‹ Letters à Édouard sur les catacombes romainesChapitre 29 sur 85 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

floaunAiRE.

Les catacombes n'ont jamais reçu d'autres tombeaux que des tombeaux chrétiens. — Les auteurs païens ne mentionnent pas les catacombes parmi leurs lieux de sépulture. — Martyrs, confesseurs et tous les chrétiens de la primitive Église ont été inhumés dans les catacombes. — Rude labeur des fossoyeurs pour creuser tant de loculi. — Une première visite dans les catacombes.

Rome, le 20 janvier 1851.

Nous avons vu que les catacombes étaient de vastes cimetières souterrains, d'immenses dortoirs dans lesquels les martyrs et les fidèles de la primitive Eglise reposaient en attendant le grand jour de la résurrection générale. Maintenant il s'agit de savoir si les chrétiens seuls y ont reçu la sépulture j ou bien s'ils ont partagé avec les païens de Rome les innombrables galeries de leur nécropole, ainsi que Font prétendu quelques vieux protestants français, anglais et allemands.

La question est facile à résoudre. D'abord , nul historien de l'époque dont il s'agit ne parle des catacombes comme lieux de sépulture. Je vous l'ai dit, cher Edouard, et vous le saviez aussi bien que moi, les Romains n'inhumaient point leurs morts, ils les brûlaient. Des urnes de matière et de dimension différentes, selon le rang et la richesse des défunts, recevaient leurs cendres, et étaient ensuite déposées dans un mausolée ou dans un colura-

baire. Les voies Appienne, Aurélienne, Flaminienne, Tiburtine, Salara, Prénestine, Lavicane et Latine étaient bordées d'une foule de somptueux tombeaux, en forme de pyramides ou de tours, ombragés par des bouquets de cyprès et de chênes verts, sous le feuillage desquels se célébraient les repas funèbres. Quant aux esclaves, à la misérable plèbe, le pourrissoir public dévorait leurs cadavres. Il y a loin assurément de cet ignoble mode d'inhumation au religieux respect avec lequel les chrétiens portaient leurs morts dans les loculi des catacombes. Les puticoli des champs Esquilins et les fosses communes, dans lesquels étaient jetés pêle-mêle des cadavres d'hommes et d'animaux, ne doivent donc pas être pris pour cette grande et superbe ville souterraine dont nos pères avaient fait le dortoir, l'assemblée, le rendez-vous des saints et des martyrs. Ce serait folie que d'oser soutenir une assertion aussi absurde. D'ailleurs, aucun document historique n'indique même que les arènes et les latomies païennes aient jamais servi aux sépultures. Si les Romains eussent enterré leurs morts dans les catacombes, comment expliquer le silence absolu que toute l'antiquité a gardé sur ce genre de cimetières qui pourtant aurait été un des faits les plus remarquables dans l'histoire des sépultures romaines?

<c Jalouse de posséder tous les genres de grandeurs, dit « M. l'abbé Gerbet, dans son Esquisse de Rome chrétienne, « Rome alors eût pu se glorifier d'avoir, comme les villes de « l'Egypte, sa cité souterraine. Il serait moralement impossible « que ces cimetières n'eussent pas laissé le plus vague souvenir « dans les traditions populaires ; qu'aucun historien, orateur ou « poète n'eût jamais fait la plus petite allusion à cette nécropole « antique; qu'elle eût été complètement oubliée par ceux mêmes « qui nous ont transmis des renseignements d'un moindre inté- « rêt, non pas seulement sur les usages qui existaient de leur ce temps, mais sur les vieilles coutumes romaines relatives aux « sépultures. En outre, les édiles, les quadrumvirs, chargés de

« l'administration matérielle, eussent dû s'occuper des cimea tières souterrains.

« 11 eût fallu veiller aux précautions à prendre contre les ébou- « lements : des excavations, imprudemment faites, eussent pu « compromettre la sûreté des voies publiques et des parties de la a campagne romaine sous lesquelles ces souterrains étaient creu- « ses. Ces graves raisons, jointes au respect des Romains pour oc les tombeaux» eussent fait ranger la police de ces lieux parmi « les attributions les plus importantes des édiles. Nous y voyons a figurer les édifices, les eaux, les routes, les èyouts ; jamais les « catacombes (1). »

Il reste donc bien établi que, malgré les rares inscriptions opistograpbes qui se rencontrent dans les catacombes, jamais ces vastes cimetières n'ont reçu un seul cadavre de païen, et que par conséquent ils ne renferment que des ossements chrétiens, comme en font foi les inscriptions et la langue hiéroglyphique que nous avons essayé de balbutier.

Yous me demanderez peut-être, mon cher Edouard, si tous les chrétiens de Rome étaient inhumés dans les catacombes. Je vous répondrai que c est l'opinion la plus probable, puisque nous y retrouvons des loculi de toutes les grandeurs, renfermant depuis l'enfant nouveau-né jusqu'au vieillard octogénaire ; puisque la plupart de ces tombeaux, ne portant pas les signes du martyre, indiquent clairement que leurs muets habitants n'ont point succombé aux coups d'une mort violente, mais se sont endormis paisiblement du sommeil des justes. Où nos pères auraient-ils porté les corps de leurs épouses, de leurs enfants, de leurs frères, de leurs sœurs, de leurs amis, si les catacombes n'eussent été destinées qu'aux martyrs? N'était-ce pas près des ossements sacrés des témoins du Christ qu'ils devaient le mieux reposer? Pontifes, prêtres, vierges, confesseurs de tous les âges et de tous les sexes

(1) Esquisse de Rome chrétienne, p. 153.

devaient ambitionner un si glorieux voisinage et marquer d'avance le loculus où leurs os iraient dormir jusqu'au jour suprême du réveil universel. Cette fosse oblongue et étroite, creusée dans un mur de pouzzolane et semblable à un tiroir du secrétaire de la mort, ne devait-elle pas être mille fois plus précieuse à leurs yeux que le mausolée d'Auguste, la pyramide de Se dus ou le môle d'Adrien? Leur place avait été préparée dans la paix (1) : pourquoi n'en eussent-ils pas pris possession ?

Rome, alors, comptait plusieurs millions d'habitants ; et les chrétiens remplissaient le sénat, l'armée, la ville et jusqu'au palais des Césars, ne laissant de vides que les temples. 11 fallait donc que la terre dilatât ses entrailles pour recevoir, outre les martyrs, les nombreux fidèles endormis dans la paix du Seigneur. Aussi, voyez avec quelle ardeur les fossoyeurs travaillent. Ils creusent, ils creusent, jour et nuit. Mais que font-ils des déblais provenant de l'ouverture des galeries nouvelles? Ils en couvrent les champs voisins, à la faveur des ténèbres de la nuit ; ou bien, s'ils redoutent l'œil perçant de leurs ennemis, ils en comblent les arènes et les latomies désertes, à l'entrée ou aux abords desquelles ils ont ouvert leurs cimetières. Parfois même ils sont contraints de reboucher des rues entières de la sainte nécropole, où les morts sont au grand complet : tel on referme avec soin la porte d'un grenier où Ton a entassé autant de froment qu'il en peut contenir. La nécessité, mère de l'industrie, leur fait ménager le terrain : ils ne donnent à chaque mort que ce qui lui suffit pour sommeiller en paix. Les martyrs eux-mêmes sont empilés, les uns sur les autres, comme des gerbes dans une grange remplie jusqu'aux combles. La palme, tracée sur la pierre qui clôt leur sépulcre, et le vase de sang, placé au-dessus, sont les seuls signes qui le distinguent de celui des autres chrétiens. L'avenir se chargera d'enchâsser leurs ossements dans l'or et dans la soie ; de les placer

(I) « Et factus est inpace locus ejus. » (Psalm. lxxv.)

solennellement sur les autels du Dieu pour lequel ils ont versé leur sang jusqu'à la dernière goutte, et de brûler en leur honneur l'encens bénit du sacrifice.

Maintenant y c'est le temps de l'angoisse, des larmes et de la tribulation ; l'égalité du sépulcre doit tout effacer, car la moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux et les greniers sont petits !

Courage, héroïques fossoyeurs, courage ! le labeur est rude, mais viendra aussi bientôt pour vous le jour du repos. Ce lion qui rugit dans le vivarium de l'amphithéâtre de Flavien vous attend peut-être. Qui sait si vous ne deviendrez point sa pâture sur l'arène sanglante du Cotisée? Après avoir inhumé tant de martyrs, pourquoi ne rem porteriez -vous pas aussi la palme? En attendant, écrivez votre livre immortel; tracez sur les dalles funèbres les noms de tous ces généreux enfants du Christ qui sont partis pour le ciel avant vous ; gravez la colombe mystique sur le tombeau des vierges, et la branche de laurier sur le sépulcre glorieux de ceux qui ont combattu les combats du Seigneur t

Jusqu'à présent, cher Edouard, je vous ai parlé des catacombes, considérées comme cimetières chrétiens; c'est sous ce point de vue que nous y sommes descendus, que nous en avons parcouru les innombrables galeries et que nous nous sommes arrêtés devant chaque tombeau, pour en examiner la forme, en lire l'inscription et comprendre le sens caché des emblèmes gravés sur la pierre du loculus. Dans ma prochaine lettre, je vous parlerai des catacombes, envisagées comme églises et lieux de refuge durant les temps de persécution. Mais avant de clore celle-ci, laissez-moi épancher dans votre sein d'ami toutes les douces et saintes émotions que j'ai éprouvées en parcourant, pour la première fois, cette Rome souterraine, plus auguste que la Rome impériale, et dans le labyrinthe inextricable de laquelle l'arbre du christianisme , dont l'ombrage tutélaire couvre aujourd'hui le monde entier, mit près de trois cents ans à enfoncer ses fortes

et vigoureuses racines, engraissées par le sang de deux millions et demi de martyrs.

Les premières catacombes que j'ai visitées sont celles de Sainte- Cyriaque, près la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Un frère convers, de Tordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin, nous servait de guide et nous précédait de quelques pas, une torche à la main. En mettant le pied sur le seuil de cette immense caverne sépulcrale où j'allais m'enfoncer, j'éprouvai un mouvement de crainte, occasionné par le souvenir de certaines histoires sinistres arrivées dans ces sombres lieux, et dont le récit avait effrayé mon enfance. C'étaient des gens égarés au milieu de ces souterrains funèbres, appelant vainement à leur secours, du sein des ténèbres épaisses où ils étaient plongés, et mourant de faim sur le tombeau glacé d'un martyr; c'étaient des éboulements subits, arrivant dans une galerie parcourue et qui retenaient captifs dans les entrailles de la terre, où ils trouvaient une mort affreuse, des visiteurs assez téméraires pour explorer des rues dangereuses ou trop peu connues des guides. Mais cet effroi involontaire fut bientôt dissipé par la vue des premiers tombeaux, dont la forme singulière, le grand nombre, les inscriptions et les ossements sacrés que plusieurs laissaient voir me rappelèrent que je venais d'entrer dans un des faubourgs de la vaste cité des martyrs. Mon cœur, alors, se dilata et battit avec force contre les parois de ma poitrine; je sentis une larme d'attendrissement mouiller mes paupières, et une fervente invocation à tous les saints dont les corps avaient été ensevelis en paix dans les catacombes vint aussitôt se placer sur mes lèvres. J'éprouvais une impression indéfinissable qui me faisait tout à la fois tressaillir de joie et trembler d'une crainte respectueuse. Mes genoux fléchissaient, malgré moi ; j'aurais voulu me prosterner pour baiser à loisir cette terre bénie qui but le sang de tant de martyrs, cette terre antique du christianisme qui fut, durant trois siècles, son berceau, et que nos pères foulèrent si souvent, aux jours de l'an-

goisse et de la tribulation. Je sentais qu'une vertu mystérieuse s'échappait de ces tombeaux où germait la vie, et que l'air sanctifié que je respirais embaumait mon âme. Ma torche inclinée vers ces milliers de sépulcres ouverts devant lesquels nous passions trop rapidement, je cherchais à rassasier mes yeux de tous les terribles secrets de la mort. Loin de m* effrayer, cette dissolution du corps humain me faisait envie, parce que sous cette poussière de la tombe j'entrevoyais les rayons de la splendeur éternelle. *

Edouard, que les sentiments chrétiens sont puissants et qu'ils parlent haut dans les catacombes ! C'est un bien grand trésor que la foi, et vous devez une reconnaissance sans borne à ceux qui l'ont semée dans votre cœur.

Après* avoir longtemps marché et fait de nombreux détours dans les étroites galeries qui forment les trois étages de la crypte de Sainte-Cyriaque, nous arrivâmes au cubiculum principal dans lequel les chrétiens persécutés se réunissaient par petites troupes pour assister à la célébration des saints mystères, pour rompre ensemble le pain de vie, pour se donner le baiser de paix avant de voler au martyre. En voyant le monumentum arcuatum, ou tombeau de martyr surmonté d'une voûte en maçonnerie, sur la pierre duquel les pontifes de la primitive Eglise avaient consacré le corps et le sang de Jésus-Christ, je tombai à genoux et je récitai, en collant plusieurs fois mes lèvres contre la dalle sacrée, le Pater Noster, sublime prière sortie de la bouche du Sauveur et que les voûtes des catacombes avaient entendue si souvent aux jours de la persécution. J'étais fier et heureux de pouvoir adresser à Dieu les mêmes paroles que les premiers chrétiens dans les lieux mêmes où ils avaient prié et souffert, et je n'aurais pas échangé ce trop court instant de bonheur pour tout un trésor. Si en ce moment nos flambeaux se fussent éteints, si notre guide se fût égaré , si une galerie se fût écroulée , je crois que ma frayeur n'eût pas été grande. Le contact du tombeau des martyrs m'avait

électrisé, transfiguré; je ressentais un profond dégoût ponr la vie, et j'eusse volontiers, à l'exemple des vieux chrétiens, couru au Cotisée ou au cirque de Néron pour y rencontrer aussi la dent des bêtes, parce que je comprenais que le bonheur du ciel méritait bien d'être acheté par un instant de souffrance, et qu'après tout on perdait peu de chose en quittant ce triste monde.

Lorsque nous reprîmes le chemin de la terre habitée par les vivants, mon cœur se resserra, mes pieds avaient de la peine à se détacher du sol béni qu'ils foulaient : car plus j'étais descendu dans cette mine de saints, plus mon cœur avait monté; plus je m'étais enfoncé dans les ténèbres des tombeaux, plus mes yeux avaient entrevu la douce lumière des demeures célestes !

Salut, trois fois salut, vieux temple souterrain Que n'ornent ni parvis, ni colonnes d'airain ! Des chrétiens, nos aïeux, église primitive, Toi qui parais si belle aux yeux d'une foi vive, Qui redis à nos cœurs un passé glorieux, Berceau du Vatican, antre chéri des cieux, Salut! Ah! sous ta voûte, aujourd'hui solitaire, Que j'aime à m'enfoncer, auguste sanctuaire!

Là, reposant mes pas fatigués du chemin, Assis sur une tombe, une lampe à la main, Je me plais à rêver, au milieu du silence, A retracer des jours d'amour et d'innocence, Des jours où l'on croyait jusqu'à braver la mort, Où le faible en mourant devenait le plus fort.

Le souvenir sacré de ces temps héroïques

Est doux à rappeler dans les cryptes antiques,

Ces camps secrets où tant d'intrépides soldats,

S' exerçant à la lutte, ont rêvé les combats.

C'est là, chrétien, c'est là, dans la caverne sombre,

Que tes pères proscrits priaient, noyés dans l'ombre;

C'est là qu'à deux genoux, le front sur un tombeau,

Ils songeaient à la mort que donne le bourreau;

C'est là que, par avance, ils essayaient leur force

Et savouraient le fruit, sans toucher à l'écorce;

Jamais ne faisant rien, comme nous, au hasard,

C'est là qu'ils mesuraient leur fosse du regard,

Qu'ils la tàtaient sans peur, qu'ils s'y couchaient sans crainte,

La baisant, comme Héli baisait son arche sainte!

C'est là que, de l'Agape assistant au festin,

Leurs doigts, avec respect, rompaient le pain divin ;

Que, prenant sur l'autel l'adorable calice, %

Ils buvaient tour à tour le vin du sacrifice ;

Que leur cœur, enivré du céleste aliment,

Chantait l'hymne d'amour et de remercîment!

Que ce temple, en ses murs, renferme de merveilles ! Que son profond silence est doux à mes oreilles ! Ici, point de splendeurs, point de vive clarté; Le cœur n'est pas de Dieu par le bruit écarté ; On y trouve la paix que la ferveur réclame; On y sent jusqu'au ciel monter, monter son âme. Dans cette nuit obscure un saint recueillement S'empare de l'esprit, sans qu'on sache comment; Le cœur ouvre ses yeux, l'âme ouvre sa pensée; Et, bien loin des clameurs de la foule insensée, La foi, pour vous tout seul, rallumant son flambeau, Vous montre enfin le ciel, à travers le tombeau.

ravissants transports de l'extase divine !

Je sens mon cœur bondir à rompre ma poitrine;

Je vois des saints martyrs, je vois le Dieu vengeur. Son pied rougi ressemble au pied du vendangeur ; // arrive d'Édom, au fertile rivage; Ses vêtements sont teints dans le sang du carnage; Lui-même, le premier, a foulé le pressoir Et travaillé tout seul, du matin jusqu'au soir. Il mourait de fatigue et nul ne prit sa place... Qu'il est majestueux, qu'il s'avance avec grâce, Le roi du Golgotha, le prince des guerriers Qui dans le sang divin ont trempé leurs lauriers ! Quelle auguste splendeur, quelle gloire environne Celui dont une épine à formé la couronne!

Le soleil est moins beau, son disque brille moins Que le cercle qu'il pose au front de ses témoins, Héros qui, de la croix embrassant la folie, Ont d'un seul trait vidé la coupe de la vie ; Qui, passant par le fer, par les flots et le feu, Ont répandu leurs jours pour le nom de leur Dieu. Ces martyrs, endormis au sein de la victoire, Ceignent tous à présent l'auréole de gloire.

Et, pour prix de leur sang, scellant la vérité, Ils goûteront la paix, durant l'éternité !

Oh ! cette foi que Dieu maintenant récompense,

Il la faut admirer de la caverne immense

Qu'elle creusa jadis sous le vieux sol romain,

Tenant, pour mieux la voir, son flambeau dans la main !

Du vrai Thabor c'est là que Ton gravit la cime;

C'est là que l'on comprend la charité sublime

Qui faisait dire alors aux chrétiens malheureux :

Les hommes ici-bas doivent s* aimer entre eux.

C'est là que l'espérance à nos yeux se révèle

Et que la foi lui donne une couleur nouvelle ;

Enfin c'est là, c'est là que le cœur, mis à nu,

Se réchauffe aux rayons d'un soleil inconnu ! \

Tels sont les grands pensers que toute âme croyante Trouve en l'obscur berceau de l'Église naissante.

Asile vénéré, qui s'ouvrit au malheur;

Temple, où s'en vint prier, si souvent, la douleur;

Où des premiers chrétiens se tenait l'assemblée;

crypte que le temps n'a pas encor comblée,

Que j'aime ton autel où brûla tant d'encens,

Ta voûte qui des chœurs répétait les accents,

Ta chaire où le pontife, assis aux catacombes,

Rompait le pain de vie, en regardant des tombes!

Avec tous leurs martyrs, l'un près de l'autre mis,

Tes murs noirs sont pour moi comme de vieux amis;

Je me plais à baiser, dans une sainte extase,

Et la lampe d'argile, et le précieux vase

Qui se cachent dans l'ombre, auprès d'un sable humain

Dont tout l'or ne saurait payer le moindre grain.

Antre saint, où toujours la nuit étend ses ombres, Lieu que le sol jaloux recèle en ses flancs sombres, vénérable église, ô refuge pieux, En descendant vers toi, l'on monte vers les cieux !

somaiAiiEE*

Les catacombes considérées comme églises. — Les cubicula. — Les cryptes. — Les areœ. — Les cryptes servant d'églises sont très-nombreuses dans les catacombes. — La chaire pontificale. — Les confessionnaux. — Les bénitiers. — Les transennes. — L'autel. — Raisons de l'exiguïté des églises souterraines. — L'école des catéchumènes. — Le plan primitif de nos églises modernes est celui des cryptes des catacombes. — Respect des chrétiens pour les cubicula. — Les Agapes.

Rome, le 25 janvier 1851.

Forcés de se cacher dans des cavernes obscures, dans des retraites ignorées , pour échapper aux édits sanglants de leurs persécuteurs, les chrétiens des premiers siècles trouvèrent dans les catacombes le seul abri qui pût, tout à la fois, et protéger leurs assemblées religieuses et défendre leur tête proscrite contre la rage des tyrans couronnés, aux dieux desquels ils refusaient d'offrir un encens sacrilège.

Toute religion a besoin d'un culte pour entretenir la foi et le zèle de ses fidèles ; or le christianisme, la seule vraie religion que rhomme raisonnable puisse suivre, depuis l'abolition du judaïsme, devait conserver ses autels, malgré les persécutions qui ensanglantaient son berceau. Ne pouvant donc brûler son encens au grand jour, il descendit, avec ses pontifes, dans les entrailles de la terre, et alla offrir la victime sainte sur le tombeau de ses martyrs.

En parcourant ces milliers de galeries funèbres qui forment la Rome souterraine, on trouve de distance en distance des excavations de grandeurs différentes, pratiquées dans le flanc de ces

mêmes galeries, et auxquelles on donne les noms de chambres (cubicula), de cryptes (cryplae), et de place* (areœ). C'est des cubicula dont je veux vous entretenir aujourd'hui.

Représentez-vous, cher Edouard, une petite chambre de quelques mètres de longueur, sur un nombre à peu près égal de largeur et de hauteur ; donnez à l'ensemble de cette chambre une forme tantôt circulaire, tantôt carrée, tantôt triangulaire, pentagone, hexagone, octogone; placez dans le rond-point de cette petite chapelle, si elle est demi-circulaire, ou dans sa partie la plus apparente, si elle affecte toute autre forme, un de ces tombeaux de martyr, exhaussé de quelques pieds, surmonté d'une voûte en maçonnerie, et nommé monumentum-arcuatum, ou tout simplement arcosolium; posez sur la partie supérieure de cette tombe une large pierre sur laquelle on puisse facilement célébrer les saints mystères ; rangez horizontalement dans les parois latérales deux ou trois loculi, superposés, comme dans les galeries; ornez de peintures, tirées des sujets bibliques, l'abside de ce petit sanctuaire ; donnez aux murs la teinte noirâtre de la pierre ou du tuf, sur lesquels les siècles ont mis leur sceau, et vous aurez une idée d'un cubiculum ordinaire ou cubiculum vulgare.

Quelquefois le cubiculum communique avec la surface du sol par une ouverture de largeur moyenne nommée luminarium, et destinée à donner de la lumière ; alors il prend le nom de cubiculum clarum. L'ouverture dont je viens de parler est oblique, et devait également servir, sans doute, à descendre des vivres, ou, peut-être même, des corps de martyrs, quand la crainte d'être découvert ne permettait pas de recourir aux entrées ordinaires. Une maçonnerie en pierre ou en brique soutient les parois de cette ouverture, lorsqu'elle traverse des filons de pouzzolane ou de terre végétale. Un petit mur entoure son extrémité supérieure, et empêche l'eau de s'y précipiter.

Les cubicula, sous le rapport de l'étendue, se divisent en trois classes : les petits, qui gardent le nom de cubicula; les moyens,

m LETTRE NEUVIÈME

qui prennent celui de grottes; et les grands, qui s'appellent ctapeîîes ou églises.

L'origine des premiers est due à la piété des particuliers ou des familles, dont souvent ils portent le nom. C'est pourquoi nous retrouvons fréquemment les inscriptions suivantes : cubiculum Domitiani, cubiculum Aureliœ, cubiculum Gaudentii, etc.» cubi* culum de Domitien, cubiculum d'Aurélia, cubiculum de GacN dentius, etc. Le nombre de ces petits cubicula est tel, que le père Marchi assure en avoir compté plus de soixante dans la huitième partie des catacombes de Sainte- Agnès. Ils sont presque tous semblables; mais tous n'ont pas d'arcosolium f tous ne sont pas ornés de peintures.

Les seconds et les troisièmes, beaucoup plus grands que les premiers, furent creusés aux frais de l'Eglise, afin de servir de lieux de réunion pour les fidèles durant les temps de persécution. C'était là que se tenaient les assemblées religieuses, et que se célébraient les saints mystères; aussi chacun d'eux possède-t-il un ou même plusieurs ancosolia creusés dans l'épaisseur du tuf, et dont les parties latérales, légèrement excavées, se détachent de la muraille, et forment saillie. Placée au fond de la grotte, la tombe du martyr principal était le maître-autel de cette église souterraine. Parfois on trouve des cubicula dans les cryptes, comme on trouve plusieurs chapelles dans la même église ; c'est ce qui a fait dire au père Marchi que le cubiculum est la partie et la crypte

le tout (1).

Les églises sont très-nombreuses dans les catacombes, surtout dans les cimetières de Saint-Calixte, de Saint-Prétextat, de Sainte- Agnès, de Sainte-Priscille, et de Sainte-Hélène. On rencontre dans ces églises des sièges en pierre ou en marbre blanc, avec un dossier plein et très-élevé ; ce sont des chaires pontificales. L*évêque de Rome, assis sur ces sièges vénérables, ordinairement

(\) 11 cubiculum è la parle, la cripla è il tutto (Marchi, p. 168.)

situés près de l'angle droit de l'autel, adressait l'homélie aux fidèles, ou conférait les sacrements de Tordre et de la confirmation. Dans la principale église des catacombes de Sainte-Agnès existe, derrière V autel, un presbyterium ou espace circulaire destiné au clergé. Le siège du pontife est adossé à la muraille, ayant à sa droite et à sa gauche d'autres sièges moins élevés (1). Une des cryptes de ces mêmes catacombes offre, sur ses côtés latéraux, deux sièges, taillés dans l'épaisseur du tuf, et dont il est impossible de se rendre raison, à moins de ne les reconnaître pour des confessionnaux primitifs ; car leur position indique qu'ils ne pouvaient servir ni à l'évêque ni aux autres ministres dans l'accomplissement d'une fonction qui regardait toute rassemblée.

Vous savez, Edouard, que le pénitent, dans les premiers siècles de l'Eglise, se mettait à genoux devant le prêtre, et que la confession, bien que secrète, se faisait en présence de tous les fidèles, par un double motif d'humilité et d'édification. Tertullien, dans son livre de la Pénitence, nous a laissé le cérémonial primitif de la confession auriculaire : « Nous avons une loi, dit-il, « qui humilie l'homme en l'obligeant à se prosterner et à con- « fesser ses péchés; une loi qui règle la manière de nous vêtir, « de manger, de nourrir la vertu par le jeûne, par la prière et par « les larmes ; qui nous commande de nous prosterner aux pieds « des prêtres, et de nous mettre à genoux devant les ministres les a plus agréables à Dieu (2) . »

Voyez-vous, Edouard, ce chrétien, humblement agenouillé aux pieds d'un prêtre cher à Dieu, appuyant sa figure baignée des larmes du repentir sur les genoux du ministre sacré, qui se penche ▼ers lui ayec une bonté toute paternelle pour recevoir l'aveu de ses fautes? Voilà la confession auriculaire pratiquée dans les ca-

(1) Marchi, p. 485.

(2) ltaque exomologesis prosternendi et humilificandi hominis disciplina est. De ipso quoque habitu atque victu mandat, jejuniis preces alere, lacrymari, presbyteris advolvi, et caris Dei adgeniculari. {Ub. de Peenit.)

tacombes; la voilà remontant jusqu'aux temps apostoliques ! Oh 1 que les protestants, que les impies, les mauvais chrétiens viennent donc à présent nier l'institution divine de la confession ; qu'ils viennent donc tourner en ridicule ce procès secret qui se vide à huis clos entre le juge et le coupable, devenu lui-même son propre accusateur ! On peut leur dire de descendre dans les catacombes, et d'aller voir eux-mêmes les preuves irrécusables, les preuves historiques et monumentales de ce dogme consolateur qui, traversant dix-huit siècles et demi, est arrivé jusqu'à nous, appuyé sur l'Ecriture et la tradition.

Nous venons de voir les confessionnaux, voici maintenant les bénitiers. Ils ont la même forme, ils occupent la même place que dans nos églises modernes. A quatre pieds environ au-dessus du sol, près de la, porte d'entrée, s'ouvre une petite niche dans l'épaisseur du tuf. Au milieu de cette niche se trouve un vase, ou une espèce de coquille en marbre, en terre cuite ou en verre : c'est le bénitier. Son diamètre peut avoir six pouces et sa profondeur autant. Il est fortement scellé dans la muraille, avec de la chaux qui, mélangée avec le sable fin des arenaria romains, forme un ciment indestructible.

Que de martyrs avant d'aller au supplice, que de pontifes, que de prêtres, que de saints vieillards, que de pieuses femmes, que de chastes vierges ont trempé leurs doigts dans cet humble vase, rendu, par son usage et son antiquité, mille fois plus précieux que sa matière! Combien de fronts chrétiens se sont signés avec l'eau sainte puisée dans cette piscine bénite ! Eglise de Rome, sois glorieuse de ta fidélité à garder le dépôt sacré des traditions apostoliques ; le patrimoine inaliénable des rites, des dogmes et des mystères sanctificateurs ! Lève le front haut en présence de tes ennemis ; car pour les confondre, pour convaincre leurs nouveautés de mensonge, tu n'as qu'à ouvrir les tombeaux de tes fils aînés I

Une marche de quelques pouces d'épaisseur isole ordinaire-

ment l'autel, en relevant un peu au-dessus du sol. Quelquefois on trouve en avant de Yarcosolium une espèce de balustrade en pierre , nommée les transennes et destinée à protéger l'autel contre l'envahissement de la foule.

La forme de l'autel est carrée, comme celle de presque tous les sarcophages anciens. Des bas-reliefs, distribués par compartiments et dont les sujets sont empruntés aux livres saints, ornent souvent sa base. Sa table est de marbre ou de pierre; elle servait à la célébration de l'auguste sacrifice : car l'histoire nous apprend que l'usage et la discipline de la primitive Eglise faisaient une loi aux pontifes et aux prêtres de n'offrir la victime du salut que sur la tombe des martyrs. Le poëte Prudence dit, en parlant de la pierre placée sur le tombeau de Saint-Hippolyte : a Cette « table, donatrice du sacrement, est en même temps la garce dienne fidèle du martyr qui lui est confié; elle conserve , « en attendant la venue du juge éternel, ses ossements dans le ce sépulcre , et elle nourrit les Romains d'une nourriture sa- « crée (1). » Saint Jean, dans son Apocalypse, avait vu sous f autel de la Jérusalem céleste, les âmes de ceux qui ont été mis à mort pour le Verbe de Dieu. Saint Grégoire le Grand, commentant ce passage du sublime exilé de Patmos, ajoute : « Les « âmes des justes sont placées sous l'autel avec raison, puisque « le corps du Seigneur lui-même est offert sur l'autel. Ce a n'est pas en vain que les justes demandent vengeance de leur « sang, d'un lieu où le sang de Jésus-Christ est répandu pour ce les pécheurs. 11 était donc convenable de placer la tombe des « martyrs au lieu même où l'on célèbre chaque jour la mort du « Seigneur ; de réunir les martyrs à leur chef, afin que la piété

(i) Ma, sacramenti donatrix mensa, eaderaque Custos fida sui marlyris apposita, Servat ad œterni spem vindicis ossa sepulcro, Pascit item sanclis Tybricolas dapibus.

(Prudent., Peristeph. de S. Hippolyt.)

« honorât dans le même lieu ceux que la mort, soufferte pour la « même cause, avait associés aux mêmes triomphes (1). »

Je vous parlerai dans une autre lettre des peintures qui décorent la petite voûte de Varcosoliutn et le reste de la crypte, dont l'exiguïté est due à deux causes : la mauvaise nature du sol, et les faibles ressources de la communauté qui ne lui permettaient pat de construire de grandes églises dans les catacombes. D'ailleurs, la prudence chrétienne et la prudence humaine le défendaient.

D'un côté, la sollicitude maternelle de l'Eglise la portait à veiller avec soin à la conservation de la pureté des mœurs parmi ses enfants, nouvellement engendrés à la foi de Jésus-Christ, et qui, par conséquent, gardaient encore un penchant involontaire pour cette vieille concupiscence du paganisme dans le sein corrompu de laquelle ils étaient nés et avaient été élevés. 11 ne fallait donc pas les exposer à la tentation de mal faire, en les réunissant en trop grand nombre dans une basilique vaste et obscure, où les deux sexes eussent été confondus. D'un autre côté, la crainte des traîtres et les alarmes continuelles que leur causaient les dangers multipliés de leur position ne permettaient pas aux chrétiens de se réunir au delà d'un certain nombre fort restreint. En effet, si rassemblée eût été nombreuse et réunie dans une seule crypte, qui eût empêché un espion du préfet de Rome de suivre les chrétiens, traversant les places publiques, à l'heure de la prière, et se rendant à la catacombe, par bandesTcompromettantes pour leur sûreté? L'espion, connaissant une fois l'entrée du souterrain funèbre, pouvait y introduire à l'improviste une

(i) Recte sub altari aniraœ justorum requiescunt, quia super altare corpus Domini offertur. Nec immerito illic justi vindictam sanguinis postulant, ubi etiam pro peccaloribns Christi sanguis effundilur. Convenienter igitur et quasi pro quodam consortiq, ibi martyribus sepullura décréta est, ubi mors Domini quotidie celebratur. Non immerito, inquam, consortio quodam illic occisis turaulusconstituitur, ubi occisionis Dommicae membra ponuniur, ut quos cum Cbrislo unius passionis caasa devinxerat, unius et toci religio copularet.(Apud Boldetti, lib. I. c. nu, p. 30.)

cohorte prétorienne qui eût dispersé l'assemblée ou traîné ses membres au sanglant tribunal du préfet romain. Et puis, si la réunion eût dû être générale, comment hommes, femmes, vieillards, enfants, auraient-ils pu s'y rendre, à heure fixe, sans exposer mille fois leur vie? Certes, la sépulture continuelle des martyrs et des autres morts compromettait déjà assez l'existence des cimetières qui i à chaque instant, pouvaient être envahis ou murés par les païens, sans que ce péril fût encore rendu plus imminent par l'ouverture d'une seule crypte destinée aux assemblées religieuses. Les pontifes avaient donc multiplié les chapelles à l'infini dans les cinquante à soixante catacombes, qui formaient autant de quartiers de la Rome souterraine et qui, toutes, avaient une multitude d'entrées et d'issues cachées dans les vignes et les champs en jachère, si nombreux dans la campagne romaine.

Les chrétiens ne descendaient que par petites troupes dans les catacombes, où des cryptes diverses étaient assignées à chacune de ces bandes de fidèles. Le plus souvent, ils ne venaient aux réunions religieuses que la tête voilée par le pan d'un manteau, ou revêtus d'habits, différents, et par J'étoffe et par la forme, de ceux qu'ils portaient dans la Rome des Césars. La raison de ce genre de déguisement était la crainte d'être reconnus par un faux frère qui eût pu les dénoncer et les faire traîner à l'amphithéâtre; car, parmi ces chrétiens, il s'en trouvait dont la foi et le courage étaient encore chancelants et qui eussent cru téméraire de s'exposer à l'apostasie en n'usant pas de toutes les précautions nécessaires pour éloigner le moment du martyre. Du reste, plusieurs d'entre eux remplissaient de hautes charges dans la magistrature, dans l'armée et jusque dans le palais impérial; la prudence voulait donc qu'ils cachassent une dignité, un nom qui, connus et trahis, pouvaient attirer de- nouvelles persécutions sur l'Eglise naissante et déjà si martyrisée. Le savant père Marchi confirme, dans son bel oqvrage sur les Catacombes, la vérité de ce que je viens d'avancer sur l'exiguïté des cryptes et le petit

nombre des chrétiens qui s'y réunissaient : a En considérant, « dit-il, la petite dimension de nos églises souterraines, en les « trouvant ouvertes dans chaque cimetière , quedis-je? multi- « pliées dans les différentes parties du même cimetière, je crois « pouvoir affirmer, d'une part, qu'il n'y eut jamais dans une de « ces cryptes vénérables une assemblée de cent personnes; « tandis que, d'autre part, leur multitude permettait aux chré- « tiens de se trouver séparément, il est vrai, mais en même a temps, dans la même catacombe, au nombre de plusieurs « mille. Par ce moyen tout se passait en ordre et sans danger : « les prêtres, les diacres, les diaconesses pouvaient exercer utilece ment leur ministère, qui avait pour but principal, non pas la « tenue même de l'assemblée, mais Tordre et la décence (1). »

Parmi les diverses entrées et issues des catacombes, il s'en trouvait d'assignées aux femmes seules, et par lesquelles il était expressément interdit aux hommes de passer. La séparation des deux sexes était rigoureusement observée dans les assemblées chrétiennes. Les catacombes offrent un grand nombre d'églises avec un, deux ou trois cubicula en regard les uns des autres. Là se plaçaient, d'un côté, les hommes, et de Vautre, les femmes, afin d'assister à la célébration des saints mystères, d'entendre les instructions et de chanter les louanges du Dieu qui fait les martyrs.

Un vestibule ou porche, qui forme un carré long, précédait le seuil de la crypte et servait, tout à la fois, à isoler le lieu saint, et à recevoir les pénitents ou les catéchumènes qui n'avaient pas le droit de pénétrer dans l'église dont une porte protégeait l'entrée.

Dans le voisinage de plusieurs églises souterraines, on rencontre parfois des salles avec deux chaires à chaque extrémité ; les parois longitudinales sont garnies de bancs taillés dans le tuf; il n'y a point tfarcosolium. C'est V école des catéchumènes ; c'est le

(1) Marchi, p. 122.

lieu où les païens convertis à la foi chrétienne recevaient l'instruction préparatoire au sacrement de la régénération.

Quand Constantin donna la paix à l'Eglise et la couvrit de son manteau impérial, les cryptes des catacombes devinrent le type des basiliques qui s'élevèrent, comme par enchantement, sur les ruines des vieux temples paie» s. Pour construire ces superbes églises à la gloire du Dieu tris-bon et très-grand on n'eut pas besoin de recourir à des modèles profanes, la Rome souterraine était là pour donner au monde entier des leçons d'architecture chrétienne. L'autel, avec sa pierre sacrée, qui renferme dc9 reliques, rappelle le monumentum arcuatum; la balustrade du sanctuaire, les transennes; le rond-point, la voûte de Varcosolium ; la chaire à prêcher, le siège pontifical ; les chapelles latérales, les cu&icu/a.

Nos. églises modernes sont donc un calque fidèle des cryptes des catacombes ; elles sont une image de ces antres sacrés qui furent le berceau de notre foi, la maison paternelle du christianisme. Edouard, avec quel respect ne devons-nous pas en franchir le seuil, puisque, outre la majesté du Dieu d'amour et de paix qu'elles renferment, nous y retrouvons le souvenir des lieux chéris où, durant trois siècles, nos pères se réunirent pour puiser dans la prière la force du martyre.

Dans son Tableau des Catacombes f M. Raoul Rochette prouve que les cryptes souterraines sont les vrais types de nos églises actuelles, a Un inconvénient pour l'architecture, dit-il, c'est la mul- « tiplication des petites chapelles latérales au sein des églises « chrétiennes, en raison des confessions particulières ou mé- « moires des martyrs dont le culte s'associa à celui du saint prin- « cipal ou patron. Cet usage, né avec l'Église elle-même dans le « sein des catacombes, eut sur la disposition générale des basi-* « liquçs chrétiennes une influence plus décisive qu'aucune des

«c circonstances puisées dans le génie même du culte Il en

« résulte dans les plans, ainsi que dans les élévations, une in ter-

ce ruption fréquente de ces lignes droites qui ne sont pas seulece ment le principal mérite des œuvres de l'architecture, mais « encore le principal élément des impressions de grandeur « qu'elles produisent (1). »

Je dois vous dire, mon cher Edouard, que parmi ces chapelles ou églises souterraines dont nous venons de parler il s'en trouve plusieurs beaucoup plus grandes que les antres. Celles-ci étaient destinées, sans doute, aux cérémonies*du Baptême, de la Confirmation, de l'Ordre, ou de quelque autre sacrement, qui étaient trop édifiantes pour en priver les fidèles. L'inépuisable sagesse des pontifes romains devait nécessairement ménager à la majesté du culte chrétien un lieu où il pût déployer toute sa pompe dans les circonstances solennelles.

Les cubicula, petits, moyens et grands, étaient pour nos pères F objet d'une vénération profonde; ils n'entraient qu'avec un religieux respect dans ces sanctuaires vénérables, ces chambrées de martyrs, où leur âme attristée se réconfortait par la prière et la communion. L'Eglise alla jusqu'à établir un ordre particulier de lévites, chargés spécialement de la garde des cubicula, et leur donna lenomdecwfttcttïartiou martyrarii (gardiens des martyrs). Cette charge était si honorable, que ceux qui la remplissaient marchaient les égaux des diacres. « Si quelqu'un veut s'enrôler a dans la milice de l'Eglise, dit le pape saint Sylvestre, qu'il soit « d'abord Portier, ensuite Lecteur, enfin Exorciste, pendant le a temps déterminé par l'Evêque ; puis, Acolyte, pendant cinq « ans ; Sous-di^cre, cinq ans ; Gardien des martyrs, cinq ans ; « Prêtre, trois ans ; et qu'il arrive par ces degrés à TEpiscopat (2) . »

(1) Raoul Rochetle, Tableau des Catacombes, p. 9i.

(2) Gonstikiit ut si quis desideraret iu Ecclesia militare... ut esset prius Osliarius, deinde Lector, et postea Exorcista per fempova quse Episeopus slatuerit; deinde Acolytus, annis quinque; Subdiaconus, annis Quinque ; Custos rmriyrum, annis quinque ; Presbyter, annis tribus;... et sic ad ordinem Episcopatus ascendere. (Anast., in Sylv.)

SUR LES CATACOMBES ROMAINES. iii

Plus tard» saint Léon le Grand établit des cubiculaires spéciaux pour les tombeaux des Apôtres (1).

Puis-je achever cette lettre sans vous parler, Edouard, de ce repas de charité, nommé Agape, et qui se prenaifdans les assemblées des premiers chrétiens, immédiatement ayant la participation au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces ou apparences du pain et du vin? Non» car ce serait oublier Tune des plus belles et des plus touchantes scènes de ce grand et long drame des martyrs, qui, commençant dans les catacombes, se termine dans les eaux du Tibre, dans le cirque de Néron, sûr r arène du Golisée, ou sur le bord de Tune de ces larges voies romaines qui rayonnaient du centre de la capitale du monde aux frontières les plus éloignées de l'Empire, comme les veines rayonnent du cœur aux extrémités du corps humain.

A l'exemple du Sauveur, qui avait voulu souper avec ses Apôtres, avant de leur rompre le Pain de vie, avant de leur offrir la Coupe du salut, les pontifes de la primitive Eglise réunissaient à un repas mystique, à une cène d'amour fraternel, les brebis et les agneaux de leur troupeau. Les agapes remontent aux temps apostoliques, puisque nous voyons saint Paul blâmer les Corinthiens des désordres qui s'étaient introduits dans ces repas, où devait présider la plus ardente charité.

« Quant à vos assemblées, dit le grand Apôtre, je vous déci clare que je ne puis vous louer ; elles vous nuisent, au lieu de « vous être utiles... Lors donc que vous vous assemblez comme « vous faites, ce n'est plus manger la Cène du Seigneur ; chacun « y mange ce qu'il a apporté pour le repas, sans attendre les « autres. Et ainsi les uns n'ont rien à manger, pendant que les « autres sont dans l'abondance. N'avez-vous pas vos maisons ce pour y boire et pour y manger ? Ou méprisez-vous l'Eglise de « Dieu, et voulez- vous humilier oeux qui sont pauvres? Que

. (1) Hoq eliam constitoit* et addtfit supra sepulcra Apostolorum ex clero Tomano custodes, quidicuntur cubicularii. (Anast., in S* Leon t )

ce tous dirai-je? tous en loueraî-je? Non, je ne vous en I6ue ce point... Si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui, afin que « tous ne tous assembliez pas pour votre condamnation (1). *

Tous les chrétiens ne ressemblaient pas aux Corinthiens ; le repas de la communion fraternelle n'était point toujours un sujet de dispute et de scandale. Au contraire, quand l'enfer ■ se dé^ chaîna, quand le vent orageux delà persécution fondit avec impétuosité sur le vaisseau de l'Eglise, à peine parvenu en- haute mer, et se mit à déchirer ses Toiles, à rompre ses cordages* - les matelots qui ramaient sur la barque sainte trouvèrent dansce festin de la charité une force et un courage surhumains qui les firent dompter la furie des flots et éviter le naufrage. C'était dans les agapes, et surtout dans la grande action qui les terminait, que des chrétiens des catacombes trouTaient le secret du martyre. «t Ce* « lui-là ne peut pas être propre au martyre, disait saint Cyprien, « qui n'a pas été armé par l'Eglise pour le combat ; et le coôur « que la réception de l'Eucharistie n'élève pas et n'enflamme pas « ne peut manquer de défaillir (2). » Un autre éTêque de Car-* thage, dont le cœur fut un foyer d'amour diTÎn, saint Augustin, rendait la même pensée de la manière suivante : ce Celui que ce « calice a enivré, disait-il, celui que cette nourriture a engraissé-/ « demeure insensible au milieu des tourments (3). » J

- (4) Primum quidem convenientibus vobis in Ecclesiam, audio sciasuratt esse inter vos,.. Convenientibus ergo vobis in unum, jam non est Domirçij cam cœnam manducare. Unusquisque enim suam cœnam praesumit ad manducandum. Et alius quidem esurit, alius autem ebrius est. Numquld*

domos non habetis ad manducandum et bibendum? aut Ecclesiam Del»

conlemnitis, et confunditis eos qui nonhabent ? Quid dicam vobis? Laudp, vos? In hoc non iaudo... Si quis esurit, domi manducet: ut non in judi— cium conveniatis. (Epist. B, Pauli ad Corinth., I, c. h.)

(2) Idoneus non polest essé ad martyrium qui ab Ecclesia non armatur ad prœlium, et mens déficit quam non accepta Eucharistia erigit et accendiC (S. Cyprianus.)

(3) Mo calice ebrius, illa esca saginatus, tormonta non serait. (S. August., in S, Laurent.) ' . *

SUR LES CATACOMBES ROMAINES. m

Voiei la description qu'on témoin oculaire nous a laissée des agapes:

ce Le seul nom de nos repas montre ce qu'ils sont. On les « appelle agapes, ce qui signifie amour chez les Grecs. Quelle « que soit la dépense qu'on y fait, c'est un gain que de dépenser a pour faire du bien. Avec ces aliments, nous aidons les pauvres, <i que nous n'avons garde de considérer comme ces parasites qui, « parmi vous, se font gloire de vendre leur liberté pour se ras- « sasier à vos tables, au milieu de mille affronts ; mais nous nous « conformons aux vues de Dieu, qui préfère les humbles. Ainsi, « le motif de nos repas est honnête. Jugez donc du reste de a notre discipline, puisque nos repas eux-mêmes sont inspirés a par la religion. Nous n'y admettons ni bassesse, ni immom destie. On ne se met à table qu'après s'être nourri d'une prière a à Dieu. On mange autant qu'il faut pour satisfaire la faim; on « boit autant qu'il suffit à des hommes pudiques. On s'y rassasie « sans perdre de vue qu'on doit adorer Dieu pendant la nuit ; on <t s'entretient sans oublier que Dieu écoute (1). »

Quelle énorme différence entre ce pieux festin des agapes, symbole de charité (abonni) ; entre ce banquet fraternel dont le dessert était le corps et le sang d'un Dieu; entre ce repas de l'amour divin, servi par lesanges, — et ces orgies criminelles]du paganisme, où le luxe effréné de la table s'alliait à la débauche la plus monstrueuse ! Ce ne sont plus les dîners fastueux du riche Lucius Verus, qui coûtaient six millions de sesterces; ce ne sont plus les succulents soupers du gourmand Viîellius, qui se faisait servir des plats de cervelles de paon, et qui jetait des esclaves vivants en pâture aux lamproies de ses viviers : non, il n'y a plus ici de convives couronnés de roses, de myrte et de lierre, la chevelure enduite des parfums les plus exquis de l'Orient, couchés sur un triclinium aux pieds d'ivoire et aux coussins de byssus ou de

(1) Apol., c. xxxix.

pourpre de Tyr; il n'y a plus d'esclaves à la démarche voluptueuse, servant dans des plats d'or les mets les plus rares, faisant pétiller le vin de Falerne dans des coupes précieuses, enrichies de diamants et d'émeraudes; il n'y a plus de gladiateurs s'entr'égorgeant, à quelques pieds de la table du festin, pour exciter, en guise d'entremets, l'émotion blasée des heureux mortels que l'orgueilleux César ou le goinfre impérial a réunis autour de lui; il n'y a plus de musique enchanteresse, plus de danses lascives ; tout cela est inconnu, méprisé, maudit, dans la Rome souterraine. C'est la charité seule qui est la reine du modeste et humble festin des catacombes, où sont assises toutes les vertus chrétiennes dans la personne des disciples du divin Crucifié. L'orgueil, la volupté, l'intempérance avaient égaré, corrompu, abruti le cœur de l'homme : il fallait donc que l'humilité, la chasteté et la sobriété, enseignées par l'exemple d'un Dieu fait homme, vinssent purifier ce vieux monde romain qui avait gâté la terre entière ; car, changeant bientôt de maîtres, la ville aux sept collines allait devenir la ville éternelle, l'héritage de l'Eglise, le centre de l'unité catholique !

— Quel est donc ce vieillard, au noble et doux visage? Quel est ce vieux pasteur dont la main fait usage D'une crosse de bois, afin de protéger, Sans doute, le troupeau dont il est le berger? Comme il sait bien draper le pallium antique! On dirait le Nestor des sages de FAttique, Tant sa barbe blanchie ajoute de beauté A son port vénérable et plein de majesté !

La sandale à ses pieds par un cordon s'attache;

Sa robe aux plis traînants ne porte aucune tache;

L'anneau brille à son doigt, comme au doigt d'un époux,

Et tous, en l'abordant, fléchissent les genoux.

Un vif éclair parfois jaillit de ses prunelles;

Mais toujours, en parlant, ses lèvres paternelles

Laissent tomber des mots, parfumés de douceur,

Qui savent les chemins pour arriver au cœur.

On écoute sa voix comme un divin oracle.

11 ressemble à Moïse, au seuil du tabernacle,

Lorsque, redescendu des sommets du Sina,

Il expliquait la loi que Jéhovah donna !

Sa parole contient la semence de vie.

Toute âme qui l'entend aux cieux se sent ravie.

Quand il quitte la crosse, il saisit l'encensoir.

Qu'il est beau lorsqu'il vient sur son siège s'asseoir,

A côté de l'autel que le peuple environne !

Qu'il est beau sans soldats! qu'il est beau sans couronne!

Mais quel est donc ce roi qui ne sait que bénir,

Et quel sceptre invisible en main peut-il tenir?

— Cet auguste vieillard que la foule vénère, Ce vieillard des chrétiens est le chef et le père; De l'Église au berceau c'est le premier pasteur. A travers le désert il est le conducteur De ces noiiVeaux Hébreux, échappés de l'Egypte, Et que nul Pharaon n'ose suivre en leur crypte. De Pierre ce pontife e3t l'unique héritier; Il a reçu ses clefs et son pouvoir entier.

C'est lui qui, sur la terre, ou retient ou délie; A son puissant vouloir Dieu lui-même se plie : Il parle; et les péchés, aussitôt, ne sont plus; Le sang qui les efface est celui de Jésus.

Nul ange ne possède une main aussi forte, Une main qui du ciel ouvre et ferme la porte;

Qui relève ou qui brise* à chaque instant du jour; Qui peut lancer des traits de colère ou d'amour ; Qui, des divins courroux sachant saisir la foudre, Peut terrasser celui qu'on ne doit point absoudre!.

* Ce pontife, à qui Dieu confia son bercail, De la barque de Pierre a pris le gouvernail; C'est lui qui la dirige et qui dompte ces flots Dont le bruit effraîrait les meilleurs matelots ; Il lutte, et ne craint rien, au milieu de Forage; L'enfer est impuissant, contre lui, dans sa rage ; Car le Seigneur a dit : « Je guiderai tes pas; a Sur toi, Satan sur toi ne l'emportera pas ! jo Pourtant, de tous côtés, comme l'Océan gronde 1 Voyez, comme les vents ont déchaîné son onde ; Comme le ciel obscur seconde sa fureur!

Jamais tempête, en mer, n'inspira plus d'horreur. Tout semble conjuré, dans la nature entière, Contre le frêle esquif où le Christ a mis Pierre, Contre l'arche nouvelle où, par Dieu renfermé, Se trouve de Jésus le troupeau bien-aimé.

Plus la barque est petite et plus la vague est grande; Le fougueux aquilon la pousse et la gourmande, Comme un maître irrité qui, d'un fouet sanglant, Veut exciter l'ardeur d'un esclave indolent.

Les tigres couronnés, dont Rome se fait gloire, * Tyrans qui, chaque jour, veulent du sang pour boire, Prolongent la tempête, et, servant le démon, Cherchent de Jésus- Christ à détruire le nom. Mais le Sauveur est là: sa divine promesse Soutient du vieux pilote et la force et l'adresse; Il gouverne sans peur l'infortuné vaisseau Que s'acharne à briser la hache du bourreau ; A travers mille écueils, il dirige sa marche Vers ce mont Ararat où doit s'arrêter l'arche ;

LE PAPE DES CATACOMBES.. m

Son regard sans effroi sonde le gouffre amer, Tandis que, vigoureux, son bras dompte la mer.

Petit navire, ô toi dont chaque flot se joue,

Qui lèves vers les cieux, à tout moment, ta proue,

Comme pour implorer de lui quelques secours,

Non, tu ne seras pas persécuté toujours ;

Les flots se lasseront enfin de te poursuivre ;

Les vents calmés bientôt te permettront de suivre,

En paix, ton cours. Vaisseau, sur l'Océan soumis,

Bientôt tu ne verras plus que des flots amis;

Bientôt ton gouvernail, vainqueur de la tempête,

Hors de l'onde pourra sortir toute sa tête;

Il pourra respirer, aux rayons du soleil,

Et goûter les douceurs d'un paisible sommeil!

Un jour, on te verra remorquer mille barques;

A ton bord monteront et sujets et monarques.

Ton pilote, à l'abri du glaive des Césars,

Pourra se promener lui-même sur leurs chars,

Porter en main leur sceptre, et d'une paix profonde

Faire jouir alors leur Rome avec le monde!

Pontife des martyrs, humble évoque romain,

Oh! garde, garde encor cette crosse en ta main ;

Garde ce pallium où nul or ne rayonne ;

Ne charge pas ton front de la triple couronne

Dont l'avenir s'apprête à te faire un carcan ;

Néron te cédera plus tard son Vatican !

Règne entre les tombeaux où sommeillent nos pères ;

Cache ton front proscrit sous leurs froides poussières ;

Bénis tous ces chrétiens, rassemblés près de toi,

Excite leur courage et ranime leur foi ;

Dans la cité des morts, debout sur tant de tombes,

Reste, reste longtemps, Pape des catacombes !

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