TOME II
OÙ rOhio ne lai sert pas de fossé, afin que les hommes pussent y bâtir une Tille spacieuse à Fabri des terribles inondations du fleuve (i). Les géologues, qui ne croient pas aux complaisances des mythologiques Oréades, diront tout simplement que ce plateau est le résultat de Térosion creusée aux temps diluviens, dans le massif des montagnes, par le choc des eaux d*une rivière bien modeste aujourd'hui , appelée Licking, qui descend des cimes du Kentucky et vient déboucher dans TOhio vis-à-vis Cincinnati. Quoi qu'il en soit, il n*y avait pas sur tout le cours du fleuve un seul point qui naturellement fût plus à même de séduire des fondateurs dé ville.
La physionomie architectonique de Cincinnati est à peu près celle des quartiers neufs des villes anglaises. Ce sont généralement des maisons de briques, de deux étages le plus souvent, aux vitres luisantes de propreté , disposées chacune pour une seule famille, régulièrement alignées le long de rues larges de soixante-six pieds anglais ( 20 mètres ) et fort bien pavées. Çàetlà, l'uniformité de ces constructions est interrompue par des édifices d'une apparence plus monumentale. Ce sont, par exemple, des maisons en pierres de taille, d'excellent goût, vrais palais en miniature avec un portique en raccourci , qu'habite l'aristocratie des marchands de cochons de M*"" Trol-
(1) Les crues de TOhio sont énormes. En février 1833, il monta de soixante-six pieds anglais {"îO mètres) au-dessus du niveau des basses eaux. Pendant plusieurs jours on alla en bateau à vapeur dans quelques rues de Cincinnati.
]ope , OU de petits manoirs entourés de jardins et de terrasses. Ailleurs , ce sont les écoles publiques {Commun Schooh ), où filles et garçons aj^rennent ensemble la lecture^ récriture, la géographie et le calcul , sous la direction simuUanée d'un maître et d'une mattresse (i). Sur un autre point , vous apercevez une église, petite, étroite» simple; sans sculpture ni pein^ ture, sans vitraux coloriés ni arceaux gothiques , mais bien close , garnie de tapis épais , et munie d'excellents calorifères qui garantissent les fidèles du froid pendant les longs offices du dimanche. Il y a à Cin; cinnati, comme dans toutes les villes des États-Unis, une multitude d'églises ; il y en a pour toutes les sectes, depuis répiscopalisme anglican , qui a sous sa bannière la richesse du pays, jusqu'au baptisme et au méthodisme, cultes des ouvriers et des nègres (s). Sur
(1) Ces écoles sont entretenues au moyen d^une taxe analogue à nos centimes additionnels. L^enseignement simultané y est préféré à renseignement mutuel. Elles sont situées dans de grands bâtiments carrés , portant en lettres d'or le nom du quartier. Diaprés le rapport officiel des administrateurs et visiteurs {Trustées and Fisiters)^ en date du oO juillet 1833 , il y avait alors à Cincinnati six mille enfants de six à seize ans, sans compter deux cent trente enfants de couleur pour lesquels il y a une école à part. Environ deux mille trois cents enfants fréquentaient les common schùols, et mille sept cents les écoles particulières. Le nombre des common schoals est de dix-huit. Il y a douze maîtres et cinq sous-matlres , six Diattresses et sept sous -maîtresses. Les maîtres reçoivent 400 dollars, les sous-mattres S50 ; les maltresses 216 , et les sous-maltresses 168. Ces salaires sont réputés insuffisants..
(2) 11 y a aussi bon nombre de catholiques à Cincinnati. Ce
St CINCINNATI.
unaatrepoini, c'est an vaste hôtel que vous prendriez au dehors pour une résidence royale , mais où je puis vous certifier qu'on ne trouve pas une hospitalité princière ; ou un musée qui est une spéculation particulière, comme tous les musées américains, et qui se compose, selon la formule générale, de quelques cristallisations, d'ossements de mammouth fort abondants aux Ëtats-Unis , d'une momie égyptienne , de costumes et d'armures à l'usage des Indiens, d'une demi-douzaine de statues de cire représentant , par exemple , Washington , le général Jackson et les chefs indiens Black-Hawk et Técumseh (i) ; d'une figure de Napoléon à pied ou à chenal ; d'une cuirasse française provenant de Waterloo, d'une collection de portrait» de notabilités américaines en général , y compris celle de Lafayette, et de celles de l'endroit en particulier ; d'une autre d'oiseaux empaillés, de serpents conservés
sont des éraigrants d^lrlande et d'Allemagne, gens pauvres pour la plupart. Je tiens de M. Tévéque de Cincinnati qu'il y a environ vingt mille catholiques dans PEtat d'Ohio , dont la population est de onze cent mille âmes.
(1} Técumseh, et son frère le Prophète, avaient organisé du Nord au Sud une confédération générale des Indiens contre les États-Unis. Il» commencèrent les hostilités un peu avant la guerre de 1812 : pendant cette guerre , ils s'unirent aux Anglais qui avaient été leurs instigateurs. Técumseh a laissé des souvenirs d'un homme supérieur. Black-Hawk est un moindre personnage, qui, à la tête des petite» tribus indienoea des Saks et des Renards, fit une guerre de frontière , en 1833, »ur le haut Mississipi. 11 fut bientôt battu et pris : on le promena dans les grandes villes dn Mord , ce qui lui a donné une certaine célébrité.
dans Feisprit de vin , et surtout d*un grand serpent vivant » boa constrictor ou anaconda. L*un des musées de Cincinnati se distingue cependant par des antiquités indiennes remarquables, tirées soit des vastes cavernes du Keniucky, soit des tumuli très-nombreux sur les rives de TOhio, et dont plusieurs existaient sur remplacement où Cincinnati s'élève (i).
Quant aux banques , elles sont modestement logées à Cincinnati; mais en ce moment' on discute le plan d'un somptueux édifice , digne de leur haute fortune, où elles réuniraient leurs bureaux. Les fonderies où se coulent les machines à vapeur, les chantiers où se charpentent les steam-boatè, les ateliers bruyants, insalubres ou incommodes, sont aux extrémités de la ville ou dans la municipalité attenante de Fulton , ou
(1) Ce musée possède aussi une merveille que je n'ai rencootrée nulle autre part. C'est uDe représenta liou de Penfer où les jeunes filles de Cincinnati vont chercher les émotions que leur refuse une existence comfbrlabie et paisible, mais froide et monotone. On les y fait assister aux contorsions et aux cris de damnés à ressorts, aux fureurs d*un ours empaillé qui hurle de rage et fait claquer ses mâchoires. On leur y montre encore on gigantesque serpent de papier qui se replie et se déroule tantôt avec une majestueuse lenteur, tantôt avec* une impétuosité menaçante. Cet étrange spectacle, mêlé d'alternatives de lumière et d'obscurité , de quel({ues effets de l>etite fantasmagorie, de coups de lam-lam, et des tressaille* ments que communique aux assistants une machine électrique cachée dans les coulisses , pnralt ébranler délicieusement les nerfs de la jeune portion des Cincinnaiiens et surtout des Cincinnaliennes. C'est la principale source des recettes du Musée.
84 CINCniNATI.
dans les villages de Covîngton et de Newport , situés sur Tautre rive , dans l*État de Kentucky, ou même au loin dans la campagne. Quant à Fimmense tuerie de porcs, environ 150,000 par an, et à la préparation de graisses qui s^ensuit, Cincinnati n'en est ni sali ni infecté. Tout se passe hors de la ville, sur les bords d'un petit ruisseau ( Deer creek ) , à qui ses eaux toujours roogies dans la saison par ce vaste massacre , ont valu le surnom de Sanglant ( Bloody run ) , ou près des bassins d'un canal qui va de Cincinnati à Dayton , dans rintérieur de TÉtat, et qu*il est question d'étendre cent lieues plus loin , jusqu'au lac Éné. Ciucinnati n'a d'ailleurs ni squares plantés à l'anglaise , ni places, ni avenues, ni fontaines jaillissantes, quoiqu'il soit fort aisé d'y en établir. On attend , pour s'occuper d*embellissement8 proprement dits, que le goût en vienne aux habitants : jusqu'à présent on n'a songé qu'à l'utile. Il faut dire aussi que toute amélioration exige un surcroît de taxes , el qu'aux États-Unis on ne décide pas aisément la population à les supporter (i). Cincinnati manque , aujourd'hui encore , d'un éclairage public; c'est cette résistance aux impôts qui en est cause.
Il y a environ vingt ans que Cincinnati possède un système de distribution d'eau (water-works). Moyennant une redevance annuelle, qui pour une famille est de 8 à 12 dollars ( 43 à 64 fr. ) , chacun a une petite prise d*eau plus que suffisante pour sa consommation.
(1) Voir la note 7 à la fin du volume.
LETTRE XIK. 55
Une machine à vapeur, placée sur le bord du fleuve , envoie Teau à une hauteur de trois cents pieds dans un réservoir situé sur une des collines qui entourent la ville. De là , par des tuyaux de fonte , elle descend dans tous les quartiers. L'élévation du réservoir est telle que Teau s'élève naturellement dans chaque maison jusqu'au faite. Desbomes-fontainesplacéeslelong des trottoirs , de distance en distance , sont destinées à alimenter les pompes et tuyaux en cas d'incendie , et ne jouent d'ailleurs que dans ces tristes occasions. Plusieurs des villes neuves des États-Unis sont pourvues d'établissements hydrauliques. Parmi les anciennes villes , Philadelphie en a un magnifique (i) , qui a coûté fort cher ( au moins i5 millions) par suite de tâtonnements malheureux. En ce moment il est question d'en créer un à Boston qui coûtera des millions aussi, parce qu'il faudra aller chercher l'eau bien loin pour qu'elle arrive naturellement à une hauteur suffisante. New-York va s'en donner un qui par la même raison est évalué à 25 millions. Celui de Cincinnati , quoiqu'il ait été trois fois mis à bas et renouvelé, coûte à peine 800,000 fr.On pense généralement aux États-
(1) L^eau consommée à Philadelphie est fournie par le Schuylkill , qui borde la ville au sud-ouest. Une chute d'eau, prise dans la rivière , met en jeu les pompes qui remplissent les réserroirs. L'établissement de Fairmouni compteDAnl les l'oues hydrauliques , pompes et réservoirs , a été décoré avec beaucoup de goût et à fort peu de frais; la décoration , proprement dite , se compose de quelques gazonnages , de balustrades en bois et de deux mauvaises statues. L'effet en est pourtant d'une grande élégance.
M CINCIMNATI.
Unis que les toater -Works doivent apparlenir aux villes. A Cincinnati pourtant ils sont à une compafpue, et pour cette raison Teau s'y paye plus cher qu'à Pittsburg et qu*à Philadelphie (i). La ville a été trois fois en marché avec la compagnie, et trois fois elle a refusé d'acheter à des prix avantageux. La première fois on lui offrait rétablissement moyennant i 75,000 francs; la seconde fois, moyennant 400,000 fr.; la troisième fois on lui en a demandé 070,000; elle finira par le payer 1 million 500,000 fr. ou 2 millions. En cette affaire comme dans celle de l'éclairage, les refus de la ville ont eu pour principale raison la difficulté de faire tolérer des taxes nouvelles.
L'abord de Cincinnati est imposant quand on y arrive par eau ; il l'est encore plus quand on le regarde du sommet de l'une des collines qui le bordent L'œil embrasse alors l'Ohio qui serpente, avec le Licking qui vient s'y jeter à angle droit, les bateaux à vapeur dont le port est rempli, le bassin du canal Miami avec les magasins qui le bordent et les dix écluses qui le mettent en communication avec le fleuve , les filatures blanches de Newport et de Covington avec leurs grandes cheminées^ le dépôt de l'armée fédérale où la bannière étoilée se déroule à l'extrémité d'un mât, étales flèches aigués des clochers de bois qui couronnent les églises. De tous les côtés, la vue se teilnine à une en-
Ci) La taxe de Teaii à Philadelphie et à I^ttshQrg est de 5 à 6 dollars pour une famille ordinaire. A 6 dollars (32 fr.) par an , c*cst seulement neuf centimes par jour.
ceinte de montagne&et de coteaux dont l*amphithéâtre est couvert encore Ue la végétation puissante des forets primitives. Cette riche verdure est coupée de loin en loin par quelques maisons de campagne entourées de colonnades dont la forêt a fait les frais. On est heureux de se dire que la population qui s^agite dans ce panorama vit au sein de Tabondance , qu'elle est industrieuse , sobre , économe , avide de s'instruire ; que si, sauf un très-petit nombre d'exceptions, elle est absolument étrangère aux plaisirs délicats et aux manières élégantes de la civilisation raffinée de nos métropoles européennes, elle en ignore aussi les vices, la dissipation , les folies.
On ne voit pas , au premier coup d'œil , qu*il y ait de différence entre la rive droite et la rive gauche.
Il semble de loin que la prospérité de Cincinnati s'étende à l'autre bord. C'est une illusion. Sur la rive droite , c'est-à-dire dans l'État d'Ohio , il n*y a que des êtres libres; l'esclavage est vis-à-vis. Vous pouvez descendre sur le fleuve des centaines de milles et des centaines de milles encore , et vous avez toujours à droite la liberté , à gauche l'esclavage , quoique ce soit le même sol que le travail de l'homme blanc puisse également fertiliser. Quand vous e&trez dans le Mississipi , il y a égalité entre les deux rives : des deux côtés l'esclavage. Un laisser aller aveugle , ou plutôt une désespérante impuissance de la part des gouvernants , un déplorable égoîsme de la part des gouvernés, ont laissé celte peste s'enraciner sur une terre où aucune nécessité ne l'appelait. Qui peut dire quand
ei comment , et avec quelles douleurs il sera possible de l'en extirper?
J'ai fait , à Cincinnati , une rencontre dont je gar< derai longtemps le souvenir. J*avais remarqué à la table de rhôlel un homme de moyenne stature, d'un tempérament sec et robuste , de soixante ans environ , qui avait encore Tair vif et la démarche alerte de la jeunesse. J'avais été frappé de sa physionomie gaie etexpansive , de l'aménité de ses manières et d'un certain air de commandement qui perçait à travers ses habits de lindsay (i). c C'est , me dit-on , le général Harrison , c grefBer (cierk) de la cour des Plaids-Communs (Cotnc mon Pleas) (s) de Cincinnati. — Est-ce le général f Harrison de Tippecanoe et de la Tamise (5)? — C*est f lui-même ; c'est l'ex-général en chef , c'est le vain- « queur de l'Indien Técumseh et de l'Anglais Procc tor ; c*est le vengeur de nos désastres de Détroit et c de la rivière Raisin ; c'est l'ex-gouverneur du Terric toire d'Indiana , Tex-sénateur au congrès des Étatsc Unis , l'ex- ministre de notre nation près l'une des ré-
(1) Le Undsax est une étoflFe qni se fabrique pendant Thiver dans les fermes , en mêlant le fil de coton fourni par les filatures à la laine filée dans la maison. L^un de ces fils sert de trame et Tautre de chaîne.
{% La cour des Plaids-Communs correspond à nos tribunaux de première instance.
(S) Ce sont deux batailles célèbres de ce c6lé de la mer, fort glorieuses pour les Américains et particulièrement pour leur général. La première eut lieu en 1811 contre les Indiens ; la seconde en 1815 contre les Anglais et les Indiens réunis : Técumseh y fut tué.
c publiques de rAmérique du Sud. Il a vieilli au c service de sou pays; il a passé vingt ans de sa vie c dans ces rudes guerres contre les Indiens, où il y c avait moins de gloire à recueillir qu'à Rivoli ou à c Austerlitz , mais où il y avait plus de dangers. Le c voilà maintenant pauvre , chargé d'une nombreuse c famille, délaissé par le gouvernement fédéral, quoic que plein de vigueur encore , parce qu'il a une penc sée indépendante. Comme Topposition est ici en c ' majorité , ses amis se sont avisés , pour venir à son c aide , de destituer le greffier de la cour des Plaidsc Communs , qui était un Jackson-man , et de lui donc ner la place , qui est d'un bon rapport , en guise de f pension de retraite. Ses amis des États de TËst parc lent d'en faire un président des États-Unis. Eu atc tendant , nous , ici , nous l'avons fait greffier d'un petit c tribunal. » — Après une pause, mon interlocuteur ajouta : c Vous pouvez voir à cette mauvaise table d'hôte c un autre candidat à la présidence , qui paraît avoir c plus de chances que le général Harrison : c'est M. Macc Lean (i), juge à la cour suprême des États-Unis. » Les exemples de cet abandon des hommes dont la carrière a été la plus honorable ne sont pas rares aux États-Unis. J'avais déjà vu à New-York l'illustre M. Gallatin qui , après avoir vieilli au service de la ré^ publique , après avoir été pendant quarante ans législateur , minisire au dedans , négociateur au dehors , après avoir pris une part active à tout ce qui a été fait
(1) Voir la noie 8 à la fin du volume.
êù cmcuiNATi.
de bon el de sage par le goaTernement fédéral , s'esi , on beau jour, vu remercier purement et simplemeut, et qui eût terminé dans le dénûment sa laborieuse carrière , si ses amis ne lui eussent offert la place de président de Tune des banques de New-York. On sait la détresse du président Jefferson dans sa vieillesse, et comment il fut réduit à solliciter de la législature de Virginie la permission de mettre ses terres en loterie ; pendant que le président Monroé , plus pauvre encore , après avoir dépensé son patrimoine au service deTÉtat, étaitcontraint d'implorer la compassion du congrès ; eux à qui leur pays devait les incomparables acquisitions de la Louisiane et des Florjdes!
Le système des retraites est inconnu aux États-Unis. Il n'y a aucune prévoyance sociale pour les vieux jours des hommes éminents qui acceptent les emplois supérieurs, quoiqu'il leur soit impossible de faire des économies sur leurs appointements relativement modiques, et que plusieurs même aient vu leur fortune se dissiper avec leur santé dans Texercice de leurs fonctions. Les fonctionnaires publics sont traités comme les plus humbles serviteurs. La domesticité est tellement constituée aux États-Unis , que tout Américain , dans la vie privée , a plus d'égards pour le dernier des domestiques blancs , que le plus grand nombre n'en témoigne , dans la vie publique , aux fonctionnaires de l'ordre le plus élevé. On les avertit à tout propos , et sous mille formes , qu'ils ne sont que poussière , et qu'un froncement de sourcil du peuple peut les faire rentrer aussitôt dans le néant.
LETTRE W. et
Cette manière 4*étre des Ainérîcaias k Tégard des fonctionnaires e$X uae conséquience mathéipatique du principe, de la souveraineté en peuple. J^ose croirç cependant qu'elle n'est conforme ni à la raison ni à la justice. S'il est vrai que les peuples aient un droit im* pescriptil)|e à ce que leun» intérêts fiient la règle de conduite de$ déposiiuires di) pouvoir, il est également vrai que les hommes vraiment supérieurs ont uq droit naturel et sacré à être investis des hautes fonctbns sociales. 8'il est criminel de se jouer des besoins des masses, il m Tost pas moins de fouler aux pieds les hom^^es de ^fdent et de eioeur. Et si ceux que leur capacité et leur dévouement à leur pays appellent aux emplojiB, en ^ont éQ%rvé$ par la perspective de Tingra* titude et du dédain, à quelles mains sera confié le soin du bien public ? Qu'adviendra- t-il alors de l'avenir du peqpie souvers^in? Paps Iç fait d'un peuple qui» impa** tie^t de tou^e supériorité, ne paye qu^vec des dégoûta les services de citoyens illustres, et qui, sur un caprice, Iqs jettQ à la porte comme une vile matière, il n'y a pas moins de despotisme que dans le fait d'un de ces princes asiatiques qui imposent à tous indistinctement le même niveau de servitude , traitent tons avec une égale insolence et une égale brutalité, et croient le génie et la vertu trop récompensés par l'honneur de s'être agenouillés sur les marches de leur trône.
Par suite des idées dominantes aux États-Unis sur les fonctions et les fonctionqaires, on n'a daigné instituer eq leur faveur aucune garantie. Ils sont révocables sans formalité d'aucune espèce , sans qu'on leur doive