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LA PRISE DE POSSESSION DE S0\ DIOCÈSE

3 mai 1882.

Nos Très Chers Frères,

Par l'autorité du Pontife Romain, du Pasteur suprême, Dieu nous a fait entendre cette parole qu'il adressait autrefois au Patriarche sous le ciel de l'Orient : « Sors de la terre où a été ton berceau, sors de ta parenté et de la maison de ton père : Egredere de terra tuâ et de cognatione tuâ, et de domo patris tui, et viens dans la terre que je te montrerai : Et veni in terrant quam monstrabo tibi \ »

Cette terre qui nous est montrée et qui devient pour nous dès ce jour une seconde patrie, c'est la noble terre de Lorraine, terre de foi, de fidélité et d'honneur, et c'est là que nous devons désormais par nos prières et nos

1 Gkn., xu, i.

bénédictions, par nos lra\au\ incessants el par les puissances divines de l'épiscopat, donner à Dieu des fils et multiplier les générations lidèles : Faciamque te ingentem magnam ' .

Cet héritage privilégié qui nous est échu : hœreditas mea prœclara est mihi 2, ce n'est pas un seul diocèse avec ses traditions, ses œuvres et ses richesses surnaturelles, ce sont deux diocèses unis sous la même autorité pastorale et dans le même amour. L'un, dont l'origine remonte jusqu'à l'origine même du christianisme et qui n'a rien perdu, à travers les siècles, de la fécondité de sa jeunesse, a donné à l'Eglise, dans la série de ses Pontifes, douze saints vénérés sur les autels. L'autre, de date relativement récente, a fourni à l'Eglise, dès ses premiers jours, une moisson abondante de prêtres, d'apôtres et d*œuvres incomparables.

Vous nous pardonnerez, Nos Très Chers Frères, de ne nommer en ce moment que nos prédécesseurs immédiats parmi tant de Pontifes qui ont illustré les sièges de Toul et de Nancy.

Nous nous inclinons avec une émotion profonde devant la mémoire du Prélat à l'intelligence élevée, à la parole énergique et puissante, qui ne lit que passer sur le siège de Nancy et qui, appelé dans la capitale de la France, sur un trône épiscopal devenu l'autel des grands holocaustes, versa son sang dans les luttes fratricides de m\< révolutions, comme une de ces victimes qui apaisent la justice divine outragée et qui rachètent les peuples coupables3.

Le second, après avoir laissé parmi vous en quelques années les souvenirs impérissables de son épiscopat. e-t allé porter sur la terre d'Afrique son initiative hardie, son intelligence si féconde en ressources et les ardeurs de son zèle infatigable. Relever dans la puis-ance et dans la gloire.

1 Ge.n.. xii, 2.

2 Ps. xv, 6.

3 M?r Darboy.

la hiérarchie de l'antique Église africaine et faire entendre, après des siècles de silence, la voix de ses conciles; affermir l'ascendant français par les bienfaits de la religion et les séductions de la charité; recueillir et élever des milliers d'orphelins; envoyer des missionnaires et des martyrs dans les profondeurs inexplorées et aux peuplades barbares ; reculer les frontières de l'Fglise au delà des déserts : telles ont été les œuvres étonnantes de Mgr Lavigerie. Aussi la pourpre romaine décernée au premier archevêque d'Alger est, de l'aveu de tous, la récompense légitime de ses grands travaux, des conquêtes de son apostolat et des services éclatants de son patriotisme. ■ Comment pourrions-nous, Nos Très Chers Frères, résumer en quelques paroles les quinze années que notre éminent prédécesseur a passées sur le siège de Nancy et vous rappeler cette administration active dans la patience, forte dans la modération, prudente dans le zèle, modeste dans l'éclat du savoir:' C'est à Mgr Fouloiren particulier (jue nous devons ces écoles si prospères, ces établissements d'instruction secondaire si florissants, ce clergé si uni à ses évêques par le respect, la confiance et l'affection liliale.

Toute notre ambition sera de suivre fidèlement la voie (fui nous est ouverte par les exemples et les conseils de notre vénéré prédécesseur. C'est pour vous et pour nous une douce consolation de conserver comme métropolitain le prélat vénéré qui a été pendant tant d'années votre Pasteur et votre Père. Bien plus; nous le lui avons dit. dès le premier jour et nous voulons le redire ici en présence de tous : le diocèse de Nancy restera le diocèse de Mgr Foulon et nous n'aurons tous : évêque. prêtres et fidèles, nous n'aurons (mis pour le vénérer et faiiner qu'un coeur et qu'une àme.

Pour porter le fardeau d'un tel héritage, pour repondre. à vos désirs et peut-être a vos espérances, nous venons à vous avec notre bonne volonté, avec le désir sincère et

unique du bien, avec une aine franche et loyale, un cœur capable d'ardeur et de dévouement et qui déjà est attaché par une affection profonde à la nouvelle famille et à la nouvelle patrie que Dieu nous a données.

Nous ne pouvons songer, Nos Très Chers Frères, à vous exposer en détail la mission que nous venons accomplir parmi vous. Nous voulons cependant vous dire, en quelques paroles, quels sont les devoirs essentiels de l'épiscopat et comment ces devoirs répondent admirablement aux nécessites, aux périls et aux angoisses de l'heure présente.

Aucun siècle n'a été autant que le nôtre enivré de l'orgueil de la science, mais cette science méconnaît les travaux, les découvertes et les conquêtes des générations qui nous ont précédés. Elle combat les vérités supérieures sans lesquelles la science ne peut exister ; elle outrage la raison elle-même et les plus nobles aspirations de notre nature; elle prétend enfermer l'humanité dans le cercle étroit et sombre de la matière, de ses phénomènes et de ses lois.

Mais, grâces en soient rendues à Dieu, il existe une science supérieure dont la sainte Église est la gardienne incorruptible.

Cette science est supérieure par son origine, car elle vient du Dieu qui est vérité et lumière, de la Sagesse qui illumine tout homme venant en ce monde, du Yerbe qui a fait rejaillir sur le front de l'homme quelques rayons de la raison première et la science infinie : Signatum est super nos lumen vultûs lui Domine '.

La science humaine est vraiment grande, noble et féconde quand elle réunit ses clartés eparses, quand elle remonte des créatures au Créateur, de tout ce qui passe et de tout ce qui meurt à la source éternelle des êtres.

1 Pb. iv, 7.

Cette science est universelle, car elle embrasse l'ensemble des sciences humaines et les fait servir à la régénération des peuples et au salut des âmes. Tout dans le passé et dans le présent, tout dans les découvertes de l'histoire et les conquêtes sur la matière, tout depuis l'animal sans raison jusqu'à l'ange, de l'homme jusqu'à Dieu, du brin d'herbe au soleil, de l'ame la plus obscure aux destinées de l'humanité, tout dans la terre et dans le ciel, dans le temps et dans l'éternité relève de son domaine et de sa souveraineté.

Science suprême par son terme et par son but, car elle ne donne pas seulement à l'homme la grandeur et la puissance dans cette vallée des combats et des larmes, elle ne sert pas seulement les intérêts de cette vie rapide et désolée, mais elle est l'aurore de la science complète et sans voile que les grands docteurs appellent la science des Bienheureux. Elle conduit l'homme, à travers les ténèbres de l'épreuve et les angoisses de l'exil, aux révélations de la patrie, aux clartés toujours grandissantes de la cité de Dieu, aux extases de l'amour et aux rassasiements de la gloire : Satiabor cum apparuerit gloria tua l.

Science seule efficace pour le progrès de l'humanité, seule capable de la diriger dans les sentiersjlifliciles du devoir et de la transfigurer dans la vertu. Les hommes qui outragent l'Eglise et qui repoussent l'Evangile osent nous promettre une morale puissante, mais nous leur demandons quelles vertus ils ont inspirées, quelles générations pures et fortes ils ont données à leurs pays, quelles douleurs ils ont consolées, quels peuples ils ont élevés dans la prospérité, la liberté, l'ordre et la justice. Nous voyons des ébauches informes et des ruines désolées; nous demandons où est l'édifice promis depuis si longtemps par cette philosophie si orgueilleuse et si impuissante. Qui le contestera? A cette heure et sous nos

i Ps. xvi, 15.

yeux ces négations et ces blasphèmes ont conduit une partie de la littérature et de la presse, dans notre infortuné pays, à une dégradation qui découragera le mépris

de la postérité.

Jean-Jacques Rousseau avait fait lui-même l'aveu de l'impuissance de la philosophie lorsqu'il écrivait: « Tout concourt à perfectionner notre entendement et à prodiguer à chacun de nous tout ce qui peut former et cultiver la raison : en sommes-nous devenus meilleurs ou plus sages ! Savons-nous mieux quelle est la route et quel sera le terme de notre courte carrière:' Nous accordonsnous sur les premiers devoirs et les vrais biens de la vie humaine? Qu'avons-nous acquis à tout ce vain savoir sinon des querelles, des haines, des incertitudes et do doutes ' î »

Et si quelques-uns prétendent enseigner à l'homme en dehors de l'Évangile et de l'Eglise le devoir et la \ertu, nous leur répondons avec Tertullien : « Les incrédules se vantent d'enseigner la même morale que nous: l'innocence, la justice, la patience, la sobriété, la pudeur: ils oublient qu'ils les ont apprises de nous2. »

Cette science si haute et si complète est une science populaire.

La science humaine, avec ses abstractions, ses recherches ardues, ses démonstrations imparfaites, ses incertitudes pleines d'angoisses, que peut-elle pour les ignorants et les petits, pour la foule immense de ceux qui travaillent, qui souffrent et qui pleurent ?

Comment le peuple comprendrait-il les maîtres qui ne se comprennent point eux-mêmes? Gomment l'union des esprits et des cœurs serait-elle l'œuvre île ceux que tout divise? Comment élever l'édifice de la morale, du devoir et de la vertu sur la négation, sur le vide et le néant ?

1 Œuvres el correspondance inédites de Jeun-Jacques Rousseau itées par M. de Sainte-Beuve. Causeries ilu lundi, t. XV, p. -2~2~. - Apolog. cap. XLVI.

L'Église catholique présente une démonstration irrécusable, dans les faits qni sont sons tons les regards, dans l'influence salutaire, incomparable, de ses dogmes, de ses lois et de son culte. Le pauvre, le travailleur, l'ignoranl contemple son foyer béni, il admire l'affection et le dévouemenl que la religion inspire, il voit sa vie purifiée, son innocence reconquise, son Ame relevée, son cœur fortifie et consolé, et il dit : voilà le bien, voilà la vertu, voilà la vérité, voilà Dieu dans sa parole, dans sa puissance et dans sa honte infinie.

Cette science est une science de progrès et de conquêtes. Les dogmes définis, les lois nécessaires sont à cette science sacrée ce que les premiers principes sont pour la raison et pour la science humaine, des barrières qui retiennent les intelligences sur le bord des abîmes, des assises nécessaires sans lesquelles rien, ne peut se tenir debout.

Cette science divine, elle a des suintions pour les problèmes de tous les temps, elle fait de la morale immuable des applications nouvelles: elle transforme sa méthode et ses démonstrations, elle présente sons des formes rajeunies la vérité éternelle.

« 0 Timothée, ô prêtre, ô théologien, ô docteur, disait saint Vincent de Lerins an cinquième siècle, si la grâce de Dieu t'a rendu capable d'être par la science, par le génie, par l'étude, le gardien du tabernacle spirituel, va donc travailler avec amour les pierres précieuses de la science divine, enchàssc-les, enrichis-les, ajoute-leur tout l'éclat, toute la grâce, toute la beauté qu'il sera possible. Ou'en écoulant les doctes raisonnements, ce qu'on croyail jusque-là dans l'obscurité, on le comprenne maintenant dans la lumière; que. grâce à loi, la postérité possède dans la clarté de la raison ce que l'antiquité vénérait sans le comprendre. Cependant n'enseigne rien (pie In ne l'aies appris: nouveau dans le langage, antique dans In

doctrine : Eadem tamen qwB didicisti doce, ut cum dicas ?wve, non dicas nova 1 . »

Jamais cette-science divine n'a rie plus attaquée, jamais aussi elle n'a été défendue avec plus de dévouement et de courage par les évoques qui, sous la direction du Docteur universel et infaillible, sont les gardiens, les défenseurs et les apôtres de cette doctrine.

C'est aux évoques surtout qu'il a été dit, dans la personne des apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, enseignez-leur tout ce que-je vous ai ordonne de croire 2. Prêchez l'Evangile à toute créature 3 ; celui qui vous écoute m'écoute celui qui vous méprise me méprise, celui qui me méprise méprise celui qui m'a envoyé 4. »

C'est à l'évêque surtout gardien de la science, que les peuples viennent demander la connaissance et l'interprétation de la loi de Dieu, car il est l'ange du Seigneur : « Labia sacerdotis custodient scientiam et ïeyein requirent ex ore ejus, quia angélus Domini exercituum est s. »

L'enseignement catholique à tous les degrés, dans la plus humble école comme dans la chaire des universités, relève de l'autorité épiscopale. C'est à cette autorite qu'il appartient d'apprécier les périls des âmes et les embûches dressées à l'innocence et à la foi par un enseignement indiffèrent ou pervers, et de rappeler avec énergie le devoir d'éviter ces embûches et de combattre ces périls.

Nul ne peut prêcher l'Evangile sans avoir reçu de l'évêque autorité et mission. Dans les conciles, les évoques, en union avec le Vicaire de Jésus-Christ, sont juges de la foi et ils ont le droit et le devoir d'émettre, dans l'indépendance de leur âme, leur jugement sur les questions soumises à ces augustes assemblées. Ils peuvent

1 Commonilorium, XXIII. - .M ATI u.. xx vin, 20 3 M wic... xvi, 15.

Li i . \. 16 à Malach , u, 17.

(lire avec les apôtres réunis au concile de Jérusalem : « Il a paru ainsi à l'Esprit-Saint et à nous: Visum est Spiritui sancto et nobis '. »

Il faut que l'évêque soit au premier rang dans les combats de la vérité et que toujours il se tienne debout sur toutes les brèches ouvertes dans les murailles de la cité de Dieu : car, au jour redoutable de sa consécration, le livre des saints Évangiles a été placé sur sa tête comme une armure « afin, dit le Pontife consécrateur, qu'étant ainsi arme il apparaisse terrible aux adversaires de la vérité et qu'il les combatte comme un guerrier robuste et vaillant : Et armato capile terribilis appareat adversariis veritatis et impugnator eorum robustus existât 2. »

LYpiscopat, dépositaire et apôtre de la vérité, est une des sources principales et essentielles du pouvoir dans l'Eglise. L'évêque n'enseigne pas seulement les âmes, il les dirige et les gouverne par une autorité divine. C'est dans l'Église surtout que le pouvoir vient, de Dieu : *Non est potestas nisi a Deo 3. »

Jésus-Christ a dit aux évêques dans la personne des apôtres : « Tout pouvoir m'a été donné au -ciel et sur la terre, comme mon Père m'a envoyé ainsi je vous envoie 4. » Et encore : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel 5. » Et saint Paul révélant le but et l'origine de l'autorité épiscopale, disait : « Prenez garde à vous et à tout le troupeau sur lequel l'Esprit- Saint vous a établis évoques pour gouverner l'Église de Dieu qu'il a acquise au prix de son sang : Attendue vobiset

1 Acr. , xv, 28.

2 Pontificale Nomanum, :| Nom., xiii, 1.

1 Joann , \\, 22.

•"- Mattii , xvi. Je

universo gregi in quo vos Spiritus sanctus posait Episcopos regere Ecclesiam Dei quam acquisivit sanguine suo '. »

'Les saints canons attribués aux apôtres, formulent cette règle absolue, confirmée eu 341 par le concile d'Antioche :

« Que lii'ii ne soit fait sans l'avis de l'évêque -. » Saint Ignace élevé, selon saint Jean Chrysostome, dans la coinpagnie des apôtres, écrit : « Ne faites rien sans l'évêque ; celui <|iii agit sans l'évêque n'a point la conscience pure. Celui qui honore l'évêque est honoré de Dieu 3. »

Le concile de Trente résume et consacre ces grandes traditions en déclarant « que les évoques successeurs des apôtres occupent le premier rang dans la hiérarchie ecclésiastique et qu'ils ont été établis selon saint Paul pour gouverner l'Église de Dieu '. »

Qu'elle est belle, Nos Très Chers frères, cette hiérarchie catholique qui du Souverain Pontife descend à l'épiscopat répandu sur la surface de la terre, et, par l'épiscopat jusqu'au pasteur du plus humble troupeau; cette hiérarchie qui remonte de la chaire de la plus pauvre église à la chaire de nos grandes cathédrales, et jusqu'à la chaire infaillible et éternelle où Pierre parle toujours ! Qu'elle est puissante cette hiérarchie qui fait l'unité de la sainte Église et qui, par les liens sacrés de la foi, de l'obéissance et de l'amour, brave les attaques de l'orgueil, de l'hérésie et de la force brutale ! Qu'elle est grande, incomparable cette hiérarchie qui va du concile de Jérusalem au concile du Vatican, qui ira du cénacle jusqu'au dernier jour des siècles ! Oh qu'ils sont beaux ces pavillons de la puissance surnaturelle, ces tabernacles où les peuples fidèles reposent dans la sécurité, dans la joie et dans la paix : 0 quam pulchra labernacula tua Jacob et tentoria tua Israël 5. »

I Act., xx, 28.

- Canon, apost., 38.

II Ignat. ad Epi). Magn.

4 Concile de Trente, session XXIII, chap. îv.

5 Nom., xxiv, .'>.

Cette puissance n'est pas l'adversaire des pouvoirs civils. Elle affirme la distinction des deux autorités et leur indépendance dans le domaine qui leur est réservé. Quoi ({non en puisse dire, elle ne songe point à envahir le terrain qui ne lui appartient pas. Mieux que personne, elle sait que pour obtenir le respect de tous, pour affermir son ascendant, pour développer son influence, elle doit rester dans les limites de ses droits et se consacrer tout entière à sa mission si grande, si belle, si écrasante d'ailleurs pour la faiblesse humaine.

Cette autorité, elle n'est pas seulement respectueuse des droits d'autrui, elle fait preuve, à cette heure surtout, d'une admirable patience. Elle est patiente en présence de la rage insensée de ceux qui appellent sur l'épiscopat, sur le cierge, sur la liberté sacrée des âmes, les outrages, la persécution, les chaînes de fer d'une législation sacrilège, comme si nous étions des criminels et des parias au sein de cette France que nous avons faite si grande, si forte et si belle et qu'ils anéantiraient s'ils étaient un seul jour les maîtres.

Oui, nous sommes patients à l'égard de tous, parce que nous savons les défaillances de la nature humaine, la puissance des préjugés, l'influence d'une éducation mauvaise, les entraînements des passions, la, domination Iviannique des partis. Nous savons les regrets qui se cachent au fond de bien des cœurs, les désirs des âmes faibles et égarées, les prières et les larmes de tant d'épouses et de tant de mères pour le retour des prodigues, et nous avons confiance dans la miséricorde infinie de Dieu.

Nous sommes patients, parce que nous ne voulons pas multiplier les divisions, les périls, les angoisses de notre pays, parce que l'amour vrai, avant de se résigner à des luttes douloureuses, épuise toutes les supplications et toutes les ressources du dévouement. Xous sommes patients, parce qu'un jour ou l'autre la victoire est ù nous,

parce que tôt ou tard nous bénissons ceux qui reviennent à Dieu dans la sincérité et le repentir, et nous prions sur les tombes de ceux qui s'obstinent dans l'iniquité et la malédiction.

L'autorité épiscopale est miséricordieuse : elle ne repousse pas, elle attire ; elle ne maudit pas, elle bénit, elle console, elle pardonne. «Elle n'éteint pas la mèche qui fume encore, elle ne brise pas le roseau à demi rompu \ » Elle redit ces paroles de la tendresse du Sauveur : «Venez à moi vous tous qui souffrez, qui êtes accablés sous le poids de la douleur et je vous soulagerai, je vous consolerai 2. »

L'épiscopat est toujours prêt à accomplir ce grand devoir que le Pape Léon XIII rappelait naguère à un prélat des plus vénérables de France en lui disant : « Il faut nous dévouer, nous dévouer toujours, nous dévouer sans mesure, et au besoin jusqu'au sacrifice de notre vie 3. »

Mais il faut, Nos Très Chers Frères, que cette autorité soit heureuse et puissante par la docilité et l'affection filiales: «Obéissez, dit saint Paul, à vos supérieurs et soyez-leur soumis, car ils veillent sur vos âmes dont ils doivent rendre compte, afin qu'ils accomplissent ce devoir avec joie et non pas en gémissant, ce qui ne vous serait pas avantageux4. »

Cette doctrine et cette autorité qui viennent de Dieu ont pour but de répandre les trésors de la vie surnaturelle.

1 Matth., xii, 20.

2 Matth., xxiii, 8.

3 Lettre pastorale de Mgr l'archevêque de Rennes à l'occasion de son retour de Ko me (carême 1882).

4 Obclite prœpositif vestris et subjacete eis, ipsi enim pervigilant quasi rationem pro animabus vestris redelituri. ut cum gaudio hoc, fa riant et non gementes, hoc enim non expedit vobis (Hebk., xm, 17).

En effet, nu-dessus des qualités naturelles les plus brillantes, au-dessus des dons les plus heureux du caractère et de l'intelligence, au-dessus des illuminations du génie, il faut aux âmes et aux peuples des qualités, des lumières, des vertus qui ne peuvent venir que] des rayons du Soleil de justice et des ardeurs de l'amour divin. Dieu accorde à l'homme sa lumière, sa force et ses dons surnaturels afin de nous rendre participants de sa nature : Per Christum maxima et pretiosa nobis promissa donavit, ut per hœc efficiamini divinœ consortes naturœ '.

Jout cet ensemble de secours, de puissances, d'actes et de vertus, est le fleuve impétueux et splendide qui réjouit la cité de Dieu : Fluminis impetus lœtificat civitatem Dei 2.

La question du problème de l'avenir, du problème de la grandeur et de la prospérité des peuples, dépend avant tout de la diffusion de cette vie surnaturelle, et par conséquent de la mission essentielle de l'épiscopat.

Quand les peuples entraînés par les passions, égarés par les négations et les blasphèmes, abandonnent cette source unique dévie, ils vont se creuser, dans les déserts arides et désolés de l'impiété et de la décadence, des citernes ouvertes de toutes parts et incapables de contenir un seul jour les eaux venues du ciel: Dereliquerunt me fontem aquœ vitœ etfoderunt sibi cisternas dissipatas quœ continere non valent aquas 3. »

La philosophie païenne elle-même avait compris cette impuissance et cette abjection de l'homme dépouillé de la force supérieure qui l'élève, l'ennoblit et le transtîgure : « Oh! que l'homme est une chose méprisable, a ditSénèque, quand il ne s'élève pas au-dessus de l'humanité : 0 quam contempla res homo, nisi supra humana surrecerit 4 .»

1 II Petr., i, 4.

s Ps. xlv, S.

8 Jerem., h, 13.

• Séoèque, Quœsl nat., libr. i, prœf.

— loti —

Même dans In direction i\<>* intérêts de la terre et du temps, (.ans toul ce qui touche à la prospérité matérielle

d'une nation, il faut les liantes vues, les inspirations généreuses, les ressources inépuisables, et souvent les dévouements héroïques qui ne peuvent être que des dons manifestement divins.

« Personne, a dit le pape S. Grégoire le Grand, ne peut diriger avec succès les affaires de la terre s'il ne sait pas traiter aussi les affaires divines, et la paix de l'Etat dépend de In paix de l'Église universelle : Neminenl pusse recte ta roia agere nisi noveril divina tractare, pacemquc Iieipublicœ ex universalis Ecclesiœ pace pendere l. »

De plus, toutes les attaques dirigées contre l'influence surnaturelle du catholicisme ntleignent le christianisme lui-même et bientôt les lois de la morale universelle et les premiers principes de la raison. Écoutez a ce sujet les paroles d'une noble intelligence et d'un grand homme d'État : « Entre les adversaires et les défenseurs du christianisme, écrivait M. Guizot, le débat devient chaque jour plus grave, la perplexité s'accroît chaque jour dnns l'âme des spectnteurs... Je considère avec un sentiment très complexe et très perplexe l'état actuel de mon pays et de mon temps sur l'état intellectuel et moral aussi bien que sur l'état social et politique, j'ai l'âme pleine à la fois de confiance et d'inquiétude, d'espérance et d'alarme. En bien et en mal la crise où est plongé le monde civilisé est infiniment plus grande que ne l'ont prévu nos pères, plus grande que nous ne le pensons nous-mêmes... l'humanité n'a jamais flotté à ce point entre le ciel et la terre ". » Et plus loin il] jugeait en ces termes certaines doctrines si vantées de nos jours: « C'est le matérialisme et l'athéisme acceptés plus ou moins explicitement comme dernier terme de la science humaine et se réfugiant, quand ils sont ser-

1 Epist. xx, ml Maximum Augustum.

- Nouvelles méditations, }>. 9-11.

rés de trop près, dans les ténèbres du scepticisme l. »

.Nous l'avons déjà dit : dans le sein de l'Église catholique, c'est le Vicaire de Jésus-Christ et avec lui l'Episcopat, qui maintiennent, défendent et répandent les Ilots de la vie surnaturelle.

L'évêque est, avec une puissance supérieure à celle du prêtre, le ministre de Jésus-Christ, le dispensateur des mystères de Dieu2. Il est, selon le langage énergique de saint Paul, le dispensateur de Dieu : Dei dispensatorem3 .

Tous les sacrements sont confiés à son administration. Les sacrements de la confirmation et de l'ordre et les sacramentaux les plus importants lui sont réserves.

L'évêque, en perpétuant le sacerdoce, perpétue le ministère et l'apostolat dans l'Eglise. Bien plus, il perpétue l'épiscopat lui-même, et transmet ainsi le principe de l'autorité suprême et de la vie surnaturelle pour le salut du monde.

Rien d'ailleurs dans l'exercice du ministère sacerdotal, dans les communications surnaturelles du prêtre avec les âmes ne peut être légitimement accompli en dehors de l'autorité épiscopale.

Les évoques sont ainsi les auxiliaires de Dieu4 pour la consommation des saints, ad consUmmationem sanctorum 5, pour répandre la vie divine que Jésus-Christ est venu apporter sur la (erre : Veni ut vitam habeant et abundantius habeant \

Celte mission de l'épiscopat toujours effrayante pour la faiblesse humaine, est plus effrayante que jamais à cette

1 Nouvelles méditations, p. 277.

2 Sic nos exilunet lionto ut muustros Christi et dispensalores mysleriortiiu Dei (1 Cor., iy, 1).

» Acr., i, 7.

i Dei adju tores . (I Cor, m, 9.)

■ Ephes., iv, 12.

•'• ,lo v\., xyilO.

heure de luttes et d'orages; mais, nous ne pouvons l'oublier, cette mission avec ses puissances divines est la consolation et la ressource du présent, l'espérance de l'avenir.

Les nations frémissent sous l'influence des doctrines sacrilèges, l'impudeur n'a pas de limites, la négation brave le bon sens et l'évidence, les constitutions disparaissent même avant les hommes qui les élèvent de leurs mains impuissantes, l'anarchie veille en attendant l'heure de la barbarie sauvage et de la destruction universelle, l'habileté et la force, la sagesse et l'audace, la parole et Kepée ne peuvent rien.

Ah ! l'espérance est ailleurs, le salut est plus haut ! « Les cieux et la terre passeront, dit le Psalmiste, mais vous, Seigneur, vous restez ; ils vieillissent comme un vêtement: Ipsi peribunt, tu autem permanes, et omnes sicul vestimentum veterascent ; et vous les enlevez de votre main toute-puissante, sur le chemin de votre éternité, comme le manteau que rejette le voyageur: Et sicut opertorium mutabiseos et mutàbuntur ; mais vous, vous êtes toujours le même et vos années ne passeront pas : Tu autem idem ipse es et anni tui non déficient. Les tils de vos serviteurs habiteront la terre que vous leur avez donnée, et leur race sera dirigée par votre bonté infinie dans les siècles des siècles : Filii servorum tuorumhabitabunt et semen eorum in sœculum dirigetur \ »

Cette civilisation dont notre siècle est si fier. n'est. selon le langage énergique de saint Augustin, qu'une décoration brillante comme le cristal et dont la fragilité égale l'éclat et la splendeur : Vitrea lœtitia, fragiliter splendida2. L'Eglise a les promesses de l'immortalité, elle seule est l'espérance et le salut. Les eaux de la vie surnaturelle longtemps comprimées, s'échapperont demain avec un irrésistible élan pour tout purifier, tout pénétrer,

1 Ps. ci, 26 et seq.

1 De civitate Dei, Libr. IV, cap. ni.

tout emporter vers les hauteurs suprêmes de la foi, de la piété et de l'amour divin.

Dieu a fait guérissables les nations de la terre : Sanabiles fecit nationes orbis terrarum1. lia déposé dans le caractère national, dans l'âme même de la France des ressources incomparables, des principes de guérison et de résurrection merveilleuses. Mais, nous l'avons dit bien souvent et nous ne nous lasserons jamais de le redire, il faut mettre au-dessus de tout l'Église et la France : l'union dans la foi et le patriotisme est la condition nécessaire du salut. Aussi vous ne vous étonnerez pas de nous trouver partout et toujours fidèle à ces grands devoirs, à ces convictions que l'expérience, que l'évidence des faits ont affermies chaque jour.

Évêque, nous n'appartenons qu'à un seul parti, le parti de la France, de l'Église et de Dieu. Nous n'avons d'autre drapeau que la croix qui a sauvé le momie et qui seule peut le sauver encore.

Vous ne trouverez ni dans notre parole, ni dans notre vie une concession coupable ; mais nous dirons à quelquesuns: prenez garde de ne pas faire vous-mêmes de concession aux préjugés qui captivent et égarent bien des âmes; n'oubliez pas les enseignements de l'Évangile : n'outragez pas l'indulgence, la miséricorde et le pardon qui viennent du cœur adorable de Jésus-Christ.

Nous entourerons de notre estime et de notre reconnaissance les chrétiens généreux qui sont les auxiliaires précieux, nécessaires de l'épiscopat, les familles illustres dont les noms se retrouvent dans tous les fastes glorieux de l'antique Lorraine et qui unissent les nobles traditions du passe à l'intelligence éclairée des temps nouveaux.

Mais, pasteur de tous, nous venons comme « le Fils de l'homme chercher et sauver ce qui est perdu : Venil Fil ci s hominis quœrere et salvare quod perierat3. » .Nous sommes

1 Sap., i, 14.

- Luc., xix, 10. Matth., xviii, il.

envoyé aux brebis perdues de la maison d'Israël : Non sum missus nisi ad oves quœ periemnt douais Israël '. Et ces brebis, il faut que nous les ramenions au bercail sur

nos épaules pour leur épargner les fatigues du retour; « car il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf jusles qui n'ont pas besoin de pénitence2. »

Nous n'ignorons ni les périls, ni les plaies de notre époque, mais ces périls nous devons les conjurer, ces plaies nous devons les guérir. Homme du passé dans ce qu'il a de grand et d'utile, nous sommes de notre temps et nous pouvons ajouter avec le poète : « Je suis citoyen des temps à venir. »

Le pctesé nous a légué de magnifiques souvenirs mais aussi de redoutables enseignements. Le présent réclame notre action incessante et notre dévouement absolu. L'avenir sera ce que nous l'aurons fait, non par des récriminations stériles, par des illusions obstinées, par une inertie fatale et par des divisions criminelles, mais par la connaissance exacte des hommes et des événements, des ressources et des périls, par l'union, la générosité et le sacrifice.

Dans l'accomplissement de cette haute et difficile mission nous aurons d'abord pour nous guider et nous soutenir les conseils et les exemples du grand Pape que Dieu, dans sa bonté infinie, a réservé à nos temps malheureux.

Pontife vraiment providentiel qui unit les trésors et l'éclat de la doctrine aux dons les plus rares de l'intelligence, la connaissance approfondie de la politique humaine aux inspirations de la sagesse et de la charité surnaturelles, la fermeté à la douceur, la prudence consommée, qui recueille tous lis enseignements de l'histoire et des faits contemporains, à une persévérance qui. sans

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protestation bruyante, mais sans dévier jamais, suit la voie <>ù l'appellent les intérêts sacres tir :

Il y a deux ans, nous manifestions noire confiance absolue en Léon XIII et en sa mission providentielle dans une lettre pastorale imprimée à Rome, à la Propagande et honorée d'un bref de Sa Sainteté.

Les difficultés, insolubles en apparence, que rencontrait la politique de pacification de l'auguste Pontife ne nous effrayaient point. Nous exprimions au contraire notre ferme espérance de voir un jour les obstacles s'aplanir, les préjuges les plus hostiles se dissiper en présence de ce désir souverain et irrécusable de la paix et de la prospérité des peuples, de cette loyauté si parfaite, de celte intelligence si éclairée des temps actuels, en présence de la réprobation si courageuse des principes de la révolution et de la protection accordée par le chef de l'Eglise catholique, par la plus haute puissance religieuse qui soit au monde, aux gouvernements menaces de toutes parts par le crime et l'anarchie.

Depuis lors Dieu el son Vicaire ont poursuivi leur œuvre. La llussie sur le bord îles abîmes s'esl retournée vers le Vatican si longtemps outragé, et les infortunées populations catholiques de ce grand empire peuvent enfin espérer des évêques et i\<^ pasteurs. En France et en Belgique, les esprits les plus entraînés par le courant de l'impiété, protestent de leur respect pour cette autorité si noble et si sereine, si forte dans sa modération, si habile dans sa longanimité. L'Allemagne' fail pour la paix religieuse des avances qui déconcertent les prévisions humaines. L'Espagne se montre fidèle à ses traditions catholiques. Le Gouvernement italien s'effra] e de la direction si sage el si puissante donnée aux intérêts de l'Eglise. L'Angleterre exprime publiquement sa profonde reconnaissance de l'attitude du Pape et des évêques dans les luttes douloureuses de l'Irlande. Jamais le catholicisme, ses évêques, ses missionnaire-, ses admirables

religieuses n'ont été aussi libres et aussi protégés à Constantinople. Dans l'univers entier, tous les esprits capables de voir et de comprendre regardent, d'abord avec étonnement, puis avec une admiration qui grandit, la marche silencieuse et conquérante de ce vieillard qui, sans argent, sans états, sans armée, arrête et domine les gouvernements et subjugue les peuples.

Pour accomplir celte grande et difficile mission, nous aurons un secours puissant dans ces hommes de foi et de science, d'expérience et de dévouement qui ont été honorés de l'affection et de la confiance de notre éminent prédécesseur, et qu'il avait associes à son administration ; dans ce chapitre en qui se résument, pour ainsi dire, les traditions et les vertus du clergé lorrain.

Prêtres de ce beau et vaste diocèse, votre nouvel évoque connaît votre intelligence, votre zèle et votre piété. Son désir le plus ardent sera de vivre avec vous dans une union parfaite. Il ne sera étranger ni à vos sollicitudes, ni à vos travaux, ni à vos joies, ni à vos douleurs : il sera heureux de vous encourager et de vous louer, de vous consoler et de vous bénir. L'expérience a confirme dans son âme cette conviction que, si la fermeté est nécessaire, puisque sans elle la bonté n'est qu'une faiblesse qui fait le malheur de tous, les décisions imposées par le devoir doivent être adoucies par la charité et la miséricorde.

Le Grand Séminaire, les magnifiques établissements d'instruction secondaire que vous dirigez avec tant d'intelligence et de dévouement, sont aujourd'hui plus que jamais la force et la gloire de ce diocèse.

Religieux, qui habitez encore vos cloîtres bénis ou que l'orage a dispersés, vous êtes, par vos prières et vos travaux, les auxiliaires de l'épiscopat et du cierge séculier. Vous pouvez compter sur notre haute estime et notre sincère dévouement.

Nombreuses congrégations qui vous consacrez, avec un

admirable zèle, à l'éducation de la jeunesse, à l'enseignement chrétien, aux œuvres de la charité, ou qui, dans le silence et la solitude, obtenez par vos pénitences et vos supplications, le secours de Dieu. pour les combattants d'Israël, vous êtes une des parts privilégiées de notre glorieux héritage.

Populations aux mœurs douces, à la foi active, au patriotisme généreux, notre joie sera de vous visiter, de vous enseigner et de vous bénir.

Chrétiens vaillants, nobles femmes qui soutenez et développez les œuvres de la foi, de la piété et delà charité catholiques, nous voulons vous témoigner, dans la mesure de nos forces, non seulement par nos paroles, mais par un concours actif et. eflicace, notre profonde reconnaissance.

Ouvriers des villes et des campagnes, nous avons pour vous une tendresse spéciale. N'oubliez pas que nous sommes l'ambassadeur et le ministre du Dieu qui a tenu dans ses mains le rabot de l'ouvrier, qui a voulu être appelé le charpentier et le fils du charpentier \

Pauvres de Jesus-Christ, les privilégiés de son cœur adorable, nous vous donnerons tout ce que nous pourrons vous donner. Nous voudrions ajouter à un peu d'or l'aumône des consolations divines et des célestes" espérances.

Et vous qui êtes appelés les heureux de ce monde, mais dont nous savons les tristesses et les douleurs, nous vous demanderons de répandre la consolation pour que vous méritiez d'être consolés. Nous vous demanderons de consacrer votre intelligence, vos loisirs, votre influence, votre fortune au soulagement des malheureux, au service de la France, de l'Église et de Dieu.

Mais nous voulons en terminant redire ces paroles que nous écrivions le jour de notre sacre dans notre première lettre pastorale : « Nous n'avons jamais eu d'autre habi-

1 Nonne ille est faber, films fabri. (Matth,, xm, 55.)

t. il. &

leté que celle qui consiste à aller lout droit devant soi. C'est la seule habileté véritable, la seule qui soit digne : nous n'en aurons jamais d'autre.

« Notre pensée, les désirs de notre cœur, se résument dans ces paroles du Psalmiste, dont nous avons l'ail la devise de nos armes épiscopales, après avoir essayé d'en faire la devise de notre sacerdoce : La miséricorde et la vérité se sont rencontrées; la justice et la paix se sont embrassées: Misericordiu et veritas obviaverunt sibi; jastitia et pax osculatœ sunt1 . Et pour réaliser ces désirs, au sein de ces défaillances universelles, dans cette langueur criminelle et fatale, en présence de l'amoindrissement des caractères et de l'abaissement des âmes, nous répétons le cri des ascensions généreuses et libératrices : En haut les cœurs ! Sursimi corda ! »

1 Pp., lxxxiv, li.

SUR

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