LE LOCULUS DE LA VIERGE-MARTYRE
Sur le champ des combats moissonnant les lauriers, Son bras a déployé la valeur des guerriers; Des féroces tyrans il a vaincu la rage; Les cieux ont admiré sa force et son courage : Car, sur les flots houleux ramant avec effort, Il a pu faire entrer sa barque dans le port!
Anges, semez de lis, Anges, semez de rose La tombe solitaire où la vierge repose !
Pourtant, qu'il est affreux de mourir au printemps, De voir ses plus beaux jours finir avant le temps ! vierge, dont la tête encor était si blonde, N'avais-tu pas l'espoir d'être heureuse en ce monde? Ton cœur ne pouvait-il, ici, rien ressentir Pour qu'on te vît au ciel si vite repartir?
Ah ! d'un trop vif amour ton âme était ornée Pour que Dieu te laissât terminer ta journée ; Aux palais éternels retournant à sa voix, Tu t'élanças vers lui du sommet de la croix !
Anges, semez de lis, Anges, semez de rose La tombe solitaire où la vierge repose !
Toi qui versas ton sang pour un Dieu bien-aimé, Martyre, dont le corps sommeille inanimé Dans l'étroit loculus des vastes catacombes; Vierge, dont l'humble couche est la reine des tombes, De ton sort fortuné que de cœurs sont jaloux ! Ton âme avait choisi le meilleur des époux ; Elle ne pouvait plus, malheureuse exilée, Vivre, si loin de lui, dans la sombre vallée... Combien eussent voulu, de Jésus amoureux, S'envoler, comme toi, chaste colombe, aux cieux !
Anges, semez de lis, Anges, semez de rose La tombe solitaire où la vierge repose !