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D'UNE LETTRE D'ADHÉSION A L'ENCYCLIQUE « IHMORTALE DEI

22 février 1886.

Nos Très Chers Frères,

Plusieurs fois, pendant ces derniers mois, nous vous avons adressé nos sollicitations, nos exhortations et nos conseils, dans nos Lettres pastorales.

Nous vous avons annoncé notre pèlerinage au tombeau des Saints Apôtres, et nous avons demandé à votre inépuisable charité des secours pour les infortunés chrétiens de lWnnam.

Vos vœux et vos prières nous ont suivi jusque dans la Ville éternelle et nous avons porté votre souvenir dans les sanctuaires vénérés de Rome et aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ.

Votre générosité pour nos frères de l'Extrême-Orient a dépassé toutes nos espérances. Bien que nous n'ayons pas

ordonné une quête et que nous n'ayons exprimé qu'un simple désir, malgré les épreuves que subissent toutes les fortunes et malgré les quêtes et souscriptions faites sans interruption dansée diocèse, nous avons pu envoyer aux Missions étrangères, pour ces chrétientés désolées, près de 14,000 francs.

Nous vous avons fait connaître, il y a quelques semaines, l'Encyclique de Notre Saint Père le Pape, qui accorde un Jubilé universel, etnous vous avons engagés à profiter de cette faveur si précieuse.

Nous voulons, aujourd'hui, vous parler de notre pèlerinage à Rome et vous communiquer notre lettre d'adhésion à l'Encyclique Immorlale Del sur la Constitution chrétienne des Etats. Cette lettre d'adhésion présente un résumé fidèle de l'Encyclique et expose le caractère spécial et providentiel de ses admirables enseignements.

Dans ce pèlerinage, Nos Très Chers Frères, comme dans ceux qui l'ont précédé, notre cœur de catholique et d'évêque a été saisi tout d'abord par une profonde douleur. Nous n'avons pas retrouvé la Rome chrétienne que notre jeunesse avait admirée sous le pouvoir paternel de ses Pontifes et dans la splendeur de ses fêtes.

La place de Saint-Pierre, où la multitude presque innombrable des pèlerins venus de tous les rivages et de toutes les nations s'inclinait sous la bénédiction donnée à la ville et au monde, est silencieuse et déserte. L'immense basilique ne retentit plus des chants sacrés, et sur ses parvis de marbre, nous avons cherché en vain le cortège triomphal que les Evoques et les Princes de l'Église faisaient au Vicaire de Jésus-Christ. Mais l'obélisque de Sixte Y est toujours debout et il chante encore les victoires du Lion dejuda '• Vieil Léo de tribu Juda. Ln coupole

élevée parle génie de Michel- Ange couvre encore le tombeau des Apôtres qui ont vaincu Rome païenne et sauve l'humanité perdue ; et la splendide coupole redit toujours ces infaillibles promesses : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle, Tu es Petrus et super liane petram œdificabo Ecclesiam meam et portœ inferi non prœvalebunt aduersus eam.

Les deux audiences que Léon XIII a daigné nous accorder ont laissé dans notre àme d'impérissables souvenirs. Les témoignages de sa paternelle bonté nous ont touche jusqu'aux larmes. Le Saint-Père a écoulé avec l'attention la plus vive tout ce que nous lui avons dit de notre diocèse, du clergé et des congrégations religieuses, de nos séminaires, de nos établissements d'instruction secondaire, de nos écoles libres, des œuvres si nombreuses et si prospères, malgré le malheur des temps, grâce à la générosité et à la persévérance de ces nobles populations lorraines.

Il a daigné nous poser quelques questions sur les moindres détails. Il nous a prodigué les paroles d'encouragement et les conseils, et nous avons admiré, une fois de plus, cette haute sagesse, celte intelligence si parfaite des hommes et des temps, cette connaissance si approfondie de l'administration diocésaine, des devoirs, des difficultés et des luttes de l'épiscopat à l'heure présente.

Avec quelle joie le Saint-Père a accueilli les assurances de votre piété filiale, de votre soumission parfaite, de votre absolu dévouement !

Avec quel affectueux empressement II a béni ce diocèse et ce clergé, ces vaillants chrétiens, ces généreuses chrétiennes qui sont l'appui et la consolation de noire ministère !

Avec quel affectueux empressement II s'est rendu à nos désirs, en accordant une bénédiction toute spéciale et une

faveur insigne à deux de nos diocésains dont la vie (ont entière a été consacrée aux œuvres de piété, de zèle el de

charité !

Avec quelle effusion de son cœur 11 a accepté l'offrande considérable du Denier de Saint-Pierre que nous lui avons présentée ! Et comme nous lui disions : « Très Saint Père, comptez sur la générosité de la France; et si votre pauvreté devenait plus grande, dites une parole, et nous vous donnerons jusqu'à notre dernière obole ; dites une parole, et le diocèse de Nancy qui a répondu tant de luis avec un admirable élan à l'appel de son évêque, lui donnera sans compter, quand il tendra la mnin pour le Vicaire, de Jésus- Christ, pour le Pape Léon XIII ! » le Saint-Père nous répondit en souriant : « Oui, j'ai confiance en vos filiales et ardentes paroles ; oui, j'ai confiance en votre peuple et en vous ; j'ai confiance dans l'épiscopat, le clergé et les catholiques de France. C'est de la France que me viennent, malgré ses épreuves, et les plus généreux dons, et les témoignages du plus filial dévouement. »

L'auguste Pontife a daigné nous entretenir des tristesses qu'ont apportées à son cœur de pasteur et de père les tentatives audacieuses de la révolte contre l'autorité épiscopale et l'autorité pontificale elle-même. Nous lui avons exprimé notre gratitude profonde pour ses admirables enseignements et pour la fermeté avec laquelle 11 a défendu les droits de la hiérarchie. Et comme nous Lui manifestions la crainte que toute résistance ne fût pas complètement détruite et que la soumission ne fui point encore parfaite de la part de tous, Léon Xlll se releva, avec une majesté et une énergie, que nous ne lui avons jamais vues 11 étendit la main : « Il s'agit, dit-Il, de la dignité et «le l'autorité de l'épiscopat : je n'hésiterai pas, et s'il faut encore des actes solennels et décisifs, eh bien, Je les ferai. »

En vérité, Nos Très Chers Frères, nous a\ons contemplé, dans l'émotion de notre âme, une ravissante vision : l'apparition de la grandeur morale, de la sérénité, au un-

— :uy —

lieu des orages de cette terre, de la lumière d'en haut au milieu des ténèbres d'ici-bas, de l'indomptable constance en présence des défaillances universelles, de L'autorité manifestement divine plus respectée et plus admirée que jamais dans l'abandon de tous : Vadamet videbo visionem liane magnant l.

Le Vatican, dont les ennemis de la papauté ont voulu faire un tombeau, est silencieux, il est vrai, et attriste presque à L'égal des demeures de la mort ; et pourtant, ce sépulcre est glorieux : Sepulchrum ejus gloriosum. Dans ce tombeau, la papauté est plus vivante, plus active et plus puissante que jamais : Sepulchrum viventis. De ce tombeau, la vie déborde et rayonne ; la parole de vérité, les sublimes enseignements, les affirmations souveraines, les principes de salut pour les âmes et les peuples, les ardeurs de la charité et de la miséricorde qui ont séduit et qui séduiront encore tôt ou tard les sociétés les plus rebelles2; les règles essentielles de toute civilisation véritable s'échappent de ce tombeau et resplendissent sur le monde : Sepulchrum viventis. Un jour, de ce sépulcre, la papauté sortira triomphante ; après de sombres et douloureuses épreuves, elle connaîtra la gloire de la résurrection : Et gloriam vidi resurgentis. Après elle, et par elle, pour les sociétés et pour les nations, l'heure de la gloire et de la résurrection viendra : Sepulchrum viventis et gloriam vidi resurgentis9.

Malgré les attraits de la Ville éternelle, malgré le bonheur et les joies ce ce séjour béni, nous avons voulu abréger le temps de la séparation ; nous avions hâte de revenir vers vous et nous pouvions redire ces paroles du grand Apôtre aux fidèles de Thessalonique : « Ayant été séparé de vous, de corps, non de cœur, nous avons désire avec d'autant plus d'empressement et d'ardeur de vous revoir;

1 Exod., m, :}.

2 Traham eos in vinculis caritatis, (Osée, xi, 4).

3 Oie uobis, Maria, quiil vidisti in via? Sepulchrum Christi viventis : et gloriam vidi resurgentis. (Seq. Pascu.)

Abundàntius feslinavimus faciem vestram viderc cum mutle desiderio; car, quelle est. notre espérance, notre joie, la couronne de notre gloire? N'est-ce pas vous, devant Notre Seigneur Jésus-Christ, Quœ est enim nostra spcs aut gaudium,autcorona gJoriw? Nonne vos ante Dominum Jesum Chrislum?1 »

Nous sommes revenu vers vous avec un amour plus ardent pour la Sainte Eglise, avec une admiration plus vive pour le grand Pape que Dieu nous a donné dans son inlinie miséricorde; nous sommes revenu plus désireux que jamais de suivre cette politique vraiment apostolique, vraiment surnaturelle de Léon XIII, cette politique que Dieu justifie et couronne par d'éclatants succès.

Nous sommes revenu plus convaincu de la nécessite urgente, absolue, pour Tépiscopat, de s'unir plus étroitement que jamais à tous les desseins de Léon XIII et de propager, de défendre le véritable esprit catholique, l'esprit d'union et de paix sous l'autorité de la hiérarchie sacrée.

Nous sommes revenu plus convaincu que jamais de la nécessité urgente, absolue, de combattre, sans trêve et sans pitié, l'orgueil obstiné, la révolte qui se dissimule sous les apparences d'un zèle perfide, les audaces de l'esprit sectaire qui multiplie contre le- Vicaire de Jésus- Christ et contre ses plus fidèles serviteurs les manœuvres déloyales, les attaques iniques et les outrages sans nom.

Nous sommes revenu plus attaché encore à notre cher pays, plus désireux de le servir dans la loyauté, dans l'indépendance de notre ministère, plus ardent encore à détendre, sans braver et sans craindre personne, les libertés et les droits conliés à notre dévouement, soumis sans réserve à Dieu et à son Vicaire, respectueux mais debout devant tous les pouvoirs humains.

; 1 Thess., ii, 17, [g

Nous sommes revenu vers vous plus heureux de voiis consacrer les forces de notre santé, les ardeurs de notre âme, les accents de notre parole, les puissances divines de notre épiscopat; plus heureux encore, si cela est possible, de nous donner à tous sans exception et jusqu'à l'immolation, s'il le fallait: Eyo libentissime impendam et superimpendar ipse pro animabus veslris '.

Le Souverain Pontife a daigné nous faire écrire qu'il agréait notre lettre d'adhésion à l'Encyclique Immortale Dei, qu'en témoignage de « sa souveraine satisfaction » 11 nous envoyait une bénédiction particulière et qu'il bénissait aussi notre projet de communiquer cette adhésion comme un résumé de l'Encyclique, aux fidèles de notre diocèse.

Voici notre lettre :

Très Saint Père,

À Rome, au centre de l'unité catholique, j'ai eu le bonheur d'offrir de vive voix, à Votre Sainteté, l'hommage de ma gratitude et de mon admiration pour la magnifique Encyclique sur la Constitution chrétienne des États.

Mais, revenu dans mon diocèse avec le souvenir impérissable de Vos paternelles bontés, je voudrais m'unira mes frères dans l'épiscopat, au concert de l'Église entière, et Vous exprimer de nouveau ces sentiments, en quelques paroles qui resteront comme un témoignage de mon adhésion La plus complète aux enseignements de Votre autorité suprême.

* 11 Cor., xii, 15.

». II. 2i

Je voudrais insister sur le caractère spécial, et j<' dirai providentiel, de cette Encyclique, destinée à répandre Les clartés d'en haut au milieu des ténèbres qui grandissenl autour de nous, et les joies de la charité et de la paix, en ces temps de divisions, de luttes et d'orages.

Cette Encyclique, elle est bien nommée d'après ses premières paroles : Immortelle Dei rniserentis opus; elle est l'œuvre de Dieu par l'autorité divine de son Vicaire ; l'œuvre de la miséricorde et de la charité inspirées par le Cœur adorable de Jésus-Christ ; elle sera une des gloires de Votre pontificat, un monument immortel de science, de sagesse et d'éloquence.

En vérité, le grand péril de notre temps, le péril qui éloigne tous les secours et tous les moyens de salut, n'estce pas la séparation qui naguère se faisait de plus en plus profonde et funeste, entre l'Église catholique, d'une part, et de l'autre, les gouvernements et les peuples .'

Cette séparation, elle est due, sans doute, à l'erreur et à la haine; mais elle est due aussi à l'ignorance, à des préjugés obstinés et à des malentendus lamentables.

Depuis le jour où Vous êtes monté sur la chaire de Pierre, Vous avez poursuivi, avec une prudence consommée, avec une invincible persévérance, la grande mission de l'illumination des intelligences et de la pacification des cœurs. Cette Encyclique est le monument le plus précieux et le plus complet de Votre noble, entreprise.

Elle reproduit, d'abord, dans une puissante synthèse, la doctrine catholique sur la souree première du pou¥Oir; sur l'influence bienfaisante et nécessaire de la religion à l'égard de la société civile ; sur la facilite de reconnaître que « la seule vraie religion est celle dont Jésus- Christ est l'auteur et dont il a confie à l'Église la garde et la ditfusion» ; sur la distinction de la puissance religieuse el de la puissance civile, et leur souveraineté dans Iôs questions qui leur sont réservées; et enfin sur la nécessite de leurs relations et de leur entente. Voir»! Sainteté ache\e

cette première partie en traçant le magnifique tableau des sociétés formées à la lumière de ces grandes traditions chrétiennes.

Dans la seconde partie, Votre Sainteté condamne les fausses doctrines et les libertés funestes qui portent le nom de droit nouveau et qui sont les fruits des « perni- « cieuses et déplorables innovations que vit naître le sei- « zième siècle.. »

Les conclusions de ces démonstrations, Votre Sainteté elle-même les résume dans ces paroles :

« De ces décisions des Pontifes Romains, il faut con- « dure avec certitude que l'origine de la puissance « publique doit être cherchée en Dieu et non dans la mul- « titude ; que le droit à l'émeute répugne à la raison ; que « ne tenir aucun compte des devoirs de la religion ou trai- « ter de la même manière les religions différentes n'est « permis ni aux individus, ni à l'État; que la liberté illi- « mitée de tout penser et de tout publier ne fait pas par- « tie des droits essentiels des citoyens et n'a pas droit « au patronage et à la faveur des gouvernements. Ce « qu'il faut encore admettre, c'est que l'Église comme « TEtatcstune société parfaite en son genre et autonome ; « que les dépositaires du pouvoir ne doivent à aucun degré « travailler à rabaisser et à se l'assujettir, à~ restreindre « la liberté de son action dans le gouvernement de ses « affaires, ou à lui enlever n'importe lequel des droits qui « lui ont été conférés par Jésus-Christ. Pour les ques- « tions mixtes, la conduite la plus conforme à la nature « et aux plans de Dieu, ce n'est pas de séparer les deux « puissances, encore bien moins de les mettre en lutte « Tune contre l'autre, mais d'établir entre elles des rap- « ports de concorde en harmonie avec leurs causes les « plus prochaines, celles mêmes qui ont donné naissance « à chacune des deux sociétés. »

Sur tous ces points de doctrine que démontrent jusqu'à l'évidence, non seulement la tradition constante de

l'Eglise et les décisions des Pontifes Romains, mais le simple bon sens, les divergences d'opinion parmi les catholiques ne sont pas possibles.

Mais après avoir établi la vérité et repoussé Terreur, Vous réfutez les affirmations imprudentes qui ont troublé bien des âmes et les calomnies qui représentent L'Église comme l'ennemie obstinée des formes politiques modernes, de toutes les libertés publiques, des conquêtes des sciences et des arts, des progrès matériels, en un mot, de notre temps et de nos sociétés contemporaines.

Désormais, avec Vous, nous pouvons et nous devons enseigner que « accuser l'Église de voir de mauvais « œil les formes les plus modernes des systèmes poli- « tiques et de repousser toutes les découvertes du génie « contemporain, c'est une calomnie vaine et sans fonde- « ment. »

« Que les décisions et les lois de l'Eglise, si on veut « les interpréter sainement, ne réprouvent, en soi, aucune « des différentes formes de gouvernement, attendu que « celles-ci n'ont rien qui répugne à la doctrine catholique « et que, si elles sont appliquées avec sagesse et justice, « elles peuvent toutes garantir la prospérité de l'État. »

Avec Vous, nous pouvons et nous devons enseigner que « la participation plus ou moins grande du peuple au « gouvernement n'est pas répréhensible en elle-même et « que même elle peut, en certains temps et sous cer- « taines lois, devenir non seulement un avantage, mais « un devoir, pour les citoyens ; que si l'Église juge que « les divers cultes ne peuvent être mis sur un pied d'éga- « lité avec la vraie religion, elle ne condamne pas pour « cela les chefs d'État qui, en vue, soit de procurer un « grand bien, soit d'éviter un mal, tolèrent, dans la pra- « tique, la coexistence de divers cultes, que c'est d"ail- « leurs la coutume de l'Église de veiller avec le plus grand « soin à ce que personne ne soit forcé, malgré lui, d'em- « brasser la foi catholique et qu'elle n'a garde d'oublier

« ce sage avertissement donné par saint Augustin : La « contrainte peut tout obtenir de l'homme, tout sauf la foi.»

Avec Vous, nous pouvons et «nous devons enseignei que « si l'Église réprouve une liberté qui engendre le « dégoût pour les saintes lois de Dieu et qui détruit l'o- « béissance due à l'autorité légitime, la liberté honnête et « digne de l'homme, l'Eglise la patronne au plus haut « point et pour en garantir aux peuples la ferme et inté- « grale possession, elle n'a jamais cessé d'agir et de com- « battre. »

« Et en vérité, tout ce qui peut servir au bien général « dans l'Etat, tout ce qui est utile pour protéger le peuple « contre la licence des princes qui ne pourvoient pas à son « bien; tout ce qui empêche les empiétements importuns « de l'État sur la commune et la famille ; tout ce qui « intéresse l'honneur, la dignité de la personnalité hu- « maine et garantit l'égalité du droit de chaque citoyen, « toutes ces choses, l'Eglise catholique les a, ou bien « établies, ou bien prises sous sa protection, ou biencon- « servées, comme l'attestent les monuments des âges « précédents. »

Avec Vous aussi, nous pouvons et nous devons enseigner que « l'Eglise accueillera toujours volontiers et avec « joie tout ce qui peut contribuer à augmenter les con- « quêtes des sciences ; qu'elle favorisera et encouragera « avec zèle celles qui ont pour objet l'étude de la nature; « qu'elle accepte de grand cœur les progrès 'que chaque « jour fait naître, lorsqu'ils contribuent réellement à la « prospérité de cette vie qui est comme l'acheminement

« vers la vie future et immortelle et qu'elle a des

« encouragements pour tous les arts et pour toutes les « industries. »

Enfin, dans une troisième partie, Votre Sainteté proclame les devoirs imposés aux catholiques sur le terrain de la constitution chrétienne des Etats et des relations de la société religieuse et de la société civile,

Et tout d'abord, « dans la sphère des croyances, ils « ont le devoir de donner une ferme adhésion à chacun « des enseignements passes et futurs des Pontifes romains « et, toutes les fois que les circonstances le demanderont, « d'en faire profession publique. Particulièrement en ce « qui concerne les libertés modernes, comme on b-s « appelle, chacun d'eux s'en tiendra au jugement du Siège « apostolique et se conformera à ses décisions. »

Ces libertés funestes que les fils de l'Église doivent repousser, ce sont celles que Vous avez réfutées en détail avec la précision d'un enseignement qui ne laisse rien à la confusion et au doute et que j'ai résumées plus haut en employant les paroles mêmes de Votre Sainteté.

Les catholiques doivent conformer à ces enseignements leur vie publique aussi bien que leur vie privée. « Qu'ils « répudient sans hésitation, dites-Vous, tout ce qui est « incompatible avec cette louable attitude ; qu'ils se ser- « vent des institutions publiques, autant qu'ils le pourront « faire avec honneur, pour patronner les droits de la « vérité et de la justice ; qu'ils travaillent à ce que l'usage « de la liberté ne franchisse pas les limites posées par « la loi naturelle et la loi de Dieu, et à ce que les consli- « tutions des Etats se modèlent sur les principes du chris- « tianisme ci-dessus exposés. Ce n'est pas chose aisée, « de déterminer avec certitude une méthode unique de « réaliser tous ces avantages; puisque cette méthode doit « s'adapter à des lieux et à des temps fort différents les « uns des autres. Il faut cependant mettre au premier « rang le soin de maintenir la concorde des volontés et « de tendre à l'uniformité de la conduite. On obtiendra « sûrement ces deux résultats, si chacun se fait une loi « d'être soumis aux prescriptions du Siège apostolique et « d'obéir aux évêques établis par V Esprit- Saint pour « régir V Église de Dieu.

« Dans le domaine des opinions libres, il sera

« permis de discuter avec modération et dans le desseiD

« de rechercher la vérité, mais en mettant de côté les

« soupçons injustes et les mutuelles accusations S'il

« s'agit de questions purement politiques, comme de se « prononcer sur le meilleur système de gouvernement « ou sur telle ou telle manière d'organiser les États, on « peut se livrer à de libres et honnêtes discussions. « Incriminer les catholiques dont la pieté et la disposition « d'obéir iilialement aux décisions du Saint-Siège sont « notoirement connues, parce qu'ils professeraient sur « ces divers points des sentiments différents des nôtres, « cela constituerait une véritable injustice. On se rendrait « plus coupable encore si, comme Nous avons eu le « regret de le voir faire en plus d'une circonstance, on « suspectait leur foi ou si on les accusait de la trahir. Les « écrivains et particulièrement les journalistes, ne devront « jamais perdre cette règle de vue. »

Quelle réponse éclatante aux calomnies dirigées contre la doctrine catholique! Quelles décisions lumineuses et précises données à tant de questions douloureusement agitées par les fils de l'Église ! Quelle sécurité pour la soumission parfaite sur ces voies semées de tant de périls, même pour les intelligences les plus élevées et pour les meilleures volontés! Quel remède souverain à des dissensions funestes? Quelle puissance rendue aux catholiques pour le service loyal et dévoué de leur pays et pour la défense de la sainte Église !

Aussi, cette magnitique Encyclique apparaît comme le commentaire authentique et infaillible du Si/Ilabus longtemps exploité pai' l'ignorance et la haine, et devenu pour un si grand nombre, un objet de répulsion et d'épouvante. I/erreur et l'exagération, qui est encore l'erreur, Vous les avez réfutées : les préventions, les préjugés et les craintes, Vous les avez dissipés et Vous établissez le règne de la paix dans les splendeurs de la vérité parfaite.

Nos sociétés contemporaines qui ont, comme toutes les

sociétés de tous les temps, leurs défaillances, leurs égarements et leurs crimes, mais qui ont aussi leurs aspirations généreuses, leurs œuvres admirables de foi et de charité, leurs incontestables progrès, Vous ne les repoussez pas, Vous ne les maudissez pas. Ah! ces sociétés, elles doivent, elles aussi, trouver dans les enseignements et l'autorité des Pontifes Romains et dans le cœur maternel de l'Eglise, la lumière, la prospérité et le salut. C'est pourquoi, Vicaire du Fils de Dieu qui est le Sauveur de tous les hommes et de toutes les générations, le Maître de tous les peuples et de tous les temps, Vous tendez à ces sociétés une main miséricordieuse. Vous repoussez et les doctrines qui conduisent ces sociétés aux abîmes, et les anathèmes qui trahissent la vérité, la charité et la justice; Vous appelez à Vous les âmes et les peuples par les démonstrations victorieuses de la raison et de la foi et par les attraits de la miséricorde. Vous faites la part de l'erreur et du mal ; mais vous faites aussi la part d'une «juste tolérance, d'une saine et légitime liberté et des honnêtes et utiles progrès de notre âge. »

Sur ces hauteurs du Vatican d'où Vous enseignez le monde, dans Votre àme de pasteur et de père, dans cette synthèse admirable de la doctrine catholique, la miséricorde et la vérité se sont rencontrées et vous préparez par la justice, le triomphe et le règne de la paix : Misericordia et veritas obviaverunt sibi, justitia etpaxosculatœ sunt.

Aussi, tandis que les catholiques font montei jusqu'à Vous les témoignages de leur reconnaissance et de leur admiration, les hommes les plus hostiles s'inclinent avec respect devant ces nobles enseignements, revêtus des séductions de la plus haute éloquence.

Presque tous les gouvernements se rapprochent de la Chaire de Pierre : et voici que, subjuguées par l'ascendant d'une autorité morale qui grandit chaque jour, deux grandes nations vous ont choisi comme arbitre. Ainsi Vous a\ez rendu à In Papauté désarmée et dépourvue de toutes jes

ressources humaines, en ces jours où tout pouvoir est maudit ou contesté, une puissance et une gloire que notre siècle croyait à jamais anéanties et que les siècles passés ont rarement connues.

Soyez donc béni, ô Saint-Père, ô Pasteur des pasteurs, ô Docteur des âmes et des peuples, soyez mille fois béni ! Que Dieu qui Vous a donné, par une grâce insigne, à son Eglise, en ces temps d'épreuves et d'orages, Vous garde longtemps pour elle! Qu'il Vous soutienne et Vous fortifie dans Vos incessants et prodigieux travaux! Qu'il Vous accorde la consolation suprême qu'ambitionne Votre grand cœur : qu'il Vous donne de conduire l'Eglise, par la lidélité de ses fils à la vérité complète, parleur soumission parfaite à la hiérarchie sacrée, par l'union de toutes les volontés et de toutes les forces, au triomphe qui ouvrirait, pour la société civile, pour les peuples fidèles, l'ère de la pacification, de la prospérité matérielle et de la grandeur morale !

POUR AÏWOKCER

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