JOAN., I
vement de l'œuvre divine dans ce qu'elle a de plus noble, de plus élevé, la création des âmes. L'éducation développe, élève, perfectionne, achève, pour ainsi dire, ces âmes que Dieu a créées. Dans cette seconde œuvre, il exige, plus que dans la première, le concours du père et. de la mère, de toutes les ressources qu'il leur a données, de tous les trésors qu'il a mis dans leur intelligence et dans leur cœur. Et pour qu'ils accomplissent avec lui cette œuvre supérieure, surhumaine, il donne aux pères et aux mères une part de son autorité divine. C'est pourquoi les hommes affirment dans leur langage ces grandes et hautes vérités ; ils disent en parlant d'un père : c'est Pauteur de mes jours, et d'un ancèlre illustre : c'est l'auteur de ma race.
Ainsi l'autorité paternelle vient de Dieu, de qui vient tout pouvoir : Mon est potestas nisi a Deo ! : de qui procède toute paternité, au ciel et sur la terre : Ex quo omnis paternitas in cœlo et in terra nominatur9. Elle a sa source et son image en Dieu qui est appelé le Père céleste, le père de tous : Pater omnium 3. Aussi, une part non seulement de l'autorité, mais de la majesté de Dieu descend sur le front des pères et des mères.
Cette autorité est essentielle, nous Pavons dit; elle tient à la nature et au fond même des choses : elle est inséparable de la paternité et de la maternité. Aucune puissance humaine ne peut la détruire ; les parents eux-mêmes ne peuvent l'abdiquer ni permettre qu'elle soit abaissée, méprisée et amoindrie. Elle est, une fois encore, la plus haute, la plus nécessaire, la plus imprescriptible de toutes les autorités humaines. Or, n'est-il pas évident, Nos Très Chers Frères, que la vigilance des parents sur les enfants est essentielle à cette autorité ? Dieu ira pas constitué 1 famille sur le modèle divin de la Trinité adorable m la
1 ROM., Mil, 1.
- Ern., m, 15.
3 Kimi. , iv, 6.
faisant sagesse, puissance et amour, sans exiger que cette puissance soit utile et féconde, que l'amour prépare le bonheur et la perfection de ceux qui sont aimés, que la sagesse gouverne la famille comme la sagesse divine gouverne toutes choses par sa providence. D'ailleurs, l'autorité qui n'est pas vigilante est inerte et aveugle ; inerte et aveugle, elle est bientôt méprisée. Cette autorité qui ne voit pas et qui n'entend pas, qui ne veut ni savoir ni agir, devient le jouet de la ruse, du mensonge et de la révolte.
Cette impuissance, cette trahison d'un devoir sacré ne bannissent pas seulement le respect du fond des cœurs ; le mépris s'affirme bientôt dans les paroles et dans les actes.
Pourquoi s'étonner que les enfants parlent et agissent comme si votre autorité n'existait pas ? Votre autorité, c'est vous, pères et mères, qui l'avez niée et qui l'avez détruite. Ces jeunes gens, ces jeunes filles lui échappent parce qu'ils échappent à votre vigilance; tout conseil, toute répression deviennent impossibles ; ils sont les maîtres souverains de leurs actions; ils choisissent à leur gré leurs compagnons et leurs compagnes. Si un avis timide leur est parfois donné, si un désir est exprimé par ceux qui ont le droit et le devoir de commander et de se faire obéir, il n'y a, les enfants le savent bien, pour soutenir ces désirs et ces avis, ni énergie, ni sanction. On dirait vraiment que les rôles sont changés, que les enfants commandent et que les pères et mères doivent obéir.
Vous vous plaignez que l'indépendance et la révolte pénètrent partout. Vous dites : les maîtres et les maitresses ne sont plus respectés; les pasteurs, ministres de Dieu, ne peuvent plus diriger les enfants, leur imposer l'étude de la doctrine chrétienne, une attitude pieuse dans le lieu saint, et la préparation au grand acte de la première Communion : toute autorité est attaquée, le mépris
monte jusqu'aux régions les plus élevées du pouvoir dans la société civile et dans la société relgieuse ; nous marchons par toutes les voies à l'indépendance absolue, à la révolte sans limites et à l'universelle anarchie. Vous vous plaignez et vous êtes la cause première de ces désordres. Vous-mêmes, vous n'êtes ni respectés ni obéis ; vous apprenez à vos enfants par votre indifférence, par votre faiblesse, par l'impuissance de l'autorité paternelle, à mépriser et à braver toute autorité. Comment voulez-vous que les maîtres, qui ne sont que les représentants, les délégués de votre pouvoir et de vos droits, soient respectés si vous ne Têtes pas vous-mêmes? Comment voulez-vous que vos enfants soient dociles à la, voix du prêtre, si vous leur permettez tous les jours et à tous les instants du jour de résister à vos ordres les plus pressants, s'ils savent que les plaintes des ministres de Dieu, les plus justes et les plus affectueuses, ne trouveront en vous ni un écho, ni un secours elficace? Pouvez-vous espérer qu'arrivés à la jeunesse et à l'âge mûr, ils renonceront aux habitudes de résistance, de mépris et de révolte que vous aurez laissées s'affermir et se développer dès leurs premières années, et qui seront devenues en eux comme une seconde nature?
Que pourront alors et que peuvent aujourd'hui \n> regrets et vos gémissements? Cessez ces plaintes inutiles, ressaisissez d'une main énergique le sceptre de votre autorité. Reprenez la direction de votre famille, veillez sans cesse sur vos enfants: donnez des ordres et faites-les lidèlement accomplir, sinon vous porterez devant les hommes et devant Dieu, avec la responsabilité du mépris et de la ruine de votre autorite, la responsabilité du mépris et de la ruine de toute autorité.
Serions-nous condamné, Nos Très Chers Frères, à démontrer aux pères et aux mères qu'ils doivent aimi l leurs enfants? Nod. Ce serait leur faire la plus cruelle injure. S'ils n'entendent pas, dès le premier jour où l)i«'u
h béni leur union en leur accordant un enfant, cette voix • sans égale de l'amour paternel et <le l'amour maternel, quelle voix seraient-ils capables d'entendre?
Cet amour, il est fait de tendresse, de dévouement, de miséricorde et de pardon. II est, surtout au cœur des mères, le plus élevé et le plus pur. le plus fort, le plus désintéressé et le plus héroïque de tous les amours de la terre. Chaque jour et à tous les instants du jour, dans la demeure qui paraît riche et heureuse, comme dans la mansarde et la chaumière désolées, il accomplil des prodiges. Il accepte des sacrifices qui n'ont d'autres limites que les forces humaines, que la faculté de souffrir et de s'immoler. Pauvreté sans espoir, travail sans repos, cruelles privations, humiliations écrasantes, larmes intarissables et cachées, ardentes supplications, accents d'une tendresse que rien ne peut égaler, cris déchirants du désespoir, vous êtes les témoignages de cet imcomparable amoiii- 1
Ah ! c'est qu'il est le dernier mot et la suprême puissance de l'amour ici-bas. Au dessus et au delà, il n'y a plus que l'infini et le divin.
Aussi, lorsque Dieu veut parler de l'immensité de son amour, lorsqu'il veut faire comprendre au pécheur sa miséricorde sans limites, il les compare à l'amour et à la miséricorde d'une mère : « J'aurai, dit-il, plus compassion de vous qu'une mère ' », et encore : « Venez à moi... ; comme une mère caresse sou enfant pour le consoler, ainsi je vous consolerai et voire cœur sera dans la joie2. »
Si cet amour n'existait plus, s'il était méconnu «'t trahi non plus par quelques monstres méprisés et repoussés de tous, mais par un grand nombre, il n'y aurait plus qu'à désespérer de l'humanité. Il faudrait maudire toute parole
i Miserebitur tui magis quam mater (EccLi., i\. 11). - Quomodo ?i cui mater blandiatur il;i ego consolabor vos... Videbitis et gaudebit cor vestrum (Isai.i:, i.xvi, 13, 14).
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d'affection qui sortirait encore des lèvres de l'homme, parce qu'elle ne monterait plus de son cœur, paire que l'amour des pères, parée que l'amour des mères ne serait plus que mensonge et trahison.
Et pourtant, Nos Très Chers Frères, nous accomplissons un douloureux devoir, en affirmant qu'il est i\<> pères et des mères qui n'aiment pas leurs enfants. Qui sont-ils? demandez-vous. Nous vous répondons : les pères et les mères qui n'accomplissent pas le devoir sacré de la vigilance sur leurs enfants.
L'opposé de l'amour, l'opposé de toute affection sincère, c'est l'oubli. Oublier, c'est ne plus aimer. Dans la colère, dans l'injure, dans la malédiction elle-même, parfois l'amour subsiste encore ; froissé, blessé, désolé, il subsiste et se fait entendre. L'oubli au contraire, c'est l'indifférence, c'est l'absence de ceux qui étaient aimes, c'est le silence, c'est le froid, c'est le vide, c'est le néant de toute affection.
Est-il possible que des pères et des mères oublient leurs enfants? Dieu qui a fait Je cœur des mères et qui seul en connaît la profondeur et la puissance. Dieu se demande si une mère peut oublier son enfant et n'avoir pas pitié du fils de ses entrailles : Numquid oblivisci potest mater infantem situm ut non misereatur filio uleri sui 1 ?
Et pourtant, interrogez ce père de famille dont l'occupation la plus importante et la plus chère devrait être la direction et l'éducation de ses enfants; interrogez celle mère qui parle, avec des accents si émus, de ses solliciudes, de ses sacrifices et de son dévouement, inte ie^ à cette heure où leur famille devrait être reunie autour d'eux, en ces jours de plaisirs et de fêtes où les périls se multiplient pour l'innocence des jeunes gens et des jeunes filles; demandez-leur où sont leurs enfants, quels sont