‹ Letters à Édouard sur les catacombes romainesChapitre 48 sur 85 · XXXIII. DP. V. VUII KAL. FEBRVARIAS CONS. AG1NANTI · texte numérisé non relu

XXXIII. DP. V. VUII KAL. FEBRVARIAS CONS. AG1NANTI

FAVSTI VC.

Plusieurs beaux sarcophages, ornés de magnifiques bas-reliefs, ont été trouvés dans la catacombe de Sainte-Lucine. Ces sarcophages, dont les sculptures représentent des sujets tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, furent transportés dans les églises de Sainle-Marie-Majeure et de Sainle-Marie-sur-le-mont-Aventin.

Au milieu d'une vigne, située sur la voie d'Ostie, Ton trouve l'entrée du cimetière de Sainte-Commodilla, pieuse vierge, zélée pour la sépulture des martyrs, et qui, sans doute, fit ouvrir cette catacombe dans un champ qui lui appartenait. Les deux saintes Digna et Emerila, martyrisées sous les empereurs Valérien et Gallien, y furent inhumées, ainsi que les saints Félix et Adauctus,

(i) Hic requiescit in pace Sabinus vs. pref. ann. qui bissit annusun et dies xxini. dp. xvi. kal. auguslas cons. SymôT. et Boelio vcT conss.

(2) Hic requiescit in pace dulcis Romulus, qui vixit ann. îx. mens. ix. Depositus sub die pridie id. sept. Larapadio et Oresle consulibus.

qui souffrirent la mort, sous Dioctétien, le trentième jour d'août de l'an 302, et qui donnèrent leur nom à cette crypte. Saint Félix était prêtre ; on l'avait conduit sur la voie d'Ostie pour le décapiter. Au second milliaire, il rencontre un grand arbre auquel les païens rendaient un culte sacrilège. Les bourreaux veulent le lui faire adorer ; mais il souffle dessus, et l'arbre, déraciné par ce souffle puissant, tombe en écrasant l'autel qu'il ombrageait. Témoin de ce miracle, un des curieux qui avaient suivi le saint pour le voir mourir, s'écrie qu'il est chrétien. Les bourreaux se saisissent de lui et l'immolent avec Félix. Les chrétiens, ignorant le nom de ce nouvel athlète du Christ, lui imposèrent celui d'Adauctus, qui veut dire ajouté, parce que c'était un fleuron ajouté à la couronne du prêtre Félix (1). Plus tard, une église fut élevée en l'honneur de ces bienheureux martyre ; et le prêtre Verus, chargé par le pape Damase de décorer leur tombeau, y fit graver ces vers latins :

« semel atque item m vero de nom i ne Félix,

« Qui intemerala fi de, contemptp principe mundi,

« Confessus Christum cœlestia régna pelisti !

« vere preliosa fides ! Cognoscite, fralres,

« Quid ad cœlum victor pariter properavit Àdauctus.

a Prcsbyter his Verus, Damaso rectore jubente,-

a Cornposuit tumulum, sanclorum limina adorans (2). »

Quoique restauré par les saints papes Jean 1 et Léon III, le cimetière où nous sommes est fort endommagé, ainsi que l'église des saints Félix et Adauctus, dont il ne reste plus que quelques ruines. Hélas ! cher Edouard, je serai souvent réduit à vous dire la même chose en passant devant les champs des martyrs, encore plus dévastés par les hommes que par le temps 1

A sept milles de Rome, toujours sur la voie d'Ostie , on ren-

(1) Hujusnomen ignorantes christiani, Àdauctum eum appellaverunt, eo quod sanclo Felici auclus sil ad coronara. (Martyrol. roman., 30 aug.)

(2) Aringhi, Roma subterranea, p. 202.

contre la eatacombe de Saint-Cyriacus. Ce cimetière, autrefois célèbre, présente à peine aujourd'hui quelques vestiges de son ancienne splendeur. Le saint martyr dont il porte le nom était un diacre de l'Église romaine. Gyriacus fut étendu sur le chevalet, le seizième jour de mars de Tan 307, sous l'empire du féroce Maximien. Ses compagnons de supplice étaient Largus, Smaragdus et vingt autres intrépides soldats de Jésus-Christ. On disloqua et brisa tous leurs membres avec ces affreux instruments de torture que les bourreaux de ce temps-là savaient seuls inventer ; puis on versa de la poix bouillante sur leurs corps, dont les chairs sanglantes pendaient en lambeaux. Ce fut au milieu de ces horribles tourments que Gyriacus et ses compagnons rendirent le dernier soupir. Quand les bourreaux se furent retirés, les chrétiens recueillirent les restes précieux de ces courageux athlètes, et leur donnèrent la sépulture.

Près des eaux Salviennes, à l'endroit même où fut décapité saint Paul, est le cimetière du saint martyr Zenon, connu également sous le nom de cimetière de Saint- Anastasius, vaillant champion du Christ, qui souffrit en Perse, le xi des calendes de février, et dont le corps, apporté à Rome, fut déposé dans la eatacombe ad Aquas Salvias. Vous comprendrez mieux, cher Edouard, la vénération profonde que tout chrétien doit avoir pour la terre qui but le sang de saint Paul quand vous saurez que cette même terre fut encore abreuvée de celui de mille deux cent quatre martyrs, égorgés en haine du nom de Jésus-Christ et pour le barbare amusement du peuple romain, le iv e jour des ides d'avril. Figurez-vous tous ces cadavres étendus sur le sol rougi, entassés les uns sur les autres, et laissant échapper de longs ruisseaux de sang, fontaines sacrées qui vont mêler leurs flots de pourpre aux ondes claires et transparentes des sources Salviennes ! Quel spectacle attendrissant pour les anges du ciel ! Quel beau renfort pour l'armée déjà si nombreuse des martyrs ! A la vue de tant de vainqueurs, couronnés en un seul jour, qu'au-

raient dit les incrédules, les esprits forts de notre siècle ? N'auraient-ils pas été forcés d'avouer qu'il n'est personne au monde assez fou pour souffrir, sans motif, de pareilles tortures, ou assez fort pour les supporter sans l'assistance de Dieu (1)?

Parmi les plus célèbres martyrs qui remportèrent la palme sur la voie d'Ostie, il faut nommer :

La vierge Martina, issue de Tune des plus nobles familles de Rome, et qui eut la tête tranchée, au dixième milliaire, le jour des calendes de janvier, avec les saints Epipbanius et Concordius ; leur martyre eut lieu sous le règne de l'empereur Alexandre- Sévère ;

Cyriacus, évéque d'Ostie ; le prêtre Maximus, le diacre Archelaùs ; les chrétiens Theodorus, Herculanus et leurs compagnons, qui, après de longs tourments, émigrèrent vers le Seigneur, le vi e jour des ides d'août ;

La bienheureuse vierge Aurea, qui souffrit le ix des calendes de septembre;

Le martyr Sabianus, qui fut inhumé le v des calendes du

même mois ;

Le prêtre Asterius, qui fut jeté dans le Tibre et enseveli le xn des calendes de novembre; (Tous ces illustres témoins du Christ moururent sous Alexandre-Sévère.)

Prisca, vierge romaine dont la sainteté le disputait à la noblesse, et qui fut décapitée au dixième milliaire, le xv des calendes de janvier, sous l'empereur Claude;

Les deux frères Maximus et Claudius; Praepedigna, épouse de ce dernier; Alexandre et Culia, leurs enfants, qui tcus remportèrent la couronne du martyre, le xu des calendes de mars, sous le cruel empereur Dioclétien ;

Enfin, Démétrius, Honorius, Honoratus et Florus, qui furent

(1) Non intelligetis , o miseri ! nerainem esse qui aut sine ralione velit poenam subire, aut lormenla sine Deo possit suslincre? (Min. Fei., Octav.)

immolés par le glaive des bourreaux, les deux premiers* le xi des calendes de décembre, et les deux derniers, le xi des calendes de janvier.

Quittons maintenant la voie d'Ostie pour entrer dans la voie Ardéatine, qui est un embranchement de la fameuse voie Appienne, sur les bords de laquelle nous trouverons de vastes et nombreux cimetières à visiter.

Nous rencontrons, d'abord, sur la voie Ardéatine, le cimetière que la princesse Flavia Domililla, nièce des empereurs Titus et Domitien, avait fait ouvrir dans l'un de ses domaines, situé sur le chemin d'Ardée. Elle y donna la sépulture à sainte Pétronille, que la tradition désigne comme ayant été la fille de saint Pierre, avant que Jésus-Christ ne l'eût appelé à l'apostolat, mais qui, selon plusieurs historiens, n'était que sa fille spirituelle; laquelle, ayant été instruite et baptisée par lui , l'avait suivi à Rome, comme les saintes femmes de la Judée suivaient autrefois le Sauveur.

Flavia Domitilla fut elle-même inhumée dans sa catacombe, avec les saints martyrs Nèrée et Achillée, ses serviteurs, à qui, après Dieu, elle était redevable du grand bienfait de la foi. La princesse, reléguée dans l'île de Pouzia, par les ordres du féroce Domitien, fut brûlée vive dans sa chambre, ainsi que les deux vierges Euphrosina et Theodora, ses compagnes. Quant à Nérée et à Achillée, ils terminèrent leur vie par le glaive, après avoir enduré patiemment toutes les tortures du chevalet. Les corps de ces glorieux martyrs furent ramenés à Rome et ensevelis secrètement dans la crypte où reposait déjà sainte Pétronille.

Près de l'antique église de Saint-Sébastien, et du coté qui regarde l'ancienne voie Ardéatine, existe une crypte remarquable qui porte le nom de catacumbœ, d'où est venu le nom de catacombes, appliqué indifféremment à tous les cimetières souterrains. Les écrivains ont sans doute eu tort de généraliser ce nom ; mais l'usage ayant prévalu dans notre siècle, et l'usage ayant force de

loi, nous avons, au risque d'encourir le blâme des savants, suivi la route commune, en employant le mot catacombe pour désigner chacun des quartiers de la Rome souterraine. Convenez, cher Edouard, qu'il est difficile de secouer le joug de la routine. Après tout, ce mot de catacombes s'est tellement imprégné de poésie, qu'en le restreignant à sa signification primitive Ton s'exposerait à gâter tout le charme et l'intérêt d'un livre.

Les catacombes, proprement dites, sont donc une crypte de forme semi-circulaire et recouverte d'une voûte en maçonnerie. A leur aspect, on serait tenté de croire qu'elles ont autrefois servi au culte païen. Converties plus tard en église, elles ont été purifiées par l'encens, les prières et les mys(ères sacrés des premiers chrétiens qui , à l'époque de la persécution violente de Néron, durent s'y réunir, à la voix de leur pontife, pour l'audition de la parole et la participation au banquet eucharistique. Deux escaliers y conduisent : l'un donnant sur la voie Ardéatine , l'autre s'ouvrant dans l'église de Saint-Sébastien. Des lucernaires oblongs et étroits servent de fenêtres à cette crypte et n'y laissent pénétrer qu'un jour sombre et douteux, favorable au recueillement. Quatorze monuments ou tombeaux, élégamment ornés de sculptures et de peintures, se voyaient jadis dans les catacombes, ainsi que des sièges de marbre destinés au pontife et aux prêtres. On y remarque encore un autel sur lequel le saint sacrifice de la Messe fut souvent célébré, durant les jours mauvais et les horribles tempêtes qu'eut à essuyer le vaisseau de l'Eglise naissante. On aperçoit, sous cet autel , un trou assez semblable à l'ouverture d'un puits, et dans lequel furent jetés les corps des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, arrachés furtivement à leurs sépulcres par ces Grecs sacrilèges qui avaient entrepris de les emporter dans leur patrie. C'est dans ce lieu, si digne de notre vénération la plus profonde, et désigné aujourd'hui sous le nom de Platonia, que saint Charles Borromée et saint Philippe de Néri vinrent si souvent répandre des prières et des larmes. Quel en-

droit plus sacré, quel antre plus retiré auraient-ils pu choisir pour se livrer, loin du regard des hommes, au doux exercice de la contemplation divine? Cette grotte sainte, en effet, rappelle tant de souvenirs; que l'âme recueillie doit y trouver toutes les ardeurs, tous les transports de l'extase.

Le cimetière de Saint- Damase 9 connu aussi sous le nom de celui des Saints Marc et Marcellin, est voisin des Catacombes proprement dites. C'étaient une belle âme et un grand cœur que l'âme et le cœur du saint pontife Damase ! L'un des poètes les plus distingués de son temps, il consacra sa lyre à chanter les tombeaux des martyrs de Jésus-Christ. Ses vers harmonieux exhalent un parfum suave qui embaume l'âme du lecteur et excite en lui de douces sympathies. Sa latinité est excellente, surtout pour l'époque à laquelle il écrivait. Je ne crains pas de dire que les vers du saint pape Damase ont la facilité, l'élégance et la grâce de ceux du cygne de Mantoue. Il est le Virgile chrétien de son siècle.

N'étant encore que prêtre de l'Eglise romaine et vicaire du pape Liberius, Damase consacrait tous ses soins à rompre aux fidèles le pain de la Parole et celui de l'Eucharistie. Sa plus tendre sollicitude était pour les pauvres et les martyrs ; il nourrissait les uns et ensevelissait les autres. De nombreux cimetières furent agrandis et restaurés par lui. C'était au milieu de la sainte obscurité de ces cavernes immenses, peuplées de tombeaux, qu'il sentait s'allumer en lui le feu sacré, et que, saisissant la cithare du sanctuaire, il chantait les combats et les triomphes des témoins du Christ. Elevé plus tard sur la chaire de Saint-Pierre, le poète, devenu pontife, ne suspendit point sa lyre aux murs sombres de la crypte qui lui servait d'asile ; au contraire, il en tira des sons plus doux que jamais.

A l'entrée du cimetière où il se retirait souvent, et qui porte aujourd'hui son nom, il fit placer, gravée sur une table de marbre, l'inscription suivante :

« Sanctorum, quicumque legis, venerare sepulcrum : « Nomina nec numerura potuit retinere vetustas. « Ornavit Damasus lumulum, cognoscile, rector, « Pro reditu cleri Christo praestanle triumphans, « Martyribus sanctis reddit sua vola sacerdos (1). »

« Lecteur, qui que tu sois, vénère ici le sépulcre des saints dont l'antiquité n'a pu conserver ni le nom ni le nombre. Apprends que Damase, chef de l'Église, triomphant, par Taide du Christ qui lui a rendu son clergé, a orné ces tombeaux, et que le prêtre accomplit ses devoirs envers les saints martyrs. »

Pour bien comprendre cette inscription, il faut que vous sachiez, mon cher Edouard, que saint Damase eut à combattre les fureurs impies des Ariens qui, de son temps, désolaient l'Eglise de Jésus-Christ, et qui firent exiler le clergé de Rome. Le courage intrépide du saint pontife le rendit bientôt la terreur des hérétiques; son clergé lui fut rendu; et il devint, pendant près d'un siècle, la colonne de la foi, tant en Orient qu'en Occident. Saint Jérôme avait conçu une vive amitié pour ce docteur vierge, dont Tâme était si pure et si belle ; il lui écrivait souvent, encore plus pour épancher son cœur que pour lui demander des conseils. Le pape Damase avait une mère et une jeune sœur, nommée Irène, qui étaient les objets de son affection la plus tendre et de ses soins les plus empressés. Sa mère mourut la première ; il la pleura, comme un bon fils pleure celle qui berça son enfance, celle qui lui prodigua, si longtemps, tout l'amour de son cœur; il lui ferma les yeux, et la déposa, avec honneur, dans le dortoir des martyrs. Mais la mort n'avait pas achevé son ouvrage ; il restait une fleur à prendre, et son impitoyable faux la trancha sous les yeux mêmes de Damase. La jeune Irène expira, à l'âge de vingt ans, entre les bras de son frère bien-aimé. Cette mort prématurée, qui brisait ses plus chers liens, redoubla la douleur du pontife, sans diminuer son espérance. Il baigna de ses larmes le cadavre encore chaud de sa sœur chérie; et, après l'avoir placé en pai&

(1) Aringhi, Roma sublerranea, p. 242.

près de sa mère, il composa pour elle cette touchante épitaphe :

« Hoc tumulo sacra Deo nunc membra quiescunt;

« Hic soror est Damasi, nomen signaris, lrenae.

<c Voverat hœc sese Chrislo cum vila maneret, •

ce Virgin is ut meritum sanclus pudor ipse probaret.

« Bis denas hyemes needum compleverat aetas,

a Proposilum mentis pielas veneranda puellae ,

« Magnifîcos fructus dederat melioribus annis, etc.. (1). »

« Maintenant les membres qui étaient consacrés à Dieu reposent dans ce tombeau ; là est la sœur de Damase, qu'on appelait Irène. Elle s'était donnée à Jésus-Christ durant sa vie, afin que la sainte pudeur de la virginité augmentât son mérite. Elle n'avait pas encore compté vingt fois les neiges de l'hiver, et déjà sa jeunesse connaissait l'excellence des bonnes mœurs de la vie. Chez cette vierge la profonde piété venait du cœur; elle a donné au

Seigneur les fruits magnifiques de ses plus belles années, etc.. »

Après avoir ainsi consacré tous les sentiments de son cœur de frère et de pontife, Damase marqua la place où il voulait attendre, parmi les morts, le jour dé la résurrection glorieuse : cette place fut désignée auprès du loculus d'Irène. Il composa lui-même, d'avance, les vers funèbres qui devaient être inscrits sur la pierre de son tombeau. Les voici :

« Qui gradiens pelagi fluctus amaros ;

« Vivere qui prœstat morientia semiua terrœ ;

« Solvere qui potuit Lazaro sua vincula morlis ,

« Post tenebras fratrem, post tertialumina solis,

« Ad superos iterum Mariae donare sorori,

c< Post cineres Damasum faciet qui surgere credo (2). »

« Celui qui, marchant sur la mer, en a comprimé les flots irrités; celui qui fait vivre les semences mortes confiées à la terre ; celui qui a pu détacher les liens de Lazare au fond de son tombeau; qui, après les ténèbres de trois jours, a pu ressusciter le frère de Marie et le rendre plein de vie à sa sœur, celui-là, j'en suis convaincu , fera un jour sortir vivantes du sépulcre •les cendres de Damase. »

Dormez en paix, à côté l'un de l'autre, ô vous qui vous êtes si (1) Aringhi, Roma subterranea, p. 243. — (2) Aringhi, ibidem, p. 244.

tendrement aimés sur la terre, et dont les âmes virginales habitent à présent les cieux ! Dieu bénit les chastes affections de la famille, et la religion consacre les liens du sang quand la chair ne les appesantit point. Marie aimait Lazare, Benoît aimait Scholastique , Bernard chérissait Hombeline ! L'amour divin n'exclut pas les affections légitimes; au contraire, il les ennoblit, les entretient, les réchauffe. Aimons donc, comme Damase ; aimons dans le Seigneur !

Le cimetière de Saint-Damase, qui n'est, à proprement parler, qu'un quartier de la vaste catacombe de Saint-Callixte, fut le dépositaire des corps des bienheureux martyrs saint Marc , saint Marcellin, et saint Tranquillin, prêtre. Les deux premiers étaient frères. Arrêtés, le 18 janvier de Fan 286, sous l'empire de Dioclétien, et convaincus d'être chrétiens, ils furent cloués à un arbre et percés à coups de lance. Malgré les sollicitations pressantes du prêteur Fabien , qui s'efforçait de les faire apostasier, leur courage ne se démentit pas. Ils persistèrent, jusqu'à leur dernier soupir , à confesser la divinité de Jésus-Christ. « Jamais ce festin ne fut plus délicieux que ces tourments endurés pour « Jésus-Christ, disaient-ils au juge étonné. Nous commençons à « être fixés dans son amour. Puisse-t-il nous permettre de soufce frir jusqu'à ce que nous ayons dépouillé le vêtement de notre « mortalité (1) ! » Leurs corps reposent aujourd'hui dans l'église de Saint-Côme-et-Saint-Damien, au Forum, avec celui du prêtre saint Tranquillin.

Le cimetière de Sainte-Balbine et de Saint-Marc, pape, s'étend sous cette partie de la campagne romaine située entre la voie Ardéatine et la voie Appienne. Il doit son double nom à une vierge chrétienne, fille d'un tribun militaire, nommé Quirinus,

(i) Nunquam tam jucunde epulati sumus, quam hœc quae Jesu Christi causa perferimus, in cujus amore nunc fixi esse cœpimus : utinam tamdiu nos haec pâli sinat, quamdiu hoc corruptibili corpore vestiti sumus. (Mazzol., p. 225.)

et convertie à Jésus-Christ par Hermès, préfet de Rome, disciple du saint pape Alexandre. Le père de Balbine ayant été mis à mort sous Adrien, elle l'inhuma dans un cimetière qu'elle avait fait ouvrir sur la voie Ardéatine ; et, après une vie pleine de jours et de mérites, elle vint elle-même reposer auprès de lui. Constantin dota richement l'église que le pape saint Marc fit élever, plus tard, sur la catacombe de Sainte-Balbine. Le pontife dont nous venons de citer le nom voulut être lui-même enterré dans le vénérable cimetière de la vierge romaine, pour laquelle il avait une dévotion toute particulière ; de là, le nom de Saint-Marc, donné également à la crypte de Sainte-Balbine.

Passons maintenant à la voie Appienne, où nous trouverons des catacombes plus vastes et mieux conservées, telles que les catacombes de Saint-Callixte et de Saint -Prétextât, dont celles que nous venons de visiter ne sont, pour ainsi dire, que des ramifications.

vase trois fois saint, ô précieux calice

Qui servis, autrefois, au divin sacrifice,

Alors que les chrétiens, par les tyrans bannis,

Pour gémir et prier se trouvaient réunis

Dans ces antres profonds appelés catacombes,

Et qui des saints martyrs nous ont transmis les tombes!

O coupe de cristal, toi qup le sang d'un Dieu

A teinte si souvent, en ce lugubre lieu,

Laisse-moi te couvrir de baisers et de larmes ;

Laisse-moi contempler, à loisir, tes doux charmes,

Toucher avec amour et presser sur mon cœur

Ton verre dépoli, privé de sa liqueur!

« Au palais des Césars la coupe enchanteresse « Qui versait, chaque jour, à leurs lèvres l'ivresse, « N'avait point cet éclat, cette vive splendeur, « Que jette, dans la nuit, la coupe du Seigneur. « L'une donnait le miel empoisonné des vices, a L'autre faisait goûter aux célestes délices; « Les diamants brillaient au vase impérial, « L'or pur y remplaçait le modeste cristal ; « Mais que font le rubis, le saphir, l'émeraude, a Au vase que Néron a pris des mains de Claude?

a Sur terre gloire à Dieu ! Gloire à lui dans les cieux ! a Que rendrai-je au Seigneur pour ses bienfaits nombreux? a Je prendrai des martyrs l'antique et saint calice, « Et ma lèvre y boira le vin du sacrifice !

a Coupe auguste, où jamais ne voulut briller l'or,

a 11 me semble, à l'autel, que je te vois encor,

<r Lorsque, les vieux chrétiens, dans le noir cimetière

a Se trouvant réunis pour la sainte prière,

« Tu te montrais aux doigts du pontife romain,

a Avec le sang du Dieu mort pour le genre humain L

a Je te vois épancher ta liqueur consacrée

a Sur sa lèvre brûlante et d'amour altérée;

« Je te vois circuler à ce banquet divin

« Où chaque bouche puise un peu de ton doux vin,

« Ce vin, vrai sang d'un Dieu, qui, sortant de l'hostie»

a Dépose en notre cœur le germe de la vie !

« Sur terre gloire à Dieu ! Gloire à lui dans les cieux ! a Que rendrai-je au Seigneur pour ses bienfaits nombreux? a Je prendrai des martyrs l'antique et saint calice, a Et ma lèvre y boira le vin du sacrifice !

a Sur ton verre arrondi, quels sont ces mots tracés 4 ••' j

< Et que le temps encor n'a pas tous effacés?

« Ces mots mystérieux que mon œil vient de lire,

a coupe des tombeaux, que veulent-ils nous dire?

a — Ils redisent la foi de l'Église au berceau :

a Bois, bois, et tu vivras; bois de ce vin nouveau;

a Bois avec tes amis; il rend la vie à l'âme ;

a Qui le boit de l'enfer évitera la flamme,

a Car c'est le sang d'un Dieu... Luther, as-tu compris?

a Vois-tu que ton orgueil s'est sottement mépris?

« Toi qui doutes, descends, descends parmi ces tombes,

a Et viens apprendre à croire au fond des catacombes !

a Sur terre gloire à Dieu ! Gloire à lui dans les cieux ! o Que rendrai-je au Seigneur pour ses bienfaits nombreux? « Je prendrai des martyrs l'antique et saint calice, « Et ma lèvre boira le vin du sacrifice ! »

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