ANNO DOM1NI M. DC. XXXIX
PONTIFiCATVS SVI V.
L'on montre , dans les nouvelles Grottes- Valicanes qui s'étendent sous la basilique de Saint-Pierre, un polyandrum de marbre et de porphyre, portant cette inscription :
LOC MA. CCLVIUl IN C
Locus martyrum CCLVIIH in Christo. a Sépulture de 259 martyrs en Jésus-Christ. »
Ce chiffre, si élevé qu'il soit, vous paraîtra pourtant bien minime quand vous saurez , mon cher Edouard , que les anciennes archives du Vatican comptent jusqu'à dix mille martyrs en un seul jour (1). Ce fut le 22 juin que celte glorieuse armée de triomphateurs passa du cirque de l'infâme Néron d$ns le cimetière, déjà si rempli, delà colline Vaticane. Tous ces cadavres mutilés trouvèrent un asile dans le sein de la crypte sacrée. Combien les fossoyeurs ne durent-ils pas travailler ce jour-là ! Le trésor de la basilique garde encore un vaste linceul qui servit à transporter, durant la nuit, les cadavres sanglants 'des martyrs, du lieu de leur supplice à la catacombe où ils furent inhumés (2), ainsi qu'une pierre, appelée par les païens petra scelerata, et sur laquelle furent immolés un nombre prodigieux de chrétiens (3).
La sainteté des Grottes- Vaticanes est si grande aux yeux de l'Eglise; sa terre, détrempée par le sang de tant de martyrs, lui paraît si vénérable que les pontifes romains en ont défendu rentrée aux femmes, sous peine d'excommunication, excepté durant un seul jour de Tannée, et ce jour déterminé est le lundi de la Pentecôte. L'inscription suivante, gravée au-dessus du seuil de la crypte, fait foi de ce que je viens de vous dire :
HVC MVL1BRIBVS 1NGREDI NON LICBT,
N1SI VNICO DIB LVWjE
POST PEÎSTECOSTEM,
QVO VIC1SSIM VIRl INGREDI
PROHIBBNTVR. QV1 SECVS FAX1NT
ANATHEMA SVNTO.
(i) Die 22 junii decem millia martyrum haberaus de eorum reliquiis. (Aringhi, Borna subterranea, p. 13.)
(2) In eadera basilica Vaticana exstat culcitra quaedam satis ampla, quae cooperiendis beatorura marlyrum cadaveribus, dum baec post caedem recenti adhuc sanguine respersain Vatican u m cœmelerium a ûdelibus lumulanda deferrenlur, inserviebat. (Aringhi, p. 14.)
(3} lu Vaticanis cryptis quaedam petra asservatur , super qua innumeri
Des permissions particulières sont néanmoins accordées par le pape aux femmes pieuses qui désirent entendre parfois la messe que des évêques ou des prêtres pèlerins célèbrent sur le tombeau de saint Pierre.
Quoique Eusèbe et beaucoup d'autres écrivains donnent communément le nom de Vatican au cimetière où fut inhumé saint Pierre, néanmoins les premiers chrétiens lui assignaient divers noms, tels que ceux de : Memoria (mémoire ou souvenir), Confessio (confession, ou lieu dans lequel on a confessé publiquement sa foi), Martyrium (martyre), Pétri Limina (tombeau de Pierre), Trophœum apostolicum (trophée apostolique), et plusieurs autres semblables. Chaque année, les évêques de la Gaule, de la Germanie, de l'Espagne, de l'Angleterre et des autres contrées de l'Europe avaient coutume, autrefois, d'accourir au sépulcre du prince des apôtres afin d'y déposer, avec une humble offrande, le tribut de leurs hommages et de leur vénération profonde. Saint Grégoire écrivant à un évêque de Rouen, lui» disait :
« Quelle occupation, quelle difficulté insurmontable vous fait, « depuis si longtemps, négliger de venir à Saint-Pierre, lorsque <c nous voyons accourir, chaque année, des extrémités du « monde, même des nations nouvellement converties, les « hommes, les femmes et jusqu'aux enfants (1)? »
Le même pape écrivant à un autre évêque, nommé Lanfranc, lui parle en ces termes :
« Ni la longueur ni la difficulté de la route ne vous excuse « suffisamment, puisque c'est une chose notoire que tant de « gens beaucoup plus éloignés que vous, quoique invalides,
fere martyres effuso sanguine martyrii agonem «onsummarunt. Haec olim petfa scelerata vulgo a gentilibus appellabalur. (Aringhi, p. d5.)
(i) Qui vero labor, aut quae difficullas prœ aliis dissuosit vobis per lantum spatii beatum Petrum negligere, ubi et ab ipsius mundi finibus etiam gentes noviter ad fidem conversae student oranes lam mulieres quaœ viri adeum venire? {Regest, liv. IX, ep. i.)
ex quoique infirmes, pouvant à peine sortir de leur lit, se font « néanmoins traîner sur des chars jusqu'au tombeau du bience heureux Pierre, qu'ils brûlent du désir de vénérer (1). »
Ce pieux usage n'est pas encore entièrement tombé en désuétude ; car chaque évêque est tenu de se rendre au moins une fois, durant le cours de son épiscopat, au tombeau des apôtres (ad limina apostolorum) pour payer sa redevance de respects aux reliques sacrées de saint Pierre et de saint Paul, ces deux puissantes colonnes qui soutiennent presque à elles seules l'édifice gigantesque de l'Eglise catholique. Ce pèlerinage, en outre, resserre les nœuds de l'unité entre le pontife de Rome et les pasteurs qui tiennent de lui leur houlette ; c'est une reconnaissance solennelle de la haute suprématie du successeur de Pierre sur les autres gardiens du troupeau de Jésus-Christ. Malheur donc aux peuples dont les chefs spirituels ne fréquentent pas la route de Rome, soit par une indifférence coupable, soit par des empêchements indépendants de leur volonté, parce que, dit l'abbé Gaume, « le « chemin de Rome est le chemin de la justice et de l'équité ; le « tombeau de Pierre est le foyer de la lumière, le palladium def (( la liberté morale et la source du dévouement à Dieu, à F Eglise « et au peuple (2) 1 »
sainte colline du Vatican, que tes flancs détrempés par le sang des premiers martyrs renferment de précieuses richesses pour les cœurs chrétiens ! Tu es cette colline fertile, ce morts pinguis dont parlent les divines Ecritures ; les agneaux qui paissent sous la houlette de ton suprême pasteur sont assurés de trouver là de gras pâturages et de clairs ruisseaux. C'est à ton ombre qu'il faut se reposer pour goûter le véritable repos. Toute petite que tu
(i) Non enim labor aut difficultas itineris le suttîcienter excusât, cum satis notum sit multos longe remotos, licet corpore invalidos, et infirmos utalectulis vix valentes surgere, tamen beati Pétri amore flagrantes ad ejus limina vehiculis properari. [Regest y liv. IX, ep. xx.)
(2) Gaume, Les trois Rome, t. III, p. 75.
es, tu domines les plus hautes montagnes de notre globe. Tu es leSinaï de la nouvelle alliance; les foudres qui grondent à ton sommet ne frappent que les impies; les juates ne redoutent point tes éclairs. Vers toi, de tous les coins du monde, accourent, chaque jour, une multitude de pieux pèlerins qui viennent baiser humblement les pieds de ton auguste pontife. Une sainte égalité confond les rois et leurs sujets devant ce père commun des fidèles, dont la main ne se lève que pour bénir, et dont les lèvres infaillibles gardent le dépôt sacré de la doctrine évangélique. Tous veulent te voir, et tous te contemplent avec orgueil. On se sent fier d'être un de tes enfants. Ah! malheur, trois fois malheur à ceux qui te méconnaissent et qui demeurent sourds à ta voix; car ton soleil est le seul qui réchauffe l'âme et lui fasse porter des fruits de vie ! La Rome des Césars ne te comptait point parmi ses sept collines ; mais le sépulcre de Pierre et le sang des martyrs font fait un renom plus illustre, une gloire plus durable que le renom et la gloire de ces collines à présent ignorées, tu es la reine de la Rome moderne. Ta pourpre jette un plus vif éclat que -celle des maîtres du monde. La longue série de pontifes qui, depuis tant de siècles, habitent ton sommet t'a rendue la dominatrice de l'univers entier. Salut, vénérable Vatican! Tu remplaces pour nous Sion, la montagne sainte; vous êtes deux sœurs! C'est de toi que nous viennent la lumière et le secours! J'ai baisé avec respect la poussière de tes glorieux tombeaux, j'ai reçu la bénédiction de l'un de tes plus fameux pontifes, et maintenant je pourrai répéter avec plus de vérité ces paroles du roi-prophète : Levavi oculos meos in montes unde veniet auxilium mihi (1)1
0) Psalm.,120.
PRINCIPALES INSCRIPTIONS FUNÈBRES
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DES GROTTES-VATICANES.
BBNEMBRENT1 IN PAGE
PROCLO QVI VIXIT
ANNVS XVI. DISPOS1TVS VI
IDVS OGTOBR1S
DD. N. N. HONORIO AVGVSTO