CAP1TA VERO IN LATERANO
« Sous cet autel reposent les corps glorieux des apôtres Pierre et Paul, pour moitié; l'autre moitié est déposée dans l'église de Saint-Pierre. Les têtes sont à Saint-Jean-de-Latran. »
Cette dernière inscription a été publiée par le savant Bosio.
Voilà pourquoi les chrétiens qui font le pèlerinage de Rome visitent toujours les trois basiliques de Saint-Pierre au Vatican, de Saint-Paul-hors-les-Murs, et de Saint-Jean-de-Latran, qui, après celle du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, sont les plus vénérables de tout l'univers. Rome ! cité sainte dont Pierre garde les portes, et dont les ossements de Paul protègent les murailles (1), tu seras toujours la reine du monde ; car ta pourpre et ta couronne, teintes du sang des martyrs, ont reçu un sceau d'immortalité que n'avaient point la pourpre et la couronne des Césars, tes anciens maîtres ! Les autres villes qui remplissent aujourd'hui l'Europe de leur nom depuis longtemps ne seront plus que des monceaux de ruines , quand tu étendras encore ton sceptre puissant sur les nations prosternées devant l'auguste majesté de ton pontife !
(1) Janitor ante fores fixit sacraria Pelrus, Quis neget has arces instar et esse poli ?
Parte alia Pauli circumdanl atria muros, Hos inter Roma est, hic sedet ergo Deus.
(Gruter, Inscript. ,\>. 1170.)
Couvrons une dernière fois de baisers brfilanls le marbre froid qui pave la basilique de Saint-Paul, et revenons à la catacombe de Sainte-Lucine.
Cet illustre cimetière reçut tour à tour les corps des saints martyrs Celsus, Julianus, Basilissa, Martiniantlla et Timothée. Ce dernier, né à Antioche, était venu à Rome, où il se convertit au christianisme sous le pontificat de saint Melchiade. Jeté en prison par Tordre du préfet Tarquinius, qui le fit couvrir de chaux vive, il eut la tête tranchée ; et son corps, recueilli par une sainte femme, nommée Théodora, fut enseveli dans un quartier de la catacombe de Sainte-Lucine, qui prit le nom de ce martyr. Quant à Julianus et à Basilissa, son épouse, ils furent martyrisés à Antioche, avec Martinianilla et Celsus, son fils, jeune enfant de quelques années, qui montra un courage au-dessus de son âge. Leurs corps furent apportés à Rome et inhumés près du tombeau de saint Paul, qui devint le rendez-vous des martyrs de l'Orient et de TOccident ; car la Rome chrétienne était déjà jalouse de réunir autour d'elle toutes les gloires du monde.
Une foule d'inscriptions qui tapissent les cloîtres du monastère des Bénédictins, attenant à la basilique, nous apprennent les noms des principaux martyrs, des papes et des préfets de Rome, dont les corps furent déposés dans le vaste dortoir de Sainte- Lucine. Parmi tant d'illustrations, nous nous contenterons de nommer :
Anastasius, bien méritant, dans la paix, homme honnête, qui vécut environ soixante ans, et se reposa, le jour des nones d'octobre, sous le consulat de Theodosius et de Faustus (1) ;
Saint Félix III, pape ;
Sabinus, préfet de la ville, qui s'endormit en paix à l'âge de cinquante-trois ans et vingt-quatre jours; il fut déposé,
(1) Anastasio bene merenti in pace viro honesto qui vixitannisp. m. lx, requievit die nonas octobres. Cous. Dû Theodosii aug. xvi etFausli vc.
le xvi des calendes d'août, sous le consulat de Symmaque et de Boelius(l);
Et le doux Romulus, qui vécut neuf ans neuf mois, et s'endormit en paix ; il fut déposé la veille des ides de septembre, Lampadius et Oresle étant consuls (2).
Quant aux autres, mon cher Edouard, il serait trop long de vous citer ici leurs noms et leurs épitaphes. Je vous en transcrirai néanmoins encore une qui témoigne du pieux respect et de la sollicitude empressée des premiers chrétiens pour les martyrs :
MANDROSA HIC NOMINE OMNIVM GRATIA PLENA
FIDELIS IN XPO EJVS MANDATA RESERVANS
MARTYRVM OBSEQVIIS DEVOTA TRANSEGl FALS1 SEC VU
VITAM VNIVS VIRI CONSORTIO TER QVINV8 CONVICTA
PER ANNOS REDDIDI ISVNC DJNO RERVM DEB1TVM