod est latine Jésus Christus, Dei Filius, Salvator. » (Opt. Milev., lib. Contra Parmen., p. 62.)
(2) « Sed nos pisciculi secundum tx6uv nostrum Jesum Christum in aqua « nascimur, nec aliter qriam in aqua permanendo salvi sumus. p (Terlullien, De Baptismo, c. i, p. 224.)
« d'Alexandrie, portez avec tous l'image d'un poisson, d'une co- <c lombe, d'un navire, d'une lyre ou d'une ancre (1). »
C'est du mot latin pi* et 5, poisson, et toujours à cause du sens mystérieux qui y était attaché» qu'est venu le nom de piscine, qui sert à désigner l'endroit où l'on verse l'eau baptismale après l'administration du sacrement (2) .
Le poisson était encore, pour les chrétiens, l'emblème de l'innocence ; du reste, en cela, ils ne faisaient que suivre une ancienne idée, répandue et consacrée, pour ainsi dire, par la philosophie de Pythagore. Ce savant prétendait que le poisson était l'emblème de l'innocence, parce qu'il n'a pas de voix pour se défendre et qu'il ne sort jamais de son élément pour attaquer les autres créatures (3). De là venait la défense faite aux partisans du système absurde de la métempsycose de manger du poisson, de peur d'affliger des âmes justes (4).
Les Chrétiens ajoutaient au mot ty 6 ** la lettre N, initiale du mot grec Ne*a, qui remporte la victoire ; ce qui faisait piscis t?t'ncit, le poisson vainqueur.
Boldetti cite une inscription trouvée par lui dans les catacombes de Sainte-Cyriaque, et qui présente en lettres acrostiches les mots grecs fy^ vtx ?- La voici :
(i) « Sint vobis signacula, columba, piscis, vel navis quae céleri cursu à « vento fertur ; vel lyra rausica, qua usus est Polycrates ; vel anchora, « quam insculpebat Seleucus ; et si sit piscans aliquis, meminerU Apostoli « et puerorura qui ex aqua extrahuntur.» (Clem. AlexancL, Pœdag., lib. V,
c. II.)
(2) Hic est piscis qui in baptismate per invocationem fontalibus undis inserilur, ut quae aqua fuerat ; a pisce etiam piscina vocitetur. (Opt. Milev., lib. Contra Parmen.)
(3) Pierius, Hiéroglyphe c. xm. }> . (4) L'abbé Gaume, Les trois Rome, t, III, p. 409.
1 POSTVMIVS EYTHERION. F1DBLIS. QYI GRATIA
X 8ANGTA CONSBCYTVS PRIDIE N AT ALI SVO 8EROT1NA.
B HORA BEDDIT DEB1TVM VITE 8VE QYI VI XI T.
T AHNIS SEX ET DEPOSITYS. QYINTO IDYS JYL1AS DIE
2 JOVIS QVO ET NATYS EST CYJY8 AN1MMA.
N CVM SANGTOS IIS PAGE FILIO BENEMERENTI
POSTVMl FELIGISSIMYS ET LYTKE NIA ET FESTA AYIA IPSE1YS (1).
« Postumius Euthérion, fidèle, qui, ayant reçu la sainte grâce, la veille du jour anniversaire de sa naissance, sur le soir, rendit le dépôt de sa vie-, il vécut six ans, et fut déposé le cinq des ides de juillet, le jeudi, jour où il était né; son âme est avec les saints dans la paix; à leur fils bien méritant Postumius Félicissime et Lutkenia, et Festa, son aïeule, »
Parmi tous les poissons, le dauphin est celui qui se rencontre le plus souvent sur les pierres tumulaires, les peintures et les lampes des catacombes. La tendresse de cet animal pour ses petits, son agilité et son calme durant les tempêtes, lui ont sans doute valu ce privilège. Du reste, le dauphin, plus tard et pour une raison toute différente, a obtenu les honneurs les plus grands dans le palais des rois ; il a longtemps brillé sur l'écu fleurdelisé des fils de France, et a donné, durant plusieurs siècles, son nom à l'héritier présomptif de la couronne de saint Louis.
Passons maintenant, mon cher Edouard, aux autres emblèmes qui rappelaient Jésus -Christ au souvenir de nos pères.
Voici un berger qui porte une brebis sur ses épaules. C'est le bon Pasteur, c'est notre divin Sauveur lui-même, qui ramène au bercail l'agneau qui s'est perdu. Il se donne le nom de Pasteur dans l'Evangile. « Je suis le bon Pasteur, dit-il ; le bon Pasteur ce donne sa vie pour ses brebis.... Je connais mes brebis, et mes
(1) Boldetti, lib. I, c. xiv, p. 58.
« brebis me connaissent (1). » Assurément les chrétiens de la primitive Eglise ne pouvaient pas choisir un plus beau type que celui-ci, pour réveiller en eux le souvenir de la tendresse d'un Dieu, mort victime de son amour. Je possède un anneau de bronze dont le chaton, en cornaline, représente un berger agenouillé devant le monogramme du Christ et portant un agneau sur ses épaules. Cette pierre est antique et doit remonter aux premiers siècles de l'Eglise. Je vous la destine, Edouard ; elle sera pour vous et une relique des saints martyrs dans le tombeau desquels elle a été trouvée, et un gage de l'affection sincère que je vous porte (2).
Le cep de vigne, chargé de grappes, se retrouve aussi dans la Rome souterraine, avec la gerbe d'épis de blé et le pain marqué (panisdecussatus). C'étaient des emblèmes chers aux fidèles, parce qu'ils leur rappelaient le grand mystère d'amour que ne pouvait percer l'œil profane des païens. Jésus-Christ avait dit : Je suis la vigne , vous êtes les branches. Je suis le pain vivant descendu du ciel. Et ses disciples qui, chaque jour, buvaient, dans la coupe du salut, ce vin mystérieux qui fait germer les vierges; qui, chaque jour, mangeaient ce froment des élus qui donne la vie éternelle, avaient tracé sur leurs monuments le cep et la gerbe emblématiques, avec cette espèce de gâteau plat que les Romains appelaient placenta, et qui leur servait, à eux chrétiens, pour l'oblation du sacrifice.
Oh ! quelle émotion profonde n'ai-je pas éprouvée en revoyant dans les catacombes ces doux symboles eucharistiques, si précieux aux cœurs aimants ! Il me semblait que je revenais aux jours fortunés de ma première enfance, à ces jours où je me pré-
(1) « Ego su m Pastor bonus. Bonus Pastor animam suam dat pro ovibus « suis... Ego cognosco meas, et cognoscunt me meae. » (Joan., c. 40.)
(2) J'ai en ma possession trois autres anneaux antiques et chrétiens : l'un en argent avec l'agneau ; les deux autres en bronze avec la croix et la palme.
parais au banquet de l'amour divin, à la réception du corps de Jésus-Christ, caché sous l'apparence du pain. J'en retrouvais toute la foi pure et naïve, toute la piété ardente, en présence de ces signes augustes qui avaient excité la dévotion des martyrs. Oui, Edouard, il y a dans le catholicisme un dogme générateur qui le fera survivre à toutes les autres religions. Malheur à celui qui ne mange pas souvent le pain descendu des cieux, parce qu'il mourra éternellement !