‹ Letters à Édouard sur les catacombes romainesChapitre 49 sur 85 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Catacombes de la voie Appienne. — Cimetière de Saint-Callixte. — Le nombre de ses martyrs. — Le cimetière de Saint-Zéphyrin. — Le cimetière de Sainte-Cécile. — La légende de sainte Cécile. — Le cimetière de Saint-Sixte. — Le cimetière de Prétextât. — Son étendue et ses gloires. — Le cimetière de Sainte-Sot ère, et celui des Saints Eusèbe, Marcel et leurs compagnons. — Inscriptions. #

Rome, le 2 avril 1851.

Nous voici, mon cher Edouard, sur une voie que l'orgueil et la volupté des anciens maîtres du monde ont rendue fameuse. Jadis la voie Appienne vit son pavé foulé par les consuls et les Césars. Sur ses bords s'échelonnaient des temples somptueux et des tombeaux magnifiques. Il en reste encore quelques-uns dont les ruines gigantesques nous donnent une idée du faste et de la puissance du peuple romain. Mais le temps a passé, et il n'a laissé derrière lui que des débris. Le temple de Mars, bâti par Sylla, le Sacrarium impur de Cybèle, le temple de la Tempête, celui des

Muses, celui de l'Honneur et une foule d'autres n'existent plus. Sic transit gloria mundi !

Cette voie, tant de fois parcourue par le char des triomphateurs, le fut encore davantage par l'humble birote des chrétiens conduisant, pendant la nuit, les corps sanglants des martyrs de l'amphithéâtre de Flavien ou des jardins d'un César persécuteur au cimetière de Saint-Callixte ou à la catacombe de Saint-Prétextat. Et, certes, cette dernière illustration de la voie Appienne est bien la plus grande et la plus durable.

Noble voie, le sang des martyrs t'a lavée des souillures que t'avaient faites l'orgueil et l'impureté de la vieille Rome ; maintenant, un pied chrétien ne peut se poser sur un de tes pavés sans y rencontrer les traces glorieuses d'un athlète de Jésus-Christ ! Tu ne conduis plus à ce bois dont l'ombrage voluptueux protégeait des temples sacrilèges où chaque passion du cœur de l'homme, divinisée par le paganisme le plus immonde, trouvait un encouragement et un modèle ; tes bords ne sont plus couverts de ces mausolées fastueux au fond desquels se cachaient des cendres froides que ne réchauffait point le doux et consolant espoir d'une résurrection future. Non, reine des voies, tu n'es plus prostituée au culte de l'idolâtrie et de la volupté ; tes dalles, à présent purifiées et désertes, mènent aux temples du vrai Dieu et aux cimetières qui gardent les os^pments de ses saints. En changeant de destination, tu as accru ta gloire et doublé la "splendeur de ton nom, qui ne périra jamais ; car il est écrit, en sanglants caractères, dans les fastes de plus d'un million de martyrs !

La première catacombe qui se présente à nous, sur la voie Appienne, est celle de Saint-Callixte. Ce cimetière immense, ce travail de géants, cette merveille de la Rome souterraine, cet entrepôt général des corps chrétiens, destinés à la gloire des cieux, est dû à une faible femme dont le courage héroïque sut braver la fureur des tyrans et réunir des milliers de martyrs daiis là vaste nécropole où nous entrons. Quoique sainte Lucine en soit

SUR LES CATACOMBES ROMAINES. 25i

la fondatrice, elle est néanmoins connue davantage sous le nom de cimetière de Saint-Callixte, parce que ce saint pape en poussa les travaux avec une ardeur infatigable, proportionnée aux ravages quotidiens que les persécutions faisaient dans le troupeau de Jésus-Christ, dont il était le gardien, et parce qu'il étendit les galeries primitives de cette fameuse catacombe, en leur en ajoutant de nouvelles.

On entre ordinairement dans le cimetière de Saint-Callixte par un escalier qui s'ouvre dans la basilique de Saint-Sébastien. Près de la porte de cet escalier, une inscription latine apprend au voyageur quelle est la sainteté du lieu qu'il va visiter. Elle est ainsi conçue :

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