LÀ DDÉTE ES FAVEUR DE L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARK
{*<■ mai 1884.
Nos Très Chers Frères,
Malgré les épreuves douloureuses que subissent, dans ce pays comme dans la France entière, ,1e commerce, l'industrie et l'agriculture, malgré les appels adressés si souvent à votre charité, c'est pour nous un devoir de vous recommander aujourd'hui, d'une manière très pics santé, la quête qui se fait chaque année, le jour de la Pentecôte, en faveur de l'Institut catholique de Paris, et de solliciter de votre part, pour cette œuvre si importante, un concours plus généreux encore que pat le passé.
Dans une des premières réunions des évoques fondateurs, notre vénérable prédécesseur s'était engagé au m un de son diocèse, à donner chaque année, une somme d'au moins sept mille francs. Cette somme était inférieure si l'on lient compte de la population et des ressources maté-
rielles, aux sommes promises par plusieurs autres diocèses. Et pourtant, depuis bien des années déjà, les offrandes recueillies, dans le diocèse de Nancy, à chacune des quêtes de la Pentecôte, ne dépassent guère cinq mille francs.
A la fin du mois de janvier, dans la dernière réunion des évéques fondateurs, nous avons dû pour l'honneur de notre diocèse, déclarer que nous solliciterions votre charité, et nous engager, non seulement à fournir les sept mille francs promis, mais encore un millier de francs destinés à combler une part des déficits do l'année 1883. Plusieurs évêques ont accepté des charges bien plus lourdes.
Vous ne pouvez admettre, Nos Très Chers Frères, que les engagements pris au nom de ce diocèse ne soient pas tenus et vous ne pouvez vous résigner à occuper un des derniers rangs dans le concours donné à une œuvre qui aura une si grande intluence sur l'avenir de notre pays.
Nous ne voulons, en ce moment, que vous exposer dans une forme simple et précise, quelques-uns des motifs qui vous engagent à répondre à nos sollicitations.
D'abord, Nos Très Chers Frères, il est nécessaire que les familles chrétiennes qui ne trouvent pas dans telle faculté de l'Etat ou dans l'enseignement de tel maître de ces facultés, la sécurité qu'elles désirent pour la foi de leurs enfants, puissent les confier à un enseignement absolument chrétien.
Les Universités catholiques sont donc, à ce point de vue si élevé, la mise en pratique de la liberté de l'enseignement conquise au prix de tant de luttes, de tant de persévérance et d'éloquence, par des hommes qui méritent la reconnaissance impérissable de tous les catholiques et que la postérité saluera avec admiration.
Il faut user de cette liberté, quelque restreinte qu'elle soit à cette heure ; car, la maintenir à l'état de pure théorie, ce serait reconnaître qu'elle est sans importance et
qu'elle peut nous être retirée comme une concession inutile. Ce droit sacré qui tient de si près à la liberté des consciences et des âmes, faut-il le condamner par notre inertie? Cette arme si précieuse pour la défense de la France catholique, faudra-t-il la briser nous-mêmes, ou la laisser tomber de nos mains découragées et impuissantes ? Aon, non ; cela n'est pas possible.
Il est évident aussi que la liberté de l'enseignement primaire ne peut être protégée et défendue que par des classes dirigeantes auxquelles un enseignement supérieur libre aura donné de profondes et courageuses convictions. Ces deux enseignements libres sont donc intimement et essentiellement liés ; laisser périr ou laisser amoindrir le premier, c'est condamner le second à une destruction inévitable.
Les Universités catholiques sont encore nécessaires à la défense de la religion attaquée aujourd'hui de toutes parts et sous toutes les formes avec une rage satanique.
En effet, ces hautes écoles doivent former des apologistes qui uniront aux trésors divins de la foi toutes les ressources, toutes les puissances de la science, et la connaissance approfondie des affirmations et des perfidies de l'erreur.
A cette heure surtout où la science est exaltée comme la maîtresse du monde et comme une souveraine sans rivale, par un enthousiasme aveugle ; à cette heure où l'ignorance elle-même se prévaut contre la doctrine catholique de celle science dont elle connaît à peine le nom, il importe que les enfants lidèles de l'Église démontrent non seulement en théorie, mais par la pratique, par des faits incontestables, par l'éclat de leur enseignement et de leurs travaux, l'alliance de la vraie science et de la vraie foi.
Sans doute, nous pouvons citer dans tous les siècles passés et dans notre siècle un grand nombre de savants
qui ont été de fervents chrétiens ; mais il faut multiplier
la race bénie de ces hommes dont la profonde piété el la haute doctrine, dont les écrits et la vie ejle-même sont, en faveur de la religion, la plus puissante des démonstrations.
En général, les gens du peuple accordent peu d'intérêt aux Universités catholiques, sous ce prétexte qu'elles ne sont pour eux et pour leurs enfants d'aucune utilité. Il y a là une grave et déplorable erreur: tout ce que nous venons de dire le prouve jusqu'à l'évidence.
Est-ce que la liberté de l'enseignement, et surtout la liberté de l'enseignement primaire, n'intéresse pas, au suprême degré, tous les citoyens de la France:' Est-ce que la défense de la religion n'est pas la défense d'une cause sacrée pour tous? Est-ce que les victoires de la science unie à la foi ne sont pas les victoires de tous les catholiques contre l'erreur et le mal?
N'est-il pas d'une importance suprême pour les habitants des campagnes, et pour les ouvriers des villes, d'avoir des magistrats, des législateurs qui placent à la base du droit, l'affirmation de la liberté humaine, le respect de la loi morale, supérieure à toutes les passions et à tous les mouvements de l'opinion, et le culte de la justice éternelle qui jugera les justices de ce monde.'
N'est-il pas pour eux d'une importance capitale, d'avoir • les médecins qui ne traitent pas l'homme comme un vil animal, qui ne croient pas à la seule matière inerte. dépourvue de liberté el de responsabilité, et qui, en soignant les corps, ne sacrifient pas les âmes :'
N'est-il pas d'une importance suprême pour tous. d'avoir des écrivains unissant au respect de la religion qui a fait la France, le respect des grandes et glorieuses traditions de notre pays, et capables de combattre l'impiété et l'immoralité qui souillent et qui perdent les âmes, les familles et les peuples :'
Enfin, c'est à renseignement supérieur donné dans les
Universités qu'appartient surtout la mission de préparer les hommes auxquels doit être confié l'avenir de notre pays ; et il est bien évident que cet avenir sera ce que le feront ces hommes et, par conséquent, ce que le feront les Universités elles-mêmes.
C'est donc, une fois encore, la solution des destinées de la France, de sa prospérité, de sa grandeur et de sa gloire qui est en jeu dans l'existence et dans l'usage de la liberté de l'enseignement supérieur, dans l'existence et le progrès des Universités catholiques.
C'est vous dire, Nos Très Chers Frères, que nous comptons sur vous tous, Nous comptons, avec une confiance absolue, sur cette générosité dont vous multipliez tous les jours les preuves si touchantes. Vous serez généreux en faveur de l'Institut catholique de Paris, et, dans rassemblée des prélats fondateurs de cet Institut, comme partout ailleurs, en présence de ce concours donné par tant de diocèses à cette œuvre, comme en présence du concours admirable que vous donnez vous-mêmes à toutes les œuvres catholiques, votre évoque sera fier de son diocèse.