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A L OCCASION

DE Si TRANSLATION A L ÉVÈCBÉ DE NANCÏ

29 mars 1882.

Nos Très Chers Frères,

Dieu nous appelle à être le pasteur d'un autre troupeau. Nous devons nous éloigner de cette terre de Savoie où nous retenaient tant de liens chers et précieux, de ce diocèse de Tarentaise auquel nous avons consacré, depuis neuf ans, notre meilleure volonté, de ce clergé dont nous avons apprécié la conduite régulière et édifiante, le zèle pour l'étude et tous les travaux du ministère, de ces populations qui accueillaient avec docilité et avec empressement les enseignements de notre parole, de cette cathédrale dans laquelle nous avons accompli si souvent les fonctions sacrées et où nous laissons, sous la garde de votre vénération et de votre reconnaissance, le tombeau

de rÉvêque dont nous portons]le nom et qui u été pendant près de trente ans votre pasteur et votre père.

Nous n'aurions point accepté un autre siège épiscopal si le diocèse confié à notre sollicitude n'avait été maintenu. Notre volonté d'accomplir ce devoir, souvent et énergiquement manifestée, aurait d'ailleurs écarté de nous toute proposition qui aurait mis en péril ces grands intérêts.

Non seulement Dieu nous a donné un successeur, mais il nous l'a donné enrichi de toutes les qualités et de toutes les vertus qui assurent le succès de son épiscopat. Dans la vigueur de l'âge, plein d'ardeur et de zèle, entouré dans son diocèse d'origine de l'estime et de l'affection de tous, ami des hautes et fortes études auxquelles il a consacre quinze ans de sa vie, habitué aux travaux du ministère et à l'administration pastorale, Mgr Pagis apporte à cette antique Eglise tous les dons qui font les évêques puissants en œuvres et en paroles. Nous le remercierons et nous le bénirons de tout le bien qu'il fera parmi vous.

Pour nous, à cette heure de la séparation, nous pouvons déclarer devant Dieu que la faiblesse seule a trahi la sincérité de nos désirs et l'ardeur de notre dévouement. Nous pouvons redire ces paroles de l'Apôtre : Vous savez que nous ne vous avons rien caché de ce qui pouvait vous être utile, rien n'étant capable de nous empêcher de vous l'annoncer et de vous l'enseigner en public et en particulier : Vos scitis... quomodo nihil subtraxerim utilium quominus annuntiarem vobis, et docerem vos publier, et per domos i .

Nous nous sommes efforcé de réaliser la devise de notre épiscopat. d'ouvrir par la miséricorde les voies à la M'i'ité et d'etablii- In paix par la justice : Misericordia et veritas obviavenutt sibi, justifia et pax osculafn' stint'2.

1 Act., xx, 20.

2 PsALM. l.XXXIV, I I.

Nous avons été. le pasteur de tous : et il n'en est pas un seul parmi unis, à quelque opinion, à quelque parti, à quelque condition qu'il appartienne qui ait trouve fermée la porte de notre demeure ou la porte de noire neur.

Aussi malgré le malheur des temps notre ministère n'a pas été sans consolations.

Nous avons visité deux fois notre diocèse tout entier, et partout nous avons été édifié et consolé. Partout les populations se sont montrées empressées à recevoir nos bénédictions, à assister aux cérémonies de la confirmation et à entendre notre parole. Dans bien des paroisses le nombre des communions failes à l'occasion de la visite pastorale a été vraiment admirable. Souvent nous avons pu résoudre des difficultés, maintenir l'union de l'autorité religieuse et de l'autorité civile, et rapprocher les cœurs dans l'union et dans la paix pour le bien de tous.

L'instruction des enfants auxquels nous avons administré le sacrement de confirmation a été constamment pour nous une source de grande consolation et de grande espérance ; et nous sommes heureux de rendre, une fois encore, à ce sujet, un témoignage public à la foi des parents et surtout au zèle des pasteurs. Souvent aussi, nous avons eu à louer la piété et la générosité manifestées par les pasteurs et les fidèles pour construire ou réparer la maison de Dieu.

Pourrions-nous ne pas rappeler en ce moment ces grands pèlerinages diocésains que nous avons présidés dans les premières années de notre épiscopat ! Qui parmi vous n'admirait ces longues processions arrivant de tons les points du diocèse au rendez-vous de la piété, ces groupes nombreux, ces levions de vaillants pèlerins Marchant des journées ou des nuits entières, parcourant les vallées, traversant les forêts, franchissant les montagnes pour accourir ;i ces l'èles (pie tous trouvaient si douces et >i belles? Sanctuaires vénérés de Notre-Dame de Taitiié. de Notre-Dame de la Vie, de Nôtre-Daine des Vénielles

de Notre-Dame des Neiges, de Notre-Dame de Tout-Pouvoir et de Sainte-Anne, quelles foules heureuses vous entouraient alors et quels accents de supplications et d'actions de grâces vous avez entendus ! Grandes assemblées vraiment populaires, où jamais le moindre désordre n'a pu être signalé, où toutes les prescriptions les plus détaillées ont été fidèlement accomplies, messes célébrées à des autels ornés de verdure, au milieu des prairies, au penchant des montagnes, sur les plus hauts sommets, audessus des forêts, en face des glaciers élincelants, chants admirables de précision et d'unité exécutés par dix mille, douze mille ou quinze mille pèlerins ; auditoires immenses recueillis sous notre parole qui retentissait sous la voûte du ciel, dans ce temple magnifique que Dieu lui-même a élevé à sa gloire, qui donc pourrait perdre votre souvenir, et quelles espérances n'avez-vous pas laissées dans tous les cœurs ?

Mais nous voulons une dernière fois vous adresser les conseils de notre affection.

Gardez la foi avec une inviolable fidélité, transmettez à vos fils l'héritage glorieux de vos pères. Soyez généreux et vaillants : c'est l'exhortation de notre dernière Lettre Pastorale. Défendez avec un indomptable courage les saintes croyances, la pureté des mœurs et l'innocence de vos enfants contre des périls qui seront demain peut-être plus pressants et plus redoutables encore. Soyez prêts à tous les sacrifices pour donner à vos enfants un enseignement chrétien, pour les préserver des atteintes de l'incrédulité et de la corruption.

Restez fidèles à vos villages et à vos montagnes, résistez au courant fatal de l'émigration que nous avons combattu avec tant d'énergie et qui emporterait un jour toutes vos croyances et toutes vos vertus.

Soyez attachés et soumis à vos pasteurs, entourez-les de respect et de reconnaissance; surtout tournez-vous avec une vénération profonde, Lavec une affection vraiment

filiale vers le premier Pasteur, vers l'Évêque de vos âmes que Dieu vous envoie : Conversi eslis nunc ad Pastorem et Episcopum animarum veslrarum*. Donnez-lui les consolations que vous lui devez, les consolations dont 'es cœurs les plus forts ne peuvent se passer et qui encouragent et soutiennent même les plus vaillants aux jours du péril et de l'épreuve.

A vous tous, Nos Très Chers Frères, à tous sans exception et sans réserve, nous souhaitons de tout notre cœur le bonheur, autant qu'il est possible sur cette triste terre, les biens surnaturels de la vérité et de la vertu et les immortelles espérances. Souvent au saint autel nous demanderons pour vous les grâces les plus abondantes, et nous comptons sur le secours de vos prières.

Et maintenant nous vous recommandons à Dieu et à la parole toute-puissante de sa grâce, à Dieu qui seul peut achever l'édifice que nous avons essayé d'élever à sa gloire et vous donner le céleste héritage avec tous ses saints : Et nunc commendo vos Deo et verbo gratiœ ipsius quipotens est œdificare et dare hœreditatem in sanctificatis omnibus'2.

1 I Petr., ii, 2o.

2 Act., xx, 32.

mgr TURINAZ

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