‹ Letters pastoralesChapitre 17 sur 46 · JOAN., XII · texte numérisé non relu

JOAN., XII

- Ibid., 33.

;1 Ephjes., ii. 14, 16.

la source de toutes les bénédictions, la cause de toutes les grâces : par elle, la vertu nous est venue de l'infirmité, la gloire de l'opprobre, la vie de la mort'. »

Jésus-Christ a prophétisé enfin le triomphe suprême de la Croix au dernier jour. « Le soleil s'obscurcira, a dit l'adorable Maître, ei la lune ne donnera plus sa lumière; les étoiles tomberont du ciel et les vertus du cie! seront ébranlées ; le signe du Fils de l'homme apparaîtra dans le ciel, le Fils de l'homme viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté2. »

Comme toutes les autres, cette prophétie s'accomplira. Quand les tombeaux se seront ouverts, quand la poussière de cette terre, qui n'est que la cendre des morts, se sera ranimée à la voix de Dieu, la Croix apparaîtra dans la puissance et dans la gloire au-dessus de toutes les générations assemblées. Signe de miséricorde et d'amour, elle sera aussi le signe de la justice inexorable et de la vengeance éternelle. Les justes la salueront de leurs cantiques d'espérance, les réprouvés la contempleront dans une indicible terreur. Elle sera à elle seule le livre des terribles accusations, et, en ce jour de la calamité et de la misère, en ce jour des ténèbres et de la nuit, en ce jour des nuées sombres et des tempêtes"', l'indignation et la justice divines s'allumeront au souvenir de la miséricorde outragée, delà rédemption méprisée, de la Croix repousséc et maudite. « Seigneur, lorsque vous vous abandonnerez à votre colère, dit le prophète, vous vous souviendrez de votre miséricorde: Cnm iratus fueris, misericordiœ recordaberis*. »

1 Serai . 8. De passione.

2 Mu m., xxiv, 29, 30.

'■'■ Dies irae, dies i I la., dies tribulatioois el aagustiœ, dies calarailatis et miseriae, aies tenebrarum et caliginis, dies nebulue et turbiuis. So*

PHON., I. 15.)

* Habac, m, -.

Nous avons contemplé la Croix dans les figures et les prophéties ; nous devons recueillir avec un cœur docile ses sublimes enseignements.

Les enseignements de la Croix sont l'abrégé de toute la doctrine et de toute la morale du divin Maître ; ils sont le résumé du christianisme tout entier. Aussi saint Paul, le docteur des nations, affirmait « no savoir que Jésus- Christ et Jésus-Christ crucifie \ »

Et d'abord le Dieu inconnu a que l'Apôtre annonçait à l'Aréopage d'Athènes et au monde enseveli dans les ténèbres et l'ombre de la mort1, s'est révélé sur la Croix dans tout l'éclat de ses perfections infinies.

Ici apparaissent en effet la souveraineté et la toutepuissance de Dieu qui réclamaient une satisfaction proportionnée à sa dignité outragée. Ici apparaît la sagesse éternelle qui a uni Dieu et l'homme dans l'œuvre de cette satisfaction, demandant à la nature humaine ses infirmités et ses douleurs, demandant à la personne divine ses mérites infinis. L'efficacité de la rédemption surpasse de beaucoup le malheur et les ruines qu'elle devait reparer : car elle rend à Dieu une gloire infiniment supérieure à l'hommage de toutes les créatures, et élevant l'homme au-dessus de la grandeur d'où il est déchu, elle le contraint de s'écrier dans sa reconnaissance et son admiration : «0 heureuse faute, qui nousa méritéun tel Rédempteur ! » « Le Rédempteur cloué à la Croix avec ses bras étendus est le livre ouvert de la justice de Dieu ; et le doigt de l'Éternel y a écrit avec du sang et des blessures, en

i Non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Cbiistum et hune crucilixum. (I Cor., h, 2.) 2 Aci., xvn, 23.

a Luc, i, 79.

caractères plus durables que ceux qu'on grave, sur des tables de pierre : Je suis le Dieu juste; je suis relui qui

punit le péché La Croix nue et dure, roupie de sang,

avec sa honte, ses outrages et ses douleurs, ses angoisses poignantes, son épouvantable agonie et son complet délaissement du côté de Dieu: voilà la manifestation du Dieu juste daus la personne du Christ. Autant de bléssures dans le corps du divin Crucifié, autant de témoins; autant de gouttes de sang, autant de voix qui crient dans l'univers et qui font entendre, a travers tous les siècles jusqu'à la fin des temps, cette vérité, que Dieu est juste et que ses jugements sont terribles et « qu'il est épouvantable de tomber entre les mains du Dieu vivant1. » 2

Aussi la Croix nous apprend la grandeur du péché.

« J'ai péché, dit l'impie, et que m'est-il arrivé de triste.' Pcccari et qu'ai mihi accidit triste3?» Qu'est-ce que le péché? dira le chrétien domine par ses passions et cherchant une excuse à sa faiblesse : le péché, ce plaisir d'un instant, cet entraînement qu'a subi le cœur? — Le pèche est la révolte contre Dieu, contre sa loi, c'est !e mépris de son autorité, de sa sagesse, de sa honte, de son amour, de sa miséricorde, de sa justice, de sa perfection infinie.

Jésus-Christ crucifié, abreuvé d'outrages, couvert de plaies, défiguré, couronné d'épines, cloué à un gibet infâme, voilà limage du péché, voilà l'homme tel que l'a fait le péché.

Mais le divin Sauveur a dit: « Ne pleurez pas sur moi. niais pleurez sur vous et sur mis enfants, car si le bois vert est ainsi traité, que sera-ce du bois sec ?» Si le Fils de Dieu a subi le supplicedela Croix parce qu'il a pris sur lui nos iniquités5; s'il est mort pour satisfaire à la justice

1 lll.BK.. X, 31.

- Hettinger : Apologie du christianisjne, 4* volume. ' Eccli., V, ï.

v l.rr.. xxiii, 28.

5 Qui peccata aostra ipse purtulit iu corporu ?uo super lignum, cujus livore sauati estis. (I Petr., il, 24.)

de son Père, est-ce que le péché lui-même n'a pas quelque chose de l'infini qu'il outrage et de la satisfaction infinie qu'il repousse et qu'il méprise?

S'il est vrai que Jésus-Christ a été crucifie à cause de nos péchés1, à cause des péchés que nous avons commis et que nous commettons tous les jours, il faut en conclure que, par chacun de ces péchés, nous prenons une part plus grande et par conséquent plus criminelle aux douleurs et au supplice de notre Sauveur et à l'œuvre déicide de ses bourreaux. Il faut en conclure que nos péchés ont crucifié Jésus-Christ et que chaque péché renouvelle le supplice de la Croix, que chaque péché est un outrage à Jésus-Christ crucifié pour nous. Aussi saint Paul affirme que « par le péché nous crucifions de nouveau le Fils de Dieu dans nos cœurs : Rursùm crucifigentes sibimetipsis Filium Bel2.» « Celui qui commet le péché, dit encore le grand Apôtre, foule aux pieds le Fils de Dieu : il profane le sang du Nouveau Testament par lequel il a été sanctifié0. »

La Croix est encore la plus haute, la plus touchante manifestation de l'amour de Dieu pour nous. Elle est le plus sublime enseignement de la charité qui résume le christianisme tout entier; de la charité qui est « la plénitude de la loi4 », « le lien de la perfection s. »

La Croix est la sublime manifestation de Dieu, « qui a tant aimé le momie qu'il lui a donné son Fils unique... afin que le inonde fût sauvé par lui 6 » . de Dieu qui « est charité 7. »

Comment h; pécheur douterait-il du pardon, eu présence delà Croix sur laquelle Dieu esl mort pour le sauver

1 Vulueratus est i>r.i[>tpr iniquitates nostrns. altrilus est propli : liT.i nostra. (Isai/E, lui, S.)

- IIk.uk.. vi, (i.

'■'■ Hebr., x. 29.

* Rom., \ni. le.

5 Col., in. 14.

'• Joan., m. 16-17. '

7 I .Ioa.NN., IV, J(j,

et lui ouvrir le ciel? Sur la Croix, le Fils de Dieu étend ses bras pour réunir tous les hommes dans sa miséricorde infinie. « J'ai étendu, dit-il, mes bras vers ce peuple incrédule et qui ne veut pas de moi1.»» Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu2. »

Comment la Croix ne serait-elle pas la plus éloquente leçon de l'amour des hommes? Elle les a tous rachetés au même prix et par le même sacrifice, elle a fait de tous les fils bien-aimés du Père, les 'frères et les cohéritiers de Jésus-Christ.

Saint Jean, qui a appris sur le cœur de l'adorable Maître et au pied de la Croix, la loi de la divine charité, a dit : « Celui qui n'aime pas demeure dans la mort... Nous avons connu la charité de Dieu en ce qu'il a donné sa vie pour nous, et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères. Que si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans la nécessité, il lui ferme ses entrailles, comment la charité de Dieu demeurerait-elle en lui3? »

Le missionnaire place la Croix sur son cœur pour soutenir son courage et il la plante tout d'abord sur les plages barbares auxquelles il vient apporter la lumière de l'Évangile et la loi de la charité. Les servantes des pauvres et de tous les infortunes trouvent dans la Croix l'inspiration de leur sublime dévouement. Et quand la nature humaine est près de défaillir, quand les plaies hideuses du corps, les misères et les hontes de l'âme soulèvent le cœur de dégoût, elles baisent avec un indicible amour la Croix qui est leur force, leur joie et leur espérance.

C'est que ce grand et divin mystère nous révèle la

1 Isu.i., i.xv, 2.

- Matth., xmii. 37.

:i I Juan., m, 14, 10, 17.

dignité de l'homme racheté par le sang et la mort d'un Dieu, l'égalité de tous dans les hontes de la prévarication et dans la puissance et les gloires du sacrifice rédempteur.

Saint Paul, descendu des hauteurs du ciel, proteste « qu'il ne se glorifie que dans la Croix de Jésus-Chri>t : Mihi autem absil gloriari nisi in Crue1 Domini nostri Jesu Christi \ » — « Vous avez été rachetés à un grand prix, dit-il, glorifiez et portez Dieu dans votre corps 2. » Et l'apôtre saint Pierre, enseignant aux fidèles l'obligation de la sainteté, en appelle à la dignité du chrétien : «Puisque vous invoquez comme votre Père celui qui juge sans acception de personnes, sachant que vous n'avez pas été rachetés par des hiens corruptibles, par for et par l'argent, mais par le sang précieux de l'Agneau sans tache3. »

Jésus-Christ n'est pas mort seulement pour une nation, pour une caste, pour les riches et pour les puissants : « Il s'est donné pour la rédemption de tous : Dédit redemptionem semetipsnm pro omnibus ' » et « pour tous il n'y a de salut qu'en lui seul : Non est in alia aliquo sains 5. »

Le Dieu de la crèche et de Pétable, le Dieu de l'humble atelier de Nazareth, le Dieu qui n'avait pas une pierre où reposer sa tête, le Dieu du Calvaire et de la Croix est le Dieu des petits, des pauvres, dé tous les vaincus, de tous les méprises, de tous les délaisses de la terre.

Ah! je comprends maintenant ce cri de la grande âme de saint Paul : « l\ n'y a plus ni gentil, ni juif, ni barbare, ni scythe, ni esclave, ni homme Libre, oar Jésus-Chrisi est en tout et en tous0; vous n'êtes tous qu'un en Jésus- Christ 7. »

1 f.ALAT., VI, 14.

2 I Cor., m, 20.

3 I Pbtr., i, 17, 18, 19.

4 I Tim., h. 6.

5 Act., îv, 12.

6 Coloss., m. 11.

7 fiAI.AT., III. 28.

Comment l'oppression des faibles, le mépris des pauvres, l'esclavage avec ses hontes et ses cruautés, auraient* ils résiste à cet enseignement de la Croix, à cet enseignement de l'amour et du sacrifice d'un Bien?

Aussi, entendez les nobles et Itères paroles de saint Jean Chrysostûme : « Quand tu fais sur toi le signe de la Croix, arme ton Iront d'une grande confiance, protège ton âme pour la liberté; car tu as été racheté à un grand prix, ne sois donc 'pas l'esclave des hommes l. Considère donc, poursuit le grand orateur, le prix qui a été payé pour toi, et tu ne seras l'esclave d'aucun homme '. »

Le mystère de la douleur est le grand mystère de toute vie humaine, la Croix est la divine explication de ce mystère. Elle nous apprend la beauté, la puissance et la gloire de la souffrance et des larmes. Le divin Crucifié dit à tous ceux qui passenten pleurant sur lestristes chemins de cette terre : « 0 vous qui passez, arrêtez-vous etvo\ez s'il est, une douleur semblable à la mienne 3I »

La Croix, la douleur, c'est ht condition de la récompense et du triomphe, «car il a fallu que le Christ souffrit et qu'il entrât ainsi dans la gloire. : Oporluil pâli (Unistum et ita intrare in gloriam su/an \ »

La Croix, la douleur généreusement acceptée, c'est l'union parfaite avec le divin Maître. On a dit : « se résigner c'est mettre Dieu entre la douleur et soi. » Il y a mieux encore : mettre Dieu avec soi et en soi. Or, par la douleur, nous sommes unis au Rédempteur : Gum ipso sum in tribulatione 6 : par elle nous sommes fixés à la Croix avec Jésus-Christ: Christo confixus sum Cruci6; par elle, la vie de Jésus-Christ est manifestée dans nos corps eux-mêmes et notre chair meurtrie porte les stigmates

i l.ÇOR., vu, 23.

2 In AI ai th., cap. liv, 4.

3 Thken., i, 12.

'* l>i i.. \xiv, 26.

5 Fs. xc, 15.

6 Galat., m, 19.

glorieux du Crucifié : Ut et vita Jesu manifesletur in carne nostrà mortali l.

Mais la Croix est la source des divines consolations. C'est surtout du haut de la Croix que le divin Maître fait entendre ces paroles de sa tendresse : « Venez a moi, vous qui travaillez et qui êtes accablés et je vous soulagerai et vous trouverez le repos dans vos âmes 2.»

Avec la consolation, elle donne la joie : « Vous tous qui avez part à la passion de Jésus-Christ, réjouissezvous, » dit l'apôtre saint Pierre 3. Cette joie, elle embaume le cœur et la vie ; et la tristesse et les larmes disparaissent dans une félicité surhumaine. « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés \ » Cette félicité a des séductions qui attirent et qui ravissent les cœurs. Sainte Thérèse s'écrie : « Souffrir ou mourir », et sainte Madeleine de Pazzi, plus héroïque encore, ajoute : « Non pas mourir, mais souffrir: » cette félicite déborde l'àme, elle éclate en des accents qui ont étonné la terre : « Je surabonde de joie dans toutes mes tribulations, » s'écrie l'apôtre Saint Paul : Superabundo gaudio in omni tribulatione nostrà 5.

La douleur unie à la Croix est la transfiguration surnaturelle et la beauté divine des âmes ; elle est la puissance souveraine qui expie, qui rachète et qui sauve.

Aussi, la Croix est le signe des grandes et divines missions, le sceau féservé des œuvres que Dieu inspire, la puissance surnaturelle qui accomplit et ces missions et ces œuvres. « Je me plais dans mes infirmités, dit l'Apôtre, dans les outrages, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les angoisses pour Jésus-Christ ; car ma puissance me vient de mon infirmité elle-même : Cum enim infirmor, tune potens sum G. »

i l! Cor., iv. 11.

- Mai in., XI, 'l'i.

3 1 Petr., iv, 13.

4 Mai in., v, 5.

Il Cou. , vu, 4

0 Ibid., mi, 10.

Tout ce qui est vil et abject est né dans l'égotsme et dans le plaisir; tout ce qui est noble, tout ce qui est grand, tout ce qui est beau, tout ce qui est héroïque est né dans le sacrifice, au pied de la Croix et dans le sang de Jésus-Christ.

Nul n'est appelé à servir la vérité méconnue, la justice outragée, les saintes causes abandonnées, s'il n'accepte le calice de Gethsémani, s'il ne boit le fiel et le vinaigre, s'il ne porte au front la couronne d'épines, s'il n'embrasse avec amour la Croix sur laquelle il faut souffrir, se taire et mourir.

0 apôtres du progrès et de la grandeur humaine, pourquoi donc repoussez-vous cet enseignement de l'abnégation, du sacrifice et de l'héroïsme? Pourquoi repoussezvous ces divines révélations qui apaisent, qui consolent la douleur et qui la transfigurent dans la félicité?

0 apôtres de la libre-pensée, ô prétendus amis du travailleur et du pauvre, ô philosophes, ô sages, ô politiques, qu'avez-vous donné, que donnez-vous à ceux qui souffrent et qui pleurent, pour remplacer l'amour et les promesses de Dieu? Que mettez-vous dans leurs mains fatiguées et sur leurs lèvres pâlies par la privation et par la souffrance, quand vous leur avez ravi la Croix de Jésus-Christ .'

Ah ! je vous en supplie, ne touchez pas à ce trésor du pauvre, à celte consolation des cœurs brises : ne louchez pas à ce livre du peuple! Laissez la Croix étendre ses bras au foyer attristé, dans la mansarde froide et nue! Laissez la Croix dans la demeure de l'ouvrier qui gagne à la sueur de son front le pain de ses enfants : elle lui parle de résignation, de mérites divins et de joies éternelles! Laissez la Croix à l'épouse désolée qui ne peut dire qu'à Dieu seul et les tortures secrètes de son cœur et les désenchantements de sa vie! Laissez cette Croix à celte mère qui pleure sur un cercueil : laissez-lui, avec la Croix, le Dieu qui a rendu à la veuve de Naïm le fils qu'elle avait perdu et qui a vu sa mère debout dans l'immensité de sa

douleur au pied de sa Croix sanglante! Laissez à tous les malheureux, à tous les trahis, à tous les abandonnés, la Croix du Dieu qui a voulu connaître l'ingratitude, la douleur, l'outrage et l'abandon ! Laissez la Croix à L'indigent qui se dit : Dieu a eu soif et on lui a donné du fiel et du vinaigre! Laissez la Croix au mourant qui baise le corps meurtri, la trie couronnée d'épines, les pieds sanglants de son Dieu et qui dit : Dieu a soulïert, il est mort, et il est mort pour moi !

Je vous en supplie, ne repoussez pas la Croix de Jésus- Christ. Un jour peut-être, elle sera votre seul espoir, votre dernier refuge et vous redirez cette prière que la vue d'un crucifix arrachait à un poète de notre temps,

Au moins crédule enfant de ce siècle sans foi :

« 0 Jésus, pardonne-moi. Je suis né dans un siècle

impie et j'ai beaucoup à expier Pardonne à ceux qui

te blasphèment! Ils ne t'ont jamais vu, sans doute, quand ils étaient au désespoir! 0 Christ, les heureux de ce monde pensent n'avoir jamais besoin de toi! pardonne : quand leur orgueil t'outrage, leurs larmes les baptisent tôt ou tard; plains-les de se croire à l'abri des tempêtes, et d'avoir besoin, pour venir à toi, des leçons sévères du malheur C'est un instrument de supplice qui

t'a servi à monter au ciel et qui t'a porte, les bras ouverts, au sein de ton Père glorieux : et nous, c'est aussi la douleur qui nous conduit à toi comme elle t'a amené à ton Père ; nous ne venons que couronnés d'épines nous incli" ner devant ton image; nous ne tombons à tes pieds sanglants qu'avec des mains ensanglantées, et tuas soulier! le martyre pour être aimé des malheureux. »

Les enseignements de la Croix résument toute la morale de l'Evangile. Ecoutez le divin Maître : « Hue celui qui Veut venir après moi. se renonce soi-même: qu'il prenne

sa Croix et qu'il me suive1. » — «Tout ceque nous recherchions dans nus désirs déréglés, a dit saint Augustin, Jésus-Chris! s'en priva pour le rendre méprisable. Toutce que nous voulions évitée, en dépit de la sagesse, il le souffrit ; car on ne saurait commettre un péché qu'en recherchant ce qu'il a méprisé ou qu'en fuyant ce qu'il a enduré2. » — « Quel orgueil sera guéri s'il ne Test par l'humilité du Fils de Dieu? Quelle avarice sera guérie si elle oe peul l'être par la pauvreté du Fils de Dieu? Quelle colère sera guérie, si elle ne l'est par la patience du Fils de Dieu ? Quelle impiété sera guérie, si elle ne l'est par la charité du Fils de Dieu3 ! »

Enfin, la Croix est le livre des Saints : elle est pour eux la source première des lumières surnaturelles. Le curé d'Ai's, à qui on demandait où il trouvait les réponses aux questions si nomhreuses, si délicates et si élevées qui lui étaient proposées chaque jour, montrait son prie-Dieu et son crucifix.

Le docteur angélique affirmait que sa science lui venait surtout de la prière au pied de la Croix.

() vous donc qui demandez une foi plus ardente; vous qui voulez pénétrer le sens de l'Evangile; vous qui hésitez sur les chemins ohscurs de votre vie; vous qui désirez de plus vives lumières, prenez et lisez, prenez et lisez le livr \ divin de, la Croix !

« C'est là, dit Bossuet, que Jésus-Christ étendant les bras, nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout l'ordre des secrets de Dieu, toute l'économie du salut des hommes, la règle fixe et Invariable i our former tous nos jugements, la direction sûre et infaillible pour conduire droitement nos mœurs : en un mol, le mystérieux abrège de l'Évangile et de toute la théologie chrétienne... 0 Croix, que vous donnez de

1 M.\nii., xvi, 24.

2 S. Aua»9T., De verdreligione. oap. x\i [d. De agmic Christi, cap. xi

glandes leçons! 0 mon Crucifix, que vous répandez <le vives lumières! Mais elles sont cachées aux sages du siècle : nul ne vous pénètre qu'il ne vous révère; nul De vous entend qu'il ne vous adore1. »

Ces sublimes enseignements de la Croix ont été réalisés dans les vertus, dans les grandeurs et les gloires de nos sociétés chrétiennes.

Déjà nous avons entendu les prophètes et le divin Maître annonçant les victoires, les conquêtes, les triomphes de la Croix. Elle est le signe, l'étendard que Dieu a fait apparaître aux regards de tous les peuples pour les réunir dans l'amour et l'adoration ; elle est l'arbre du sacrifice suprême du haut duquel le Fils de Dieu a attiré tout à lui.

Et ce triomphe de la Croix est le triomphe de l'amour. C'est surtout par les liens de l'amour que Jésus-Christ a attire à lui les âmes et les nations, l'humanité tout entière. Depuis dix-neuf siècles, cet amour, triomphant de la faiblesse et de l'inconstance de l'homme, le retient dans un embrassement divin sur le cœur de Jésus-Christ : Traitant cos in >:inculis caritatis2. La lumière n'aurait pas suffi «à établir le règne de l'Évangile. Pour surmonter les résistances de l'intelligence, la plus sublime doctrine devait vaincre d'abord l'indifférence et Fégoïsme du cœur. Le cœur, c'est lui qu'il fallait atteindre, pour conquérir l'homme tout entier. C'est le cœur qu'il fallait élever et purifier; c'est le cœur qu'il fallait embraser d'un amour supérieure tous les amours qui s'éteignent et qui meurent, d'un amour qui fût l'inspiration surhumaine, inextinguible, de tous les dévouements héroïques.

Bossiet. Sermon sur la Passion.

Osée, xi, 4.

Aussi, la Cfoix est la plus haute manifestation de l'amour, dans le sacrifice absolu, dans le sacrifice et le don de la vie d'un Dieu : car « il n'y a pas, a dit l'adorable Maître, il n'y a pas de plus grand témoignage d'amour que de donner sa vie pour ceux que Ton aime1. »

Dans cette immolation, est apparue aux regards de l'homme, la beauté supérieure et divine qui lui demandait le suprême amour. Celui « qui est la splendeur de la gloire du Père et la forme de sa substance »2, s'est manifesté, avec un irrésistible éclat, dans l'humiliation, la douleur et l'anéantissement.

« Nulle beauté n'apparaissant au monde sans y faire naitre un amour nouveau, le Christ, Homme-Dieu, avait eu, pour premier effet de son épiphanie parmi nous, la récompense d'un amour que l'homme ne connaissait pas, ou du moins, dont il avait perdu la trace, en perdant, avec son innocence, la vision de ses premiers jours. Et quand le Christ, après avoir vécu, vint à mourir pour nous, sa beauté, tombant de la Croix, reprit, dans les abîmes de. la charité, le caractère de l'infini qu'elle semblait avoir perdu; sa mort illumina sa vie, et cette image, invincible désormais, traverse tous les temps sous les regards de ceux qui l'adorent et sous les regards de ceux qui la répudient, maîtresse de ceux-là par un amour qui surpasse tous les autres, maîtresse de ceux-ci par l'impuissance où ils sont d'aimer comme le Christ aima3. »

Et alors cet amour éclatait en des accents qui ont étonné la terre. « Qui nous séparera de la charité du Christ.' Sera-ce la tribulation. l'angoisse, la faim, la nudité.' Serace le péril et la persécution ? Sera-ce le glaive.' Mais nous sommes plus forts que toutes ces craintes, à cause de Celu' qui nous a aimés. Oui, j'en suis certain, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les

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