Ion., xx, H
d'un père gui donne à ses (ils, dans toutes ses paroles et dans tous ses actes, la révélation et renseignement de toutes les vertus ! Quelle couronne il porte au front! Lu présence de cette foi vaillante, de cette probité sans tache, de cette loyauté parfaite, de cette charité active et généreuse, en présence de cette noble et sainte vie, les enfants obéissent avec empressement et bonheur, non seulement aux ordres et aux conseils de leur père, mais à ses moindres désirs.
Aux heures les plus difficiles, dans les luttes orageuses de la jeunesse, quand le vertige saisit parfois les meilleures natures et que tout parait à jamais perdu, ce jeune homme voit apparaître devant lui la ligure vénérée de son père, il sait ce que cet homme de bien, ce que ce grand chrétien ferait et dirait en présence de ces périls, et cette vision apporte à son âme troublée la lumière, le courage et la victoire. Le héros d'un drame célèbre, sollicité par un prince de trahir les devoirs sacrés de l'hospitalité, le prend par la main et le conduisant devant le portrait de ses ancêtres, il retrace en quelques paroles leurs titres à l'estime et à l'admiration, puis s'arrêtant, le regard levé vers ces glorieuses images : «Vous tous, dit-il, qui entendez ce qu'on me propose, vous tous répondez. » La réponse est celle de la fidélité, du devoir et de l'honneur.
Mais combien plus puissant encore est l'exempledonne par une sainte mère ! Quels que soient l'égarement et l'obstination de ses enfants, elle doit espérer toujours. Quand elle a tout épuisé, les conseils, les exhortations, les supplications et les. larmes ; quand le cœur de Dieu parait lui-même rester insensible, elle est plus que jamais douce, patiente, affectueuse, dévouée, sublime dans son amour et son dévouement. Peut-être elle [niera et souffrira longtemps, peut-être elle verra venir la mort en priant et en pardonnant, mais tôt ou tard, à l'heure que connaît la miséricorde divine, le souvenir de ses vertus
et de sa tendresse touchera le cœur de sod lils égaré. Il tombera à genoux et il dira : Mon Dieu, rendez-moi la paix de la conscience, l'innocence de mes premières années, donnez-moi la foi et la piété (Te ma mère.
L'Esprit-Saint a loue l'influence de la femme vraiment fidèle à ses devoirs et dirigeant sa famille et sa maison par l'influence de son exemple. « Comme le soleil, dit-il, se lève sur le inonde dans les hauteurs de Dieu, ainsi la vue d'une femme vertueuse est la gloire et l'ornemenl de sa maison \ »
« Que les femmes, dit saint Pierre dans une de ses épîtres, soient soumises à leurs maris alin que s'il en est parmi eux qui ne croient pas à la parole, ils soient gagnes à Dieu par la vie de leur épouse, sans le secours de la parole, considérant que la crainte de Dieu vous inspire une vie si pure \ » Mais l'influence des mères esl l)ien plus puissante encore.
Les exemples, les vertus des épouses et des mères nous inspirent les plus grandes espérances au milieu des angoisses et des luttes de notre temps. « Ah ! qu'on éprouve de consolation et d'espérance, a dit un éloquent apologiste, quand, après avoir arrêté son regard sur ce déluge d'irréligion qui couvre le monde où se débattent misérables et inquiets tant de jeunes gens, tant d'hommes si sérieux, si intelligents pour tout le reste, si aveugles et si coupables ici, on jette les yeux sur ce point reserve du monde, sur ces cœurs où l'irréligion n'entre jamais que pour un instant et comme une étrangère, sur ces âmes tendres et fortes, intrépides et pures qui gardent pour les lui rendre les croyances que le inonde répudie et les vertus dont il ne saurait se passer. Oui. le père a défailli et le prêtre trop souvent est impuissant. Mais, grâce à Dieu, pour vaincre le mal, pour mettre une digue au torrent
1 Sicut sol oriens mundo in altissimis Dei, sic mulieri? bon a cies in ornamentum domus eius. (Eccu., xxvi, 21.)
2 1 Petr., m, i, 2.
d'irréligion, il nous reste la femme chrétienne, la fille, l'épouse, la mère '. »
Dans notre dernière instruction pastorale, Nos Très Chers Frères, nous avons essayé de donner une idée exacte de la mission des pères et des mères et du sens de ce mot : Elever les enfants ; les élever, c'est-à-dire élever leur esprit, leur cœur, leur conscience, leur caractère, leur âme, leur vie elle-même, les prendre dans leur ignorance, leur faiblesse, l'imperfection de notre nature déchue et les porter dans la lumière et (ians la vertu jusqu'à Dieu.
N'est-il pas évident que les exemples mauvais donnés par les pères et les mères rendent cette mission absolument impossible 1
Quoi! vous voulez élever l'esprit de vos enfants et \ mis ne leur parlez que de futilités misérables, vous leur donnez le spectacle d'une vie inutile et mondaine, et ils vous voient livres à des plaisirs qui ne laissent après eux que le désenchantement et le vide, et peut-être le remords. Vous \oulez élever leur cieur et l'affection que vous avez pour eux est aveugle et égoïste, vous êtes incapables de vous élever vous-mêmes jusqu'au vrai dévouement et au sacrifice. Vous voulez former et élever leur conscience, mais comment ferez-vous pénétrer dans cette conscience les vrais principes et les convictions profondes, si vous trahissez dans votre vie ces convictions et ces principes? Quelle confusion vous jetez dans les intelligences ! Quels doutes vous soulevez sur les vérités, les plus certaines et les plus nécessaires et sur les règles essentielles de la inorale! Comment des consciences ainsi formées, ou plutôt des, consciences ainsi troublées, affaiblies et abaissées, résisteront-elles aux sophismes et aux négation-, aux tentations de l'intérêt, de l'ambition onde la peur?
Vous voulez former et élever leur Caractère, e,t à chaque instant vos enfants sont témoins de vos découragements
i Mgr Bougaud, Le Christianisme elles Temps présents, l. I, cbap. vi.
et «le vos défaillances, de \os hésitations el de vos colères. Ils vous voient ilatter le succès, envier la richesse, délaisser le malheur, sacrifier vos convictions et vos devoirs au courant de l'opinion et au respect humain. Hélas ! ce qui vous manque le plus, ils ne le savent que trop, c'est la fermeté, la persévérance, l'indépendance des nobles coeurs, c'est la trempe virile du caractère.
Ici encore quelle trahison de la mission que Dieu vous a confiée! Quel oubli de la véritable charge d'âmesque cette mission impose et qui emporte avec elle une si redoutable responsabilité ! Quelle contradiction funeste, criminelle et insensée!
Le paganisme lui-même avait compris que L'éducation des enfants exige des maîtres et à plus forte raison i\r± parents, non seulement des vertus ordinaires mais des vertus supérieures et la sainteté elle-même. « Il faut que la sainteté de celui qui enseigne l'enfant, dit Quintilieu . préserve ses tendres années des injures du vice: il ne suffit pas qu'on voie en lui la plus grande austérité ; il aut qu'il soit réellement irrépréhensible. »
Un maître illustre dans le grand art de l'éducation chrétienne, Fénelon engage les parents à reconnaître leurs défauts devant leurs enfants. « Ne craignez point, dit-il. de parler des défauts qui sontvisiblesenvousetdes fautes qui vous auront échappé devant l'enfant, si vous le voyez capable d'entendre raison là-dessus. Dites-lui que vous vouiez lui donner l'exemple de se corriger de ses défauts en vous corrigeant des vôtres ; par là vous tirerez de vos imperfections mêmes de quoi instruire et édifier l'enfant, de quoi l'encourager pour sa correction ; vous éviterez même le mépris et le dégoût que vos défauts pourraient lui donner pour votre personne1. »
Ces dernières paroles de Fénelon nous démontrent que les mauvais exemples donnes par les parents, en détrui-
1 Fénelon : De l'Education des Filles, chap. i\.
sant le respect dans l'àrne de leurs enfants, détruisent leur autorite, [/autorité, en effet, n'existe pas sans le respect. Le moyeu le plus sur d'ébranler et de détruire l'autorité a toujours été de ravir l'estime et le respect à ceux qui en portent le redoutable fardeau. Le mépris, sans doute, n'atteint pas l'autorité elle-même et celle que les parents tiennent de Dieu est nécessaire et inaliénable; mais, en fait, l'autorité qui n'est plus respectée, n'est plus obéie. Vos enfants doivent honorer et respecter en vous la fidélité à vos devoirs, vos vertus, et la dignité parfaite de \iilic vie.
D'ailleurs, la contradiction qui éclate à chaque instant entre les ordres que vous leur donnez, et la liberté, peutêtre la licence que vous vous accordez à vous-mêmes, bannit de leur âme le respect avec la confiance. Ils s'étonnent d'abord de cette contradiction, puis ils ne contiennent ni leurs murmures ni leurs protestations : votre vigilance n'est bientôt plus à leurs yeux qu'une inquisition qui les irrite, votre fermeté une odieuse tyrannie.
Votre influence n'existe qu'en apparence, l'obéissance que vous obtiendrez encore dans les premières années s'affaiblira de jour en jour ; ils rejetteront ce fardeau d'une autorité qu'ils n'ont point appris à respecter et à aimer: à quinze ans ou à dix-huit ans, ils seront des révoltes.
Vous vous plaignez et avec raison des atteintes que les lois et les mœurs, la littérature sous toutes ses formes, le théâtre et le roman portent de nos jours à la puissance paternelle; et pourtant, croyez-le bien, si vous restez fidèles à voire grande et sainte mission, vous sauverez malgré tous les périls et toutes les attaques cette puissance nécessaire. Mais c'est en vain que toutes les institutions et toutes les forces sociales uniraient leurs efforts pour protéger et affermir votre autorité, si vous l'abaissez, m vous la déshonorez vous-mêmes auprès du foyer domestique, sous le regard de vos enfants.
D'ailleurs, quelle autorité pourra rester debout si votre
autorité est détruite par vos propres fautes; si vos cillants ne voient dès leurs premières années, dans tout pouvoir, qu'une contradiction perpétuelle et une tyrannie que rien ne justifie? Comment pourrez-vous leur demander de respecter les maîtres que vous avez choisis, les ministres de Dieu, les pasteurs des âmes, les hommes qui ont la mission, fût-elle la plus légitime, de gouverner les peuples, quand vous aurez attiré le mépris sur cette autorité la plus nécessaire, la plus auguste et que Dieu a placée à la source de la famille et de toutes les sociétés humaines ?
Et si vous répondez que nous demandons trop à votre faiblesse, que ce devoir du bon exemple vous impose de perpétuels sacrifices, nous en appellerons au sentiment le plus profond, le plus puissant de vos cœurs, à votre amour pour vos enfants.
En vous parlant, il y a une année, de la vigilance que vous devez exercer sur vos enfants, nous avons démontré que les parents qui trahissent ce grand devoir n'aiment pas leurs enfants, qu'ils les oublient et les abandonnent. Mais que dirons-nous en ce moment? Il vaudrait mille fois mieux que vos enfants fussent par vous complètement oubliés et abandonnés: ils subiraient sans doute des influences funestes, mais ils ne subiraient pas l'influence mille fois plus funeste des exemples qu'ils reçoivent de vous. Votre négligence les exposerait à bien des périls et les laisserait librement marcher à leur perte: mais c'est vous qui créez ces périls, c'est vous qui faites leur malheur et qui les jetez de vos mains dans l'abîme.
Où donc est ici l'inspiration et le témoignage de votre amour? Dieu cependant vous a accordé une plus grande part de sa bonté, il a fait vos cœurs plus semblables à son cœur, il a mis dans votre amour quelque chose des attraits et des ardeurs de son amour de Père et de Créateur, il vous a accordé une part de sa majesté et de sa puissance, et tous ses bienfaits vous les retournez contre lui et contre les enfants qu'il vous a donnés.
Plus cruels que ces parents dénaturés qui ravissent à leurs enfants la vie du temps, vous ravissez à vus enfants la grâce, la vie divine et le bonheur du ciel.
Vous redoutez les sacrifices ! Mais quelle est donc l'œuvre grande et utile qui peut être accomplie sans le sacrifice ' Y aurait-il une exception pour l'œuvre presque divine de l'éducation ?
Si vous reculez devant le sacrifice, vous n'avez rien compris à l'Evangile et à la croix de Jésus-Christ, à la grandeur de l'homme, à la gloire des nobles missions: vous n'avez rien compris ni au dévouement ni à l'amour.
Et d'ailleurs, ne voyez-vous pas que vous détruisez le bonheur de vos enfants avec votre propre bonheur et que sous ne pouvez leur demander une affection et un dévouement que vous êtes incapables de leur donner?
La foi unie à un véritable amour devrait inspirer aux parents les sentiments qu'exprimait un admirable chrétien qui possédait avec le don de la science et de l'éloquence. celui de la charité, et qui fut un des fondateurs des conférences de Saint- Vincent de Paul : « Nous commencerons de bonne heure l'éducation de l'enfant que Dieu nous a donnée, écrivait-il, et en même temps elle recommencera la nôtre, car je m'aperçois que Dieu nous l'envoie pour nous rendre meilleurs. Je ne puis voir cette douce figure, toute pleine d'innocence et de pureté, sans y trouver l'empreinte du Créateur, moins effacée qu'en nous. Je ne puis songer à cette aine impérissable, dont j'aurai à rendre compte, sans que je me sente plus pénétré de mes devoirs. Comment pourrais-je lui donner des leçons, sijeneles pratique pas? Dieu pouvait-il prendre un moyen plus aimable de m'instruire, de me corriger, de me mettre dans le chemin du ciel ' ? »
Mais ce chrétien parfait avait été forme lui-même par un père et une mère doués des plus hautes vertus. « Mon
1 Biographie de Frédéric Ozanam, par M. le comte de Laurel, p. 46.
'llill —
père ne vous élait pas connu, écrivait-il à un de ses amis, mais vous me connaissez et si jamais nous avez trouvé en moi quelque chose qui ne vous déplût pas, c'était de lui, de ses conseils, de ses exemples qu'elle me venait... » Il disait encore en parlant de sa mère : « Ses premiers enseignements m'avaient donné la foi; elle était pour moi l'image vivante de la sainte Eglise, notre mère aussi : elle me semblait la plus parfaite expression de la Providence1, »
Plusieurs fois déjà dans le cours de celle Lettre pastorale, Nos Très Chers Frères, nous avons rappelé quelquesuns des exemples que les pères et les mères doivent donner à leurs enfants, mais nous croyons nécessaire d'insister sur deux points de la plus haute importance.
Les parents doivent donner à leurs enfants l'exemple de la pratique fidèle des devoirs religieux. Cependant il n'est pas rare de voir, au milieu de nos populations restées si profondément chrétiennes, des parents enseigner à leurs enfants par leurs paroles et par leurs actes, le mépris de la religion, de ses dogmes et de ses préceptes, de ses ministres et de son culte. D'où vient à ces égarés ce mépris, nous pourrions dire cette haine ? Eux-mêmes ls ne le savent pas. Ils sont domines par les influences funestes du milieu dans lequel ils ont vécu, ils sont dominés par le respect humain, entraînes par les liassions et les luttes des partis ; presque tous, ils blasphèment ce qu'ils ignorent. Il faut le reconnaître, ces parents égares sont plus clairvoyants pour leurs enfants qu'ils ne le sont pour eux-mêmes; ils ont les révélations de l'amour que Dieu a mis au plus profond rde leur cœur. Ils redoutent
i Ibid,, p. 31
— 'Mil —
de transmettre à leurs enfants cette haine qui ne leur a apporté que déceptions, tristesse, amertume, et qui les conduit hésitants, troublés, torturés par le doute et par le remords à la vieillesse et à la tombe. Ils reconnaissent cpie la religion est utile, que son influence est salutaire, qu'elle est la protection la plus assurée de l'innocence et de la vertu. Ils n'ignorent pas que ces enfants feraient leur bonheur s'ils restaient toujours tels qu'ils les ont mis, dans l'épanouissement de la joie et dans les ardeurs de la piété au jour béni de la première communion.
Mais hélas ! ils n'ont pas le courage de sortir des voies dans lesquelles ils se sont engagés, de repousser le déshonorant esclavage qui pèse sur leur conscience et sur leur vie, d'étudier avec un cœur sincère cette grande question religieuse qui les poursuit partout et qui malgré eux s'impose à leur raison. Bien [dus, ils sont incapables de réprimer en présence de leurs enfants les démonstrations de leur mépris et de leur haine. Commentées enfants pourraient-ils respecter Dieu dont leur père brave sans '•esse l'autorité et la puissance? Comment pourraient-ils obéira l'Église qui, tous, les jours, est attaquée et outragée en leur présence ? Comment pourraient-ils accepter la direction, les conseils et le ministère des prêtres que poursuivent jusqu'au foyer de leurs familles et le sarcasme et les plus odieuses calomnies ? A quinze ans ces jeunes gens, ces jeunes filles souriront de pitié au souvenir delà foi de leur enfance et de la piété de leur mère, à vingt ans ils déconcerteront par leur audace l'impiété de, leur père.
Bien plus nombreux encore sont les pères et les mères qui donnent à leurs enfants l'exemple de l'indifférence.
L'indifférence en présence des vérités et des devoirs de la religion, sous le fardeau des déceptions et des douleurs de la vie présente, devant le problème de nos destinées et le mystère de la mort, est tout à la fois une folie et un crime. Mais que dire de l'indifférence que les parents en-
seignent par l'exemple à leurs enfants :' Que dire de cette contradiction, ici encore criminelle et insensée, qui met les conseils, les exhortations, les ordres du père et de la mère en opposition formelle, évidente, perpétuelle, avec leur propre vie?
Vous rappelez à vos enfants le grand devoir de la prière, ils vont à l'église, ils assistent au catéchisme de leur paroisse, ils fréquentent peut-être les écoles libres dans lesquelles la prière ouvre et. termine tous les travaux; vous leur demandez défaire monter jusqu'à Dieu le matin et le soir les accents de leurs supplications, de leur adoration et de leur reconnaissance, souvent fous leur posez ces questions : mon fils, ma fille, avez-vous fait vos prières ? et l'enfant sourit ; il se dit tout bas et bientôt il dira tout haut : J'ai bien rarement vu prier ma mère, et mon père ne prie jamais. Bientôt la prière ne lui apparaîtra que comme une pratique puérile dont la jeunesse et l'âge mur ne peuvent que rougir.
Le grand devoir de la sanctification du dimanche comment est-il accompli par les parents? Ce père qui exige de ses fils et de ses tilles, au moins dans leur enfance et dans leur première jeunesse, qu'ils assistent exactement à la sainte Messe et aux Offices de la paroisse, il ne pénètre dans l'église que trois ou quatre fois par an, aux fêtes les plus solennelles. Et encore, quelle est son attitude dans le lieu saint pendant l'auguste sacrifice? Le dimanche, tandis que son épouse et ses enfants sont à Téglise avec la foule des chrétiens fidèles, il s'absorbe dans les occupations de tous les jours, il impose le travail à ses ouvriers et à ses sondeurs, son atelier est ouvert, sa maison est remplie de mouvement et de bruit, ses champs sont labourés ou moissonnés, ses atèlages circulent ail milieu du village et troublent parfois le silence et le recueillement des offices divins. Il donne à sa famille et à tous le scandale de la profanation du jour que Dieu s'est réservé. Le dimanche ne sera jamais pour
sos enfants le jour du repos et de la prière, de L'âme et des intérêts éternels, de l'union et des joies pures de la famille, des cérémonies qui élèvent et qui purifient le cœur, des lumières et des bénédictions de Dieu; ce sera le jour du travail maudit et des souffrances sans espoir, le jour du cabaret et des excès dans lesquels disparaissent souvent la santé et la fortune, le jour des plaisirs coupables et des fêtes mondaines, le jour où les enfants apprennent à mépriser, avec l'autorité de Dieu, toute autorité, le jour dont la profanation attire sur les familles les châtiments et les malédictions.
Enfin, vos enfants ne peuvent admettre que vous croyiez à l'effet des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, à la puissance du pardon qu'ils vont solliciter par l'aveu de leurs fautes. Votre incrédulité, telle du moins qu'elle leur apparaît dans votre négligence coupable, est. pour leur piété et même pour leur foi, la plus redoutable épreuve. Il en coûte, vous le savez bien, d'humilier son orgueil au tribunal du repentir; le souvenir des effets admirables de ce sacrement ne suffit pas toujours à faire accepter le sacrifice qu'il demande. Le respect humain, la pureté qu'exige la sainte Communion, la préparation qu'elle demande, l'insouciance et la légèreté de vos enfants sont pour eux des obstacles sérieux à la fréquentation de la Table Sainte, et au lieu d'encourager et de soutenir leur faiblesse, vous les éloignez par vos exemples de ce banquet divin.
Aussi, quelques années, quelques mois après leur première communion, vos fils et vos tilles suivent l'exemple de votre indifférence, et le devoir pascal lui-même est par eux oublié et méprise.
Il faudrait le redire encore : c'est en vain que vous essayeriez de suppléer à vos exemples par vos exhortations et de dissimuler vos fautes et les défaillances de votre foi; Un maître consomme dans l'art de l'éducation aimait à citer ces graves paroles qu'écrivait un homme éminent
dans l'instruction publique, un père de famille revenu courageusement aux pratiques religieuses :
« Les réticences avec nos lils, dans les choses de la « Religion, les pauvres subterfuges du respect humain en « présence de témoins aussi attentifs à lous dos mouve- « ments, la liberté pour nous, la tyrannie pour eux dans « la pratique, toute cette comédie à peine décente et tou- " jours mal jouée par les pères, esprits forts ou simple- « ment philosophes, ne tient plus aujourd'hui. Le souffle « impétueux des révolutions qui a manqué d'emporter la « famille comme une paille légère, et qui gronde encore « aux portes de nos demeures, a bien troublé ces arran- « gements de famille, ce petit train d'indifférence ou d'im- « piété mitigée du côté de nos pères, d'exactitude routi- « nière et de piété de commande du côté des fils. Ces « contre-sens en religion et en morale ne peuvent plus se « soutenir :ces mensonges de l'éducation sont percés à « jour...
« Aon, ce n'est plus le temps où les pères puissent « impunément dire et faire en religion le contraire de ce « qu'ils veulent que disent et fassent leurs enfants '. »
Nous consacrerons quelques mots seulement au sujet plus difficile et plus délicat de la pureté des mœurs.
Un père et une mère peuvent-ils être assez aveugles et assez criminels pour détruire dans le cœur de leurs enfants la fleur céleste de l'innocence?
Vous le comprenez,. nous ne supposons pas qu'un tel crime soit commis par la volonté arrêtée des parents : il ne s'agit point ici évidemment de ces monstres dont l'infamie décourage l'indignation, mais il s'agit de ces pères et de ces mères dont la légèreté, les fautes, les égarements peut-être ne peuvent échapper longtemps aux regards de leurs enfants ou dont les paroles sont pour eux une terrible révélation du mal.
1 Mgr Di panloup : De l'Éducation, t. II, p. 349.
Oui, même au sein des familles qui se disent honnêtes et chrétiennes, les pères et les mères tiennent des conversations plus que légères et qui révèlent aux enfants le mal qu'ils déviaient ignorer; ils font sans réticence et sans voile le récit des scandales du pays tout entier; ils traitent parfois sans précautions et sans prudence des sujets auxquels on ne peut toucher que pour les misons les plus graves et dans un milieu exceptionnel et réservé.
Les actes sont, hélas ! aussi imprudents que les paroles. On dirait vraiment que ce père et cette mère n'ont aucun souci de l'innocence de leurs enfants et qu'ils n'admellent même plus la notion essentielle du bien et du mal, du \ice et de la vertu. Il serait difficile, impossible même, de dire ce qu'ont vu et entendu avant l'âge de dix ans, de huit ans, de pauvres enfants dans le sanctuaire de la famille, où tout devrait élever, purifier et transformer leurs âmes.
Nous nous arrêtons, Nos Très Chers Frères, le cœur attristé d'avoir été condamné à toucher à de tels périls, à des plaies aussi douloureuses. N'accusez pas la loyauté et l'énergie de noire langage ; n'oubliez pas que nous portons devant Dieu la responsabilité de vos âmes et que nous Nouions votre bonheur et le bonheur de vos enfants.
Une vie vraiment chrétienne résume tous les exemples que les parents doivent donner à leurs enfants.
Dans sa dernière Encyclique, Notre Saint-Père le Pape, après avoir exprimé sa joie et sa reconnaissance [tour les admirables manifestations de son Jubilé sacerdotal, déclare vouloir « comme un bon père au milieu de ses enfants, adresser la parole à toute la famille chrétienne, et exciter chacun à régler saintement sa vie. » L'auguste Pontife enseigne qu'une sainte \ie est une vie véritablement chrétienne, et il ajoute : « Il u'y a qu'un remède a tous nos maux : dans les mœurs privées comme dans « les mœurs publiques, revenir à Jésus-Christ et à la loi « chrétienne de la vie.
« Or toute la Nie chrétienne peut se résumer dans ce t. u. 30
« devoir capital : ne point céder à la corruption des « moeurs du siècle, mais lui opposer une résistance, une « lutte constante. C'est là ce que V Auteur et le Consom- « mateur de notre foi, ce que Jésus proclame par chacune « de ses paroles eL de ses actions, par ses lois et ses « institutions, par sa vie et par sa mort. »
Plus loin, Léon XL 11 affirme que la lumière, que renseignement de la doctrine ne suffil pas. « La doctrine, « dit-il, a besoin, pardessus tout, d'avoir pour compagne « l'innocence de la vie, pour cette raison surtout que la « réforme des hommes s'accomplit bien mieux par les « bons exemples que par les beaux discours. Que votre « lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos « bonnes œuvres i . »
Une fois encore, Nos Très Chers Frères, soyez les modèles de vos enfants, dirigez-les, conduisez-les, par vos exemples, sur le chemin du ciel. Laissez-leur le souvenir et l'héritage de vos vertus, attirez sur eux, par la générosité de vos sacrifices, les plus puissantes bénédictions.
Rappelez- vous souvent ces promesses divines que nous lisons dans nos Saints Livres : « La race du juste sera bénie2. Le juste qui marche dans sa simplicité, laissera après lui des lils heureux3. Les biens les plus précieux resteront aux fils des hommes de charité et de miséricorde dont la piéle ne s'est jamais démentie. Leurs descendants hériteront de leur sainteté, leur race restera iidèle à l'alliance de Dieu et elle sera éternelle comme leur gloire \ »
1 Matiii., v, 16.
2 Ps., xxxvi, -2(5.
3 Prov., xx, 7.
' Eccli., xi.iv. H), il, 1-2.