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DE NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE LÉON XIII

23 octobre 1886.

Nos Très Chers Frères,

L'Église Catholique célébrera, au mois do décembre de l'année prochaine, le Jubilé sacerdotal de Notre Saint- Père le Pape Léon XIII.

L'heure est venue de vous dire ce que cet anniversaire est pour tous les enfants de l'Eglise et la part que le diocèse de Nancy doit prendre à la manifestation de foi, de vénération, de gratitude, de piété filiale que préparent, depuis quelques mois déjà, toutes les nations catholiques.

Il importe souverainement que cette manifestation soi! digne du grand Pape que Dieu nous a donné dans sa miséricorde, et qu'elle réponde à notre amour et à notre admiration. Il faut qu'elle fasse resplendir, au milieu des défaillances et des abaissements, des divisions et des ténèbres de notre temps, la dignité et l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ, la puissance et l'unité catholiques.

C'est un jour de profonde, d'indicible émotion, celui où un prêtre, après cinquante années consacrées aux fondions

sublimes du sacerdoce et au ministère des âmes, monte à l'autel pour remercier Dieu de tant de faveurs, de tant de bienfaits, et pour raviver les souvenirs mille fois bénis et les délices célestes de sa première messe. Mais que sera ce solennel anniversaire pour le prêtre par excellence, pour le Pontife suprême, pour le représentant le plus élevé, le Vicaire du Prêtre Eternel Notre-Seigneur Jésus-Christ'.' Cette fête qui est si belle et si douce dans la plus humble paroisse, que doit-elle être dans l'Eglise universelle .'

Quelle fête que ce jour où le prêtre qui gravira les degrés de l'autel portera dans son âme, avec les sollicitudes de tous les peuples calboliques, les souvenirs d'un sacerdoce visiblement comblé des bénédictions de Dieu, d'un long et fécond épiscopat, et d'un pontificat glorieux ! Quelle fête que ce jour où ce prêtre, cet évêque, ce Vicaire de Jésus-Christ offrira le sacrifice rédempteur, soutenu par les prières de deux cent millions d'hommes, salué par la vénération et par l'amour des fidèles, du clergé, de l'épiscopat, dans l'univers entier, et que l'âme, le cœur de l'Eglise s'élèvera, avec son cœur ému, dans la joie, la reconnaissance et l'adoration ! Quel magnifique, quel admirable, quel puissant sursum corda réjouira Dieu et ses anges et fera tressaillir la terre et le ciel !

Ah ! c'est que le Pontife, objet de cette fête est celui à qui Dieu a dit : « Pais mes agneaux; pais mes brebis1 »; « Confirme tes frères2 ; » et encore : <« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de V enfer ne prévaudront jamais contre elle*. » C'est celui à qui, selon saint Cyrille, Jésus-Christ adonné très pleinement la plénitude de ce qui est en lui-même1' ; celui que les Pères et

1 Joan., XXI, 15, 17.

'-' Lie, xxn, 32.

1 Matth., xm, 18.

* S. Thomas. Opusc. De arroro Grcetorum, — Sijares lib. UI,TJt> Prù mut Hom. l'ont. Cap. xvu, u. tj

les Conciles proclament le chef de l'Eglise1, la source de FÉpiscopat2, l'Ëvêque de l'Eglise catholique3, le Docteur universel et infaillible4, et dont l'union avec l'Église est si intime que toute la tradition affirme que là où est Pierre, là est l'Église : Ubi Petrtis, ibi Ecclesia\

Cette grande fête sera donc une manifestation de respect et de soumission envers le Pontife Romain, une manifestation de la foi, de l'unité et de la vitalité de l'Église. Aussi, nous aimons à reproduire ici les belles paroles que l'éminent et éloquent Cardinal Schiaffino, président de l'Œuvre du Jubilé sacerdotal de Notre Saint Père le Pape, adressait naguère à FEpiscopat catholique :

« Il ne saurait échapper à la sagesse connue de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, qu'en cette occurrence une manifestation d'amour filial et de gratitude pour les œuvres glorieusement accomplies, s'adressant au Souverain Pontife, porte en elle-même une signi^- (ication qui, j'oserai le dire, va au delà de l'auguste et grande personnalité qui en est l'objet.

« Il s'agit de montrer à ceux de nos frères égares, qui affectent de croire que la foi est vaincue et comme anéantie par les coups de l'incrédulité, combien, au contraire, elle demeure vigoureuse et pleine de vie; il s'agit de mettre sous les yeux delà société divisée en partis ennemis les uns des autres, cette société catholique qui, ravivée par Fesprit du Seigneur, trouve dans la chaire de saint Pierre et dans le magistère du Vicaire de Jésus- Christ une merveilleuse unité d'esprit et de cœur. »

Mais le Pape n'est pas le Docteur suprême et le Pasteur dr> pasteurs, il est un père. Il est père, parce qu'il donne à tous les fidèles, dans l'univers entier, la vie spirituelle et divine par l'intermédiaire du clergé et de lépiscopat. Il

1 S. Ghrypost. Hom. LXXX, ad popul.

8 S. Cyph. Epist. XLV, ad Cornel.

3 Concil. Chalced. et Constaotînop. n Epist. ad Synod.

1 Concile du Vatican.

* S. Ambros. in Psalm. XL., n. 30.

est père, parce qu'il gouverne, plus encore par l'amour et la miséricorde que par l'autorité, la grande famille catholique. Il est père, parce qu'il ressent dans son cœur Imites les épreuves de ses fils, toutes les sollicitudes et toutes les angoisses delà tendresse paternelle; parce qu'il est la plus haute, la plus parfaite, la plus touchante image du Dieu de qui descend toute paternité, au ciel et sur la terre '. Tout ce qu'il y a de plus vénérable et de plus doux dans les paternités de ce monde se trouve à un degré supérieur dans la paternité surnaturelle de ce vieillard qui est salué des noms de Pape, de Père des pères, de Saint- Père.

C'est pourquoi cette fête doit émouvoir notre pieté filiale. Il faut qu'en ce jour le Pape soit le Bienheureux Père, qu'il apparaisse entouré de tous ses enfants comme d'une couronne de joie et que sa gloire rejaillisse sur sa famille : Corona senum /Mi jiliorrm et gloria filiorum patres eoram2. Pasteurs, à tous les degrés de la sainte hiérarchie, nous qui sommes aussi des pères, ne devons-nous pas, en accomplissant ce grand devoir, obtenir que nous soyons consolés et réjouis dans nos fils et que nos prières soient enfin exaucées : Qui honorât patron suuni jucundabitur in /Mis, et in die orationis suœ exaudieîur ' .' Quelle est la famille chrétienne qui n'ait pas besoin d'attirer plus que jamais sur son foyer la bénédiction (lu père qui affermit la demeure des enfants, et d'écarter, en consolant notre mère désolée la sainte Église, les malédictions qui détruisent les demeures et les familles jusque dans leurs fondements : Beneilictio patris firmal domos filiorum; maledictio autan matris eradicat fundamenta '.

N'oublions pas (pie cette manifestation doit répondre auv gloires et aux épreuves du Pontificat de Léon XIII.

Ex quo omnis paternilas in cœlo ri in titré nominatw. Ephk., ih,

2 Prov., wii, 0.

Eccu. , m. .">.

Eccli.. m. 11.

Jamais, peut-être, depuis l'origine de l'Eglise, des obstacles plus nombreux et plus redoutables ue s'étaient présentés au successeur de Pierre, à l'heure où il est monté (In us la chaire infaillible et sur ce trône en butte à tous les assauts de l'enfer. Partout les peuples frémissants, la société attaquée dans ses assises, les gouvernements hostiles, l'indépendance de la Papauté menacée jusqu'aux portes du Vatican par l'invasion victorieuse; nulle part, un secours, un appui, un rayon d'espérance. Mais la grande âme de Léon XIII a dissipé bien des préjugés, écarté plus d'un péril, apaise plus d'un orage.

Ses enseignements ont résolu les principaux problèmes qui agitent nos sociétés; les droits de la hiérarchie catholique ont été aflirmés et venges ; les études sacrées ont reçu une impulsion puissante ; les sciences naturelles, dont notre siècle est épris, ont été saluées comme les auxiliaires de la foi. IAascendant de la Papauté a grandi, presque tous les gouvernements se sont rapprochés du Pontife Romain, et parmi les adversaires les plus obstinés de l'Eglise, il n'en est pas un qui ne reconnaisse les vertus, la dignité, la haute intelligence et la sagesse de Léon XIII.

Comme ses plus vaillants prédécesseurs, Léon XUI n'a cessé di1 faire entendre les revendications de la vérité et de la justice, et nous pouvons redire ces paroles:

«0 grandeur Ue ce ministère apostolique! 0 éloquence

des huiles pontificales où la majesté de l'autorité qui axerlit et qui condamne est tempérée par la suavité de l'amour qui gémit et qui supplie! Bonté de Dieu dans nos malheurs ! il y aura donc toujours, sur cette triste terre, une voix que ni l'erreur, ni les passions ne pourront étouffer; une voix qui consolera les ;ilïligvs, qui soutiendra les victimes, qui flétrira les bourreaux, qui pleurera sur les tombés; et qui, au milieu des démentis donnes à la vérité, des défaites de la justice écrasée, des agonies de l'honneur et du droit, maintiendra, plus haut que toute clameur,

la vérité, la vertu, l'honneur, la justice. î;i liberté, aux applaudissements des aines honnêtes, consolées et vengées ' ! »

Une pareille œuvre ne peut être accomplie sans des luttes douloureuses ; les épreuves n'ont pas manque au Vicaire de Jésus-Christ, et il doit être consolé par l'amour et la gratitude de ses enfants.

Les âmes les plus fortes hésitent parfois sous le poids de responsabilités qui effrayent la faiblesse humaine, et qui seraient redoutables aux Anges 2. Les âmes les plus généreuses ont leurs heures de tristesse et d'abattement ; les chefs les plus vaillants se sentent soutenus et fortifiés par la confiance et le courage de tous. Il n'est pas de jour où le Pape ne prenne la responsabilité des décisions les plus graves ; il n'est pas de jour où la douleur ne l'assaille. Plus que tous les disciples de la Croix, le Vicaire du Dieu crucifié doit « achever en lui ce qui manque à la passion de Jésus-Christ 3. » Placé plus haut dans l'autorité et dans la gloire, il doit avoir une part de roi, et porter sur son front, avec la tiare, une couronne d'épines. Représentant le plus parfait de l'idéal de toute perfection, qui a voulu être l'homme de douleurs, il doit posséder ce je ne sais quoi d'achevé que le malheur ajoute à la vertu.

Aussi, les épreuves, les angoisses ont été la part de tous les Papes; elles sont la part de Léon XIII. Que de résistances obstinées aux sollicitations de sa sagesse et de sa miséricorde ! Dans cette Italie dont la Papauté, selon une parole célèbre, est la dernière grandeur vivante, quels cris de haine se font entendre ! « C'est à Rome même, disait il y a quelques jours Léon XIII aux pèlerins hollandais, qu'on livre les combats les plus acharnés. »

1 Bolgaid, L'Église, p. 562.

2 Onus quippe ançelicishumeris formidandum. (Conc. Trid. Sess. VI de Reform. Ci.)

3 Colopp., î, 24.

Et ailleurs, quelles conjurations aveugles contre l'Église, quelles atteintes à la liberté des consciences catholiques, quelles persécutions répondent parfois aux paroles de la patience et de la charité de l'auguste Pontife! Dans l'Extrême-Orient, les chrétientés désolées font monter leurs cris de détresse jusqu'au Père qui ne peut les protéger et les défendre.

La charile catholique, la pieté filiale, n'apporteront-elles pas à l'âme attristée du Pontife et du Père les plus douces consolations?

Ici comme partout, la France sera au premier rang. Elle se souviendra de son titre de Fille aînée de l'Eglise, et aucun peuple ne la surpassera dans l'élan de la générosité.

D'ailleurs, Léon XIII a donné constamment à notre pays les preuves les plus touchantes de son amour, de son invincible confiance. Malgré les tristesses du présent, il n'a laissé échapper aucune occasion de dire ce qu'il attend de la fidélité de ce noble peuple toujours si profondément chrétien. Naguère encore, dans cette question si grave du protectorat catholique en Chine, Léon XIII a donné une nouvelle preuve de son amour et de sa miséricordieuse condescendance pour la France, sans oublier ces chrétientés lointaines et cet empire de quatre cent millions d'hommes où l'Eglise peut être appelée bientôt à jouer un rôle providentiel qu'aucune puissance politique ne pourrait accomplir. La décision prise par le Saint-Siège est un témoignage éclatant « de cette sagesse, de cette prudence et de cette mansuétude qui, comme une pensée maîtresse, dominent et inspirent tous les actes de ce pontificat réparateur et riche en initiatives. C'est ce désir du bien, cette passion sereine de la paix qui a attiré les gouvernements, qui a préparé la pacification en Prusse, qui, sur tous les points de l'univers, a provoqué un retour vers Rome. C'est cette même disposition qui a guidé Léon XTI1 dans ses rapports récents avec la France. Cette nation, ■r. 11. fi

qui n des liens historiques si intimes et si nombreux avec les Pontifes de Rome, comprendra que Léon XIII a ajouté un nouvel anneau à celte chaîne glorieuse de services el de bienfaits qui va de Gharlemagne h lui. Elle a été la première, la plus chevaleresque dans la lulle des nations en faveur du Saint-Siège: elle le restera, et cette question de Chine, au lieu de troubler, aura fortifie cette harmonie H cette alliance garantie par Dieu et les siècles 1. »

En France, le diocèse de .Nancy tiendra une place d'honneur. Nous l'avons dit et nous sommes heureux de le redire, malgré les épreuves que subissent toutes les fortunes, notre diocèse s'est montré, cette année, plus généreux que jamais. Noblesse et charité obligent.

Cette charité qui atteindra le Saint-Père dans sa détresse, le ministère des âmes dans ses reg'ous supérieures et dans son universalité, l'apostolat dans sa forme la plus élevée, et le foyer même de la vie catholique, est évidemment la plus précieuse aux regards de Dieu et In plus méritoire. Si l adorable Maître a dit: « Ce que vous aurez fait au plus petit et au dernier de mes serviteurs, c'est à moi que vous l'aurez fait », que dira-t-il de l'aumône faite avec générosité au plus grand, au premier de ses serviteurs, à son vicaire el. à sa vivante image :'

Aussi, le Denier de Saint-Pierre, doit produire, cette année, des sommes plus considérables. Des offrandes de tout genre: vases sacrés, ornements el linges liturgiques, me\ibles, objets d'art et de piété, seront unis à celte première et essentielle offrande. Ces offrandes, après avoir fait partie d'une exposition qui sera installée au Vatican, permettront au Saint-Père de secourir les églises pauvres, les m'ss Ynnaires. les chrétientés lointaines qui, à celle heure encore. donnent à Dieu et a l'Eglise des saints el des martyrs.

Les Commiinanles religieuses, les association.- de piété

» L» Moniteur de Home « I • 1 7 septembre 1886.

et de charité, les artistes chrétiens, les familles qui uni conserve, avec les traditions de la foi, les inspirations de la piele envers le Vicaire de Jésus-Christ, même les plus humbles fidèles, prendront sous une tonne ou sous une autre, une part à celte universelle manifestation.

Des Comités de pèlerinage au tombeau des Saints Apôtres se constituent dans plusieurs pays catholiques. Nous avions préparé, l'année dernière, dans tous ses détails, un pèlerinage diocésain : niais les circonstances ne nous oui pas permis de réaliser ce projet. Un pèlerinage delà Lorraine entière serait bien plus considérable et apporterai! au Saint-Père de bien plus douces consolations. Aussi, nous espérons pouvoir, de concert avec nos vénérés collègues, les évêques de Saint-Dié et de Verdun, organiser un pèlerinage lorrain. .Nous ne doutons pas que cette pensée ne reçoive les plus nombreuses et les plus vives approbations. Léon XIII a daigné nous dire, au mois de décembre dernier, avec quelle joie il accueillerait cette pieuse caravane de prêtres et de tidèles lorrains.

Voici un extrait des Maints de la Commission établir à Borne :

« La Commission a pour but de provoquer dans le monde catholique des témoignages solennels de dévouement et d'amour pour la personne de notre bien-aime Père, h- Souverain Pontife Léon XIII. à l'occasion de ses uoces d'or, c'est-à-dire de son Jubile sacerdotal qui s'accomplira en décembre 1887.

Tout en laissant à chaque nation, à chaque diocèse, à chaque société, etc., etc., le soin de se préparer à ce grand événement, de la manière et par les moyens que chacun jugera les plus opportuns, la Commission se propose de faire un appel à tous les catholiques pour les réunir fraternellement en quatre œuvres communes, qui seront :

L° Une sainte ligue deprières pour «btenir de Dieu le

triomphe de l'Église et la conservation du Souverain Pontife Léon XIII.

2° Une Exposition au Vatican des produits de l'art el de l'industrie des catholiques, destinés à être offerts à Sa Sainteté. La partie principale de cette Exposition sera réservée aux objets du culte.

3° L'honoraire de la Messe du Saint-Père composé de dons très minimes offerts par les catholiques du monde entier.

4° Pèlerinages au tombeau des saints apôtres Pierre et Paul au Vatican.

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