‹ Letters pastoralesChapitre 32 sur 46 · lOAN., VI · texte numérisé non relu

lOAN., VI

« Préparons-nous; voici l'automne où mûrissent les fruits de l'éternité. Cette plante, qui est votre âme. qui a reçu sa croissance du Ciel, sera cueillie bientôt, et les mortels n'en verront plus en terre que les dépouilles. ( Considérez que la vie fuit comme l'ombre, passe comme un songe, s'évapore comme une fumée, et que l'homme ici-bas ne peut rien embrasser de solide. Tout passe

« Sortons donc de ce monde et montons au Ciel, par le secours de Dieu. Chères âmes, n'êtes-vous pas coulent es de me suivre ? appréhendez-vous ce passage?

« Que craignez-vous? Craignez vous le mal qui arrive à la dissolution ? Eh bien, ne faut-il pas souffrir une fois avec Jésus qui a si cruellement souffert pour nous ? Craignezvous de quitter le fatras de ce monde où la vanité règne, où l'avarice ternit toutes les vertus, où Ion boit les péchés comme l'eau, où Ton voit des échantillons de l'enfer? Retirez-vous de ces filets pour aller en un lieu où ne sont plus ces tristes et horribles fantômes.

« Et d'ailleurs ne vous suflit-il pas d'avoir vu tant de soleils, tant de jours, tant de nuits? Pensez-vous que les arbres de la forêt produisent d'autres feuillages, que la nature donne d'autres fruits ? Pensez-vous que les feux qui étincellent au ciel donneront une lumière meilleure ?

« Quittons donc ce monde, à chères âmes, allons au lieu où règne l'autre lumière...

« Les trésors de la vie sont, l'amour, l'humilité, l'habitude de la mort.

« Oh! si nous pouvions, vous et moi, parvenir à l'état de Jésus, et dire aussi: je suis doux et humble de cœur !

« Oh ! si nous pouvions, vous et moi, suivre Jésus en portant notre croix chaque jour, en mourant tous les jours avec lui comme saint Paul !

« Oh ! si, nous dégageant ainsi de l'esprit et de la corruption des sens, nous nous approchions chaque jour de la vie éternelle!... Alors nous saurions dire aussi:

« Et maintenant allons à la dissolution!... Avançons,

traversons cet instant! Déjà je n'ai plus foi dans mes extases, car je vois : je n'ai plus d'espérance, car je commence à posséder; et la charité seule me reste pour me joindre à vous, r> mon Dieu ! à vous qui êtes la charité d'où sort le feu d'amour qui nous embrase ' ! »

1 Gratry : Dp li cnnnaissancp de l'drne, liv. VI, chap. n.

SUR

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