SUR LEURS ENFANTS
(5 janvier l«8tf.
Nos Très Cher s Frères,
Plusieurs de nos Lettres pastorales ont été consacrées à vous démontrer l'importance de l'enseignement chrétien et de l'éducation chrétienne, et à défendre les droits sacrés des pères et des mères. Mais la connaissance de ces droits et de ces devoirs ne saurait suffire à assurer le bonheur des enfants et à préparer dans les fortes croyances . dans la vertu et dans l'honneur, les générations de l'avenir. Il faut remonter à la cause première des périls qui menacent, à l'heure présente, l'enseignement et l'éducatiuii de l'enfance. Cette cause, elle est dans les parents eux-mêmes ; elle est dans l'oubli trop fréquent de leurs devoirs et en particulier du grand devoir de la vigilance sur leurs enfants,
C'est à ce devoir que nous consacrons cette lettre pastorale, parce que la vigilance résume, à certains points de vue, presque tous les devoirs des pères et des mères, qu'elle en est comme l'application et la mise en pratique
et parce que ce devoir est peut être, à l'époque actuelle,
plus méconnu que tous les autres.
Cette instruction pastorale s'adresse donc directement aux pères et aux mères: et quel sujet pourrait être plus digne de leur attention, plus capable d'exciter leur zèle et d'émouvoir leur cœur? Mais cette instruction offre des conseils utiles à tous ceux qui ont une part dans l'œuvre de renseignement et de l'éducation ; en rappelant aux parents leurs obligations et leurs droits, nous rappelons aux enfants qu'ils doivent à leurs parents soumission, amour et reconnaissance.
En traitant un pareil sujet, nous obéissons à des convictions profondes, à notre ardent désir de votre bonheur et du bonheur de vos enfants. Nous savons aussi que nous réalisons les vœux des pasteurs de vos paroisses, de tous les maîtres intelligents et dévoués, de tous les hommes qui étudient avec sagesse les maux de notre temps et les moyens de régénérer et de sauver les peuples qui s'égarent et nos sociétés en péril.
Nous vous démontrerons la nécessité de la vigilance sur vos enfants et nous vous dirons quelles qualités elle doit avoir.
Puisse le Dieu infiniment bon qui vous a donné vos enfants et qui a établi par les lumières de ses enseignements et la puissance de sa grâce, la famille chrétienne : puisse l'adorable Maître qjui aimait, caressait et bénissait les petits enfants et qui a rendu à la Chananéenne sa tille guérie, à la veuve de Naïm son fils ressuscite, inspirer nos paroles afin qu'elles vous éclairent et qu'elles touchent vos cœurs !
La première, la plus haute, la plus vénérable et la plus nécessaire de toutes les autorités, après celle de Dieu, est l'autorité des pères et des mères.
En dehors de l'action perpétuel le de cette autorite, en dehors de l'accomplissement fidèle des devoirs qu'elle impose, la famille ne peut exister. L'autorité est le lien doux et sacré des membres qui composent la famille ; elle en est la base indispensable, pareille aux assises de pierre qui portent les murailles de la maison paternelle. Quand ce lien se brise, quand cette base est détruite, la famille elle-même disparait.
L'autorité est nécessaire encore au but essentiel de la famille, à l'éducation des enfants. Cette grande œuvre qui consistée -lever et à transformer lésâmes dans la lumière et dans la force, dans la vérité et dans la vertu, est évidemment impossible sans l'autorité qui éclaire, qui dirige, qui reprend, qui corrige, qui unit la fermeté à la douceur, l'énergie à la tendresse.
Cette autorité est si haute, si vénérable et si nécessaire parce qu'elle est divine dans son origine. Dieu est l'autorité souveraine, suprême, sans limites, parce qu'il est le Créateur et l'Auteur de toutes choses. L'homme n'est propriétaire que parce qu'il transforme, qu'il perfectionne par son travail et qu'il transmet ainsi comme une part de ses forces, de sa vie, de sa personnalité elle-même. Dieu crée ; il tire du néant, il appelle à l'existence ce qui n'était pas. Par lui tout a été fait et rien n'a été fait sans lui: Onmia per ipsum facta sunt et sine ipso factum est nihil quod factum est l.
Dieu a associé les pères et les mères à son action créatrice. Il met en eux quelque chose de cette puissance infinie par laquelle il est Créateur et Maître souverain : il les fait entrer dans l'action de sa providence : il les fait créateurs à son image.
A un autre point de vue, les pères et les mères sonl associes à la puissance et à l'action créatrice de Dieu. Leur mission, nous le verrons bientôt, est comme l'achè-