AN. I. FESTO OMN1VM SANGTORVM
VSQVE AD OCTAVAM.
a Ce chemin conduit au lieu appelé aufrefois Y Ours coiffé et aujourd'hui Monastère de Sainte-Bibiane. Dans ce lieu furent ensevelis CINQ MILLE DEUX CENT SOIXANTE, et SIX MILLE corps de saints martyrs, sans compter les enfants ni les femmes. Une trèsgrande indulgence y est attachée, selon qu'il est véritablement rapporté dans les chroniques, à savoir de sept mille ans, depuis le jour de la fête de Tous les Saints jusqu'à son octave (1). »
D'après cette inscription antique, vous voyez, cher Edouard, combien fut grand le nombre des martyrs romains, moissonnés
{{) Aringhi, Roma subter., p. 424.
par le glaive des persécuteurs, au temps de la primitive Eglise. Les palmes et les couronnes étaient si abondantes alors, que la place manquait aux vainqueurs dans les vastes quartiers de la Rome souterraine et qu'il fallait convertir en dortoirs les maisons que leurs frères possédaient dans la ville! Remarquez encore, que cette même inscription parle d'une tris-grande indulgence de sept mille ans, accordée aux pieux fidèles qui viendront prier sur le tombeau de ces martyrs dont Dieu seul connaît les noms, à partir du jour de la fête de Tous les Saints jusqu'à son octave. Voilà donc l'apostat Luther convaincu de mensonge, puisque nous retrouvons l'usage des indulgences dans les premiers siècles du christianisme.
Sous l'église de Sainte-Ànastasie qui s'élève au pied du mont Palatin, fut enseveli le corps de cette glorieuse martyre, par les mains de la pieuse matrone Apollonia, son amie, le jour même des calendes de janvier. Les précieuses reliques des saintes Agape, Chionia, Irène, et de deux cents autres vierges furent déposées en cet endroit.
Sur le mont Cœlius se trouve le cimetière des saints martyrs Jean .et Paul , mis à mort dans leur propre maison, le vi des calendes de juillet, sous le règne impie de Julien l'Apostat. Inhumés dans le lieu même de leur martyre, il se fit bientôt à leur tombeau un concours nombreux de fidèles, ce qui irrita davantage la colère de Julien, dont les bourreaux décapitèrent Crispus, Grispinianus et la matrone Benedicta, surpris en prière sur le sépulcre des saints Jean et Paul. Les corps de ces nouveaux martyrs furent déposés, pendant la nuit, dans la maison des deux illustres victimes de la fureur du farouche César, et eurent le bonheur de dormir à quelques pas du tombeau qu'ils avaient tant couvert de leurs baisers et de leurs larmes.
Une des maisons les plus saintes de Rome est, sans contredit, celle du sénateur Pudens, située au pied de la colline du Viminal. Elle fut l'asile des premiers chrétiens, l'hôtellerie des martyrs, le
rendez- vous des saints. Chacune de ses pierres l'emporte sur l'or et la topaze, chacun des. grains de sable qui composent son vieux ciment vaut un rubis, une émeraude, un saphir, un diamant. Elle a abrité le prince des apôtres, saint Pierre a été son hôte durant longtemps (1); saint Paul, le grand docteur des nations, a foulé son seuil : il parle du sénateur Pudens comme de l'un de ses amis (2); le sang des martyrs a teint son pavé : car Praxède et Pudentienne, les deux chastes servantes des athlètes du Ghrist, y ont transporté des monceaux de cadavres ravis à l'amphithéâtre. Cette maison est vraiment la maison de Dieu et la porte du ciel, puisqu'elle a gardé les saints qui sont les temples de Dieu (in domibus eorum cognoscetur Deus), puisqu'elle a logé celui auquel Jésus-Christ a donné les clefs du royaume des cieux. Cette maisop, sur laquelle s'élève aujourd'hui une église, possédait un puits profond, que Ton voit encore, et une crypte, dans laquelle sainte Priscille et ses deux filles déposaient, sur des couches de parfums précieux, les corps des martyrs : comme on amoncelle des gerbes de blé dans une grange aux jours de la moisson, comme on entasse des grappes de raisin dans un pressoir au temps de la vendange. Les flots de sang qui s'échappaient de tant de cadavres étaient recueillis avec une éponge et exprimés dans le puits. L'inscription suivante, placée dans le vestibule de ce temple auguste, apprend au voyageur combien de chrétiens massacrés reçut le cimetière de Sainle-Priscille, et par conséquent combien de sang fut épanché dans ce puits :
(i) B. Pelrus apostolus, ubi Evangelium praedicans gentibus innotuit, non amplius apud Judœos permissus est agere; sed a Pudente senatore, qui Christo credidit, in domum suam exceptus est. (Baronius, 1. 1.)
(2) Salutant te Ebulus, el Pudens, et Linus, et Claudia, et fratres omnes. (Epist. ad Timotheum.)
HOC EST COEMETER1YM
PRISCUJL&,
IN QYO EX1STYNT CORPORA
TBIYM MILLIYM MARTYRVM,
MARTYRIO
PER ANTOMNVM 1MPERATOREM
AFFECTORVM, QVOS 8. PVDENTIANA