LETTRE IV
■ORUHAIRE.
Tombeaux des païens. — Les riches seuls reçoivent les honneurs du bûcher, les vils esclaves sont traînés au pourrissoir public. — Respect des chrétiens pour leurs morts. — Noms divers qu'ils donnaient à leurs cimetières. — Les fossoyeurs. — Us faisaient partie de la hiérarchie ecclésiastique. — Le portrait du fossoyeur Diogène. — Comment travaillait le fossoyeur. — Ce qu'on appelle loculus, bisomum, trisomum, polyandrwn. — Monumentum arcuatum ou arcosolium. — Inhumation des martyrs. — Leur pierre tumulaire.
Rome, le 5 janvier 1851.
Les païens brûlaient leurs morts, ou les jetaient à la voirie ; les chrétiens, suivant l'usage des juifs, furent les premiers qui, sous les yeux de leurs bourreaux, osèrent rendre à la terre les corps qui en étaient sortis. Les uns gravaient, sur le marbre doré de leur somptueux mausolée, ou sur l'urne cinéraire du modeste colombaire, leur profession de foi au néant; les autres inscrivaient, sur la pierre de leur h mble loculus, leur douce et ferme espérance en la résurrection des corps, en l'immortalité de l'âme.
On lisait autrefois, sur l'un des mausolées de la voie Latine y si célèbre par ses tombeaux, l'inscription suivante (1) :
« Il n'y a ici ni mon nom, ni celui de mon père, ni d'où je suis a venu, ni ce que foi fait : je suis muet pour l'éternité, osse- « ment s y cendres $ rien : je ne suis plus, je n'avais été, je n'étais « que le fils du néant. Passe, et ne me fais pas de reproches : tu « seras ainsi. »
Sur presque tous les autres sépulcres, on lisait ces mots désespérants : Domus œterna 1 C'est que le paganisme était une religion sans sève, une religion qui n'avait point de vie au cœur : le vice divinisé habitait ses temples impurs, et l'espérance ne Tenait point s'asseoir sur ses tombeaux.
Aussi, voyez comme il en agit avec les déshérités de la fortune, avec les pauvres esclaves, abrutis par son joug de fer. Les grands, les riches, reçoivent tous les honneurs funèbres; leurs cadavres sont brûlés avec des bois précieux ; les toiles incombustibles d'amiante livrent leurs ossements calcinés aux urnes de porphyre ou de jaspe; on les porte au mausolée, avec des torches nombreuses, au son triste des instruments de musique, qu'entrecoupent les sanglots des pleureuses, dont les lacrymatoires se remplissent au prix de l'or. Mais les plébéiens, au contraire, sont portés, sans cérémonie, aux bûchers publics {ustrinœ publicœ) , espèces de vastes carrés, entourés de fortes murailles, et dans lesquels on jetait pêle-mêle les cadavres de la misérable populace (2). Une grande quantité de bois résineux alimentait le foyer et prévenait, par sa fumée odoriférante, la corruption de l'atmosphère. Quant aux
(i) Non nomeo, non quo genitus, non unde, quid cgi, Mutus in œternum sum cinis, ossa, nihil.
Non sum, non fueram, genitus tamen e nihilo sum ; Mitte, nec exprobres singula : talis eris.
(Bosio, lib. III, c. xxiv.)
(2) Is locus ab urendo ustrina vocalur (Sext. Pomp. Feslus, De verb. signifie.). — Le mol utfrtno- était aussi employé pour exprimer la cérémonie funèbre elle-même : appiicare ustrinam.
vils esclaves (vilia mancipia), on ne leur accordait même pas les honneurs du bûcher public ; on les traînait, par un bras ou par un pied, jusqu'au bord d'un pourrissoir, appelé puticulus (1), où ils étaient précipités avec les cadavres des animaux , afin d'y pourrir ensemble. Ces horribles fosses étaient situées en dehors de la porte Esquiline.
Voilà, mon cher Edouard, comment le paganisme traitait ses morts abjects ; voilà comment il entendait l'égalité du sépulcre. Détournons tes yeux de cet affreux spectacle et descendons dans les catacombes ; nous y verrons avec quel respect profend les chrétiens ensevelissent leurs morts.
Ici, point de vaine distinction, tous sont égaux devant Dieu. Les martyrs seuls ont un loculus orné de la palme et du vase de sang ; c'est là, sur la terre, le prix de leur victoire. Ecoutez, d'abord , comment les chrétiens appellent leurs cimetières dans lesquels ils cachent, avec leurs morts, leur vie, leurs mystères, leurs larmes et leurs prières ; ils les nomment tour à tour : lieux cachés (cryptas) ; refuges souterrains (latebrae) ; assemblées des martyrs concilia martyrum) -, sanctuaire (sanctuarium) ; dortoir (dormitorium) ; lieux de repos (sedes requietionis) ; mémoires (memoriae) ; paix (pax); port (portus) ; trône (solium). « Il n'appartient qu'au « christianisme, dit l'abbé Gaume (2), de donner de semblables ce noms aux prisons et aux tombeaux de ses enfants. Ne faut-il pas « être bien pénétré de l'immortelle grandeur de l'homme et bien « assuré de sa résurrection future, pour appeler dortoir le champ « de bataille où la mort le tient étendu, et trône la tombe
(i) A puteis puticulae, quôd ibi in puteis obruebantur hotaines; nisi potius, ut iElius sentit, puticulae quôd putrescebant ibi cadavera projecta. (Varro, lib. I, De ling. lat.). — Qualis fuerit locus quo nunc cadavera projici soient extra portam Exquilinam, quae, quôd ibi putrescerent, inde potius appelatos existimat puticulos JElius Gallus, qui ait antiqui moris fuisse ut patres familias in locum publicum extra oppidum mancipia vilia projicerent. (Sextus Pomp. Festus, De verb. signifie.)
(2) L'abbé Gaume, Les trois Rome, t. III, p. il 5.
« où s'accomplissent les tristes mystères de sa décomposi- « tion? j>
Quels étaient donc les habiles architectes de cette Rome souterraine si merveilleuse et si riche en souvenirs? C'étaient d'humbles clercs- ouvriers, nommés fossoyeurs (fossores). Chaque paroisse avait un collège de huit à dix fossoyeurs» chargés spécialement de tout ce qui regardait la sépulture des morts. On comptait parmi eux: les travailleurs (copiât» seu laborantes), les doyens (decani) f les lecticaires (lecticarii) les porteurs (porticani) et les carriers (arenarii) (1). En Tan 96, sous le pape saint Evariste, Rome était divisée en vingt-cinq paroisses ; ce qui donnait à l'Eglise environ deux-cent-cinquante fossoyeurs ; milice sacrée, soldats du génie chrétien, qui, à force de miner la ville des Césars, finirent par y pénétrer en vainqueurs. Formant le premier degré de la hiérarchie cléricale, les fossoyeurs étaient tous des hommes simples et craignant Dieu (2). Successeurs de Tobie, ils exposaient comme lui leurs jours pour donner la sépulture à leurs frères martyrisés. Les anges du ciel admiraient ces ouvriers magnanimes, creusant dans les entrailles de la terre les nombreux loculi destinés à recevoir les membres sanglants, arrachés au cirque de Néron ou au Cotisée. Leur vie se passait dans les ténèbres ; une petite lampe était leur soleil, et des tombeaux leur demeure. Un pic, une pelle, une équerre, un compas, un triangle avec un plomb, une mesure linéaire marquant des degrés, et quelques instruments analogues, voilà ce qui leur servit à construire cette Jérusalem souterraine, la cité la plus admirable et la plus sainte après la Jérusalem céleste.
Quelques portraits de ces illustres ouvriers, découverts sur des
(i) Boldetti, lib. I, c. xvi. — Aringhi, lib. I, c. xm.
(2) Primus in clericis Fossariorum ordo est, qui in similitudinem Tobise sancli sepettre mortuos admonentur, ut exhibentes visibilium rerum curam ad invisibiliura festinent... Taies ergo Fossarios esse Ecclesiae convenit, qualis Tobias propheta fuit, ejusdem sanclitatis, ejusdem scientiae atque virtutis. Non ergo putes parvum esse officium Fossariorum, etc. {De septem gradib. Ecclesiœ, inler opéra D. Hieronymi, Epist . ad Rustic. Narbon.)
tombeaux, nous ont transmis la forme de leur costume. Un des plus remarquables est celui du fossoyeur Diogène, trouvé sur un sépulcre du cimetière de Saint-Galixte, avec cette inscription :
DIOGENES. FOSSOR. IN PACB.
DEPOS1TVS
OCTAVO. KALENDAS. OCTOBRES (1).
Le fossoyeur est* debout ; il porte les cheveux courts et les oreilles découvertes. Un morceau d'étoffe velue pend sur son épaule gauche : c'était peut-être une peau de mouton, repliée sur elle-même et destinée à servir de coussinet pour le transport des fardeaux ; des archéologues ont cru y reconnaître la prolongation de Yamphibalum ou capuchon. Sur l'épaule droite est appuyé un pic de carrier. Il tient de la main gauche une lampe allumée et suspendue à une chaînette de fer. Une tunique courte, arrondie par le bas et à manches étroites, forme son vêtement principal. Des espèces de bottines, en cuir sans doute, le chaussent jusqu'à mijambes. Trois croix sont gravées sur sa tunique : deux près des genoux, et l'autre à l'épaule droite. Les outils de son noble métier gisent a côté de lui.
Prenons une torche, mon cher Edouard, et suivons le saint fossoyeur dans les catacombes afin de le voir travailler.
Courbé ou agenouillé dans une galerie étroite, obscure, humide,, malsaine, qu'il étend et agrandit au fur et à mesure, ce héros d'un nouveau genre, gêné dans ses mouvements et à peine éclairé par les rayons rougeâtres de sa lampe, accrochée aux parois de la galerie, creuse, en priant, une tombe de quelques pouces de hauteur, sur un ou deux pieds de profondeur. Si ce
tombeau ne doit recevoir qu'un corps, il se nommera loculus; si, au contraire, il en doit recevoir plusieurs, on l'appellera bisomum,
(i) Diogène, fossoyeur, en paix, déposé le huilième jour des calendes d'octobre.
trisomum ou polyandrum, c'est-à-dire tombe à deux corps, à trois corps, ou à plusieurs corps. Si le tombeau présente la forme d'un autel, surmonté d'une voûte en maçonnerie, souvent ornée de peintures, il prendra le nom de tnonumentum arcuatum ou tout simplement (ïarcosolium. Les fosses horizontales, il les superpose les unes au-dessus des autres, à peu près comme les tiroirs d'un meuble; car le terrain est précieux, il doit l'économiser.
Sa besogne du jour est finie ; voici que des pas furtifs et légers se font entendre à l'entrée de la galerie souterraine où nous sommes. Ce sont des frères qui arrivent. Plusieurs sont chargés d'un cadavre sanglant, ramassé, peut-être, dans l'amphithéâtre de Flavien, ou dans les jardins de Néron (1). Découvrons-nous, Edouard ; tombons à genoux : ces cadavres sont des corps de martyrs. Les porticani, fléchissant sous le poids de leur fardeau sacré, arrivent jusqu'au loculus ouvert : aidés des decani, des lecticarii et des arenarii, ils lavent et épongent soigneusement le corps du martyr ; ils le couvrent de parfums et d'aromates précieux que leurs frères d'Orient ont envoyés (2) ; ils l'enveloppent de bandelettes et de linges fins ; puis ils le déposent en paix, dans la couche d'argile où il attendra l'heure du réveil général.
(i) Tacite, au quinzième livre de ses Annales, parle des jardins de Néron comme d'un lieu où le féroce empereur se plaisait à torturer les chrétiens. « Les uns, dit-il, étaient couverts de peaux de bêtes pour être dévorés par « la dent des chiens, d'autres attachés à une croix, d'autres destinés à être « brûlés, lorsque la nuit serait venue, en guise de flambeaux nocturnes. « Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle, durant lequel il se livrait « aux jeux du cirque, en habit de cocher, se mêlant à la populace ou con- « duisant son char. »
(2) « L'Arabie et la Sabée nous envoient plus d'aromates pour ensevelir « nos morts qu'elles n'en vendent pour enfumer vos dieux. » (Tertullien, Apolog., 1, 42.)
« Notre manière d'ensevelir est d'étendre des linges d'une blancheur et « d'une finesse extrêmes, sur lesquels nous répandons des parfums afin de « conserver les corps. » (Prudentius, Hym. cathemen.)
Quelques lampes de terre, ayant la forme d'une nacelle, sont mises près de celui dont le cœur a été une lampe ardente et dont le sang généreusement répandu pour Jésus-Christ doit engendrer de nouveaux fils à l'Eglise. Alors, les fossoyeurs appliquent sur l'entrée du loeulus la pierre oblongue qui doit le fermer; ils la cimentent habilement ; gravent dessus, et à la hâte, le nom du martyr, avec son âge, la date de sa victoire et la palme du triomphe. Le vase de terre, de verre ou de bronze, dans lequel on a recueilli le peu de sang que l'arène n'a pu boire, est religieusement placé dans une petite niche, pratiquée au-dessus du loeulus. Ce sera, un jour, le témoignage irrécusable de la grande bataille qu'il a gagnée contre l'enfer ; ce vase accompagnera ses ossements sur nos autels, et nous le baiserons amoureusement comme une sainte relique d'un fameux combat.
Tous les loculi ont reçu leur trésor, ils sont tous refermés. Relevons-nous, Edouard. Le fossoyeur est fatigué, il va prendre quelques instants de repos, près des glorieuses tombes qu'il vient desceller; puis il se remettra à l'ouvrage avec une nouvelle ardeur.
Sortons de la cité des martyrs, nous y reviendrons demain
pour étudier les inscriptions sublimes que la main de Diogène,
ou celle de quelque autre fossoyeur, a gravées sur leurs tombeaux.
toi qui visitas les villes de l'Attique, Dont le pied des Latins foula le sol antique; Toi qui pus, déchiffrant les fastes des héros, Lire les noms fameux qu'un marbre de Paros, Fixé par des clous d'or aux murs du Capitole, Redit au voyageur, même le plus frivole :
Tu n'as rien lu, vois-tu, des pages du passé, Si le nom des martyrs sous tes yeux, n'est passé, Si, longtemps, tu n'as pas, muet devant des tombes, Épelé dans leur livre, au fond des catacombes !
Dans cet immense livre, aux feuillets merveilleux, Ne se rencontrent point de récits fabuleux.
Ce sont des noms sacrés, des dates immortelles, Inscrites avec ordre et concordant entre elles ; Archives des chrétiens, racontant leurs douleurs, L'œil ne les peut toucher sans se mouiller de pleurs. De l'Église au berceau ces pierres sont l'histoire : Chacune nous raconte une illustre victoire ; Nous dit un nom célèbre, un triomphe éclatant ; Nous fait voir une palme, un laurier tout sanglant, Une couronne insigne, un auguste symbole ; Éternise un combat d'une seule parole.
Ici, dort un vieillard qui souffrit sous Néron ; Il vécut soixante ans et trois mois environ.
Martyr, qui du tombeau goûtes la paix profonde, Dis-moi, n'étais-tu pas fatigué de ce monde?
Le faix des ans bientôt t'eût rendu malheureux, Pour quelques jours donnés tu règnes dans les cieux I
Là, sommeille un enfant, un pauvre petit ange, Dont le jeune cadavre auprès des saints se range; Tendre agneau que le loup surprit dans son berceau, Qui mourut, à huit mois, de la main du bourreau! Douce fleur des martyrs, toi qui venais d'éclore Et qu'un souffle cruel effeuilla dès l'aurore, Ob! ne regrette pas le rigoureux destin - Qui fa fait pour le ciel repartir si matin ! Sur terre on souffre tant, on y boit tant de larmes, Que le trépas finit par avoir quelques charmes. Heureux qui, comme toi, souriant à la mort, A pu de son berceau s'élancer dans le port!
Plus loin est une vierge, à son printemps ravie ;
À peine si quinze ans se comptaient dans sa vie.
Comme l'herbe des prés que Ton coupe en sa fleur,
Sa tige rencontra le fer du moissonneur;
Et, rose aux doux parfums, amour de la vallée,
Soudain elle s'est vue en la tombe effeuillée !
Dans les jardins du ciel Trajan la renvoya;
Le Tibre limoneux en ses flots la noya ;
Aux calendes de Mars elle cueillit la palme,
Et la mort la trouva le front haut, le cœur calme.
lis de nos vallons que Dieu trouva si beau,
Vierge, repose en paix dans ton humble tombeau!
D'un jeune homme voici l'épitaphe touchante : Il mourut pour la foi; sa bouche fut constante Dans la confession du saint nom de son Dieu ; Sans pâlir, à la vie il a fait son adieu.
Soutenu par l'espoir des divines promesses, De son âge il a su dominer les faiblesses; Rien n'a pu l'ébranler, ni juges, ni bourreaux. Ses combats ont été les combats d'un héros.
Pourtant il ne comptait que vingt printemps à peine, Mais la coupe de ses jours de vertus était pleine;
i/JNSCRIPTION FUNÈBRE DES CATACOMBES. 49
Comme un nard précieux, d'une rare valeur, Il l'épancha d'un trait sur les pieds du Seigneur. toi qui de l'enfer pus vaincre la malice, Jeune homme, qu'il est grand ton noble sacrifice! Dors dans le locuius par toi bien mérité, Ton nom sera transmis à la postérité!
Dans cet étrange lieu, mille pierres funèbres Redisent une histoire, au milieu des ténèbres : Le guerrier qui versa son sang pour les Césars, Le captif enchaîné qu'on vit après leurs chars, La puissante matrone, au luxe accoutumée, La veuve aux habits noirs, l'épouse bien-aimée, Le sénateur illustre et le préfet romain, Le pauvre à qui l'on jette un peu d'or en la main, Le modeste artisan qui travaille à la forge, L'esclave et l'affranchi, l'humble marchande d'orge, Le fossoyeur, le prêtre et Tévéque pieux, Tous ont laissé leur nom dans ces antres fameux.
De doux mots sont gravés sur la pierre sacrée : Tantôt c'est une mère, une veuve éplorée, Tantôt c'est un époux, un père plein d'amour, Qui, d'un mort très-chéri nous parlent tour à tour, Attestent que ce mort, dont la tombe intéresse, A dû ce monument à leur vive tendresse ; Qu'ils ont, pour lui, pour eux, dans le cubiculum, Payé, dès leur vivant, cet étroit bisomum, Ayant choisi leur place au sombre cimetière, Afin de reposer dans la même poussière.
Partout le fossoyeur sur la dalle a tracé, Comme un dernier adieu, le suprême in pacz. . Ce mot sacramentel que l'œil lit en silence, Qui sur chaque tombeau nous montre sa présence» C'est l'acclamation de la paix, de l'espoir, 1 Le cri de l'amitié qui dit : Frère, au revoir !
La date du dépôt qui fut fait à la terre, Presque toujours, se trouve inscrite sur la pierre, Gomme pour témoigner du prix de ce trésor, Cent fois plus précieux que la topaze et l'or.
Souvent les dogmes saints de la foi catholique Se rencontrent gravés sur cette dalle antique; Le voyageur y voit, écrits en terme clair :
La résurrection future de la chair; Le consolant espoir d'une meilleure vie Qui jamais par la mort ne nous sera ravie; L'amour des ennemis et celui du prochain ; L'auguste primauté du pontife romain !
C'est là que l'hérésie, à la dent venimeuse, Doit venir retrouver le secret d'être heureuse. C'est là, sur le tombeau des martyrs de la foi, Qu'elle doit feuilleter le livre de la loi.
Ni Luther, ni Calvin, ces deux mauvais génies Qui voulurent traîner leur mère aux gémonies, N'ont sondé du regard le vaste souterrain Où la gloire de Rome est gravée au burin; S'ils l'eussent visité, sous leur main meurtrière, Le sang n'eût point jailli du visage de Pierre, { La barque de l'Église, en danger sur les flots, N'eût point vu se noyer autant de matelots!
Reste toujours au fond de ton sombre musée,
dalle que le temps n'a pas encore usée !
Funèbre inscription, qui redis à nos yeux
L'espérance, la foi, l'amour de nos aïeux ;
Vieux témoin d'un autre âge et vingt fois séculaire,
Ton sang confond Terreur et la force à se taire!
Reste en ta crypte noire, 6 muet orateur,
Qui prouve au monde entier que Luther fut menteur !