LA LETTRE ENCYCLIQUE
DE NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE LÉON Xill ACCORDANT UN JUBILÉ UNIVERSEL
25 mars 1881.
Nos Très Chers Frères,
C'est la troisième fois en huit années que nous vous annonçons la grâce insigne d'un Jubilé universel. Dieu multiplie ses dons, il poursuit des sollicitations de sa miséricorde les peuples qui semblent s'obstiner dans les voies de Terreur et du mal.
Le grand et saint Pontife Léon XIII, dans la Lettre Encyclique : Milltans Jesti Christi Ecclesia, datée du 12 mars 1881, expose admirablement les motifs de cette précieuse faveur.
Après avoir tracé le sombre mais fidèle tableau de la
situation faite au Pontife Romain et des luttes que subit l'Eglise catholique dans l'univers entier, après avoir déploré les progrès du mal et le développement de cet esprit de révolte qui ne connaît plus de frein et qui ne respecte aucune autorité, quand l'autorité suprême du Vicaire de Jésus-Christ est méprisée, Léon XIII affirme que toute la puissance et toute l'habileté des hommes seront vaines sans les secours célestes. Or, ces secours, dit encore l'auguste Pontife, s'obtiennent par des prières plus nombreuses et plus ferventes, par l'ardeur du repentir, et par la volonté sincère de rentrer en grâce avec Dieu. Le temps du Jubilé est spécialement favorable à ces manifestations de la piété, aux actes de pénitence, au pardon plus miséricordieux, aux grâces assez abondantes et assez puissantes pour éclairer et toucher tous les cœurs.
Nous vous exhortons donc, Nos Très Chers Frères, à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu qui vient à vous : car il dit lui-même: Je vous ai exaucé au temps favorable et je vous ai aidé au jour du salut; voici maintenant le temps favorable : voici maintenant le jour du salut1 car c'est le temps du Jubilé : ipse enim Jubileus est2.
Unissez donc la triple puissance surnaturelle de la prière, de la pénitence et de l'aumône, et, fidèles aux recommandations du Souverain Pontife, faites monter vers le trône de Dieu, vers le trône de la Vierge Immaculée, mère de la grâce et de la miséricorde, vers le trône de saint Joseph son chaste époux et le protecteur de l'Église, vos ferventes et incessantes supplications.
Nous publions, Nos Très Chers Frères, avec la lettre encyclique qui annonce le Jubilé, une autre lettre encyclique, datée du 3 décembre 1880, et par laquelle le Saint Père a proposé à l'admiration et à In charité des enfants de l'Eglise les trois œuvres de la Propagation de la Foi, de la
i II Cor., VI, i, 2.
2 Levit., XXV, 10.
Sainte-Enfance et des Écoles d'Orient. Vous entendrez avec bonheur les éloges donnes par le Souverain Pontife à ces grandes œuvres dont les deux premières surtout, sont, dans ce diocèse, l'objet de votre constante et inépuisable générosité.
Noirs ne pouvons achever cette Lettre pastorale sans vous dire que nous nous sommes rendu, il y a quelques semaines, à Rome, pour annoncer la parole de Dieu, à l'occasion de la bénédiction des grandes orgues de l'église nationale de Saint-Louis des Français, et aussi pour jouir comme l'année dernière, d'un climat plus doux que réclamait notre santé éprouvée par les rigueurs de l'hiver. rsous avons profité de ce voyage pour accomplir notre visite ad limina, c'est-à-dire aux tombeaux des saints Apôtres, visite que les lois de l'église imposent tous les quatre ans aux évoques.
Nous avons rendu compte au Pasteur suprême de notre administration, et nous lui avons exprimé les sentiments de vénération, de soumission et d'amour, du cierge et des fidèles de notre diocèse.
L'année dernière, à notre retour de Rome, nous avons essayé de vous faire connaître la haute intelligence, le noble cœur, la fermeté et la douceur, la .modération et la force, la sainte vie et la mission providentielle de Léon XIII ».
Nous avons vu l'auguste Pontife profondément attristé des luttes de l'Église, de la résistance opposée à ses desseins de miséricorde et de paix, mais n'hésitant pas à suivre la voie qu'il a choisie dès le premier jour de son pontificat.
Ce qu'il demande avec plus d'instance, c'est le véritable esprit catholique, esprit de soumission parfaite au Vicaire de Jésus-Christ et aux évêques établis par l'Esprit- Saint pour gouverner l'Église 2, esprit d'union, de
1 Lettre pastorale pour le Carême de 1880 ayant pour titre : Léon XIII et sa mission providentielle.
F 2 Spiritus Sanctus posait episcopos resere Ecclesiam Dei. Act. Ap., xx. 28.
charité, esprit d'intelligence et de sagesse qui met audessus de toutes les prétentions et de toutes les espérances des partis politiques les intérêts sacrés des âmes et le salut des peuples, et qui place lu croix au-dessus de tous les drapeaux.
En effet Nos Très Chers Frères, la plus criminelle et la plus funeste des révolutions, serait celle qui pénétrerait dans l'Église elle-même, qui s'efforcerait d'échapper à l'autorité du Pape et des Évêques, et de détruire cette autorité ; car elle s'attaquerait ainsi à la constitution essentielle et divine de l'Église catholique, elle réunirait les caractères sacrilèges de l'hérésie et du schisme.
Pendant ce Jubilé, vous demanderez à Dieu avec ardeur, de conserver à son Église le grand Pontife qui est sa force et sa gloire, de lui accorder les consolations que desire son noble cœur ; vous lui demanderez de maintenir et de développer en vous le véritable esprit catholique.