RVFFINVS ET CHRISTI MARTYRES CL. MARTYRES CHRISTI
a Ruffin et les martyrs du Christ, cent cinquante martyrs du Christ. »
Enfin, la dernière présente une longue palme.
HIC GORDIANVS GALLIJE NVNCIVS JVGV
LATVS PRO FIDE GVM FAMILIA TOTA
QVIESGVNT IN PACE
THEOPHILA ANCILLA FEGIT.
< Ici Gordien, nonce de la Gaule, égorgé pour la foi avec toute sa famille : ils reposent en paix. Théophila, leur servante, a fait cette tombe, »
Cette servante qui fait à ses maîtres égorgés l'aumône d'un tombeau, quel exemple touchant de piété, de dévouement domestique !
Pauvre Théophila, que tu trouverais peu d'imitateurs dans le siècle où nous vivons !
Les gloires du palmier sont consignées dans nos livres saints. Cet arbre rappelait aux chrétiens les anciens patriarches , Moïse au bord du Nil, la fuite du Sauveur en Egypte, et son entrée triomphante à Jérusalem, quatre jours avant la sanglante journée du Calvaire.
Le laurier fournit des couronnes aux tombeaux. Des inscriptions entières sont même quelquefois renfermées dans ces couronnes. Si les anciens trouvaient que le laurier allait bien au front des guerriers, pourquoi les chrétiens ne Fauraient-ils pas placé sur le loculus des martyrs, ces admirables soldats du Christ?
Enfin, pour achever la nomenclature des signes sacrés dont nos pères ont couvert les catacombes, nous nommerons Y Ancre et le Chandelier aux sept branches. La première est un emblème de force et d'espérance, et le second représente les sept esprits qui émanent du Verbe, les sept sources de la grâce que nous appelons sacrements.
MARTYR
Dans ce berceau d'argile, où tu nas plus de langes, Sommeille, ô mon enfant, réchauffé par les Anges!
Te voilà donc, mon fils, toi, mon plus tendre agneau, Te voilà donc couché dans le sombre tombeau ! Tes grands yeux, pour toujours fermés à nos lumières, Ont caché leur azur sous leurs froides paupières;
Ils sont ternes, sans feu, sans regard, à présent, Eux qui s'ouvraient, encore hier, si bellement. Tes deux lèvres, hélas! si mignonnes, si roses, Désormais, cher amour, à ma voix seront closes! Mon doux chant jusqu'à toi vainement parviendra; Quand je t'appellerai l'écho seul répondra !
Dans ce berceau d'argile, où tu n'as plus de langes, Sommeille, ô mon enfant, réchauffé par les Anges!
Au fond du lit glacé que lui prête la mort
Je ne puis réveiller le chérubin qui dort;
Et pourtant c'est mon fils ! Reine affreuse et cruelle,
Toi qui n'as point de lait dans ta sèche mamelle,
Comment nourriras-tu l'enfant que tu m'as pris?
De se voir en tes mains qu'il doit être surpris,
Pauvre petit enfant, si délicat, si tendre !
Marâtre, aux doigts osseux, tu devrais me le rendre,
A moi qui l'aime tant, à moi qui, chaque jour,
Lui prodiguais mes soins, mes baisers, mon amour !
Dans ce berceau d'argile, où tu n'as plus de langes, Sommeille, ô mon enfant, réchauffé par les Anges !
Que dis-je? La douleur égare mon esprit. \ Si tu dors au tombeau, c'est que Dieu te chérit; En pleurant ton destin contre lui je murmure, Je laisse sur la foi dominer la nature.
J'oubliais, ô mon fils, j'oubliais ton bonheur ! En te prenant, la mort t'a remis au Seigneur ; Tu règnes avec lui dans les célestes sphères. Je suis, en te plaignant, la plus folle des mères, Puisque, parmi les saints, Dieu t'a rangé martyr; Puisque c'est pour les cieux que je t'ai vu partir.
Dans ce berceau d'argile, où tu n'as plus de langes, Sommeille, ô mon enfant, réchauffé par les Anges 1
Sur ton muet tombeau loin de verser des pleurs,
Ah ! je devrais répandre, à pleines mains, des fleurs,
Le couvrir des parfums, des baisers de la joie !
Non, mon fils, de la mort ton corps n'est point la proie :
Sa faux, en te frappant, t'a tranché pour le ciel.
Moins le lis est ouvert et plus il a de miel ;
Ce sont les frais boutons que le Seigneur envie.
Quand on meurt au berceau, Ton ne perd pas la vie.
Le glaive du tyran, qui moissonna tes jours,
Ta couronné de gloire et d'honneur pour toujours!
Dans ce berceau d'argile, où tu n'as plus de langes, Sommeille, 6 mon enfant, réchauffé par les Anges !
Ravi, dès le matin, par un sanglant trépas, mon fils, tes pieds blancs ne se souilleront pas A notre terre impure, à notre fange immonde.
Tu n'eus peut-être rien rencontré dans ce monde, Rien, sinon les sentiers de l'amère douleur ! Tout homme n'est-il pas l'esclave du malheur? Tes yeux, en se fermant à notre pâle aurore, En ont trouvé, là-haut, une plus belle encore. De nectar parfumé le bon Dieu te nourrit ; Sa mère, comme moi, t'embrasse et te sourit !
Dans ce berceau d'argile, où tu n'as plus de langes, Sommeille, ô mon enfant, réchauffé par les Anges !
Les bourreaux pour du lait t'ont fait boire du sang, Voilà pourquoi les saints t'ont reçu dans leur rang. Ta mère de ta gloire, enfant, n'est pas jalouse. Du grand Dieu des martyrs n'est-elle point l'épouse? Ne dois-je pas bientôt t' aller rejoindre aux cieux? Sois heureux, ô mon fils, loin de moi, sois heureux! Je viendrai, tous les jours, chanter près de ta couche ; Contre ton froid tombeau je collerai ma bouche;
LETTRE HUITIÈME SUR LES CATACOMBES ROMAINES. 89 Je te dirai des mots que toi seul entendras, Et des palais divins, oh ! tu me répondras !
Dans ce berceau d'argile, où tu n'as plus de langes, Sommeille, ô mon enfant, réchauffé par les Anges !