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ET UNE QUÊTE EN FANEUR DES CHRÉTIENS ANNAMITES

i novembre l8So.

Nos Très Chers Frères,

Pour 1m cinquième t'ois depuis que Dieu nous u appelé à l'honneur et au fardeau de l'Episcopat, nous allons prendre le chemin de Rome, prier sur le tombeau des Saints Apôtres et déposer aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ l'hommage de notre piété filiale, de notre soumission sans réserve et de notre absolu dévouement.

Tous les quatre ans, les Evèques doivent se rendre auprès du Pasteur Suprême et soumettre à son autorité un rapport sur l'état de leur diocèse. Il y a plus de quatre ans que nous n'avons accompli ce devoir et voici trois ans et demi que nous gouvernons le diocèse de Nancy et de Tool

Vous ne l'ignorez pas, .Nos Très Chers Frères, nous avions conçu la très douce espérance d'accomplir ce pèlerinage avec quelques centaines de nos chers diocésains. Quel bonheur pour nous de les conduire aux sanctuaires les plus vénérés de Home et. de l'Italie, de les présenter au grand Pape Léon XIII en lui demandant pour ces pèlerins, pour leurs familles, pour le diocèse, ses paternelles bénédictions ! La date lixée pour les élections législatives, l'apparition du choléra en Italie et d'autres obstacles encore se sont opposés à la réalisation de ce projet qui avait été préparé dans ses moindres détails.

Peut-être nous sera-t-il donné un jour de réaliser ce projet; mais il nous tarde de visiter l'auguste Pontife dans ses épreuves et de solliciter les conseils de sa haute sagesse. Il nous tarde de lui dire combien nous sommes heureux dans ce diocèse où nous ont conduit son autorité et sa bienveillance paternelles. Il nous tarde de revoir cette ville de Home on nous avons passé, dans notre pre mière jeunesse, les trois meilleures années de notre vie et de nous agenouiller sur les tombeaux des Apôtres, des Martyrs et des Saints. Il nous tarde de contempler de près cette grande vision, cette apparition de la grandeur morale, de la sérénité dans les orages de cette terre, de la lumière d'en haut au milieu des ténèbres d'ici-bas, de l'indomptable constance en présence des défaillances universelles, de l'autorité manifestement divine plus respectée et plus admirée que jamais dans l'abandon de tons : Vadam et videbo visionem hanc magnam 1.

C'est à ce grand spectacle, c'est an cœur du grand Pape, c'est à son pouvoir suprême que nous voulons demander de nouveau les inspirations qui doivent diriger notre ministère, notre apostolat, notre vie tout entière. Comme nous l'avons fait trois fois déjà, nous dirons à Léon XIII. avec une franchise absolue, nos pensées, nos

1 E.XOD., III, 3.

— yui -

craintes, nos espérances, et nous éprouverons une fois encore, nous en avons la confiance, cette joie suprême pour l'âme d'un évêque, la joie de constater qu'elle est dans l'union la plus parfaite avec l'âme du Vicaire de Jésus-Christ, de l'Évêque des évoques. I! nous sera, s'il est possible, plus facile et plus doux que jamais d'offrir à l'auguste Pontife, non seulement l'hommage de noire soumission la plus complète, mais encore le tribut de notre reconnaissance et de notre admiration.

Nous le remercierons, en particulier, de l'énergie avec laquelle il a défendu les droits de la hiérarchie catholique et la constitution essentielle de l'Eglise contre les tentatives obstinées et perfides de la révolte.

Nous bénirons cette politique si sage et si douce, si prudente et si forte qui a relevé, aux regards de tous les gouvernements et de tous les peuples, le prestige et l'ascendant de la Papauté et qui a fait du Pontife romain dépouille et désarmé, l'arbitre de la justice et de la paix sur cette terre devenue un immense champ de bataille, où tout pouvoir paraissait acquis à l'audace, à l'astuce et à la force brutale.

Nous lui dirons que nous sommes prêt à employer avec lui les ressources de la patience, de la prudence et de la charité, et que, à son exemple, nous savons faire entendre la protestation énergique de la vérité et de la justice. Nous lui dirons que nous sommes prêt à donner, sans hésitation et avec bonheur, pour les causes sacrées qui nous sont contiées, non seulement notre repos et notre sécurité, mais, s'il le fallait, notre liberté et notre vie.

Nous dirons à Léon XIII l'intelligence, l'activité et le zèle du clergé de ce diocèse, sa vénération et son amour pour le Vicaire de Jésus-Christ. Nous lui parlerons de nos séminaires, de nos écoles secondaires, de nos maisons d'éducation, de nos écoles libres, du dévouement et de l'inépuisable charité de tant de chrétiens et de tant de chrétiennes qui secondent si puissamment notre ministère*

Nous lui dirons le bien qu'accomplissent les congrégations religieuses par la prédication de la parole de Dieu, par les fonctions du ministère ecclésiastique, par l'enseignement chrétien, parles soins donnés, sous toutes les formes, aux malades et aux pauvres.

Nous demanderons pour nos chers diocésains les bénédictions les plus abondantes du Père universel et nous les leur apporterons dans la joie de notre cœur.

Nous avons à vous faire une autre communication.

Il n'a pas dépendu de nous qu'un service solennel fût célébré dans notre Cathédrale, dès la première nouvelle des épreuves subies dans l'Extrême-Orient par le dévouement et la valeur de nos soldats. Nous avons pleuré avec la France entière le grand amiral qui a ajouté une page glorieuse à l'histoire héroïque de nos armées et « jn i es< mort en chrétien sans peur et sans reproche.

Depuis lors surtout, la maladie a multiplié les victimes parmi les troupes qui combattent dans ces régions lointaines et notre pays porte le deuil de ses enfants.

Aussi, nous devons solliciter par des prières publiques, la récompense éternelle pour ceux qui ont succombe, et la victoire pour ceux qui luttent encore au Tonkin, au Cambodge et à Madagascar.

En priant pour les soldats de la France, nous unirons à leur souvenir les sentiments d'une profonde pitié poulies chrétientés désolées de la Chine, de la Cochincliine et de T Anna m.

Des chrétientés Hérissantes ont été absolument anéanties; les missionnaires et des milliers de fidèles oui été impitoyablement massacres. Et pourtant, ces missionnaires et ces chrétiens étaient les seuls vrais allies de la France, le seul appui sérieux qu'elle puisse obtenir, a celle heure surtout, au milieu des populations païennes, surexcitées par le fanatisme, par la guerre et par les menées perlides de nos ennemis. Mil pourquoi l'épée de la France portée par des mains si loyales et si vaillantes

a-t-elle été condamnée à l'impuissance en présence de ces horribles attentats?

Le courage de ces chrétiens a été admirable. l3as an n'a faibli devant la mort, pas un n'a trahi sa foi. Mais ceux qui ont échappé à ces effroyables massacres son! plongés dans la plus profonde misère, dans le plus absolu dénuement.

Écoutez le récit d'un missionnaire de l'Ànnam :

« La mission voisine, la Cochinchine orientale, est toul entière anéantie. De ii,000 chrétiens. S. 001) à peine oui pu se réfugier à Qui-Nhon, auprès du consulat français, où ils meurent de faim et de misère, entassés au bord de la mer sur quelques feuilles, en pleine saison des pluies.

« C'est une de ces misères effroyables qu'il faut voir de ses veux pour y croire.

« Il y a actuellement six provinces, c'est-à-dire 160 lieues de pays, qui sont au pouvoir des rebelles. Dans ces six provinces, il n'y a plus une église, plus un établissement, plus une maison chrét'renne.

« ?sos gens ont été admirables : tout le monde a été massacré, même des catéchumènes non encore baptisés; on n'entend pas parler jusqu'ici d'un apostat.

« On connaît la mort de six de nos confrères ; il y en a encore six ou huit qui sont certainement martyrisés, car, depuis un mois, ils iront pas donné signe de vie et l'on sait que leurs chrétientés sont anéanties. »

Que pouvons-nous ajouter à de telles paroles, Nos Tics Chers Frères '

Les âmes des martyrs; les àmes de ceux qui ont péri pour la défense de leur foi et qui ont rendu à Dieu le témoignage de leur mort, nous les voyons, nous les saluons dans l'admiration sur l'autel céleste de leur sacrifice uni au sacrifice divin : Vidi sub altare animas inlerfectorum propter uerbum Del et propter leslimonium quod habebant\ Ces àmes, nous les entendons, elles inter-

» Apo< , m, '.».

cèdent pour leurs frères qui survivent encore. Ces infortunés poursuivis par la rage des persécuteurs, ces femmes et ces enfants sans nourriture et sans asile, tendent leurs mains vers la France dans laquelle, malgré tout, ils espèrent encore. Les missionnaires héroïques multiplient les efforts de leur dévouement et jettent jusqu'à nous, à travers les océans, l'appel déchirant de leur immense douleur. Non, non, la charité chrétienne, la générosité française, le vrai patriotisme ne peuvent résister à de telles supplications et ne pas s'émouvoir devant de si lamentables infortunes. Malgré tant d'épreuves subies par la France elle-même, malgré les demandes qui se multiplient, ici encore il faut donner. Ce que vous donnerez, Dieu et ses martvrs vous le rendront.

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